đâđš Francesca Albanese & la lutte des Palestiniens pour leur survie
Alors que le droit international gßt sous les décombres de Gaza, des ùmes courageuses comme Francesca Albanese, diseuse de vérité, défendent sans relùche les principes universels fondamentaux.

đâđš Francesca Albanese & la lutte des Palestiniens pour leur survie
Par Richard Drake, le 15 novembre 2025
Les sanctions américaines contre Francesca Albanese témoignent de son courage à défendre la cause palestinienne.
Le 9 juillet dernier, lâadministration Trump a imposĂ© des sanctions Ă Francesca Albanese. Le dĂ©cret 14203 a inscrit la rapporteure spĂ©ciale des Nations unies sur les droits de lâhomme dans les territoires palestiniens occupĂ©s par IsraĂ«l, ĂągĂ©e de 48 ans, sur la liste des âressortissants faisant lâobjet de mesures restrictivesâ et a ainsi interdit aux citoyens et aux entreprises amĂ©ricains dâentretenir tout lien avec elle. Le secrĂ©taire dâĂtat Marco Rubio a dĂ©clarĂ© que :
âLa campagne de guerre politique et Ă©conomique menĂ©e par Albanese contre les Ătats-Unis et IsraĂ«l nâest plus tolĂ©rĂ©e. Nous soutiendrons toujours nos alliĂ©s dans leur droit Ă lâautodĂ©fenseâ.
Le mĂȘme mois, la huitiĂšme Ă©dition du livre dâAlbanese, Jâaccuse, publiĂ© en 2023, a Ă©tĂ© publiĂ©e. Disponible uniquement en italien, le livre prĂ©sente les accusations dâAlbanese sur les crimes de guerre israĂ©liens en cours Ă Gaza, qui ont dĂ©clenchĂ© lâattaque du Hamas le 7 octobre 2023. Son titre est inspirĂ© du cĂ©lĂšbre article publiĂ© en 1898 par le romancier français Ămile Zola. Ce dernier appelait Ă âla vĂ©ritĂ© avant toutâ dans lâaffaire du capitaine de lâarmĂ©e juive Alfred Dreyfus, faussement accusĂ© de trahison. Albanese formule la mĂȘme exigence de vĂ©ritĂ© concernant le gĂ©nocide actuel Ă Gaza.
Titulaire dâun diplĂŽme en droit international et en droits humains de lâuniversitĂ© de Pise et de la London School of Oriental and African Studies, berceau du dĂ©colonialisme, elle a vĂ©cu en Palestine de 2010 Ă 2012. Elle a Ă©crit de nombreux articles sur la question israĂ©lo-palestinienne, notamment dans lâouvrage Palestinian Refugees in International Law, quâelle a coĂ©crit avec Lex Takkenberg. Sa nomination au poste de rapporteure spĂ©ciale des Nations unies, en mai 2022, lâa quotidiennement confrontĂ©e Ă la dĂ©tĂ©rioration de la situation Ă Gaza.
Droit international
Dans JâAccuse, elle replace la guerre de Gaza dans son contexte historique en remontant Ă la dĂ©claration Balfour de novembre 1917, lorsque le gouvernement britannique a annoncĂ© son soutien Ă la crĂ©ation dâun âfoyer national pour le peuple juifâ. Elle se concentre sur la pĂ©riode qui sâĂ©tend de 1948, annĂ©e de la fondation dâIsraĂ«l â pour les Palestiniens, la Nakba, soit la catastrophe â Ă nos jours. Un autre point chronologique essentiel porte sur lâoccupation des territoires palestiniens par IsraĂ«l Ă partir de 1967. Le blocus de Gaza par IsraĂ«l pendant seize ans fait Ă©galement lâobjet dâune analyse approfondie pour mieux saisir lâampleur de lâagression actuelle.
Le livre sâarticule autour de lâinterview de Francesca Albanese par le journaliste Christian Elia, et Ă©voque notamment le terrorisme. Francesca Albanese rappelle quâil nâexiste pas de consensus sur la signification du terme. Plus de 150 dĂ©finitions y ont en effet Ă©tĂ© consacrĂ©es. Le terrorisme est gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ© comme une violence criminelle ou immorale dont le but est politique, mais qui dĂ©cide de ce qui est moral ou immoral ? Les victoires militaires et politiques ont toujours confĂ©rĂ© un avantage aux vainqueurs pour Ă©tablir la distinction entre terroristes et combattants de la libertĂ©.
Albanese condamne le Hamas pour avoir massacré des non-combattants innocents et pris des civils en otage. Elle réitÚre ces accusations à plusieurs reprises dans le livre.
Ăvitant le terme âterrorismeâ en raison de ses connotations politiques, elle Ă©value les Ă©vĂ©nements du 7 octobre Ă la lumiĂšre du droit international consacrĂ© dans les conventions adoptĂ©es Ă GenĂšve et Ă La Haye. Sur cette base, elle condamne le Hamas pour avoir perpĂ©trĂ© ces actes. Elle rĂ©itĂšre ces accusations Ă plusieurs reprises dans son ouvrage.
En vertu des mĂȘmes normes juridiques, les attaques militaires aveugles dâIsraĂ«l contre la population civile palestinienne sans dĂ©fense Ă Gaza constituent indubitablement des crimes de guerre. Les crimes du Hamas auraient dĂ» ĂȘtre jugĂ©s par un tribunal indĂ©pendant et non punis par le dĂ©ploiement de la puissance de feu israĂ©lienne contre des civils. De plus, immĂ©diatement aprĂšs lâattaque du Hamas, Yoav Gallant, alors ministre israĂ©lien de la DĂ©fense, a dĂ©clarĂ© que lâaide humanitaire essentielle serait coupĂ©e, notamment lâĂ©lectricitĂ©, la nourriture, le carburant et lâeau, pour les habitants de Gaza. IsraĂ«l ferait face Ă des âanimaux humainsâ, a dĂ©clarĂ© Gallant, et rĂ©agirait en consĂ©quence.
JâAccuse tĂ©moigne de la vision dĂ©shumanisante des Palestiniens sous la domination israĂ©lienne, tant Ă Gaza quâen Cisjordanie et Ă JĂ©rusalem-Est. Ils ont subi divers degrĂ©s de persĂ©cutions de la part du gouvernement et des colons israĂ©liens radicaux Ă©tablis dans les colonies. Elle cite le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de lâONU, AntĂłnio Guterres, qui affirme que les dĂ©prĂ©dations du Hamas âne sont pas le fruit du hasardâ. Cinquante-six ans dâoccupation impitoyable ont pavĂ© la voie au 7 octobre. Guterres a Ă©galement condamnĂ© le Hamas pour ses crimes contre des civils innocents, mais personne nâaurait dĂ» ĂȘtre surpris par lâexplosion inĂ©vitable de colĂšre rĂ©sultant de lâoccupation illĂ©gale dâIsraĂ«l et de son systĂšme cauchemardesque de checkpoints militaires.
Les Palestiniens vivent manifestement dans des conditions dâapartheid, les citoyens juifs bĂ©nĂ©ficiant de lois et de privilĂšges spĂ©ciaux. Deux systĂšmes juridiques diffĂ©rents sont en vigueur dans les territoires palestiniens : la juridiction civile pour les colons et les soldats, et la juridiction militaire pour les Palestiniens. Les Arabes israĂ©liens vivant en IsraĂ«l proprement dit ne jouissent pas non plus des mĂȘmes droits que les citoyens juifs du pays. Selon Mme Albanese, aucune alternative rationnelle ne saurait se concevoir sans le dĂ©mantĂšlement de lâhĂ©gĂ©monie sioniste au profit dâune vĂ©ritable dĂ©mocratie, laquelle doit garantir lâĂ©galitĂ© des droits pour tous.
Elle a pris ses fonctions Ă lâONU lâannĂ©e prĂ©cĂ©dant lâattaque du Hamas. Elle a Ă©tĂ© tĂ©moin dâune âintensification alarmante de la frĂ©quence et de la brutalitĂ© des attaques militaires israĂ©liennesâ. Elle donne la parole aux deux ministres les plus extrĂ©mistes du gouvernement de Benjamin Netanyahu, Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, Ă propos de leurs activitĂ©s illĂ©gales liĂ©es Ă lâexpansion des colonies et aux projets dâannexion pure et simple des territoires palestiniens.
IsraĂ«l dĂ©finit sa sĂ©curitĂ© en termes justifiant une occupation permanente et une domination raciale sur lâensemble des terres situĂ©es entre le Jourdain et la mer. La suprĂ©matie juive, toujours implicite dans le projet sioniste pour la Palestine, est dĂ©sormais prĂ©sentĂ©e sans ambiguĂŻtĂ© comme le credo officiel dâIsraĂ«l.
JâAccuse rend compte de la dĂ©shumanisation subie par les Palestiniens sous occupation israĂ©lienne, y compris en Cisjordanie et Ă JĂ©rusalem-Est.
Bien avant les massacres en constante augmentation depuis lâattaque du Hamas, Gaza sâapparentait dĂ©jĂ au NeuviĂšme Cercle de lâEnfer de lâoccupation israĂ©lienne. Elle a Ă©tĂ© au cĆur de la premiĂšre intifada en 1987. Puis vinrent les invasions militaires successives, ponctuant les souffrances quotidiennes du blocus. Albanese aborde rapidement lâactualitĂ© de Gaza, soulignant quâau lendemain du 7 octobre, le gouvernement israĂ©lien a arrĂȘtĂ© des milliers de Palestiniens sans procĂ©dure rĂ©guliĂšre. Eux aussi doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des otages. Le livre sâarrĂȘte lĂ .
Dans une postface, la philosophe Roberta De Monticelli poursuit le rĂ©cit jusquâaux premiĂšres Ă©tapes de la guerre de Gaza. âGaza nâexiste plusâ, Ă©crit-elle. âCe nâest plus quâun amas de misĂšre et de ruinesâ. Le droit international et lâordre tant vantĂ© par lâOccident gisent Ă©galement sous les dĂ©combres de Gaza, avec lâincapacitĂ© Ă condamner IsraĂ«l pour ses crimes de guerre. Elle relate les violentes campagnes de diffamation menĂ©es contre Mme Albanese en Italie. LĂ -bas, IsraĂ«l bĂ©nĂ©ficie dâun soutien massif de la part du gouvernement et des mĂ©dias, Ă lâimage de la rĂ©action gĂ©nĂ©rale de lâOccident face au massacre de plus de soixante mille Palestiniens, pour la plupart des femmes et des enfants.
Intimidations
Depuis JâAccuse, Mme Albanese nâa cessĂ© de publier des rapports pour lâONU, de donner des confĂ©rences, de diffuser des messages sur les rĂ©seaux sociaux et dâaccorder des interviews pour appeler Ă un cessez-le-feu immĂ©diat et mettre en garde contre le nettoyage ethnique des Palestiniens Ă Gaza et dans tous les territoires occupĂ©s. Dans son rapport intitulĂ© Anatomy of a Genocide, publiĂ© le 25 mars 2024, elle a Ă©tĂ© la premiĂšre Ă fournir Ă lâONU une analyse dĂ©taillĂ©e de lâintention dâIsraĂ«l dâexterminer les Palestiniens de Gaza. Dans un rapport publiĂ© lâannĂ©e suivante, elle affirme que ce gĂ©nocide se poursuit en partie en raison des profits rĂ©alisĂ©s par des entreprises telles que Microsoft, Google et Amazon.
Ă ce stade, lâadministration Trump a ouvertement exprimĂ© sa colĂšre envers Mme Albanese en signant le dĂ©cret 14203. Son hostilitĂ© envers elle est allĂ© croissant dans les cercles du pouvoir amĂ©ricain depuis fĂ©vrier 2023, lorsque dix-huit membres du CongrĂšs ont demandĂ© son Ă©viction de son poste Ă lâONU en raison de son parti pris anti-israĂ©lien. En 2024, aprĂšs la publication en ligne dâun message de Francesca Albanese comparant Netanyahu Ă Adolf Hitler, lâambassadrice amĂ©ricaine Ă lâONU de lâĂ©poque, Linda Thomas-Greenfield, nommĂ©e par Joe Biden, a exigĂ© sa destitution. Linda Thomas-Greenfield a bloquĂ© par veto et Ă plusieurs reprises toute mesure sâopposant Ă IsraĂ«l au motif de son droit Ă la lĂ©gitime dĂ©fense. Lâadministration Trump a redoublĂ© dâardeur et de rhĂ©torique pour soutenir IsraĂ«l Ă lâONU, mais lâengagement de Washington en faveur de lâĂtat hĂ©breu demeurait inchangĂ©, quel que soit le parti au pouvoir.
Quelques semaines aprĂšs les sanctions amĂ©ricaines dont elle a fait lâobjet cet Ă©tĂ©, Mme Albanese sâest exprimĂ©e Ă Bari, dans le sud de lâItalie, oĂč le maire de la ville lui a rendu hommage pour avoir dĂ©noncĂ© le sort tragique des Palestiniens. Selon elle, ces sanctions ne sont pas un simple geste symbolique. Ses avoirs financiers ont Ă©tĂ© gelĂ©s et elle est dĂ©sormais interdite de sĂ©jour aux Ătats-Unis et empĂȘchĂ©e dâexercer ses fonctions Ă lâONU. Ces mesures, qui portent gravement atteinte Ă ses activitĂ©s professionnelles, sont comparables aux pratiques dâintimidation de la mafia.
Mme Albanese sâest dite honorĂ©e et bouleversĂ©e par cette cĂ©rĂ©monie. Elle a ensuite lancĂ© un avertissement Ă la communautĂ© internationale :
âLa Palestine nous appelle Ă lâaide, elle prĂ©figure un avenir sans justice. Et le silence de lâItalie ne doit pas vous tromper. Nous sommes Ă la traĂźne, nous sommes vĂ©ritablement les derniers vestiges de la violence colonialiste et impĂ©rialiste qui a caractĂ©risĂ© le siĂšcle dernier. Un rĂ©veil des consciences sâimpose. Ce nâest pas seulement lâItalie, mais la communautĂ© internationale tout entiĂšre qui doit sortir du piĂšge de ses doubles standards moralement destructeurs : les uns sont ses partenaires et alliĂ©s, comme IsraĂ«l, les autres ses ennemis dĂ©signĂ©s, comme la Russieâ.
Flottille
Le 31 aoĂ»t, la flottille Global Sumud (sumud signifie âpersĂ©vĂ©ranceâ en arabe), composĂ©e de plus de quarante bateaux, a quittĂ© Barcelone pour apporter une aide humanitaire aux Palestiniens et briser le blocus israĂ©lien de Gaza. Mme Albanese a rĂ©solument soutenu cette initiative. Ă chaque occasion, elle a appelĂ© les gouvernements europĂ©ens Ă protĂ©ger la flottille et Ă sâopposer Ă la campagne gĂ©nocidaire dâIsraĂ«l Ă Gaza.
Parmi les plus de six cents militants embarquĂ©s, des travailleurs humanitaires, des mĂ©decins, des personnalitĂ©s politiques et des artistes reprĂ©sentant quarante-quatre pays. Le gouvernement israĂ©lien les a qualifiĂ©s de sympathisants du Hamas. Lâambassadeur dâIsraĂ«l en Italie a mĂȘme affirmĂ© avoir la preuve que le Hamas aurait dirigĂ© la flottille dĂšs le dĂ©part. Aucune preuve nâa Ă©tĂ© fournie.
La flottille Global Sumud a Ă©tĂ© attaquĂ©e par des drones le 9 septembre dans les eaux tunisiennes. Le navire principal, le Family Boat, a Ă©tĂ© touchĂ© et un incendie sâest dĂ©clarĂ©. Aucun blessĂ© nâa Ă©tĂ© dĂ©plorĂ©. La militante Greta Thunberg sâest ensuite exprimĂ©e devant la théùtre municipal de Tunis. Elle a accusĂ© IsraĂ«l dâavoir organisĂ© cette attaque pour stopper la mission pacifique et lĂ©gale de la flottille. Les articles de journaux consacrĂ©s Ă cet Ă©vĂ©nement ont publiĂ© une photo dâAlbanese embrassant et serrant Thunberg dans ses bras.
à 2 heures du matin, dans la nuit du 24 septembre, des drones ont de nouveau attaqué la flottille, alors au large des cÎtes de CrÚte. Quatorze bateaux ont été endommagés par des grenades assourdissantes et des produits chimiques non identifiés. Deux personnes ont été légÚrement blessées. Albanese a immédiatement publié sur X :
âAlerte ! @gbsumudflotilla a Ă©tĂ© attaquĂ©e 7 fois en peu de temps ! Les bateaux ont Ă©tĂ© touchĂ©s par des grenades assourdissantes, des fusĂ©es Ă©clairantes explosives et aspergĂ©s de produits chimiques suspects. Les radios ont Ă©tĂ© brouillĂ©es, les appels Ă lâaide bloquĂ©s. Alerte internationale immĂ©diate, UNE PROTECTION est impĂ©rative. Ne touchez pas Ă la flottille !â
Alors que le gouvernement italien soutient IsraĂ«l, Albanese nâest pas la seule Ă condamner ces actes. Lors de la premiĂšre des deux grĂšves gĂ©nĂ©rales, un million de personnes Ă travers lâItalie ont manifestĂ© en faveur de la Palestine et de la flottille, exigeant la fin de tout commerce dâarmes et des relations commerciales avec IsraĂ«l. Les autoritĂ©s ont rĂ©pondu aux manifestants avec des canons Ă eau. Les manifestations tĂ©moignaient aussi dâune colĂšre plus gĂ©nĂ©rale en Italie face aux problĂšmes sociaux nationaux tels que lâabsence dâavenir Ă©conomique pour les jeunes et le fossĂ© entre riches et pauvres. La Palestine a toutefois servi de catalyseur.
La PremiĂšre ministre Giorgia Meloni, alors Ă New York pour lâAssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies sur la guerre dâIsraĂ«l Ă Gaza, sâen est prise aux organisateurs de la flottille, les qualifiant dâirresponsables et dâalarmistes. La dirigeante italienne de droite, fort apprĂ©ciĂ©e par Trump, a critiquĂ© IsraĂ«l pour ses excĂšs Ă Gaza, mais a retournĂ© sa colĂšre contre les militants de la flottille, les appelant Ă mettre fin Ă leur mission.
Le 1er octobre, dans une interview accordĂ©e Ă NBC News, Mme Albanese a condamnĂ© les Ătats membres de lâONU appelant la flottille Ă faire demi-tour. Ils doivent au contraire intervenir pour stopper les crimes dâIsraĂ«l, protĂ©ger la flottille et briser eux-mĂȘmes le blocus israĂ©lien de Gaza. La plupart des dĂ©lĂ©guĂ©s, en particulier ceux du Sud, ont manifestĂ© leur soutien aux Palestiniens en quittant la rĂ©union de lâAssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies la semaine prĂ©cĂ©dente, lors du discours de Netanyahu. De toute Ă©vidence, Meloni nâa pas eu ce courage moral.
Le mĂȘme jour, lors dâune confĂ©rence juridique Ă Milan, Mme Albanese a dĂ©clarĂ© que le gouvernement italien viole la constitution du pays, qui exige expressĂ©ment le respect du droit international. En vertu de cette exigence, Meloni se doit de condamner IsraĂ«l, et non les militants. Nous assistons, a ajoutĂ© Albanese,
ânon seulement au retour des partis de droite, mais aussi au retour des comportements fascistes, y compris dans la maniĂšre dont les forces de lâordre se comportent avec la population, avec tous ceux qui protestentâ.
Le soir mĂȘme, la marine israĂ©lienne a interceptĂ© et arraisonnĂ© la flottille Global Sumud dans les eaux internationales et arrĂȘtĂ© les militants. Dâautres manifestations ont Ă©clatĂ© en Italie au cri de âSâils touchent Ă la flottille, ils nous touchent tous. Sâils lâattaquent, on bloque toutâ. Le site web Arab News a Ă©voquĂ© une âintifada italienneâ. Dâautres pays europĂ©ens ont connu des manifestations pro-palestiniennes similaires, mais rien de comparable Ă ce qui sâest passĂ© en Italie.
Tout bloquer
Une deuxiĂšme grĂšve gĂ©nĂ©rale a intensifiĂ© le chaos en Italie pendant les trois jours suivants. âBlocchiamo tuttoâ [On bloque tout] est devenu le mot dâordre du jour, paralysant les voies ferrĂ©es, les installations portuaires et les autoroutes. Les Italiens se sont massivement mobilisĂ©s, scandant des slogans de solidaritĂ© avec le peuple qui souffre Ă Gaza : âPalestine libreâ, âIsraĂ«l sioniste, Ătat terroristeâ, âNous sommes tous palestiniensâ, âArrĂȘtez le gĂ©nocideâ, âLibĂ©rez les hĂ©ros de la flottilleâ, dĂ©nonçant le gouvernement Meloni dans les rues et sur les places dâItalie.
Les informations faisant Ă©tat de mauvais traitements infligĂ©s par IsraĂ«l aux dĂ©tenus de la flottille ont encore attisĂ© la colĂšre des manifestants en Italie comme ailleurs. Le ministre israĂ©lien de lâIntĂ©rieur dâextrĂȘme droite, Ben-Gvir, a qualifiĂ© les militants de âterroristesâ, affirmant que sâils pensent âĂȘtre accueillis avec le tapis rouge et les trompettes, ils se trompentâ. Ils ont Ă©tĂ© incarcĂ©rĂ©s dans la prison israĂ©lienne de Ketziot, cĂ©lĂšbre pour ses conditions abusives. Ben Gvir a ajoutĂ© que leur arrestation les inciterait Ă rĂ©flĂ©chir Ă deux fois avant de se lancer Ă nouveau dans une mission aussi irrĂ©flĂ©chie.
Mme Albanese fait lâobjet constant de controverses. Le 2 octobre, de nouvelles informations ont Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©es au sujet dâun Ă©vĂ©nement impliquant Albanese, survenu le dimanche 28 septembre dans la ville de Reggio Emilia, dans le nord du pays. Une fois encore, elle a Ă©tĂ© honorĂ©e par une haute distinction pour son action en faveur des droits de lâhomme. Lors de la cĂ©rĂ©monie, le maire lâa fĂ©licitĂ©e pour son action remarquable en faveur des droits de lâhomme, qualifiant son travail de remarquable, mĂ©ritant la plus haute reconnaissance. De tels Ă©vĂ©nements ne font gĂ©nĂ©ralement pas la une des journaux.
Cependant, le maire a également déclaré que la libération des otages israéliens détenus par le Hamas permettrait de faire avancer la cause de la paix au Moyen-Orient. Alors que le maire évoquait les otages israéliens, Mme Albanese a passé une main sur son visage et grimacé. Elle a rétorqué :
âNon, Monsieur le maire se trompe, ce quâil a dit est inexact. Car la paix ne se nĂ©gocie pasâ.
Le public pro-palestinien a hué et sifflé le maire.
Les personnalitĂ©s politiques et mĂ©diatiques italiennes ont vivement dĂ©battu de la rĂ©action dâAlbanese aux propos du maire Ă propos des otages israĂ©liens. Ses dĂ©fenseurs sâaccordent Ă dire que la paix doit ĂȘtre conclue sans dĂ©lai, sans aucune condition prĂ©alable concernant les otages ou tout autre sujet. Ses dĂ©tracteurs lâaccusent dâĂȘtre aveuglĂ©e par sa haine dâIsraĂ«l et rejettent lâappel raisonnable du maire Ă la libĂ©ration des otages.
Albanese Ă©tait Ă©galement Ă Reggio pour prĂ©senter son nouveau livre, intitulĂ© Quando il mondo dorme: Storie, parole e ferite della Palestina [Pendant que le monde dort : histoires, mots et souffrances de la Palestine]. Ce rĂ©cit de la vie quotidienne, basĂ© sur les expĂ©riences individuelles incarnant la tragĂ©die des territoires occupĂ©s, a Ă©tĂ© publiĂ© en mai 2025. Ce livre transpose en termes concrets son analyse juridique des crimes relatĂ©s dans JâAccuse. Il a dĂ©jĂ Ă©tĂ© rééditĂ© Ă neuf reprises.
Le véritable enjeu
Mme Albanese a de nouveau fait la une des journaux le 5 octobre, lorsquâelle a dĂ©cidĂ© de quitter une Ă©mission de tĂ©lĂ©vision italienne, aprĂšs une vive altercation en direct sur la question du gĂ©nocide Ă Gaza. Elle sâest opposĂ©e Ă la nĂ©gation du gĂ©nocide par certains participants. Deux jours plus tard, Ă lâoccasion des deux ans de lâattaque du Hamas, lâannonce de sa participation Ă une rĂ©union sur la Palestine Ă GĂȘnes a provoquĂ© une vague de condamnations de la part de groupes juifs en colĂšre : âOrganisez cet Ă©vĂ©nement, mais un autre jourâ, ont-ils protestĂ©.
Mme Albanese a notamment dĂ©clarĂ© le mĂȘme jour que le vĂ©ritable problĂšme Ă Gaza est âle gĂ©nocide qui tue les Palestiniensâ, refusant de minimiser cette question morale centrale de notre Ă©poque. Elle a Ă©galement dĂ©plorĂ© la mort des civils israĂ©liens tuĂ©s par le Hamas. Les victimes des deux communautĂ©s sont les victimes de dynamiques historiques complexes, engagĂ©es dans une lutte sans merci depuis 1917.
Pour Mme Albanese, le thĂšme central de son livre Jâaccuse porte sur le rĂŽle du contexte historique pour comprendre la crise palestino-israĂ©lienne actuelle. OĂč chercher lâorigine vĂ©ritable de cette crise dans une histoire aussi complexe ? Sa cause premiĂšre remonte Ă la dĂ©claration Balfour de 1917. Dans cette dĂ©claration, le gouvernement britannique sâengageait Ă crĂ©er un foyer national pour le peuple juif,
âĂ©tant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des communautĂ©s non juives Ă©tablies en Palestineâ.
Le cessez-le-feu de la guerre Ă Gaza et le plan de paix signĂ© Ă Charm el-Cheikh, en Ăgypte, le 13 octobre, ne mentionnent pas lâorigine de la crise israĂ©lo-palestinienne. Aucun reprĂ©sentant du Hamas nâa participĂ© au processus de signature. Reste Ă savoir comment un accord de paix dont un des protagonistes est absent pourra tenir. Netanyahu a mĂȘme refusĂ© de soutenir le rĂŽle de Mahmoud Abbas, le dirigeant de lâAutoritĂ© nationale palestinienne anti-Hamas, dans la reconstruction de Gaza, et nâa toujours pas acceptĂ© le principe dâune rencontre avec un interlocuteur palestinien.
La deuxiĂšme phase du plan de paix prĂ©voit la crĂ©ation dâun nouvel organe exĂ©cutif pour gouverner la bande de Gaza, des plans de reconstruction et la dĂ©militarisation du Hamas. Toutefois, dâimportants obstacles Ă une paix durable restent Ă surmonter. Alors que le prĂ©tendu cessez-le-feu menace de voler en Ă©clats chaque jour qui passe, Mme Albanese continue dâexiger lâĂ©galitĂ© des droits, de la sĂ©curitĂ©, de la dĂ©radicalisation et de la dĂ©militarisation dâIsraĂ«l. Tant que les communautĂ©s non juives de Palestine nâauront pas obtenu de garanties complĂštes en matiĂšre de droits civils et religieux, rien de fondamental ne changera au Moyen-Orient.
Traduit par Spirit of Free Speech
* Richard Drake a obtenu un doctorat en histoire Ă lâUCLA en 1976. Il a commencĂ© sa carriĂšre dâenseignant Ă lâuniversitĂ© du Montana en 1982, oĂč il est devenu en 2017 le premier titulaire de la chaire de recherche Lucile Speer en politique et histoire. Il a publiĂ© quatre ouvrages sur lâhistoire moderne de lâItalie, dont The Revolutionary Mystique and Terrorism in Contemporary Italy (1989), Ă©dition rĂ©visĂ©e en 2021). Il a publiĂ© deux ouvrages sur la politique Ă©trangĂšre amĂ©ricaine : The Education of an Anti-Imperialist: Robert La Follette and U.S. Expansion (University of Wisconsin Press, 2013) et Charles Austin Beard: The Return of the Master Historian of American Imperialism (Cornell University Press, 2018). Il travaille actuellement Ă un livre dont le titre provisoire est âMark Twain and the Course of the American Empireâ (Mark Twain et le cours de lâempire amĂ©ricain).
https://www.juancole.com/2025/11/francesca-albanese-palestinian.html


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