đâđš Au Liban, un cessez-le-feu bancal au bord du gouffre
Les Ătats-Unis mĂšnent clairement la danse. Les Nations Unies âorganisentâ le processus, & Washington assure la âcoordinationâ. Ce qui signifie que les Nations Unies seront autorisĂ©es Ă servir le thĂ©.

đâđš Au Liban, un cessez-le-feu bancal au bord du gouffre
Par Craig Murray, le 30 novembre 2024
Seul IsraĂ«l a engagĂ© les hostilitĂ©s depuis le dĂ©but du âcessez-le-feuâ, et ce, Ă plusieurs reprises. Personne n'a ripostĂ©.
Israël a attaqué trois jours de suite des sites abritant prétendument des roquettes du Hezbollah à l'aide de bombes ou de missiles, tuant au moins quatre personnes et probablement plus. Israël a ouvert le feu sur des journalistes. Il a griÚvement blessé deux personnes en deuil en tirant sur un enterrement. De nombreux rapports font état de civils libanais rentrant chez eux dans le sud du pays et soumis aux tirs des troupes israéliennes.
Cette vidéo montre les deux personnes touchées par un sniper au cours d'un enterrement. Selon un homme, les funérailles avaient été autorisées par la FINUL et l'armée libanaise.
IsraĂ«l a Ă©galement profitĂ© du âcessez-le-feuâ pour faire progresser ses effectifs, y compris des chars, dans des villes et des villages d'oĂč ils avaient Ă©tĂ© repoussĂ©s et qu'IsraĂ«l Ă©tait incapable de prendre par la force. Il a renforcĂ© ses positions au Sud-Liban, a ordonnĂ© aux civils libanais de ne pas rentrer dans plus de soixante villages du Sud-Liban - dont aucun n'a pu ĂȘtre occupĂ© de façon permanente au cours des combats - et se renforce, se rĂ©arme et se rĂ©investit.
IsraĂ«l considĂšre en fait le âcessez-le-feuâ comme une reddition inconditionnelle. Tout cela Ă©tait parfaitement prĂ©visible, non seulement en raison du passĂ© et du comportement habituel d'IsraĂ«l, mais aussi au vu du document de âcessez-le-feuâ lui-mĂȘme, document extrĂȘmement peu Ă©quitable.
Que le ministÚre des Affaires étrangÚres libanais ait signé un document de soumission aussi abject et non déguisé heurte ma sensibilité d'ancien diplomate.
Commençons par analyser le paragraphe 2 de ce document :
â2. Ă partir de 4 heures du matin, le 27 novembre 2024, le gouvernement du Liban empĂȘchera le Hezbollah et tout autre groupe armĂ© sur le territoire du Liban de mener des opĂ©rations contre IsraĂ«l, et IsraĂ«l ne mĂšnera aucune opĂ©ration militaire offensive contre des cibles libanaises, y compris des cibles civiles, militaires ou d'autres cibles d'Ătat, sur le territoire du Liban, par voie terrestre, aĂ©rienne ou maritimeâ.
Le déséquilibre est immédiatement perceptible.
Les groupes armĂ©s libanais seront empĂȘchĂ©s de mener âtoute opĂ©ration contre IsraĂ«lâ alors qu'IsraĂ«l ne mĂšnera âaucune opĂ©ration militaire offensiveâ.
Le Liban n'aurait jamais dĂ» accepter que le terme âoffensifâ soit insĂ©rĂ© pour une seule des deux parties. Il est impossible d'interprĂ©ter cela autrement que par une autorisation qu'IsraĂ«l est autorisĂ© Ă tirer, mais que personne d'autre ne peut le faire. IsraĂ«l a en effet tirĂ©, tuĂ© et blessĂ© sans relĂąche depuis l'entrĂ©e en vigueur du cessez-le-feu, et qualifie bien entendu cette action de âdĂ©fensiveâ.
Le gouvernement libanais a enregistré 51 violations du cessez-le-feu par Israël en trois jours.
Les Ătats-Unis et leurs alliĂ©s ont dĂ©signĂ© le Hezbollah comme une organisation terroriste - un FTO [Organisations terroristes Ă©trangĂšres] dans le jargon juridique amĂ©ricain. Les Ătats-Unis, qui sont chargĂ©s d'arbitrer le cessez-le-feu, considĂšrent donc que toute action militaire menĂ©e par IsraĂ«l contre toute personne ou tout Ă©lĂ©ment considĂ©rĂ© comme appartenant au Hezbollah, en tout lieu et Ă tout moment, est une opĂ©ration lĂ©gitime de lutte contre le terrorisme.
Les Ătats-Unis considĂšrent donc simplement - et le Royaume-Uni fera de mĂȘme - que les attaques d'IsraĂ«l ne constituent pas une violation du cessez-le-feu, mais une opĂ©ration lĂ©gitime de lutte contre le terrorisme.
Il n'y a aucun doute Ă ce sujet.
Le Liban ne peut rien faire pour surveiller ou empĂȘcher le renforcement des positions israĂ©liennes au Sud-Liban (car IsraĂ«l n'a aucune intention de se retirer) parce que le cessez-le-feu stipule non seulement que l'armĂ©e israĂ©lienne a soixante jours pour quitter le Sud-Liban, mais aussi que, pendant ces soixante jours, les forces armĂ©es libanaises ne peuvent accĂ©der aux zones occupĂ©es par IsraĂ«l : elles ne peuvent notamment pas prendre le contrĂŽle de leur propre frontiĂšre mĂ©ridionale et par consĂ©quent ne peuvent pas vĂ©rifier les troupes et les armes qu'IsraĂ«l fait passer sans rencontrer d'opposition.
â12. DĂšs le dĂ©but de la cessation des hostilitĂ©s conformĂ©ment au paragraphe 1, IsraĂ«l procĂ©dera Ă un retrait progressif de ses effectifs au sud de la Ligne bleue et, parallĂšlement, les Forces armĂ©es libanaises se dĂ©ploieront sur les positions de la zone sud du Litani indiquĂ©es dans le plan de dĂ©ploiement des Forces armĂ©es libanaises ci-joint et commenceront Ă s'acquitter des obligations qui leur incombent en vertu de leurs engagements, notamment le dĂ©mantĂšlement des sites et infrastructures non autorisĂ©s et la confiscation des armes et du matĂ©riel connexe non autorisĂ©s. Le processus coordonnera l'exĂ©cution par les autoritĂ©s de la DĂ©fense d'IsraĂ«l et des FAL du plan spĂ©cifique et dĂ©taillĂ© de retrait et de dĂ©ploiement progressif dans ces zones, qui ne devrait pas excĂ©der 60 joursâ.
Le âprocessusâ comprend les Ătats-Unis, la France et les Nations unies par l'intermĂ©diaire de la Force intĂ©rimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Mais ce sont clairement les Etats-Unis qui mĂšnent la danse. Les Nations Unies âorganisentâ le processus, tandis que les Etats-Unis en assurent la âcoordinationâ.
Cette distinction entre âorganisationâ et âcoordinationâ me paraĂźt nouvelle. Elle semble signifier que les Nations Unies seront autorisĂ©es Ă servir le thĂ©.
Au paragraphe 11, l'accord stipule que les forces armĂ©es libanaises âdĂšs le dĂ©but de la cessation des hostilitĂ©sâ dĂ©ploieront des troupes pour contrĂŽler tous les points de passage de la frontiĂšre, mais cette disposition est immĂ©diatement annulĂ©e par le paragraphe 12, qui stipule que les forces armĂ©es libanaises ne pourront pĂ©nĂ©trer dans la zone contrĂŽlĂ©e par IsraĂ«l - y compris Ă la frontiĂšre - que de maniĂšre progressive, sur une pĂ©riode de soixante jours.
Au lieu de cela, les Forces armées libanaises établiront une nouvelle frontiÚre au sud du Liban, le long du fleuve Litani. Telle est la signification pratique du paragraphe 11. Il s'agit en effet d'une nouvelle frontiÚre, dont les Israéliens contrÎlent la partie méridionale
âEn outre, les FAL dĂ©ploieront des effectifs, mettront en place des barrages routiers et des checkpoints sur toutes les routes et tous les ponts situĂ©s le long de la ligne dĂ©limitant la zone du Litani mĂ©ridionalâ.
Voilà pourquoi, la veille du cessez-le-feu, les Israéliens ont fait venir un peloton de forces spéciales pour une séance photo de quelques secondes sur le Litani, afin de pouvoir prétendre que leurs forces armées étaient arrivées jusque-là .
Les Ătats-Unis ont toutes les cartes en main. Les forces armĂ©es libanaises sont la seule armĂ©e de l'histoire moderne qui soit ârestĂ©e neutreâ lorsque son pays a Ă©tĂ© envahi. Les forces armĂ©es libanaises sont littĂ©ralement Ă la solde des Ătats-Unis.
Il s'agit d'un pays complexe. La vĂ©ritĂ© est que la majoritĂ© des soldats de l'armĂ©e libanaise dĂ©fendraient bien leur pays contre IsraĂ«l s'ils le pouvaient, alors que leurs dirigeants partagent une toute autre opinion et nourrissent des ambitions politiques soutenues par les Ătats-Unis.
Les Ătats-Unis sont partie prenante au conflit. Les bombes qui sont tombĂ©es sur la tĂȘte des Libanais sont des bombes amĂ©ricaines, larguĂ©es par des avions amĂ©ricains. Les Ătats-Unis sont responsables de la âpaixâ en vertu de cet accord. L'hĂ©gĂ©mon impĂ©rial amĂ©ricain actuel a fait porter ses couleurs par l'ancienne puissance coloniale qu'est la France, en Ă©change de quoi la France a garanti l'immunitĂ© Ă Netanyahu pour ses crimes de guerre.
Le peuple libanais aspire dĂ©sespĂ©rĂ©ment Ă la paix. C'est sur l'insistance des Ătats-Unis que le Liban n'a pas de dĂ©fense aĂ©rienne - historiquement, les Ătats-Unis ont tout fait pour supprimer les dĂ©fenses aĂ©riennes fournies par la Syrie, et ont veillĂ© Ă ce qu'elles ne soient jamais remplacĂ©es. Les Ătats-Unis maintiennent le Liban au sol pour qu'IsraĂ«l puisse commettre ses violations.
Les Ătats-Unis souhaitent voir le Liban divisĂ©, affaibli et Ă la merci d'IsraĂ«l, et une rĂ©duction de la population chiite. La deuxiĂšme plus grande ambassade amĂ©ricaine au monde est en train d'ĂȘtre construite ici en tant que plaque tournante de l'influence rĂ©gionale, et le jour oĂč le cessez-le-feu est entrĂ© en vigueur, les Ătats-Unis et IsraĂ«l ont activĂ© l'attaque d'Alep par leur armĂ©e milicienne mandataire en Syrie [soit Hayat Tahrir al-Sham, branche dâAl QaĂŻda].
Le Hezbollah n'est pas officiellement signataire de l'accord de cessez-le-feu, qui est conclu entre Ătats, mais il est le plus grand parti politique au parlement libanais et membre du gouvernement de coalition du Liban. Par consĂ©quent, le Hezbollah a forcĂ©ment acceptĂ© l'accord de cessez-le-feu. Il a dĂ©sespĂ©rĂ©ment voulu prĂ©senter cet accord comme une victoire et confirmer qu'il a repoussĂ© l'invasion israĂ©lienne du Sud-Liban.
N'oublions pas que, de mĂ©moire d'homme, IsraĂ«l a occupĂ© et contrĂŽlĂ© Beyrouth, avec le soutien des Ătats-Unis et de la France. Je comprends donc trĂšs bien que prĂ©venir une telle situation soit une rĂ©ussite. C'est encore plus vrai si l'on considĂšre les pertes majeures subies par le Hezbollah avec l'assassinat de ses dirigeants et les pertes de ressources humaines dues aux attaques terroristes par beeper.
Mais cet accord de cessez-le-feu ne tient pas compte des conséquences positives des combats.
IsraĂ«l a montrĂ© sa capacitĂ© et sa volontĂ© de dĂ©vaster le Liban depuis les airs, tout comme il a dĂ©vastĂ© Gaza. Il a montrĂ© qu'il s'attaque aux mĂȘmes infrastructures vitales, et qu'il commet des actes barbares Ă grande Ă©chelle sans le moindre scrupule. Le Liban a vu que, tout comme Gaza, il ne dispose d'aucune capacitĂ© de dĂ©fense, et que la communautĂ© internationale ne fera rien pour arrĂȘter le massacre Ă court terme.
IsraĂ«l a passĂ© 72 heures en violations flagrantes du cessez-le-feu sans que les puissances occidentales n'Ă©mettent la moindre protestation. DĂšs que quiconque ripostera Ă un seul tir, les Ătats-Unis et leurs satellites crieront au scandale, les bombardements intensifs sur Beyrouth reprendront, et IsraĂ«l tentera Ă nouveau d'avancer Ă partir de ses nouvelles positions renforcĂ©es au Sud du Liban.
Je pense que cela se produira plus tÎt que tard. Les accords de paix qui favorisent entiÚrement l'une des parties ne durent jamais, à moins d'une extermination effective de la partie lésée, ce qui n'est pas le cas.
Du moins pas encore. Voilà un rappel sur le sens des valeurs morales d'Israël.
https://www.craigmurray.org.uk/archives/2024/11/lebanons-unbalanced-ceasefire-teeters-on-the-brink/


