đâđš BlackCore, ou lâarmĂ©e secrĂšte dâavatars israĂ©liens qui pirate les Ă©lections dans le monde entier
Une sociĂ©tĂ© inconnue a menĂ© en mars 2026 une campagne de dĂ©nigrement contre des candidats pro-palestiniens, puis tentĂ© dâeffacer toute trace de son existence dĂšs que les enquĂȘteurs se sont rapprochĂ©s.
đâđš BlackCore, ou lâarmĂ©e secrĂšte dâavatars israĂ©liens qui pirate les Ă©lections dans le monde entier
Par Freddie Ponton pour 21st Century Wire, le 13 juin 2026
La plupart des gens vivant hors de France nâont toujours aucune idĂ©e de ce quâest BlackCore.
Ils ignorent que BlackCore nâest ni une ferme Ă trolls ni une poignĂ©e de consultants malhonnĂȘtes, mais le nom commercial dâune machine dâinfluence industrielle composĂ©e dâanciens membres des services du renseignement militaires israĂ©lien, dâun cabinet dâavocats de Tel Aviv, de sociĂ©tĂ©s Ă©crans britanniques, dâun serveur londonien et dâoutils dâIA conçus pour crĂ©er des identitĂ©s fictives sur les rĂ©seaux sociaux et inonder les Ă©lections de rĂ©cits factices. Ils ignorent Ă©galement que ce mĂȘme Ă©cosystĂšme, dans sa dimension dĂ©fensive, vend des services de dĂ©tection de dĂ©sinformation aux gouvernements occidentaux et compte dĂ©sormais un ancien directeur de la CIA au sein de son conseil dâadministration.
Lâhistoire qui suit porte sur les opĂ©rations dâinfluence transnationales (prĂ©sumĂ©es) de BlackCore, qui utilisent des rĂ©seaux dâavatars et la dĂ©sinformation et sâĂ©tendent au-delĂ de la France Ă New York, en Ăcosse, en Angola et eu Togo. Tout commence par ce qui sâest passĂ© en France, puis la piste suit les rapports de lâĂtat français, une enquĂȘte conjointe de Haaretz et de LibĂ©ration qui a rĂ©vĂ©lĂ© de nouveaux dĂ©tails, les registres dâentreprises en IsraĂ«l et au Royaume-Uni, les documents dĂ©posĂ©s auprĂšs de la SEC aux Ătats-Unis et les traces numĂ©riques que BlackCore et ses partenaires nâont pas rĂ©ussi Ă effacer. Elle montre comment une campagne de dĂ©nigrement visant trois candidats municipaux met dĂ©sormais en lumiĂšre un Ă©cosystĂšme mondial de guerre de lâinformation israĂ©lien qui touche de nombreux pays et villes Ă travers le monde, le DĂ©partement dâĂtat amĂ©ricain et le bureau de Benjamin Netanyahu.
Cette enquĂȘte ne se contente pas de rĂ©pĂ©ter ce que Haaretz, LibĂ©ration, Reuters ou Viginum ont dĂ©jĂ mis sur la table. Elle rĂ©vĂšle la phase « Sadaqah Palestine » mise en Ćuvre par BlackCore pour infiltrer les cercles pro-palestiniens avant de les attaquer, la structure fiduciaire Benguy et les documents de la SEC qui montrent comment des sociĂ©tĂ©s peuvent dissimuler leurs vĂ©ritables intĂ©rĂȘts derriĂšre le cabinet dâavocats Afik, les carriĂšres au sein de lâUnitĂ© 8200 et du Shin Bet qui se cachent derriĂšre lâusine Ă avatars de Galacticos, et le double jeu menĂ© par Cyabra, Cygun, Ram Ben Barak et Mike Pompeo vendeurs dâoutils de dĂ©tection exploitant les mĂȘmes techniques utilisĂ©es pour les attaques.
La premiĂšre sĂ©rie dâarticles sâest contentĂ©e dâeffleurer les faits. BlackCore a Ă©tĂ© dĂ©signĂ©e comme la sociĂ©tĂ© Ă lâorigine de sites web anonymes et de faux comptes ciblant des candidats de La France Insoumise, et Viginum, le service de lâĂtat français créé en 2021 pour surveiller les ingĂ©rences numĂ©riques Ă©trangĂšres contre les intĂ©rĂȘts français, a confirmĂ© enquĂȘter sur une opĂ©ration Ă©trangĂšre. Puis lâaffaire a Ă©tĂ© rapidement oubliĂ©e. Le dossier Haaretz-LibĂ©ration lâa ramenĂ© sur le devant de la scĂšne et lâa propulsĂ© sur la scĂšne internationale, en reliant lâopĂ©ration Ă des infrastructures techniques situĂ©es Ă Londres et Ă un rĂ©seau dâentreprises au 103, rue HaHashmonaim Ă Tel Aviv.
LIRE LA SUITE : BlackCore (1re partie) : les cyber-mercenaires israéliens dans les élections françaises
Notre enquĂȘte va encore plus loin. Elle montre que le serveur londonien hĂ©bergeant les outils de BlackCore Ă©tait ancrĂ© dans une sociĂ©tĂ© Ă©cran britannique, SNI Ltd, dissoute par radiation dâoffice deux ans avant lâopĂ©ration française, mais qui a continuĂ© Ă servir dâinfrastructure active pour lâingĂ©rence Ă©lectorale Ă©trangĂšre.
Elle montre que la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne Ă lâorigine du systĂšme dâavatars, Galacticos Ltd, partage une adresse et un administrateur fiduciaire avec Benguy Escrow Company Ltd, une structure fiduciaire utilisĂ©e pour dĂ©tenir des actions pour le compte dâautrui et gĂ©rĂ©e par le mĂȘme avocat qui sert de prĂȘte-nom Ă Galacticos. Une des personnalitĂ©s techniques clĂ©s de Galacticos, Nir Benita, expert en cyberespionnage a oeuvrĂ© une dizaine dâannĂ©es en tant officier au sein de lâUnitĂ© 8200, lâunitĂ© centrale de renseignement dâorigine Ă©lectromagnĂ©tique et de cyber-renseignement dâIsraĂ«l, et que son parcours post-militaire passe directement par lâIA et les technologies de renseignement avant de le mener au sein de cette usine Ă influence.

LâenquĂȘte cartographie ensuite lâimage miroir : Cyabra, une sociĂ©tĂ© de renseignement sur les menaces sociales basĂ©e Ă Tel Aviv et dĂ©sormais cotĂ©e au Nasdaq sous le symbole CYAB, vend des outils dâIA permettant de dĂ©tecter les faux profils et les campagnes de dĂ©sinformation pour le compte de gouvernements et dâentreprises. Elle a Ă©tĂ© fondĂ©e par des vĂ©tĂ©rans de lâUnitĂ© 8200 et de la guerre de lâinformation de lâarmĂ©e israĂ©lienne qui, selon leurs propres dires et ceux de connaisseurs du secteur, ont mis en place des rĂ©seaux de faux profils avant de dĂ©velopper les outils permettant de les repĂ©rer. Parmi ses conseillers principaux figure lâancien directeur adjoint du Mossad, Ram Ben Barak, qui a dirigĂ© le ministĂšre des Affaires stratĂ©giques, lâunitĂ© gouvernementale israĂ©lienne chargĂ©e de coordonner les campagnes contre lâactivisme pro-palestinien international et le BDS, et son conseil dâadministration compte dĂ©sormais Mike Pompeo, ancien directeur de la CIA. Yigal Unna, ancien chef de la Direction nationale israĂ©lienne du cyberespace au sein du bureau du Premier ministre et, auparavant responsable des opĂ©rations de cyber-renseignement et de renseignement dâorigine Ă©lectromagnĂ©tique du Shin Bet, a Ă©tĂ© sollicitĂ© pour conseiller Galacticos. Il a dĂ©missionnĂ© et siĂšge dĂ©sormais au conseil consultatif de Cyabra tout en dirigeant Cygun, son cabinet de conseil privĂ©, dans les mĂȘmes rĂ©gions oĂč BlackCore a Ă©tĂ© accusĂ© dâopĂ©rer.

Pris ensemble, ces Ă©lĂ©ments nous permettent dâaffirmer clairement ce que les prĂ©cĂ©dents reportages ne faisaient quâĂ©voquer. BlackCore nâest pas une agence de diffamation indĂ©pendante opĂ©rant en vase clos. Câest le produit dâun Ă©cosystĂšme structurĂ© de guerre de lâinformation israĂ©lien qui sâappuie sur un vivier de talents unique, un pipeline doctrinal issu de lâUnitĂ© 8200 et dâunitĂ©s apparentĂ©es, ainsi quâune architecture dâentreprises et de fiducies conçue pour dissimuler le commanditaire ultime derriĂšre des avocats et des comptes sĂ©questres. Dâun cĂŽtĂ© se trouvent des outils dâIA et les usines Ă avatars utilisĂ©s pour traquer et perturber les Ă©lections dans les pays dont les politiciens critiquent la politique israĂ©lienne. De lâautre, se trouvent des dĂ©tecteurs dâIA vendus aux gouvernements sous couvert de protection de la dĂ©mocratie, gĂ©rĂ©s par les mĂȘmes anciens Ă©lĂšves et supervisĂ©s par la mĂȘme Ă©lite de la sĂ©curitĂ©.

Coup dur aux élections municipales françaises
Lâhistoire commence dans des villes qui font rarement la une de lâactualitĂ© internationale. Marseille. Toulouse. Roubaix. Lors des municipales françaises de 2026, trois candidats de La France Insoumise se prĂ©sentaient dans des circonscriptions devenues des lignes de front dans la guerre sociale que traverse le pays au sujet de Gaza, de la Palestine et de ce que peut encore signifier de se dire personnalitĂ© politique de gauche en France.
Les trois cibles Ă©taient SĂ©bastien Delogu Ă Marseille, François Piquemal Ă Toulouse et David Guiraud Ă Roubaix. Tous trois sâĂ©taient exprimĂ©s haut et fort sur la Palestine. Tous trois avaient des positions dĂ©plaisant Ă certains milieux Ă Paris, Bruxelles et Tel-Aviv. Et tous trois se sont retrouvĂ©s pris, en plein milieu dâune Ă©lection quâils Ă©taient tout Ă fait le droit de disputer sur le fond, sous une avalanche de diffamation quâaucun rival local nâavait les ressources ni les compĂ©tences techniques pour produire.
CâĂ©tait une opĂ©ration orchestrĂ©e. Des sites anonymes sont apparus avec des noms Ă©voquant des projets locaux de surveillance citoyenne ou des fuites citoyennes. Ils contenaient des allĂ©gations dĂ©taillĂ©es dâagressions sexuelles, de corruption, de fraude fiscale, de comptes cachĂ©s et de complices criminels non identifiĂ©s. Des images pornographiques de type âdeepfakeâ ont Ă©tĂ© glissĂ©es dans le flux. Des mots de passe et de prĂ©tendues donnĂ©es fiscales ont Ă©tĂ© divulguĂ©s. Lâensemble a ensuite Ă©tĂ© diffusĂ© sur les rĂ©seaux sociaux via des grappes de comptes humains Ă premiĂšre vue mais qui agissaient comme une unitĂ© disciplinĂ©e.
Les publicitĂ©s et les publications boostĂ©es ont continuĂ© Ă dĂ©filer aprĂšs le dĂ©but de la pĂ©riode officielle de silence Ă©lectoral. En vertu de la loi française, cette pĂ©riode est censĂ©e offrir aux Ă©lecteurs quelques jours de rĂ©pit. Ceux qui ont menĂ© lâopĂ©ration sâen moquaient, ou savaient que la sanction serait insignifiante face aux dĂ©gĂąts occasionnĂ©s. TikTok a confirmĂ© lâexistence dâun compte liĂ© et lâa supprimĂ© pour comportement trompeur. Meta a supprimĂ© des rĂ©seaux connexes pour ce quâelle a qualifiĂ© de comportement inauthentique coordonnĂ©. Les plateformes elles-mĂȘmes ont fini par confirmer ce que les journalistes et les enquĂȘteurs ont observĂ©.
Viginum, créé en 2021 Ă la suite de prĂ©cĂ©dentes alertes concernant des ingĂ©rences Ă©trangĂšres, a commencĂ© Ă tirer les ficelles. Sa mission consiste Ă surveiller les opĂ©rations numĂ©riques visant les intĂ©rĂȘts français et Ă signaler celles qui portent des empreintes Ă©trangĂšres. Ses analystes ont documentĂ© une campagne Ă©trangĂšre dont les signatures techniques et comportementales ne correspondaient pas au mix habituel de trolls dâextrĂȘme droite, de diffamateurs locaux ou dâactivisme chaotique en ligne.
Lorsque le directeur de Viginum, Marc-Antoine Brillant, sâest tenu aux cĂŽtĂ©s du Premier ministre SĂ©bastien Lecornu le 11 juin, il nâa pas seulement Ă©voquĂ© la campagne de dĂ©nigrement contre la France Insoumise. Il a dĂ©clarĂ© au pays que le mĂȘme modus operandi a Ă©tĂ© dĂ©ployĂ© contre une Ă©lection municipale Ă New York, contre la politique Ă©cossaise et dans des campagnes en Angola et au Togo. Ă New York, la cible a Ă©tĂ© bien sĂ»r la campagne municipale de 2025 finalement remportĂ©e par Zohran Mamdani, un candidat de gauche pro-palestinien dont la victoire a enthousiasmĂ© les jeunes juifs progressistes et alarmĂ© les franges plus traditionnellement pro-israĂ©liennes de lâestablishment politique de la ville. En Ăcosse, la campagne sâest concentrĂ©e sur le Premier ministre John Swinney, qui avait qualifiĂ© la campagne de Gaza de catastrophe humanitaire dâorigine humaine et refusĂ© de la prĂ©senter comme de la lĂ©gitime dĂ©fense israĂ©lienne. Sur tous les fronts, le profil des cibles est restĂ© le mĂȘme. Les candidats Ă©lus ou crĂ©dibles fermement opposĂ©s Ă la guerre de Gaza ou dĂ©fendant les droits des Palestiniens ont Ă©tĂ© attaquĂ©s par une armĂ©e invisible dâavatars.
Le nom donné par Viginum à cette opération était Rokh Solis/BlackCore.

Les documents du rapport technique de Viginum rĂ©vĂšlent que les comptes dâavatars BlackCore qui ont ciblĂ© Delogu et Piquemal nâont pas amplifiĂ© leurs diffamations de maniĂšre isolĂ©e. En effet, ils ont systĂ©matiquement relayĂ© du contenu provenant dâELNET France, lâEuropean Leadership Network, une organisation de lobbying pro-israĂ©lienne qui, depuis 2017, a financĂ© des voyages tous frais payĂ©s en IsraĂ«l pour plus de 90 parlementaires français et est officiellement enregistrĂ©e comme agent Ă©tranger du gouvernement israĂ©lien Ă lâAssemblĂ©e nationale. Ce chevauchement ne permet pas dâĂ©tablir quâELNET soit client ou complice de BlackCore. Cela signifie toutefois que les mĂȘmes faux comptes fabriquant des calomnies criminelles contre les candidats pro-palestiniens de LFI agissaient simultanĂ©ment comme des amplificateurs pour le lobby pro-israĂ©lien le plus influent de France â une convergence dâobjectifs, quâelle soit coordonnĂ©e ou fortuite, que les procureurs français et la CIA française (DGSI) ont Ă©tĂ© chargĂ©s dâexaminer.
Ce que rĂ©vĂšle le nom de code classifiĂ© de Viginum : lâopĂ©ration Rokh Solis
Comme nous lâavons Ă©tabli, Viginum ne sâest pas contentĂ© de citer BlackCore. Il lui a officiellement attribuĂ© un mode opĂ©ratoire informationnel, une dĂ©signation officielle des services du renseignement au niveau de lâĂtat, et lui a donnĂ© le nom de code Rokh Solis. Ce rapport se trouve dĂ©sormais sur le bureau du Premier ministre français. Nous savons dĂ©sormais que BlackCore est lâacteur, et Rokh Solis lâopĂ©ration. Cette distinction est importante car elle signifie que la France nâallĂšgue pas une faute dâentreprise, mais incrimine clairement une opĂ©ration du renseignement Ă©tranger.
Les dĂ©tails techniques contenus dans le rapport sont bien plus accablants que ne le laissent entendre les gros titres. Les quatre sites web diffamatoires, visant Delogu, Piquemal et Guiraud, ont tous Ă©tĂ© créés entre le 9 et le 19 fĂ©vrier 2026, partageaient la mĂȘme adresse IP, le mĂȘme modĂšle WordPress et, sur trois des quatre sites, une seule balise dâauteur dâimage : âusman latifâ. La mĂȘme personne, ou la mĂȘme Ă©quipe les a tous créés.
LâopĂ©ration sâest Ă©galement dĂ©roulĂ©e sur le terrain. Viginum a rĂ©pertoriĂ© des tracts imprimĂ©s comportant des QR codes renvoyant vers blogdesophie.com, le faux blog dâaccusation de viol, collĂ©s sur des murs Ă cinq endroits diffĂ©rents Ă Marseille. Cela signifie que quelquâun Ă©tait sur le terrain en France, et suggĂšre en outre que lâopĂ©ration nâa pas Ă©tĂ© entiĂšrement gĂ©rĂ©e depuis des serveurs Ă lâĂ©tranger.
Le rĂ©seau de faux comptes nâa pas Ă©tĂ© improvisĂ© la semaine prĂ©cĂ©dant le scrutin. Viginum a retracĂ© une vague coordonnĂ©e de ces comptes liĂ©s Ă des groupes Facebook français clĂ©s le 7 septembre 2025, six mois avant le premier tour, infiltrant des groupes tels que âMilitants de Droiteâ et âCombat RĂ©publicain 2027â pour se forger une crĂ©dibilitĂ© avant les hostilitĂ©s. En octobre 2025, ce mĂȘme groupe sâĂ©tait orientĂ© vers des groupes centrĂ©s sur New York, notamment ceux soutenant Andrew Cuomo, avant mĂȘme que Zohran Mamdani ne sâimpose comme cible principale. Un client, deux Ă©lections planifiĂ©es en parallĂšle, plusieurs mois Ă lâavance.
Lorsque lâenquĂȘte du Monde a Ă©tĂ© publiĂ©e le 9 mars 2026, les opĂ©rateurs ne se sont pas contentĂ©s de supprimer les comptes. Plusieurs se sont renommĂ©s avec des identitĂ©s et des localisations israĂ©liennes : âMaxime Meirelesâ est devenu âRomi Shushanâ Ă Tel Aviv-Jaffa. âAmĂ©lie Charpentierâ est devenue âShirel Matanaâ Ă Rishon LeZion. Cette trace numĂ©rique est bien documentĂ©e dans le rapport Viginum, reliant les opĂ©rateurs de comptes Ă des responsables basĂ©s en IsraĂ«l qui gĂ©raient le nettoyage en temps rĂ©el.
Enfin, Viginum a identifiĂ© un groupe angolais distinct de 48 comptes portant des noms Ă consonance portugaise, amplifiant le contenu du gouvernement du MPLA Ă lâaide de signatures techniques identiques Ă celles de lâopĂ©ration française.
Nous pouvons en conclure que BlackCore ne menait pas quâune seule campagne. Les preuves suggĂšrent fortement quâil gĂ©rait plutĂŽt un portefeuille.
La fausse opération de solidarité antérieure
Avant que BlackCore ne lance sa machine Ă diffamation contre Delogu, Piquemal et Guiraud, il menait une autre opĂ©ration qui aggrave encore la situation. La mĂȘme infrastructure qui a ensuite inondĂ© les rĂ©seaux sociaux français de deepfakes et dâallĂ©gations criminelles fabriquĂ©es de toutes piĂšces a dâabord exploitĂ© un site web appelĂ© Sadaqah Palestine. Ce site se prĂ©sentait comme une organisation humanitaire apolitique venant en aide aux Palestiniens dĂ©placĂ©s par la pauvretĂ©, la guerre et lâoccupation. Le site Ă©tait en ligne. Il disposait dâun formulaire de don en ligne. Des comptes sur les rĂ©seaux sociaux X, Instagram et Facebook en faisaient la promotion, avec des schĂ©mas dâengagement et des listes dâabonnĂ©s que les enquĂȘteurs ont identifiĂ©s comme Ă©tant faux. MĂȘmes avatars. MĂȘmes schĂ©mas. MĂȘmes opĂ©rateurs.
Une enquĂȘte conjointe menĂ©e par LibĂ©ration et Haaretz a permis de remonter la piste des enregistrements techniques de ce site web jusquâaux serveurs et domaines liĂ©s Ă BlackCore qui ont ensuite hĂ©bergĂ© le gĂ©nĂ©rateur dâavatars et les outils de diffamation anti-LFI. ParallĂšlement, la presse turque et arabe a rapportĂ© que ce mĂȘme site a Ă©tĂ© utilisĂ© pour solliciter des dons sous la banniĂšre âSoutien Ă la Palestineâ, tout en Ă©tant contrĂŽlĂ© par la mĂȘme entitĂ© israĂ©lienne dĂ©jĂ sous le coup dâune enquĂȘte pour ingĂ©rence dans les Ă©lections françaises.
Personne nâa encore Ă©tabli si ce site a recueilli de vĂ©ritables dons, rĂ©coltĂ© des donnĂ©es personnelles auprĂšs de personnes investies, ou sâil avait principalement servi de couverture pour donner Ă BlackCore une identitĂ© pro-palestinienne au sein des espaces numĂ©riques musulmans et de gauche français avant de sâen prendre aux personnalitĂ©s politiques partageant ces valeurs.
Ce qui est dĂ©jĂ avĂ©rĂ© suffit amplement. BlackCore ne sâest pas contentĂ© de mener une opĂ©ration dâattaque. Il sâest dâabord fait passer pour un mouvement de solidaritĂ© avec la Palestine, sâest implantĂ© au sein de communautĂ©s qui croyaient en ce cadre, puis a retournĂ© cette mĂȘme infrastructure contre ceux pour lesquelles ces communautĂ©s Ă©taient les plus susceptibles de voter. Si lâon cherche un terme pour dĂ©crire cela, câest :âinfiltrationâ.
Le rapport âRokh Solisâ de Viginum identifie un autre domaine liĂ© Ă lâĂ©cosystĂšme BlackCore qui nâa pratiquement pas retenu lâattention de la presse. Le site âforsane-alizza.euâ Ă©tait hĂ©bergĂ© sur une infrastructure suĂ©doise, dont les enquĂȘteurs ont dĂ©couvert quâelle faisait activement la promotion de âlalternative2026.comâ, le faux site gĂ©rĂ© par BlackCore qui prĂ©tendait orienter les Ă©lecteurs musulmans vers les candidats de LFI lors des Ă©lections municipales françaises. Le choix du nom nâĂ©tait pas fortuit. Forsane Alizza (Cavaliers de la FiertĂ©), est le nom dâun vĂ©ritable groupe islamiste français interdit par lâĂtat français en 2012 aprĂšs avoir Ă©tĂ© liĂ© Ă Mohamed Merah, le tireur de Toulouse dont les attaques ont tuĂ© sept personnes, dont trois enfants juifs Ă lâĂ©cole Ozar Hatorah. Son fondateur, Mohamed Achamlane, a Ă©tĂ© reconnu coupable en 2015 de prĂ©paration dâactes terroristes et condamnĂ© Ă neuf ans de prison.
En enregistrant un domaine sous ce nom et en lâutilisant pour amplifier sa fausse opĂ©ration dâorientation des Ă©lecteurs musulmans, BlackCore rĂ©alisait deux objectifs. Elle empruntait la notoriĂ©tĂ© du groupe islamiste le plus tristement cĂ©lĂšbre de France pour se forger une crĂ©dibilitĂ© au sein des communautĂ©s infiltrĂ©es, tout en sâassurant que tout journaliste ou analyste de la sĂ©curitĂ© dĂ©couvrirait un nom synonyme de terrorisme djihadiste associĂ© Ă du contenu promouvant les candidats de LFI, une pilule empoisonnĂ©e contre les politiciens mĂȘmes que BlackCore prĂ©tendait soutenir.
Lâentreprise qui a tentĂ© de sâeffacer
Avant de paniquer et dâeffacer toute trace de son existence, BlackCore se prĂ©sentait comme une sociĂ©tĂ© dâinfluence dâĂ©lite et une entreprise spĂ©cialisĂ©e dans le cyberespace et les technologies Ă lâĂšre de la guerre de lâinformation. Son site web, conservĂ© un instant dans des archives et des captures dâĂ©cran, promettait aux gouvernements, aux entreprises et aux campagnes Ă©lectorales des stratĂ©gies de pointe, des outils avancĂ©s et une sĂ©curitĂ© robuste pour façonner le rĂ©cit en ligne.
Il ne mentionnait ni ses dirigeants ni ses clients. Il ne comportait aucune adresse correspondant Ă une entrĂ©e du registre du commerce israĂ©lien. Le domaine blackcore.online Ă©tait hĂ©bergĂ© par un registraire islandais connu pour lâanonymat de ses propriĂ©taires et a Ă©tĂ© enregistrĂ© en aoĂ»t 2025, quelques mois seulement avant lâintensification des campagnes municipales en vue du scrutin de 2026.
DĂšs que les enquĂȘtes menĂ©es par les mĂ©dias français ont commencĂ© Ă citer Blackcore, le site a Ă©tĂ© mis hors ligne. La page LinkedIn a disparu. La marque sâest Ă©vanouie. La seule raison pour laquelle on peut encore la nommer est que lâinfrastructure qui la sous-tendait nâa pas Ă©tĂ© mise hors service assez rapidement.
La machine londonienne et le réseau de serveurs répartis sur quatre pays
Le travail conjoint de Haaretz et de LibĂ©ration ainsi que le rapport technique de Viginum ont permis de retracer lâopĂ©ration jusquâĂ un cluster de serveurs dĂ©libĂ©rĂ©ment rĂ©partis sur quatre juridictions europĂ©ennes : le Royaume-Uni, lâAllemagne, la Finlande et la Lituanie. Cette rĂ©partition nâest pas le fruit du hasard. Elle dispatche les diffĂ©rents Ă©lĂ©ments de lâopĂ©ration entre diffĂ©rents systĂšmes juridiques, fragmente la compĂ©tence juridictionnelle, ralentit les demandes de retrait et rend la responsabilisation complexe pour tout gouvernement tentant dâagir seul.

Les enquĂȘteurs ont identifiĂ© au moins huit sous-domaines liĂ©s au domaine principal de BlackCore. DiffĂ©rentes sections de lâopĂ©ration reposaient sur diffĂ©rents sous-domaines. La gĂ©nĂ©ration dâavatars sur lâun. La distribution de contenu sur un autre. La fausse ONG de façade et les sites web de diffamation sur dâautres.
Le nĆud central Ă©tait un serveur londonien louant de la capacitĂ© Ă un fournisseur de cloud finlandais. Cette machine abritait les rouages de lâusine Ă influence. Rien de tout cela nâĂ©tait destinĂ© au public. Tous les systĂšmes hĂ©bergĂ©s Ă©taient protĂ©gĂ©s par un identifiant.
Sur ce serveur, les enquĂȘteurs ont trouvĂ© une page de connexion pour un gĂ©nĂ©rateur de donnĂ©es dâavatars de Galacticos AI, des tableaux de bord protĂ©gĂ©s par mot de passe portant le nom SNI (Strategic Network Intelligence), un gĂ©nĂ©rateur dâagents interne, des outils agressifs de recherche sur Facebook et dâinfiltration de groupes, ainsi que des systĂšmes nommĂ©s Omri Systems et Electric Marinade. Le service marketing de BlackCore se vantait de disposer dâune armĂ©e de 1 600 avatars. Ă la lumiĂšre de ces informations, ce chiffre ressemble moins Ă de la vantardise quâĂ un simple inventaire. Chaque avatar Ă©tait dotĂ© dâun visage gĂ©nĂ©rĂ© par IA capable de dĂ©jouer la recherche dâimages inversĂ©e, dâun historique de publications antidatĂ©es et dâun script comportemental adaptĂ© aux habitudes des utilisateurs rĂ©els sur Facebook, Instagram, TikTok et X.
Le serveur londonien nâĂ©tait pas isolĂ©. Ses donnĂ©es de domaine et ses rĂ©fĂ©rences internes le reliaient Ă SNI et Ă Galacticos, la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne Ă lâorigine du systĂšme dâavatars. La piste menait tout droit Ă un immeuble de Tel Aviv.
Le nĆud suĂ©dois : Iron Mind AB et Nir Dobicky
Le rapport technique de Viginum identifie une autre entitĂ© qui avait complĂštement Ă©chappĂ© aux analyses prĂ©cĂ©dentes : une sociĂ©tĂ© suĂ©doise appelĂ©e Iron Mind AB (numĂ©ro dâenregistrement 559551-9181, enregistrĂ©e le 30 octobre 2025 Ă TĂ€by, au nord de Stockholm), dont le sous-domaine (avatarâdatagenerator.dev.iron-mind.ai) Ă©tait techniquement liĂ© Ă la mĂȘme infrastructure de gĂ©nĂ©ration dâavatars que BlackCore. Le PDG de la sociĂ©tĂ©, Nir Dobicky, est Ă©galement administrateur de deux sociĂ©tĂ©s enregistrĂ©es au Royaume-Uni, Ă savoir Rocketpod Technologies Ltd et SocialWorx Limited, toutes deux basĂ©es Ă la mĂȘme adresse londonienne, Norvin House sur Commercial Street, et toutes deux dĂ©crites par Viginum comme spĂ©cialisĂ©es dans les outils dâinfluence en ligne et dâautomatisation. Parmi les co-administrateurs de Rocketpod figurent Assaf et Barak Finkelshtein, tous deux ressortissants israĂ©liens basĂ©s en IsraĂ«l. Le schĂ©ma est identique Ă celui de la sociĂ©tĂ© britannique SNI Ltd, avec des entitĂ©s juridiques officielles enregistrĂ©es dans des juridictions respectables, ici la SuĂšde et lâAngleterre qui forment la couche supĂ©rieure stable dâun Ă©cosystĂšme dont le cĆur opĂ©rationnel se cache derriĂšre des registraires anonymes et des sous-domaines jetables. Dans cette architecture, la SuĂšde nâest pas une cible. Câest un pavillon de complaisance
De Pagecorn Ă Galacticos : la couche dâoutils cachĂ©e de BlackCore
Une enquĂȘte conjointe menĂ©e par LibĂ©ration et Haaretz a permis de remonter la piste de BlackCore jusquâĂ une structure dâentreprises plus profonde, de type sociĂ©tĂ© Ă©cran, Ă Tel Aviv. Selon les registres du commerce israĂ©liens citĂ©s dans ce reportage, la sociĂ©tĂ© dĂ©sormais commercialisĂ©e sous le nom de Galacticos a vu le jour sous le nom de Pagecorn Ltd., a ensuite Ă©tĂ© rebaptisĂ©e Mycelium Intelligence Networks, et nâa adoptĂ© le nom Galacticos que plus tard, soit une succession de changements de nom reflĂ©tant les schĂ©mas de dissimulation observĂ©s chez dâanciennes sociĂ©tĂ©s israĂ©liennes dâinfluence Ă la demande. Galacticos et sa sociĂ©tĂ© sĆur SNI (Strategic Network Intelligence) partagent la mĂȘme adresse Ă Tel Aviv et sont dĂ©tenues conjointement par lâavocat Doron Afik et Guy Geyor, star de la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© devenue entrepreneur dans le secteur des technologies. Les deux hommes nient tout lien avec BlackCore ou toute activitĂ© politique en France, alors mĂȘme que leurs infrastructures se recoupent.
Sur le plan technique, LibĂ©ration et Haaretz ont retracĂ© lâinfrastructure de BlackCore jusquâĂ un serveur basĂ© Ă Londres et exploitĂ© par un fournisseur de cloud finlandais qui, depuis mi-2025, nâhĂ©bergeait que quatre âdomaines rĂ©seauâ : deux appartenant Ă BlackCore, un Ă Omri Systems et un quatriĂšme appelĂ© Electric Marinade. DerriĂšre les pages de connexion de ces domaines se cachait une suite dâoutils internes portant des noms tels que âavatar-generatorâ, âagent-makerâ et âfb-searchâ, y compris une interface âGalacticos AI Avatar Generatorâ que des sources ont dĂ©crite comme un tableau de bord permettant de crĂ©er et de gĂ©rer un grand nombre de faux comptes utilisĂ©s Ă la fois dans des opĂ©rations dâinfluence et pour la surveillance des rĂ©seaux sociaux. La mĂȘme infrastructure a Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ© une âCampagne du gouvernement angolais, programme de formation, fĂ©vrier 2026â en portugais sur le sous-domaine angola-plan.blackcore-online, faisant la promotion de campagnes publicitaires sur Meta et TikTok ainsi quâun calendrier Ă©ditorial de trois mois, preuve que cette boĂźte Ă outils Ă©tait proposĂ©e au-delĂ de la France Ă au moins un client gouvernemental africain.
Les traces financiĂšres et humaines autour de Galacticos brouillent encore davantage la frontiĂšre entre âOSINTâ commercial et ingĂ©rence politique. Lâancien chef de la Direction nationale israĂ©lienne de la cybersĂ©curitĂ©, Yigal Unna, a dĂ©clarĂ© avoir Ă©tĂ© approchĂ© par Afik il y a environ deux ans pour aider Ă trouver des clients pour ce qui Ă©tait prĂ©sentĂ© comme une start-up spĂ©cialisĂ©e dans les rĂ©seaux sociaux et le renseignement open source, axĂ©e sur la protection des marques. Il dĂ©crit toutefois ce quâil a vu comme une coquille vide improvisĂ©e plutĂŽt quâune entreprise en activitĂ© normale, sans Ă©quipe de direction ni personnel visible. ParallĂšlement, la start-up de Geyor spĂ©cialisĂ©e dans les frais de mariage Easy2Give / Going Dutch a Ă©tĂ© rachetĂ©e dans le cadre dâune fusion par Ă©change dâactions par la sociĂ©tĂ© Ă©cran cotĂ©e Ă Tel-Aviv Axilion Smart Mobility Ltd., une transaction fiĂšrement mise en avant par le cabinet dâavocats dâAfik en tant que conseiller juridique de lâopĂ©ration, illustrant ainsi comment ce mĂȘme petit cercle dâacteurs chevauche Ă la fois la fintech et les outils dâinfluence clandestins.
Surtout, la rĂ©action de lâinfrastructure face Ă lâexamen minutieux renvoie Ă un centre opĂ©rationnel commun. LibĂ©ration et Haaretz rapportent que moins de deux heures aprĂšs avoir contactĂ© pour la premiĂšre fois Afik et Geyor avec des questions dĂ©taillĂ©es sur BlackCore, le reste de lâinfrastructure en ligne liĂ©e Ă la fois Ă BlackCore et Ă Galacticos, y compris plusieurs systĂšmes hĂ©bergĂ©s Ă Londres, a Ă©tĂ© brusquement mis hors ligne. Cette purge quasi instantanĂ©e ne prouve pas en soi qui a ordonnĂ© les campagnes, mais elle suggĂšre fortement que la pile de gĂ©nĂ©ration dâavatars, la marque BlackCore et les entitĂ©s juridiques de Tel Aviv constituent des Ă©lĂ©ments rĂ©actifs dâun seul et mĂȘme systĂšme plutĂŽt que des observateurs innocents et dĂ©connectĂ©s
103, rue HaHashmonaim
Galacticos Ltd figure au registre des sociĂ©tĂ©s israĂ©lien sous le numĂ©ro 516599818. Elle a Ă©tĂ© constituĂ©e en avril 2022 sous le nom de Pagecorn, puis rebaptisĂ©e Mycelium Intelligence Networks et enfin renommĂ©e Galacticos en 2024. Son siĂšge social est situĂ© au 103, rue HaHashmonaim Ă Tel Aviv. Cette mĂȘme adresse abrite Strategic Network Intelligence Ltd et Afik & Co. est un cabinet dâavocats dâaffaires spĂ©cialisĂ© dans les transactions internationales et habilitĂ© Ă exercer tant en IsraĂ«l quâĂ New York. Cette habilitation Ă New York est prĂ©cieuse car elle confirme que le cabinet Doron Afik situĂ© Ă cette adresse dĂ©tient la participation majoritaire dans Galacticos et est Ă©galement le fiduciaire de la sociĂ©tĂ© de dĂ©pĂŽt fiduciaire situĂ©e dans le mĂȘme immeuble. Il jouit dâune qualitĂ© pour agir dans la juridiction oĂč BlackCore est accusĂ© dâavoir menĂ© une opĂ©ration dâinfluence contre une Ă©lection municipale.

Lâentrepreneur technologique et ancienne personnalitĂ© de la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© Guy Geyor dĂ©tient environ 28 % de Galacticos. Il a personnellement enregistrĂ© le domaine galacticos.ai et dĂ©signĂ© la SNI comme titulaire de lâenregistrement. Il ne sâagit pas dâune simple opĂ©ration dâentreprise. Câest une seule et mĂȘme personne qui relie les deux sociĂ©tĂ©s en son nom propre. Lorsque Haaretz et LibĂ©ration les ont contactĂ©s, Afik et Geyor ont tous deux niĂ© tout lien avec BlackCore ou avec des opĂ©rations politiques en France. Et en quelques heures, lâinfrastructure de Galacticos et BlackCore a disparu.
Nir Benita, vĂ©tĂ©ran de lâUnitĂ© 8200, dĂ©tient une participation minoritaire et apparaĂźt comme une figure de niveau cofondateur, tandis que le directeur technique Daniel David Levy dĂ©tient une autre participation minoritaire.
Strategic Network Intelligence, en IsraĂ«l, opĂšre depuis le mĂȘme cabinet dâavocats sous le contrĂŽle dâAfik et de Geyor, et apparaĂźt dans les domaines et les rĂ©fĂ©rences internes comme la branche infrastructure et outils de Galacticos. La sociĂ©tĂ© Ă©cran britannique, SNI Ltd, numĂ©ro dâenregistrement 14458636, a Ă©tĂ© constituĂ©e en novembre 2022 Ă une adresse rĂ©sidentielle Ă Swanley, dans le Kent, enregistrĂ©e sous la catĂ©gorie gĂ©nĂ©rique âvente au dĂ©tail par correspondanceâ que les sociĂ©tĂ©s Ă©crans utilisent lorsquâelles souhaitent une inscription discrĂšte au registre des sociĂ©tĂ©s. Elle nâa jamais dĂ©posĂ© de comptes en bonne et due forme. Le registre des sociĂ©tĂ©s a engagĂ© une procĂ©dure de radiation dâoffice, avant de finalement dissoudre SNI Ltd en avril 2024.
MalgrĂ© cette dissolution, le serveur londonien utilisant son nom et hĂ©bergeant les outils dâIA de Galacticos est restĂ© en service jusquâau dĂ©but du mois de mai 2026, date Ă laquelle les demandes de la presse adressĂ©es aux dirigeants de Tel Aviv ont finalement entraĂźnĂ© sa fermeture. En vertu de la lĂ©gislation britannique, une sociĂ©tĂ© dissoute ne peut ni exercer dâactivitĂ© commerciale ni conclure de contrats. Ses actifs restants deviennent techniquement des biens vacants propriĂ©tĂ© de la Couronne. Dans la pratique, cela ressemblait Ă un hĂ©bergement cloud financĂ© par une autre source et laissĂ© en service longtemps aprĂšs la disparition officielle de la sociĂ©tĂ© Ă©cran. Une sociĂ©tĂ© britannique dissoute servait de base Ă une infrastructure active utilisĂ©e pour sâingĂ©rer dans des Ă©lections Ă©trangĂšres. VoilĂ ce qui se cache derriĂšre le nĆud londonien de BlackCore.
La sociĂ©tĂ© fiduciaire situĂ©e dans le mĂȘme bĂątiment
Ă la mĂȘme adresse Ă Tel Aviv, une autre sociĂ©tĂ© apparaĂźt rĂ©guliĂšrement dans les registres fĂ©dĂ©raux amĂ©ricains. Benguy Escrow Company Ltd, immatriculĂ©e en IsraĂ«l sous le numĂ©ro 513905034, est une sociĂ©tĂ© fiduciaire et dâentiercement enregistrĂ©e au 103 HaHashmonaim Street et contrĂŽlĂ©e par Doron Afik.
Les documents dĂ©posĂ©s auprĂšs de la SEC pour SMX, Security Matters Public Limited Company, dĂ©crivent Benguy comme une fiducie testamentaire dont le fondateur de SMX, Haggai Alon, est le bĂ©nĂ©ficiaire et Afik le fiduciaire. Un accord de blocage dĂ©posĂ© auprĂšs de la SEC porte la signature dâAfik en tant que fiduciaire de Benguy Escrow, indiquant lâadresse c/o Afik & Co., 103 rue HaHashmonaim, Tel Aviv. Dans une autre piĂšce jointe Ă la SEC, Benguy apparaĂźt comme agent fiduciaire dans un contrat dâachat dâactions, Ă nouveau sous le mĂȘme numĂ©ro dâenregistrement, et Ă nouveau avec la signature dâAfik.
Le mĂ©canisme est simple. Au lieu dâune inscription au registre indiquant que M. X dĂ©tient 20 % dâune sociĂ©tĂ© sensible, le registre indique que câest Benguy Escrow Company Ltd qui en dĂ©tient 20 %. Lâacte de fiducie, qui nâest pas public en IsraĂ«l, mentionne le vĂ©ritable bĂ©nĂ©ficiaire. La structure est lĂ©gale. Elle est Ă©galement conçue pour les situations oĂč lâon ne souhaite pas que le public sache qui contrĂŽle rĂ©ellement quoi.
Aucun document public nâa encore montrĂ© que Benguy Ă©tait actionnaire de Galacticos. Ce qui est dĂ©jĂ documentĂ© suffit Ă poser question aux enquĂȘteurs. Le mĂȘme avocat qui sert de prĂȘte-nom Ă Galacticos et SNI, signe les documents de la SEC en tant que fiduciaire pour Benguy et dirige son cabinet dâavocats depuis la mĂȘme adresse a dĂ©jĂ utilisĂ© Benguy pour dĂ©tenir des participations dans dâautres opĂ©rations technologiques Ă lâabri des regards du public. Si quelquâun voulait placer un sponsor politique ou Ă©tatique au sein de Galacticos sans que son nom nâapparaisse jamais dans le registre israĂ©lien, câest exactement le type de structure quâil utiliserait. Les procureurs français et la DGSI ont tous deux Ă©tĂ© informĂ©s de cette piste.

Le rĂ©seau issu de lâUnitĂ© 8200 et du Shin Bet
Une fois les structures de façade et les sociĂ©tĂ©s Ă©crans Ă©cartĂ©es, on aboutit Ă un petit groupe de personnes qui a appris un mĂ©tier au sein de lâappareil de sĂ©curitĂ© israĂ©lien et lâapplique dĂ©sormais au reste du monde. LâUnitĂ© 8200 se trouve au sommet de ce rĂ©seau. Il sâagit de lâunitĂ© du renseignement dâorigine Ă©lectromagnĂ©tique et de cyberoffensive de lâarmĂ©e israĂ©lienne, comparable Ă lâAgence nationale de sĂ©curitĂ© amĂ©ricaine (NSA) et au Government Communications Headquarters (GCHQ) britannique, chargĂ©e dâintercepter les communications, de dĂ©chiffrer les codes, de manipuler les rĂ©seaux et de soutenir des opĂ©rations secrĂštes Ă lâĂ©tranger. Une expĂ©rience au sein de cette unitĂ© est un atout majeur sur les CV des techniciens de Tel Aviv et dans de nombreux dossiers de prĂ©sentation de la Silicon Valley. Elle indique aux investisseurs que vous avez menĂ© des opĂ©rations rĂ©elles sur des cibles concrĂštes.
Nir Benita, dĂ©tenteur dâoptions chez Galacticos et figure de proue au rang de cofondateur, est dĂ©crit dans la presse française comme un ancien officier de lâUnitĂ© 8200 qui a Ă©voluĂ© au sein dâentreprises spĂ©cialisĂ©es dans lâIA et le renseignement avant de prendre une participation et un poste technique dans la sociĂ©tĂ© qui a dĂ©veloppĂ© le gĂ©nĂ©rateur dâavatars hĂ©bergĂ© sur le serveur londonien.
Le parcours de Yigal Unna au sein du mĂȘme systĂšme est encore plus marquĂ©. Il a dĂ©butĂ© Ă lâUnitĂ© 8200, puis a passĂ© 23 ans au sein du Shin Bet, les services de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure israĂ©liens, oĂč il a dirigĂ© la division des opĂ©rations de cyber-renseignement et de renseignement dâorigine Ă©lectromagnĂ©tique. Pendant la majeure partie de cette carriĂšre, il nâĂ©tait connu en interne que sous le nom de âYâ, la lettre utilisĂ©e pour masquer les noms des hauts responsables. En 2014, il est devenu chef de la division SIGINT-Cyber du Shin Bet, relevant directement du directeur gĂ©nĂ©ral et dirigeant Ă la fois les capacitĂ©s cyber offensives et dĂ©fensives au cĆur mĂȘme du travail de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure dâIsraĂ«l.
Sa mission comprenait des opĂ©rations qui ont directement influencĂ© le conflit. Lâune dâelles fut la campagne de surveillance qui a permis de localiser et de contribuer Ă lâĂ©limination de Yahya Ayyash, le fabricant de bombes du Hamas et chef du bataillon de Cisjordanie des Brigades Izz ad-Din al-Qassam, Ă lâorigine de certaines des attaques les plus meurtriĂšres des annĂ©es 1990, qui a Ă©tĂ© tuĂ© par un tĂ©lĂ©phone portable piĂ©gĂ© le 5 janvier 1996.
En 2017, Netanyahu a nommĂ© Yigla Unna directeur gĂ©nĂ©ral de la Direction nationale israĂ©lienne de la cybersĂ©curitĂ© (INCD), lâorganisme civil au sein du bureau du Premier ministre qui a regroupĂ© les capacitĂ©s de cyberdĂ©fense auparavant dispersĂ©es entre le Shin Bet et dâautres agences. Il a occupĂ© ce poste jusquâen 2022, rendant compte au bureau du Premier ministre et pilotant la stratĂ©gie nationale dâIsraĂ«l en matiĂšre de cybersĂ©curitĂ©.
AprĂšs avoir quittĂ© le gouvernement, il a lancĂ© Cygun, un cabinet de conseil privĂ© proposant des projets de renforcement des capacitĂ©s cybernĂ©tiques Ă des gouvernements allant de lâInde au Mexique en passant par lâAfrique de lâOuest, plusieurs de ces rĂ©gions Ă©tant celles oĂč des activitĂ©s liĂ©es Ă BlackCore ont Ă©tĂ© signalĂ©es. Afik lâa ensuite contactĂ© pour quâil conseille une start-up spĂ©cialisĂ©e dans lâOSINT et les rĂ©seaux sociaux pour la protection des marques. Unna affirme avoir perçu une certaine improvisation et sâĂȘtre retirĂ©. En octobre 2024, il a rejoint le comitĂ© consultatif de Cyabra.
Le miroir nommé Cyabra
Cyabra est prĂ©sentĂ©e comme lâentreprise israĂ©lienne censĂ©e lutter contre le type dâopĂ©ration menĂ©e par BlackCore en France. Son argumentaire met en avant une IA capable de dĂ©tecter les faux profils, les comportements inauthentiques coordonnĂ©s et les deepfakes, protĂ©geant ainsi les dĂ©mocraties, les marques et le discours public contre la manipulation et lâingĂ©rence Ă©trangĂšre.
Lâentreprise est bien rĂ©elle, tout comme ses outils. Cyabra est dĂ©sormais cotĂ©e au Nasdaq sous le symbole CYAB, aprĂšs avoir finalisĂ© une fusion avec Trailblazer Merger Corporation I en mars 2026. Elle figure sur la liste de lâAdministration des services gĂ©nĂ©raux des Ătats-Unis, ce qui signifie que les agences fĂ©dĂ©rales peuvent acheter ses services comme auprĂšs dâun fournisseur ordinaire. Elle a publiquement citĂ© le DĂ©partement dâĂtat amĂ©ricain parmi ses clients et affirme avoir aidĂ© 19 gouvernements Ă protĂ©ger les Ă©lections au Moyen-Orient et en Asie-Pacifique au cours de lâannĂ©e Ă©coulĂ©e.
Mais voyons qui lâa créée. Le PDG et cofondateur Dan Brahmy dirige lâentreprise. Le directeur des produits Yossef Daar a passĂ© prĂšs dâune dĂ©cennie dans les services du renseignement militaire israĂ©liens, notamment en tant que chef de dĂ©partement. Le directeur technique Ido Shraga est un autre vĂ©tĂ©ran des services de renseignement. Les trois fondateurs sont tous des vĂ©tĂ©rans des unitĂ©s dâĂ©lite des services de renseignement israĂ©liens. Globes a rapportĂ© que les fondateurs disposent dâune grande expĂ©rience dans lâutilisation des identitĂ©s numĂ©riques au sein des services de renseignement militaire et Ă©conomique, et avaient compris que pour diffuser de la dĂ©sinformation en ligne, il Ă©tait nĂ©cessaire dâutiliser de fausses identitĂ©s. Ces mĂȘmes compĂ©tences qui permettent de mener une attaque sont dĂ©sormais mises au service de la dĂ©fense.
DĂšs le dĂ©but, Cyabra a pu compter sur Ram Ben Barak en tant que conseiller principal. Ben Barak a passĂ© 27 ans au Mossad, oĂč il a gravi les Ă©chelons jusquâau poste de directeur adjoint, puis a dirigĂ© le ministĂšre des Services de renseignement et le ministĂšre des Affaires stratĂ©giques, le dĂ©partement chargĂ© de lutter contre le BDS et dâautres campagnes menĂ©es contre la politique dâIsraĂ«l envers les Palestiniens.
En janvier 2024, Mike Pompeo, ancien directeur de la CIA et secrĂ©taire dâĂtat, a rejoint le conseil dâadministration de Cyabra. Il a dirigĂ© les services de renseignement Ă©trangers et la diplomatie des Ătats-Unis Ă une Ă©poque de coopĂ©ration Ă©troite entre les Ătats-Unis et IsraĂ«l en matiĂšre de sĂ©curitĂ©. Il siĂšge dĂ©sormais au conseil dâadministration dâune entreprise israĂ©lienne composĂ©e dâanciens membres de lâUnitĂ© 8200 et de lâarmĂ©e israĂ©lienne spĂ©cialisĂ©s dans la guerre de lâinformation, conseillĂ©e par un ancien adjoint du Mossad et un ancien directeur national de la cybersĂ©curitĂ©, et qui vend des services au DĂ©partement dâĂtat amĂ©ricain et Ă ces 19 gouvernements.
En octobre 2024, Ă peu prĂšs au moment oĂč Unna affirme avoir pris ses distances avec Galacticos, il a rejoint Cyabra en tant que conseiller. Lâhomme dont le nom Ă©tait trop confidentiel pour ĂȘtre divulguĂ© au sein du Shin Bet, qui dirigeait lâappareil cybernĂ©tique israĂ©lien sous Netanyahu et dont le nom apparaĂźt dans des documents liĂ©s au bureau dâAfik, contribue dĂ©sormais Ă piloter la plateforme de dĂ©tection phare israĂ©lienne qui fonctionne sur les mĂȘmes signaux techniques que les outils offensifs de Galacticos.
Le systĂšme de dĂ©tection de Cyabra traque les groupes de comptes agissant de maniĂšre coordonnĂ©e, effectue une analyse dâimages sur les photos de profil pour repĂ©rer celles gĂ©nĂ©rĂ©es par lâIA, cartographie la structure du rĂ©seau pour rĂ©vĂ©ler quels comptes amplifient quels discours et signale les schĂ©mas linguistiques trahissant la production de grands modĂšles linguistiques. Le gĂ©nĂ©rateur dâavatars de Galacticos et les campagnes de BlackCore ont Ă©tĂ© conçus pour passer ces tests. MĂȘmes signaux. CĂŽtĂ© opposĂ© du mĂ©tier.
Techniquement, cela ressemble Ă une configuration antagoniste gĂ©nĂ©rative. Un modĂšle gĂ©nĂšre des faux. Lâautre tente de les dĂ©tecter. Chacun sâamĂ©liore en combattant lâautre. Ici, les mĂȘmes Ă©coles, la mĂȘme doctrine et certaines mĂȘmes personnes se trouvent aux deux extrĂ©mitĂ©s de ce jeu. La ligne entre lâattaque et la dĂ©fense nâest pas un mur. Câest une membrane.

Cyabra nâa pas Ă©tĂ© accusĂ©e de diriger les opĂ©rations de BlackCore. Rien dans le dossier français nâindique que lâinfrastructure de Cyabra a alimentĂ© le travail offensif. Ce que ce chevauchement rĂ©vĂšle est une rĂ©alitĂ© que tout client gouvernemental devrait prendre en compte. Le mĂȘme petit cercle de vĂ©tĂ©rans des services de renseignement israĂ©liens, dâanciens ministres et de personnalitĂ©s politiques amĂ©ricaines se trouve Ă la fois derriĂšre les outils dâattaque et les outils de dĂ©tection, et la porte tournante entre les deux camps nâest pas une mĂ©taphore. Câest ainsi que fonctionne cet Ă©cosystĂšme.
Lâindustrie israĂ©lienne de lâinfluence privĂ©e avant BlackCore
BlackCore nâest pas sorti de nulle part. Depuis des annĂ©es, un petit groupe dâentreprises privĂ©es israĂ©liennes, composĂ©es dâanciens agents des services de renseignement, vendent des services dâingĂ©rence politique dans les dĂ©mocraties occidentales. Psy-Group a Ă©tĂ© le premier Ă se faire vĂ©ritablement connaĂźtre. Il a dĂ©marchĂ© la campagne Trump en 2016 pour une opĂ©ration de dĂ©nigrement contre Hillary Clinton fondĂ©e sur de faux profils, de faux sites dâinformation et des opĂ©rations psychologiques ciblĂ©es contre les dĂ©lĂ©guĂ©s rĂ©publicains et les Ă©lecteurs amĂ©ricains indĂ©cis. Elle a Ă©galement menĂ© des opĂ©rations dâinfluence secrĂštes lors dâau moins une Ă©lection locale aux Ătats-Unis, en utilisant des identitĂ©s sur les rĂ©seaux sociaux minutieusement Ă©laborĂ©es et la manipulation en ligne comme produit.
Black Cube a adoptĂ© une approche diffĂ©rente mais opĂ©rait sur le mĂȘme marchĂ©. SurnommĂ©e le âMossad privĂ©â, elle a utilisĂ© des agents infiltrĂ©s, des camĂ©ras cachĂ©es et autres piĂšges pour recueillir des informations compromettantes sur des ONG et des cibles politiques, puis a transmis ces enregistrements Ă des mĂ©dias complices avant les Ă©lections. Ses agents ont Ă©tĂ© accusĂ©s dâingĂ©rence dans les Ă©lections en Hongrie et ailleurs.
En 2022, LinkedIn a confirmĂ© que Black Cube a utilisĂ© de fausses offres dâemploi pour cibler des militants et des journalistes hongrois avant les Ă©lections lĂ©gislatives. Les noms changent. Le schĂ©ma reste. Une agence de renseignement privĂ©e israĂ©lienne apparaĂźt Ă lâapproche dâune Ă©lection, effectue le sale boulot pour un client, nie tout lorsquâelle est prise sur le fait, puis se rĂ©organise discrĂštement pour la campagne suivante.
Ce qui a changĂ© avec Galacticos et BlackCore, ce nâest pas lâintention, mais les outils. Psy-Group avait besoin dâĂ©quipes humaines pour incarner de faux personnages et coordonner leurs rĂ©cits. Black Cube avait besoin dâagents de terrain pour appĂąter, enregistrer et divulguer des informations sur ses cibles. Galacticos confie ce travail Ă lâIA. Une usine dâavatars. Un rĂ©seau de serveurs. Mille six cents personnes synthĂ©tiques qui ne dorment jamais. Le client achĂšte une portĂ©e et une dĂ©niabilitĂ© Ă une fraction du coĂ»t dâautrefois, avec une empreinte humaine rĂ©duite et une empreinte technique plus importante. Le secteur a Ă©voluĂ©. Pas le cĆur de mĂ©tier.
Psy-Group a fermĂ© ses portes dĂ©but 2018 aprĂšs avoir Ă©tĂ© mis sous le feu des projecteurs par lâenquĂȘte du procureur spĂ©cial Robert Mueller sur lâingĂ©rence Ă©lectorale. Galacticos et BlackCore en sont la nouvelle version. AutomatisĂ©s par lâIA, moins coĂ»teux Ă exploiter, plus faciles Ă faire Ă©voluer et conçus pour disparaĂźtre dĂšs que quelquâun pose des questions. Les entreprises changent de nom. Les outils gagnent en prĂ©cision. Le vivier de talents demeure.
La réponse de la France et ce que nous ignorons encore
La France nâa pas traitĂ© cela comme un incident. Le rapport de Viginum est sur le bureau du Premier ministre. Le parquet de Paris a ouvert une enquĂȘte. Les services de renseignement extĂ©rieurs, la DGSE (Direction gĂ©nĂ©rale de la sĂ©curitĂ© extĂ©rieure), et les services de contre-espionnage intĂ©rieurs, la DGSI (Direction gĂ©nĂ©rale de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure), ont tous deux reçu pour instruction de suivre les pistes les plus sensibles, notamment celle dâUnna et les liens entre Galacticos, SNI et Benguy. Lecornu a publiquement exigĂ© des explications de la part dâIsraĂ«l et a dĂ©clarĂ© que si une entreprise privĂ©e française avait fait aux Ă©lections israĂ©liennes ce que ce rĂ©seau a fait en France, Tel-Aviv aurait convoquĂ© lâambassadeur français de la mĂȘme maniĂšre que Paris a convoquĂ© le leur.
Lâambassade dâIsraĂ«l a rĂ©pondu quâIsraĂ«l nâa aucune intention de sâingĂ©rer dans la politique française Ă quelque niveau que ce soit. Lâintention nâest pas la question. Ce que Viginum dĂ©crit nâest pas un souhait. Il sâagit dâune opĂ©ration, techniquement documentĂ©e, liĂ©e Ă des infrastructures et des entreprises spĂ©cifiques, et qui fait dĂ©sormais lâobjet de deux enquĂȘtes pĂ©nales distinctes en France. La rĂ©ponse israĂ©lienne relĂšve de la diplomatie. Le dossier français repose sur des preuves.
Nous ne savons toujours pas qui a financĂ© tout cela. Viginum a dĂ©clarĂ© nâavoir pas identifiĂ© le ou les commanditaires derriĂšre cette ingĂ©rence numĂ©rique Ă©trangĂšre. Nous ne savons pas si Benguy ou une autre entitĂ© fiduciaire dĂ©tient une participation dans Galacticos pour le compte dâun client politique, dâune agence dâĂtat ou dâun donateur privĂ©. Nous ne savons pas ce quâil est advenu des donnĂ©es collectĂ©es par le biais de la fausse ONG Sadaqah Palestine, si des fonds ont Ă©tĂ© levĂ©s sous de faux prĂ©textes, ni quelles personnes issues des communautĂ©s musulmanes et pro-palestiniennes de France ont vu leurs informations personnelles collectĂ©es par un systĂšme qui, dans le mĂȘme temps, se prĂ©parait Ă attaquer leurs reprĂ©sentants politiques. Nous ne savons pas quels politiciens en Angola et au Togo ont Ă©tĂ© ciblĂ©s ni Ă quoi ressemblaient ces opĂ©rations sur le terrain. Nous ne connaissons pas lâensemble de la couverture gĂ©ographique ni la liste des clients de Cygun, ni dans quelle mesure celle-ci correspond aux pays oĂč BlackCore a Ă©tĂ© actif.
Ces questions ne sont pas hors de portĂ©e. Elles relĂšvent des assignations Ă comparaĂźtre, des auditions parlementaires et des demandes de divulgation strictes. Les enquĂȘteurs français ont entamĂ© ce travail. CĂŽtĂ© israĂ©lien, on reserre les rangs.
Ce qui est dĂ©jĂ visible suffit Ă boucler la boucle. BlackCore nâest pas une opĂ©ration ponctuelle de coups bas dirigĂ©e depuis IsraĂ«l. Elle repose sur une architecture reliant des vĂ©tĂ©rans de lâUnitĂ© 8200 et du Shin Bet, un cabinet dâavocats de Tel Aviv au barreau de New York, des sociĂ©tĂ©s Ă©crans britanniques qui ont survĂ©cu Ă leur existence lĂ©gale juste assez longtemps pour ancrer lâinfrastructure, un vecteur fiduciaire utilisĂ© pour dissimuler la propriĂ©tĂ© et une plateforme de dĂ©tection cotĂ©e au Nasdaq qui monĂ©tise les mĂȘmes connaissances et les mĂȘmes relations de lâautre cĂŽtĂ© du jeu.
On ne peut comprendre BlackCore sans Galacticos. Mais on ne peut comprendre Galacticos sans le rĂ©seau des anciens de lâUnitĂ© 8200. Ce rĂ©seau dĂ©bouche directement sur Cyabra. Le conseil dâadministration de Cyabra est liĂ© Ă la CIA, au bureau du Premier ministre et Ă lâancienne direction du Mossad. Ce sont lĂ les cercles concentriques du secteur privĂ© de la guerre de lâinformation en IsraĂ«l. BlackCore se trouve au coeur opĂ©rationnel de tous ces cercles.
Lâaffaire française est une premiĂšre dans la mise en cause de cette architecture, et cela ne sâest produit que parce que trois candidats Ă Marseille, Toulouse et Roubaix ont Ă©tĂ© si durement touchĂ©s que les services de lâĂtat français nâont eu dâautre choix que de remonter la piste. Ces trois candidats ont Ă©tĂ© pris pour cible parce quâils soutenaient les Palestiniens. Ceux qui ont mis en place le dispositif visant Ă les attaquer font partie de cette mĂȘme industrie israĂ©lienne dâexportation de la âzone griseâ, documentĂ©e par lâenquĂȘte #StoryKillers de Le Monde en 2023. Ce nâest pas du contexte. Câest lâhistoire elle-mĂȘme.
Traduit par Spirit of Free Speech




