đâđš Comment The Guardian vend lâimpĂ©rialisme aux progressistes
The Guardian est plus insidieux que les mĂ©dias de droite, car il amĂšne instinctivement des gens honnĂȘtes sensibles Ă la justice Ă adhĂ©rer Ă des visions du monde injustes favorables Ă lâempire.
đâđš Comment The Guardian vend lâimpĂ©rialisme aux progressistes
Par Nate Bear, le 8 juillet 2026
Ce matin, The Guardian a publiĂ© un article sur les tentatives incessantes dâIsraĂ«l dâannexer illĂ©galement la Cisjordanie.
Comment interpréter ce titre ?
âLes Palestiniens se prĂ©parent Ă faire face alors que des colons israĂ©liens de la coalition cherchent Ă renforcer leurs acquis en Cisjordanie avant les Ă©lectionsâ.
Tout dâabord, la mention des âchiffres relatifs aux colonsâ nâest quâune maniĂšre âsubtileâ de dĂ©tourner la responsabilitĂ© de lâorganisation politique en IsraĂ«l et dâĂ©voquer des civils dĂ©chaĂźnĂ©s, alors que de nombreux ministres chargĂ©s de la politique israĂ©lienne, dont Ben Gvir et Smotrich, sont eux-mĂȘmes des colons ! (Et bien sĂ»r, le titre vous invite Ă accepter le postulat sous-jacent selon lequel tous les IsraĂ©liens ne seraient pas des colons.)
Cette prĂ©sentation cherche Ă donner lâimpression quâil sâagit de quelques brebis galeuses extrĂ©mistes au sein dâun gouvernement lĂ©gitime, dâune âcoalitionâ qui plus est â une insinuation dĂ©libĂ©rĂ©e pour suggĂ©rer une situation politique chaotique oĂč existerait un clivage entre extrĂ©mistes et non-extrĂ©mistes. Un clivage qui, en rĂ©alitĂ©, nâexiste pas. Car âles colonsâ et le gouvernement israĂ©lien ne sont aucunement dissociĂ©s. Ils ne font quâun.
Et quâen est-il de âconfirmer leurs acquisâ ? Les âacquisâ auxquels le titre fait rĂ©fĂ©rence sont lâexpansion illĂ©gale des colonies de Cisjordanie, une expansion rendue possible grĂące Ă la mise en place par lâensemble du gouvernement israĂ©lien du cadre juridique permettant de la mener Ă bien, avec le soutien de lâarmĂ©e. Ces âacquisâ constituent lâannexion de facto du territoire de Cisjordanie, une politique expansionniste illĂ©gale tant au regard du droit international que de lâaccord de partition de lâONU de 1948.
Si The Guardian faisait preuve dâun tant soit peu dâintĂ©gritĂ© et nâĂ©tait pas simplement le porte-parole complaisant dâun empire se parant du masque progressiste, lâarticle sâintitulerait : âIsraĂ«l poursuit lâannexion illĂ©gale de la Cisjordanieâ. Ce serait certainement le cas sâil sâagissait de la Russie, autre indice rĂ©vĂ©lateur de lâintention sous-jacente. Pouvez-vous imaginer le Guardian adopter un ton aussi complaisant au sujet de lâUkraine ?
âDes responsables du gouvernement russe cherchent Ă confirmer leurs acquis en CrimĂ©eâ.
Bien sûr que non !
Pourquoi y a-t-il une telle diffĂ©rence dâapproche entre le traitement accordĂ© aux agissements dâIsraĂ«l et celui rĂ©servĂ© Ă la Russie ? Parce quâIsraĂ«l est un avant-poste clĂ© de lâempire colonial, essentiel Ă lâhĂ©gĂ©monie occidentale tandis que la Russie est lâennemi dĂ©signĂ©.
Les actions de la Russie sont systématiquement présumées mauvaises et répréhensibles.
Celles dâIsraĂ«l sâinscrivent dans un contexte et sont donc nuancĂ©es.
Cette diffĂ©rence sâexplique aussi par les convictions sionistes de la plupart des journalistes occidentaux. Autrement dit, ils estiment quâIsraĂ«l, contrairement Ă la Russie, est un Ătat lĂ©gitime et doit continuer dâexister sous sa forme actuelle (quâil soit ou non voisin dâun Ătat palestinien). Câest pourquoi ils emploient un langage qui veille Ă prĂ©senter IsraĂ«l comme un pays influencĂ© par de mauvais Ă©lĂ©ments, mais pas comme un Ătat intrinsĂšquement malfaisant et illĂ©gitime. Car les Ătats illĂ©gitimes ne sont pas en droit dâexister et doivent ĂȘtre dĂ©mantelĂ©s. Mais exiger le dĂ©mantĂšlement dâIsraĂ«l en tant quâĂtat illĂ©gitime relĂšverait de lâantisĂ©mitisme. Et les bons libĂ©raux, eux, ne sont Ă©videmment pas antisĂ©mites !
Beaucoup au Guardian croient sans doute aussi Ă la lĂ©gendaire et dĂ©funte âsolution Ă deux Ătatsâ, sans comprendre que rĂ©clamer deux Ătats plutĂŽt quâun seul est lâastuce diplomatique et rhĂ©torique qui, depuis 1948, sous-tend lâapartheid israĂ©lien, les meurtres de masse, le gĂ©nocide et les crimes de guerre.
The Guardian est bien plus insidieux que Fox News ou le Daily Mail, car il emploie un langage plus sophistiquĂ© et nuancĂ© pour exactement le mĂȘme objectif que la presse de droite. The Guardian raconte lâhistoire des bons et des mĂ©chants, mais recourt Ă un vernis progressiste pour titiller nos zones cĂ©rĂ©brales sensibles au discours libĂ©ral et ainsi renforcer exactement les mĂȘmes rĂ©cits impĂ©rialistes que la droite. The Guardian est plus insidieux que les mĂ©dias de droite, car il amĂšne instinctivement des gens honnĂȘtes sensibles Ă la justice Ă adhĂ©rer Ă des visions du monde injustes favorables Ă lâempire.
Câest, comme par le passĂ©, particuliĂšrement Ă©vident dans sa couverture de lâIran qui a atteint son paroxysme pendant lâattaque amĂ©ricano-israĂ©lienne.
La ligne Ă©ditoriale du Guardian consiste essentiellement Ă soutenir que les Ătats-Unis nâauraient pas dĂ» attaquer lâIran, mais que lâIran nâest pas un pays recommandable en raison de son ârĂ©gimeâ religieux, de la prĂ©tendue rĂ©pression des manifestations et des restrictions dâaccĂšs Ă internet. Ainsi, mĂȘme si lâon peut ĂȘtre en dĂ©saccord avec Trump, soutenir lâIran reste problĂ©matique, car ce pays le serait tout autant.
Quelle conclusion en tirer ? Cette situation nous fait dĂ©libĂ©rĂ©ment dĂ©river dans un ocĂ©an de confusion idĂ©ologique. Elle nous empĂȘche de saisir la justification, la logique et le droit protĂ©gĂ© par le droit international Ă la rĂ©sistance face Ă lâagression. Elle nous empĂȘche de comprendre dâautres cultures, dâautres systĂšmes de gouvernance. Elle nous pousse dĂ©libĂ©rĂ©ment Ă nous mĂ©prendre sur les caractĂ©ristiques fondamentales du monde impĂ©rialiste.
Dans ses articles sur lâIran, The Guardian ne fait aucun effort pour expliquer que le gouvernement (que lâon dĂ©signe toujours par le terme ârĂ©gimeâ, utilisĂ© de maniĂšre sĂ©lective et dĂ©lĂ©gitimante) bĂ©nĂ©ficie en rĂ©alitĂ© dâun Ă©norme soutien populaire. Lâassassinat de dirigeants iraniens nâa pas suscitĂ© la moindre indignation, et personne nâa tentĂ© dâexpliquer Ă quel point le massacre ciblĂ© de responsables gouvernementaux constitue une violation flagrante du droit et des normes internationales. Il y a eu tromperie sur le soit-disant âblack-outâ dâinternet, avec des articles le prĂ©sentant comme une mesure autoritaire destinĂ©e Ă empĂȘcher les Iraniens de communiquer avec le monde extĂ©rieur, alors quâen rĂ©alitĂ© tous les sites web locaux Ă©taient toujours accessibles, et que le blocage nâa Ă©tĂ© appliquĂ© quâaux sites hĂ©bergĂ©s en Occident, car lâIran est en guerre contre deux puissances nuclĂ©aires et craignait des cyberattaques via des sites connus pour collaborer avec les autoritĂ©s amĂ©ricaines. Quoi quâil en soit, de simples VPN permettaient toujours dâaccĂ©der aux sites internationaux.
PlutĂŽt que de vĂ©ritables tentatives dâinformer les lecteurs sur la situation en Iran, on note une banalisation des crimes impĂ©rialistes, combinĂ©e Ă des tentatives constantes de saper la gouvernance et la rĂ©sistance iraniennes, autant dâĂ©lĂ©ments constituant une justification Ă peine voilĂ©e des initiatives ciblant le changement de ârĂ©gimeâ, avec quelques articles anti-Trump de rigueur axĂ©s sur son langage et ses menaces.
Dans les semaines qui ont prĂ©cĂ©dĂ© lâattaque, des initiatives ont mĂȘme convaincu les progressistes Ă lâaide dâhistoires absurdes sur le danger que reprĂ©senteraient pour lâenvironnement les vieux pĂ©troliers iraniens. Une propagande en faveur dâun changement de ârĂ©gimeâ dĂ©guisĂ©e en protection de lâenvironnement.
Aucun article nâa Ă©tĂ© publiĂ© aprĂšs les attaques sur les dĂ©gĂąts environnementaux causĂ©s par le bombardement des installations pĂ©troliĂšres iraniennes qui ont littĂ©ralement mis le feu aux rues de TĂ©hĂ©ran. (on notera Ă©galement le recours Ă lâexpression âflotte fantĂŽmeâ, un terme vide de sens qui fait dĂ©sormais partie intĂ©grante du discours impĂ©rialiste. Il sous-entend une illĂ©galitĂ©, mais signifie seulement quâun pays a Ă©tĂ© sanctionnĂ© par les Ătats-Unis et continue dâexploiter des navires en âviolationâ de sanctions qui nâont aucune valeur en droit international).
Et deux semaines avant le dĂ©but des attaques amĂ©ricano-israĂ©liennes, The Guardian a publiĂ© un article sur les enfants des dirigeants iraniens qui Ă©tudient en Occident, prĂ©sentant cela comme un symbole de lâhypocrisie du pouvoir. La rĂ©alitĂ© ? Plus de 110 000 jeunes Iraniens Ă©tudient actuellement en Occident !
The Guardian a Ă©galement menti constamment sur le nombre de manifestants iraniens tuĂ©s lors des Ă©meutes de dĂ©cembre, et nâa pas une seule fois informĂ© ses lecteurs que des responsables amĂ©ricains et israĂ©liens se sont vantĂ©s dâavoir orchestrĂ© ces violences, ce que mĂȘme les mĂ©dias juifs ont reconnu et rapportĂ©.
The Guardian nâest quâun torchon impĂ©rialiste se faisant passer pour un organe dâopinion respectable destinĂ© aux progressistes, mais qui diffuse une propagande subtile destinĂ©e Ă maintenir la domination occidentale et Ă cautionner la violence impĂ©rialiste.
Parfois, les masques tombent, comme lorsque IsraĂ«l et les Ătats-Unis ont bombardĂ© lâIran en juin 2025 et que leur correspondant chargĂ© de la âsĂ©curitĂ© internationaleâ, Jason Burke, un sioniste enragĂ©, a rĂ©digĂ© un article enthousiaste sur les perspectives dâun changement de ârĂ©gimeâ. Jâai publiĂ© un tweet Ă ce sujet Ă lâĂ©poque. Il est devenu viral, et son intitulĂ© a rapidement Ă©tĂ© modifiĂ©. (Vous ne le trouverez plus aujourdâhui, mais jâen ai fait une capture dâĂ©cran).
Mais câest bien lĂ que rĂ©side leur vĂ©ritable objectif.
Câest cet objectif qui consiste Ă qualifier une annexion illĂ©gale dââacquisâ, ou les invasions illĂ©gales dâIsraĂ«l dââexpansion du territoireâ.
On retrouve les mĂȘmes tendances dans la couverture de Cuba, avec des rĂ©fĂ©rences constantes au ârĂ©gime cubainâ, sous-entendant toujours quâune dĂ©mocratie libĂ©rale est plus lĂ©gitime quâun Ătat rĂ©volutionnaire ou toute autre configuration politique, quels que soient ses choix. Une dĂ©mocratie libĂ©rale qui commet un gĂ©nocide et des crimes de guerre serait intrinsĂšquement meilleure quâun Ătat rĂ©volutionnaire dotĂ© dâun systĂšme de santĂ© universel qui ne massacre pas de civils en masse : telle est la logique tordue des empires.
Cet article du Guardian, tout en rendant compte de maniĂšre critique des menaces de Trump contre Cuba, affirme que mĂȘme si les Ătats-Unis procĂ©daient Ă lâenlĂšvement de DĂaz-Canel Ă la maniĂšre de Maduro, cela âmaintiendrait en place un ârĂ©gimeâ communiste rĂ©pressifâ. Pour The Guardian, la seule ombre au tableau aprĂšs une nouvelle violation flagrante du droit international est que les Ătats-Unis ne rĂ©ussiront probablement pas Ă renverser les dirigeants locaux. Parce quâils ne peuvent tout simplement pas sâen empĂȘcher. Vous pouvez ĂȘtre certains que lorsque les Ătats-Unis finiront par envahir le pays, The Guardian publiera un long article cĂ©lĂ©brant la fin du ârĂ©gimeâ, truffĂ© de citations dââAmĂ©ricains dâorigine cubaineâ vivant Ă Miami qui nâont jamais mis les pieds sur lâĂźle.
Suis-je trop dur ? Sûrement pas.
Bien sĂ»r, il arrive parfois que The Guardian publie des articles dĂ©cents sur les crimes de guerre, IsraĂ«l et lâimpĂ©rialisme amĂ©ricain, mais câest lĂ prĂ©cisĂ©ment le problĂšme. Vous pourrez lire un jour des articles sur les atrocitĂ©s commises par IsraĂ«l, mais celles-ci ne seront jamais replacĂ©es dans le contexte dâun Ătat dâapartheid illĂ©gitime. Ils sâarrĂȘteront toujours avant dâaborder quoi que ce soit qui ressemble de trop prĂšs Ă la vĂ©ritĂ©, et la plupart du temps, ils sont complices de la propagande impĂ©rialiste. Ils nous diront Ă quel point Trump est horrible, mais le prĂ©senteront comme une exception plutĂŽt que comme le prolongement de 250 ans de violence amĂ©ricaine. Ils condamneront mollement la violence amĂ©ricaine tout en dĂ©lĂ©gitimant la cible de ces violences. Ils rendent compte du gĂ©nocide, mais cessent dâen parler dĂšs que le rythme des massacres dĂ©cline.
Cela Ă©tant, je ne cesserai pas de lire The Guardian, car il est essentiel de repĂ©rer comment les mĂ©dias libĂ©raux vendent la propagande impĂ©riale Ă un public progressiste avant de pouvoir dĂ©manteler les rĂ©cits de lâempire.
Et si vous aussi le lisez, je ne vous suggĂšre pas non plus dâarrĂȘter.
Mais lisez-le dâun Ćil critique, repĂ©rez les messages impĂ©riaux, et ne vous fiez jamais au Guardian pour forger votre vision du monde.
Traduit par Spirit of Free Speech








