đâđš âCamille Eiderâ : quand FrĂ©dĂ©ric Haziza rĂšgle ses comptes politiques dans les colonnes du Canard enchaĂźnĂ©
Lorsquâune information publiĂ©e sous un masque est recyclĂ©e sur les plateaux comme rĂ©vĂ©lation neutre du Canard enchaĂźnĂ©, il manque une piĂšce essentielle au puzzle. Elle porte un nom : FrĂ©dĂ©ric Haziza.
đâđš âCamille Eiderâ : quand FrĂ©dĂ©ric Haziza rĂšgle ses comptes politiques dans les colonnes du Canard enchaĂźnĂ©
Par Nicolas Philippe Granget, le 12 Août 2026
DerriÚre le pseudonyme, un journaliste engagé dans une guerre ouverte contre LFI
Un article du Canard enchaĂźnĂ©. Une signature inconnue. Un Ă©lu LFI dans le viseur. Puis des chroniqueurs qui reprennent lâaffaire sur les plateaux sans jamais expliquer au public qui tient rĂ©ellement la plume.
Lâhistoire pourrait sâarrĂȘter lĂ .
Sauf que derriĂšre le pseudonyme âCamille Eiderâ apparaĂźt FrĂ©dĂ©ric Haziza, journaliste politique de longue date, chef du service politique de Radio J et adversaire mĂ©diatique particuliĂšrement virulent de La France insoumise.
Et ce dĂ©tail change sĂ©rieusement la lecture de lâaffaire.
Bally Bagayoko attaqué sous pseudonyme
Le 4 aoĂ»t 2026, Le Canard enchaĂźnĂ© publie âLe ticket gagnant de Bally Bagayokoâ.
Lâarticle sâintĂ©resse au parcours professionnel du nouveau maire LFI de Saint-Denis et Ă son activitĂ© Ă la RATP.
La signature ?
Camille Eider.
Cette attribution est bien rĂ©pertoriĂ©e : le profil professionnel Muck Rack consacrĂ© Ă cette plume rattache lâarticle Ă Camille Eider et recense des centaines dâautres publications du mĂȘme auteur au Canard.
Puis lâarticle quitte les colonnes du journal et nourrit le dĂ©bat mĂ©diatique. Charles Consigny sâen empare notamment sur RMC pour critiquer Bally Bagayoko.
Mais qui est Camille Eider ?
Câest prĂ©cisĂ©ment lĂ que lâhistoire devient intĂ©ressante.
ArrĂȘt sur images avait dĂ©jĂ levĂ© le masque
Il faut remonter au 13 mai 2025.
Le Canard enchaĂźnĂ© publie alors un article visant Sophia Chikirou, dĂ©putĂ©e LFI, sous le titre âUne Insoumise chez les poutinistesâ.
Lâarticle prĂ©tend relier Chikirou Ă une manifestation favorable Ă Vladimir Poutine.
Signature : encore une fois Camille Eider.
Deux jours plus tard, ArrĂȘt sur images dĂ©monte une partie de lâarticle : le Canard aurait mĂ©langĂ© deux rassemblements distincts organisĂ©s le mĂȘme jour au mĂȘme endroit.
Et surtout, ArrĂȘt sur images rĂ©vĂšle lâidentitĂ© de lâauteur.
Le titre de son enquĂȘte est sans ambiguĂŻtĂ© :
âChikirou dĂ©file avec des poutinistes ? âLe Canardâ se trompe de manifâ
Et juste en dessous :
âLâauteur, FrĂ©dĂ©ric Haziza, maintient ses informationsâ.
ASI prĂ©cise dans le corps de son enquĂȘte que lâarticle du Canard avait Ă©tĂ© publiĂ© âsous le pseudonyme âCamille Eiderââ.
Nous avons donc au minimum un précédent parfaitement documenté :
Camille Eider a servi de pseudonyme à Frédéric Haziza pour publier dans Le Canard enchaßné un article visant une députée LFI.
Et voilĂ quâen aoĂ»t 2026, âCamille Eiderâ signe de nouveau un article Ă charge concernant une autre personnalitĂ© LFI : Bally Bagayoko.
Hasard éditorial ?
Peut-ĂȘtre.
Mais le contexte mĂ©rite dâĂȘtre racontĂ© au lecteur.
Haziza et LFI : ce nâest plus vraiment un secret
Car FrĂ©dĂ©ric Haziza nâest certainement pas un observateur distant de La France insoumise.
En mars 2024, ArrĂȘt sur images lui consacrait dĂ©jĂ une enquĂȘte dont le titre rĂ©sumait parfaitement la situation :
âFrĂ©dĂ©ric Haziza, le journaliste qui adore dĂ©tester LFIâ.
ASI documentait alors la multiplication de ses prises de position contre le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, particuliÚrement depuis le 7-Octobre.
Haziza lui-mĂȘme ne dissimule dâailleurs guĂšre son opposition.
Le 7 octobre 2024, dans une tribune publiĂ©e par le Journal du Dimanche, il accusait Jean-Luc MĂ©lenchon dââattiser la haineâ et de cibler des personnalitĂ©s politiques dâorigine juive.
On peut évidemment considérer que ses critiques contre LFI sont parfaitement justifiées.
Ce nâest pas la question.
La question est de savoir si un journaliste engagé à ce point dans une confrontation publique avec un mouvement politique doit pouvoir publier sous pseudonyme des articles mettant en cause ses responsables sans que le lecteur connaisse ce contexte.
LĂ se situe le problĂšme.
Radio J, Israël et un positionnement politique parfaitement identifiable
Frédéric Haziza est également chef du service politique de Radio J.
Le Monde prĂ©sentait dĂ©jĂ Radio J comme une radio de la communautĂ© juive lorsquâil relatait, en 2011, la polĂ©mique provoquĂ©e par lâinvitation puis la dĂ©sinvitation de Marine Le Pen. Haziza Ă©tait alors dĂ©jĂ prĂ©sentĂ© comme son chef du service politique.
Cela ne constitue évidemment en soi aucun problÚme déontologique.
Pas davantage que le fait dâĂȘtre catholique, musulman, athĂ©e, pro-israĂ©lien ou pro-palestinien.
Ce qui compte journalistiquement, ce sont les positions publiques du journaliste lorsquâelles concernent directement les personnalitĂ©s sur lesquelles il Ă©crit.
Or Haziza nâa jamais cachĂ© son attachement Ă IsraĂ«l et ses prises de position sont documentĂ©es depuis des annĂ©es.
Le vĂ©ritable sujet nâest donc ni sa religion ni celle de son audience.
Il est beaucoup plus simple : un journaliste dont lâhostilitĂ© envers LFI est publique Ă©crit-il sous pseudonyme des articles dĂ©favorables Ă des personnalitĂ©s LFI dans lâun des journaux les plus influents de France ?
Dans le cas Chikirou, la réponse est incontestablement oui.
Pour Bally Bagayoko, nous savons que lâarticle est signĂ© du mĂȘme pseudonyme. Ce rapprochement est suffisamment sĂ©rieux pour exiger une explication du Canard.
100 000 euros par an pour un âpigisteâ.
Et FrĂ©dĂ©ric Haziza nâest pas un collaborateur occasionnel du journal.
Une enquĂȘte de Mediapart publiĂ©e le 30 janvier 2025 sur les conditions de travail au Canard enchaĂźnĂ© rĂ©vĂšle une situation pour le moins confortable.
Selon Mediapart, FrĂ©dĂ©ric Haziza, prĂ©sentĂ© comme âpigiste rĂ©gulierâ, touche 100 000 euros par an
Soit environ 8 333 euros par mois en moyenne.
LâenquĂȘte explique Ă©galement quâil bĂ©nĂ©ficie des mĂȘmes avantages que les journalistes permanents.
Nous sommes donc trĂšs loin de lâimage du petit pigiste payĂ© quelques dizaines dâeuros pour complĂ©ter une page.
Haziza occupe manifestement une place importante dans la machine éditoriale du Canard.
Et lorsquâun collaborateur rĂ©munĂ©rĂ© Ă ce niveau utilise un pseudonyme pour publier des informations politiquement explosives, lâidentitĂ© de celui qui tient la plume devient une information journalistique en elle-mĂȘme.
Le Canard enchaĂźnĂ© bĂ©nĂ©ficie aussi de plus dâun million dâeuros dâaide publique
Il existe enfin une ironie supplémentaire.
Le Canard enchaĂźnĂ© aime rappeler son indĂ©pendance financiĂšre et affirme sur son propre site quâil est
âindĂ©pendant des annonceurs et de tous les pouvoirs en placeâ.
Mais indĂ©pendance vis-Ă -vis de la publicitĂ© ne signifie pas absence totale dâargent public.
Les Ăditions MarĂ©chal, sociĂ©tĂ© Ă©ditrice du Canard enchaĂźnĂ©, apparaissent comme bĂ©nĂ©ficiaires du ârĂ©gime dâaide Ă lâexemplaire pour le portage et le postage de la presseâ, dispositif du ministĂšre de la Culture.
Le montant dĂ©clarĂ© pour lâaide correspondante atteint 1 137 490 euros.
Plus de 1,1 million dâeuros.
Soyons prĂ©cis : cette somme nâest pas un chĂšque donnĂ© au journal pour soutenir sa ligne Ă©ditoriale. Il sâagit dâune aide sectorielle destinĂ©e Ă favoriser la distribution de la presse.
Mais elle constitue bien un soutien public dont bénéficie économiquement la diffusion du journal.
Le rappeler lorsquâun mĂ©dia revendique son indĂ©pendance absolue nâa donc rien dâillĂ©gitime.
Une affaire dâagression sexuelle qui sâest terminĂ©e par un rappel Ă la loi
Le parcours de FrĂ©dĂ©ric Haziza comporte Ă©galement une affaire beaucoup plus ancienne quâil faut raconter correctement.
En novembre 2017, la journaliste Astrid de Villaines porte plainte contre lui pour agression sexuelle, Ă propos de faits quâelle situe en 2014.
Haziza conteste la version de la journaliste.
Lâaffaire provoque nĂ©anmoins une crise importante Ă LCP : suspension dâantenne dâHaziza et contestation au sein de la rĂ©daction.
En juillet 2018, le parquet décide finalement de ne pas poursuivre Haziza devant un tribunal et lui adresse un rappel à la loi.
Il nâa donc pas Ă©tĂ© condamnĂ© pĂ©nalement pour cette affaire.
Cette prĂ©cision nâest pas destinĂ©e Ă lâĂ©pargner : elle est simplement factuelle.
On peut mener une enquĂȘte Ă charge sans inventer une condamnation qui nâexiste pas.
Le problĂšme nâest plus Camille Eider. Le problĂšme est Le Canard.
Tout cela conduit finalement à une question qui dépasse Frédéric Haziza.
Pourquoi Le Canard enchaĂźnĂ© permet-il quâun journaliste dont les positions extrĂȘmement hostiles Ă LFI sont publiques utilise un pseudonyme lorsquâil Ă©crit prĂ©cisĂ©ment sur des personnalitĂ©s de ce mouvement ?
Le pseudonyme journalistique a une longue histoire et peut avoir de nombreuses justifications.
Mais ici, il produit surtout un résultat trÚs concret : le lecteur ne sait pas qui lui parle.
Il ignore les prises de position de lâauteur.
Il ignore son conflit médiatique permanent avec le mouvement politique concerné.
Il ignore quâil dirige parallĂšlement le service politique de Radio J.
Il ignore quâArrĂȘt sur images a dĂ©jĂ identifiĂ© Haziza derriĂšre cette mĂȘme signature dans un prĂ©cĂ©dent article visant LFI.
Et lorsque lâarticle est ensuite repris sur un plateau comme celui de RMC, cette information disparaĂźt complĂštement de la discussion.
Le procédé est légal.
Mais est-il intellectuellement honnĂȘte ?
Journalisme ou combat politique ?
Personne ne demande Ă un journaliste dâĂȘtre dĂ©pourvu dâopinions.
Câest impossible.
Mais lorsque ces opinions deviennent un combat public et rĂ©current contre un parti, puis que le mĂȘme journaliste enquĂȘte sous pseudonyme sur les reprĂ©sentants de ce parti, la frontiĂšre entre investigation et militantisme devient dangereusement poreuse.
Câest prĂ©cisĂ©ment pourquoi lâidentitĂ© de âCamille Eiderâ mĂ©rite dâĂȘtre connue
Frédéric Haziza est libre de combattre politiquement LFI.
Il est libre de soutenir Israël.
Il est libre de critiquer Mélenchon, Chikirou ou Bagayoko.
Et Le Canard enchaĂźnĂ© est libre de publier ses enquĂȘtes.
Mais dans ce cas, les lecteurs ont eux aussi un droit élémentaire : savoir qui leur parle.
Car un pseudonyme ne devrait jamais devenir le moyen de faire disparaĂźtre du regard du lecteur les engagements, les conflits et les positions publiques de celui qui tient la plume.
Et lorsquâune information publiĂ©e sous ce masque est ensuite recyclĂ©e sur les plateaux comme une rĂ©vĂ©lation parfaitement neutre du Canard enchaĂźnĂ©, il manque une piĂšce essentielle au puzzle.
Cette piĂšce porte un nom :
Frédéric Haziza.



Mais face Ă des fascistes donner son nom câest bien le meilleur moyen de se faire buter non ?