đâđš Davos, ou la vĂ©ritable âruptureâ
âLe vieux monde se meurt, le nouveau tarde Ă apparaĂźtre, et dans ce clair obscur surgissent des monstresâ. â Antonio Gramsci
đâđš Davos, ou la vĂ©ritable âruptureâ
Par Pepe Escobar, le 23 janvier 2026
âLe vieux monde se meurt, le nouveau tarde Ă apparaĂźtre, et dans ce clair obscur surgissent des monstresâ. â Antonio Gramsci
Davos 2026 fut un kalĂ©idoscope dĂ©mentiel. Pour sâen dĂ©pĂȘtrer, seules les notes de Band of Gypsys auraient pu nous sauver de la cacophonie environnante et de la sĂ©rie dâĂ©vĂ©nements franchement angoissants, entre le lien entre Palantir/BlackRock, la rencontre entre les gĂ©ants de la technologie et de la finance, le âplan directeurâ de Gaza et la confusion extrĂȘme de la diatribe du nĂ©o-Caligula, ici dans sa version de 3 minutes.
Puis les mĂ©dias mainstream dâun Occident divisĂ© ont prĂ©sentĂ© ce quâils ont qualifiĂ© de discours visionnaire : le mini-opus magnum du Premier ministre canadien Mark Carney, agrĂ©mentĂ© dâune citation de Thucydide â âLes forts font ce quâils peuvent, et les faibles souffrent ce quâils doiventâ â pour illustrer une prĂ©tendue âruptureâ de âlâordre international fondĂ© sur des rĂšglesâ, un concept en sursis depuis dĂ©jĂ au moins un an.
Et comment ne pas se gausser du concept hautement improbable de la lettre adressĂ©e par 400 millionnaires et milliardaires âpatriotesâ aux chefs dâĂtat Ă Davos, rĂ©clamant davantage de âjustice socialeâ ? En rĂ©sumĂ©, ils sont terrifiĂ©s par la âruptureâ, ou plutĂŽt lâeffondrement avancĂ© de lâĂ©thique nĂ©olibĂ©rale qui les a initialement engraissĂ©s.
Le discours de Carney nâĂ©tait quâun stratagĂšme malin destinĂ© Ă faire les gros titres et Ă enterrer, en thĂ©orie, âlâordre international fondĂ© sur des rĂšglesâ, euphĂ©misme dĂ©signant en rĂ©alitĂ©, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la domination sans partage de lâoligarchie financiĂšre anglo-amĂ©ricaine. Carney nâadmet dĂ©sormais quâune simple âruptureâ, que les âpuissances moyennesâ, principalement le Canada et quelques pays europĂ©ens (mais pas les pays du Sud global), devraient pouvoir pallier.
Or, câest lĂ que le bĂąt blesse : le remĂšde prĂ©sumĂ© Ă cette âruptureâ nâa strictement rien Ă voir avec la souverainetĂ©. Il ne sâagit en fait que dâune façade sous contrĂŽle, dâune sorte de multipolaritĂ© artificielle pilotĂ©e, qui nâa rien Ă voir avec lâĂ©lan des pays des BRICS, et qui se base sur un mĂ©lange confus de ârĂ©alisme fondĂ© sur des valeursâ, de âformation de coalitionsâ et de âgĂ©omĂ©trie variableâ. Le tout Ă©tant destinĂ© Ă perpĂ©tuer la mĂȘme vieille arnaque monĂ©tariste.
Bienvenue dans Le GuĂ©pard de Lampedusa 2.0 : âTout doit changer pour que rien ne changeâ.
Et ce venant dâun libĂ©ral, ancien gouverneur de la Banque dâAngleterre. Ces tigres ne renoncent jamais Ă leurs vieux rĂ©flexes. Les vĂ©ritables leviers du pouvoir, exercĂ©s par la City de Londres et Wall Street, sont totalement immunisĂ©s contre lâantidote de la âruptureâ.
Le partenariat stratĂ©gique russo-chinois, en pleine expansion Ă plusieurs niveaux, invalide dĂ©jĂ la supercherie savamment orchestrĂ©e de Carney, qui a trompĂ© bien des observateurs avisĂ©s. Il en va de mĂȘme pour les BRICS qui progressent sur la longue et pĂ©rilleuse route de la vĂ©ritable multilatĂ©ralitĂ©.
Ce qui nous amĂšne au vĂ©ritable message vĂ©hiculĂ© par la marque de fabrique de Carney : le âdĂ©ballage restreintâ.
Le Canada et les âpuissances moyennesâ europĂ©ennes se retrouvent dĂ©sormais non pas Ă la table, mais au menu, car le nĂ©o-Caligula, ce maĂźtre du monde, peut leur faire subir le triste sort que lâOTAN a infligĂ© de facto au Sud global ces 30 derniĂšres annĂ©es.
âTout doit changer pour que rien ne changeâ
Beaucoup de ceux qui idolĂątrent aujourdâhui Carney comme le nouveau messie, dĂ©fenseur du droit international, ont totalement ignorĂ©, voire cautionnĂ© le gĂ©nocide sioniste de Gaza, diabolisĂ© la Russie jusquâĂ la fin des temps et continuĂ© Ă inciter Ă une guerre Ă©ternelle. Ils supplient aujourdâhui Ă genoux le nĂ©o-Caligula dâengager un âdialogueâ pour rĂ©soudre son appropriation autoproclamĂ©e des terres du Groenland.
Elon Musk sâest dâailleurs Ă©galement invitĂ© Ă la derniĂšre minute Ă Davos. Il est un fervent partisan de lâaccaparement des terres du Groenland. Musk et dâautres stars de la tech ne peuvent quâĂȘtre sĂ©duits par le projet de mĂ©tamorphoser ce âbout de glaceâ (expression de Caligula) en plaque tournante des Ătats numĂ©riques, successeurs des Ătats-nations, dirigĂ©s par des PDG de la tech sâĂ©rigeant en rois philosophes.
Ajoutez Ă cela les liens entre les grandes entreprises technologiques et les grandes institutions financiĂšres â Ă la table Palantir-BlackRock â, et vous tenez les rois de lâIA, suivis par les financiers.
Le âbout de glaceâ nâa cessĂ© de fondre tout au long de la confĂ©rence de Davos. Lorsque le nĂ©o-Caligula a annoncĂ© quâil nâinfligerait pas au Groenland le sort quâil a rĂ©servĂ© au Venezuela, le soulagement collectif europĂ©en a vraiment fait exploser le Champagne-O-MĂštre.
Câest Tutti Frutti al Rutti, le toutou certifiĂ© de lâOTAN, avec son perpĂ©tuel rictus de tulipe hollandaise flĂ©trie, qui a convaincu âpapaâ de faire preuve dâindulgence, prouvant une fois de plus que lâUE nâest quâune rĂ©publique bananiĂšre, ou plus exactement une union, mais sans les bananes.
Le nĂ©o-Caligula et la tulipe flĂ©trie ont concoctĂ© un âcadreâ permettant aux Ătats-Unis dâacquĂ©rir des terrains au Groenland Ă des fins militaires, pour un dĂ©veloppement limitĂ© de lâexploitation miniĂšre des terres rares, et interdire les projets russo-chinois. On notera tout de mĂȘme que ni Danemark ni le Groenland nâĂ©taient prĂ©sents dans la salle lorsque cet âaccordâ a Ă©tĂ© conclu.
Mais tout peut encore changer en un clin dâĆil, ou en un post sur les rĂ©seaux sociaux. Car ce nâest pas ce que veut le nĂ©o-Caligula. Il veut que le Groenland soit peint en rouge, blanc et bleu sur une carte des Ătats-Unis.
Mais le complot de spoliation de terres le plus terrifiant rĂ©vĂ©lĂ© Ă Davos a sans conteste concernĂ© Gaza. Câest lĂ quâintervient cet insupportable crĂ©tin sioniste [Jared Kushner] â le cerveau de la famille revenant en rĂ©alitĂ© Ă sa femme, Ivanka â qui a dĂ©voilĂ© le plan directeur de âla nouvelle Gazaâ.
Ou comment commercialiser lâhorreur⊠Lâhorreur (toutes mes excuses Ă Joseph Conrad).
Nous voici en prĂ©sence dâune campagne de massacre et dâextermination massive associĂ©e Ă la spoliation de ce qui a Ă©tĂ© anĂ©anti, donnant lieu Ă une zone de confinement hautement sĂ©curisĂ©e pour les Palestiniens âautorisĂ©sâ et Ă des opportunitĂ©s immobiliĂšres de premier choix en bord de mer pour les escrocs et colons israĂ©liens.
Le tout gĂ©rĂ© par une sociĂ©tĂ© privĂ©e, prĂ©sidĂ©e Ă vie par un nĂ©o-Caligula dĂ©sormais chargĂ© de lâannexion, de lâoccupation et de lâexploitation de Gaza : une annexion monstrueuse qui enterre dâun seul coup le gĂ©nocide et les vestiges du droit international, avec lâapprobation pleine et entiĂšre de lâUE et dâune poignĂ©e de dirigeants politiques, terrifiĂ©s ou cherchant Ă tout prix Ă sâattirer les faveurs du nĂ©o-Caligula.
La âruptureâ chinoise
Un certain bouffon du nom de Nadio Calvino, prĂ©sident de la Banque europĂ©enne dâinvestissement, a en effet qualifiĂ© Ă Davos lâUE de âsuperpuissanceâ.
Or, lâhistoire a bien du mal Ă considĂ©rer comme une superpuissance une entitĂ© totalement dĂ©pendante des Ătats-Unis et de lâOTAN pour sa dĂ©fense, nâexerçant aucune influence sur le monde, qui nâabrite aucune grande entreprise technologique (celles qui subsistent sont en train de pĂ©ricliter) et qui dĂ©pend Ă 90 % des approvisionnements Ă©trangers en Ă©nergie, tout en Ă©tant endettĂ©e Ă hauteur de 17 000 milliards de dollars (soit plus de 80 % du PIB de lâUE).
Et au cĆur de tout ce ramdam, quel aura Ă©tĂ© la vĂ©ritable rupture Ă Davos ? Pas celle de Carney, ni mĂȘme les complots de spoliation des terres. Ce fut le discours du vice-Premier ministre chinois He Lifeng.
Ă titre informatif, le discours de âruptureâ de Carney a Ă©tĂ© fortement influencĂ© par son rĂ©cent voyage en Chine, oĂč il a rencontrĂ© He Lifeng, un sĂ©rieux prĂ©tendant Ă la succession de Xi Jinping.
Ă Davos, He Lifeng a clairement indiquĂ© que la Chine entend bien dominer âle marchĂ© mondialâ et que doper la croissance de la demande intĂ©rieure est dĂ©sormais âla prioritĂ© de lâagenda Ă©conomiqueâ du pays, comme en tĂ©moigne le 15Ăš plan quinquennal qui sera entĂ©rinĂ© en mars prochain Ă PĂ©kin.
Quels que soient les intentions des barbares, la Chine est dĂ©jĂ engagĂ©e dans la phase suivante, oĂč elle devrait dĂ©trĂŽner les Ătats-Unis pour devenir le premier marchĂ© de consommation mondial.
VoilĂ ce quâon peut qualifier de âruptureâ.
Traduit par Spirit of Free Speech
https://strategic-culture.su/news/2026/01/23/the-real-rupture-in-davos/


