đâđš Encore un âcomplot iranienâ fictif Ă Londres ?!
En tout cas, une chose est sûre : les allégations de terrorisme lié à l'Iran refont surface chaque fois que Tel-Aviv ou ses alliés tentent d'intensifier la pression sur la République islamique.
đâđš Encore un âcomplot iranienâ fictif Ă Londres ?!
Par Robert Inlakesh, le 18 mai 2025
Des allégations d'un complot iranien pour attaquer l'ambassade de Tel Aviv à Londres ont émergé à un moment trÚs opportun pour le lobby pro-israélien qui cherche à faire interdire le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) en Grande-Bretagne.
L'arrestation d'un groupe composé, selon certaines sources, de ressortissants iraniens accusés d'avoir planifié une attaque contre l'ambassade d'Israël à Londres, a coïncidé avec une campagne de lobbying agressive en faveur du classement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien comme organisation terroriste au Royaume-Uni. Si les détails de l'affaire restent vagues, des allégations similaires avancées par le passé suggÚrent que lier ce complot à Téhéran sans preuves tangibles relÚve plutÎt de motivations politiques.
Le 7 mai, The Telegraph a affirmĂ© que cinq personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es dans le cadre de ce que le ministre britannique de l'IntĂ©rieur a qualifiĂ© de âl'une des plus grandes opĂ©rations antiterroristes de ces derniĂšres annĂ©esâ. Selon le rapport, quatre des personnes arrĂȘtĂ©es sont des ressortissants iraniens, apprĂ©hendĂ©s en vertu de l'article 5 de la loi de 2006 sur le terrorisme, pour avoir prĂ©tendument planifiĂ© une attaque contre l'ambassade d'IsraĂ«l Ă Londres.
Une arrestation confuse, une campagne qui tombe Ă pic
Cependant, les contradictions du rapport ont suscité un scepticisme non négligeable dans l'opinion publique. Alors que The Telegraph a affirmé que
âla cellule terroriste prĂ©sumĂ©e Ă©tait Ă quelques heures de lancer l'attaque lorsque les hommes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©sâ,
il a Ă©galement notĂ© que les suspects ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s dans diffĂ©rentes villes d'Angleterre, trois d'entre eux se trouvant Ă environ quatre heures de route de Londres et un autre Ă une heure. Ces incohĂ©rences ont dĂ©clenchĂ© un dĂ©ferlement de thĂ©ories et d'incrĂ©dulitĂ© parmi la population britannique.
Alors que ces incohĂ©rences logistiques ont Ă©tĂ© examinĂ©es de prĂšs, les mĂ©dias de droite en Grande-Bretagne ont saisi l'occasion pour attiser la haine anti-immigrĂ©s. Sur Talk TV, Kevin O'Sullivan s'est laissĂ© aller Ă l'hystĂ©rie, mettant en garde: âNous allons avoir un Southport 2 si nous ne faisons pas attentionâ, Ă©voquant un incident Ă caractĂšre raciste qui avait dĂ©clenchĂ© des Ă©meutes. Le statut d'immigrant des suspects est devenu le point de mire de nombreux commentateurs conservateurs.
SimultanĂ©ment, le lobby pro-IsraĂ«l a commencĂ© Ă exploiter l'incident pour relancer sa campagne pour qualifier le CGRI dâorganisation terroriste. Le 28 avril, Progressive Britain, un groupe alignĂ© sur l'aile blairiste du Parti travailliste, a publiĂ© un article intitulĂ© âPourquoi le Royaume-Uni devrait proscrire le CGRIâ. Son auteur, Jemima Shelley, est non seulement membre non rĂ©sident du Labour Friends of Israel (LFI), mais aussi analyste senior chez United Against Nuclear Iran (UANI).
L'UANI a joué un rÎle récurrent lors d'efforts passés pour influencer les politiques britanniques à des fins anti-iraniennes. Se présentant comme une organisation neutre à but non lucratif, le groupe est présidé par Jeb Bush et dispose d'un conseil consultatif truffé d'agents pro-israéliens.
L'ancien directeur du Mossad, Meir Dagan, en a été membre jusqu'à sa mort, et le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, siÚge actuellement à son conseil consultatif des anciens combattants.
Nigel Farage, leader du parti d'extrĂȘme droite Reform UK, a opportunĂ©ment appelĂ© le gouvernement travailliste Ă proscrire le CGRI, affirmant de maniĂšre obscure que âmes amis du Moyen-Orient sont Ă©tonnĂ©s que nous ne l'ayons pas encore faitâ.
La terreur comme levier politique
Le 8 octobre 2024, le directeur général du MI5, Ken McCallum, a prononcé un discours au Centre des opérations antiterroristes de Londres, dans lequel il a déclaré :
âDepuis le meurtre de Mahsa Amini en 2022, nous avons assistĂ© Ă une succession de complots ici au Royaume-Uni, Ă un rythme et Ă une Ă©chelle sans prĂ©cĂ©dent. Depuis janvier 2022, en collaboration avec nos partenaires de la police, nous avons dĂ©jouĂ© vingt complots soutenus par l'Iran reprĂ©sentant des menaces potentiellement mortelles pour les citoyens britanniques et les rĂ©sidents du Royaume-Uniâ.
Bien que M. McCallum ait souligné que les services du renseignement ne politisaient pas les affaires de terrorisme, son discours a lourdement insisté sur les menaces provenant de la Russie, de la Chine et de l'Iran, adversaires politiques désignés du Royaume-Uni. Les commentateurs se sont rapidement emparés de ses propos pour nourrir la thÚse de la culpabilité iranienne.
Bien qu'elles aient fait rĂ©fĂ©rence Ă 20 complots « soutenus par l'Iran », les autoritĂ©s britanniques n'ont fourni aucune preuve concrĂšte reliant TĂ©hĂ©ran Ă aucun d'entre eux. Les officiels affirment que ce flou est stratĂ©gique, car il leur permet de ânier de maniĂšre plausibleâ. Mais dans la plupart des cas, leurs accusations se fondent sur de vagues rapprochements, comme l'animositĂ© politique de TĂ©hĂ©ran Ă l'Ă©gard des individus en question.
Prenons le cas trÚs médiatisé du ressortissant autrichien Magomed Husejn Dovtaev, condamné en février 2023 aprÚs avoir filmé les bureaux d'Iran International, un média en langue persane financé par l'Arabie saoudite et basé à Londres.
Dovtaev a affirmĂ© avoir Ă©tĂ© victime d'une escroquerie de 20 000 euros et avoir voulu retrouver les responsables sur place. Bien qu'il ait niĂ© tout lien avec l'Iran, il a Ă©tĂ© condamnĂ© pour avoir recueilli des informations susceptibles d'ĂȘtre utilisĂ©es Ă des fins terroristes.
Le 4 mars, le ministre britannique de la Sécurité, Dan Jarvis, a réitéré l'affirmation selon laquelle 20 complots terroristes auraient été déjoués et que
âle rĂ©gime iranien cible les dissidentsâ. Il a Ă©galement dĂ©clarĂ© au Parlement que âles services de renseignement iraniens, notamment le Corps des gardiens de la rĂ©volution islamique (CGRI) et le ministĂšre du Renseignement et de la SĂ©curitĂ© (MOIS), dirigent ces activitĂ©s prĂ©judiciablesâ.
Toutefois, M. Jarvis précise que
âplutĂŽt que d'Ćuvrer directement sur le sol britannique, ils utilisent des intermĂ©diaires malintentionnĂ©s pour accomplir leurs missions. Ils brouillent ainsi les pistes tout en restant en sĂ©curitĂ© Ă TĂ©hĂ©ranâ.
Si on ne peut exclure l'existence d'opérations des services de renseignement iraniens à l'étranger, les allégations récurrentes associant Téhéran à toutes les activités suspectes manquent de transparence, et de preuves.
La manipulation ne date pas d'hier
La frĂ©nĂ©sie actuelle fait Ă©cho Ă l'attentat contre l'ambassade d'IsraĂ«l Ă Londres en 1994. Initialement imputĂ© Ă des âextrĂ©mistes pro-iraniensâ prĂ©tendument liĂ©s au Hezbollah libanais, cet attentat a entraĂźnĂ© l'arrestation de cinq Palestiniens. Deux d'entre eux, Jawad Botmeh et Samar Alami, ont Ă©tĂ© condamnĂ©s pour complot malgrĂ© l'absence de preuves directes ou d'allĂ©gations selon lesquelles ils auraient posĂ© la bombe.
Ă l'Ă©poque, l'organisation de dĂ©fense des droits humains Amnesty International a publiĂ© une dĂ©claration dans laquelle elle dĂ©nonçait l'absence de âdroit Ă un procĂšs Ă©quitableâ pour Botmeh et Alami, qui
ân'ont pas eu accĂšs Ă toutes les informations, tant durant le procĂšs qu'aprĂšs celui-ci.
âOn n'a jamais pu Ă©tablir de lien direct entre l'un ou l'autre et les attentats, et tous deux avaient des alibis. Il a Ă©tĂ© fait appel au motif que les condamnations n'Ă©taient pas fondĂ©es, notamment parce que l'accusation n'a pas communiquĂ© toutes les preuves Ă la dĂ©fense, et en raison de la durĂ©e des peinesâ.
Lorsque Robert Fisk, journaliste émérite et correspondant de longue date en Asie occidentale, a écrit sur cette affaire dans le journal The Independent en 1998, il l'a décrite ainsi :
âLe procĂšs Ă©tait, pour le moins, extrĂȘmement troublant. Avant mĂȘme qu'il ne commence, l'affaire avait pris une tournure inhabituelle. Tout d'abord, la police a accusĂ© Nadia Zekra, une Palestinienne issue de la classe moyenne, d'avoir posĂ© la bombe devant l'ambassade. Des traces d'explosifs auraient Ă©tĂ© trouvĂ©es sur une table Ă son domicile. Puis, une fois le procĂšs ouvert, toutes les charges retenues contre Zekra ont Ă©tĂ© abandonnĂ©es. Un autre Palestinien, Mahmoud Abu-Wardeh, a Ă©tĂ© inculpĂ©, mais le jury l'a acquittĂ© de toutes les charges. Et pendant la pĂ©riode prĂ©cĂ©dant le procĂšs, le juge a autorisĂ© Alami et Botmeh Ă ĂȘtre libĂ©rĂ©s sous cautionâ.
Fisk a notĂ© qu'Alami et Botmeh pensaient qu'un personnage louche connu sous le nom de Reda Moghrabi Ă©tait un agent israĂ©lien et qu'il les avait piĂ©gĂ©s. Or, aprĂšs l'attentat, Moghrabi a disparu. La revendication de l'attentat Ă©tait Ă©galement Ă©trange, puisqu'elle a Ă©tĂ© anonymement attribuĂ©e Ă la âJaffa Teamâ de la ârĂ©sistance palestinienneâ, un groupe qui n'a jamais existĂ©, ni avant ni aprĂšs l'attentat.
En outre, les deux hommes ont été libérés prématurément. Botmeh a été libéré en août 2008 et Alami en avril 2009, puis expulsé vers le Liban. Leur libération anticipée, ainsi que leur autorisation de circuler librement dans les rues de Londres sous caution jusqu'à leur condamnation, ont soulevé de nombreuses questions quant aux circonstances de l'attentat.
Les rĂ©vĂ©lations ultĂ©rieures d'anciens agents du MI5 ont Ă©tĂ© encore plus accablantes. David Shayler a rĂ©vĂ©lĂ© que les services du renseignement britanniques ont âcachĂ©â des documents liĂ©s Ă l'attentat. Annie Machon, une autre ancienne agente du MI5, a rĂ©vĂ©lĂ© qu'une Ă©valuation interne a conclu que le Mossad lui-mĂȘme avait orchestrĂ© l'explosion afin de justifier des mesures de sĂ©curitĂ© accrues Ă l'ambassade. Le dispositif sophistiquĂ© n'a fait aucune victime et les vĂ©ritables auteurs n'ont jamais Ă©tĂ© apprĂ©hendĂ©s.
Compte tenu de toutes ces informations, on ne dispose actuellement pas de preuves suffisantes pour tirer des conclusions sur les arrestations de ressortissants iraniens et le prétendu complot contre l'ambassade israélienne. Mais les médias britanniques et plusieurs députés se sont emparés de l'affaire pour servir leur objectif : faire classer le CGRI comme organisation terroriste.
Quand la politique passe avant les preuves
Dans ce contexte, les derniĂšres arrestations de ressortissants iraniens et les allĂ©gations non fondĂ©es d'un projet d'attentat contre l'ambassade doivent ĂȘtre suivies avec la plus grande attention. Le ministre iranien des Affaires Ă©trangĂšres, Abbas Araghchi, a catĂ©goriquement ni toute implication, affirmant que
âl'Iran est prĂȘt Ă coopĂ©rer pour faire la lumiĂšre sur ce qui s'est rĂ©ellement passĂ©, et nous appelons les autoritĂ©s britanniques Ă garantir Ă nos citoyens une procĂ©dure rĂ©guliĂšreâ.
De son cÎté, The Guardian a détourné l'affaire pour alimenter les craintes des dissidents iraniens au Royaume-Uni, présentant ces arrestations comme la confirmation des menaces proférées par Téhéran.
En s'empressant de mettre en cause le CGRI, les médias et les responsables britanniques politisent une fois de plus un incident sécuritaire non vérifié. Ce stratagÚme fait écho aux accusations souvent portées contre l'Iran, à savoir l'utilisation des arrestations à des fins politiques. Peu importe qui se cache réellement derriÚre ce prétendu complot, mais son timing arrange bien ceux qui prÎnent l'interdiction du CGRI.
En tout cas, une chose est sûre : les allégations de terrorisme lié à l'Iran refont surface chaque fois que Tel-Aviv ou ses alliés tentent d'intensifier la pression sur la République islamique.
Traduit par Spirit of Free Speech
https://thecradle.co/articles/another-fictional-iranian-plot-in-london


