đâđš HĂ©gĂ©monie
Le bilan globalement positif de Washington cĂŽtĂ© puissance & dâinfluence est dâautant plus remarquable quâil contraste avec leur ignorance et leur absence totale de compĂ©tences diplomatiques.

đâđš HĂ©gĂ©monie
Par Michael Brenner, le 27 mai 2026
Quâest-ce que lâhĂ©gĂ©monie ? Les Ătats-Unis seraient-ils en train de la perdre ?
HĂ©gĂ©monie. âHĂ©gĂ©monie, hĂ©gĂ©mon partout â mais pas la moindre âdĂ©finitionâ en vueâ.
Le dĂ©bat sur la politique Ă©trangĂšre amĂ©ricaine se focalise sur ce mot â omniprĂ©sent dans tous types de discours : acadĂ©mique, journalistique, politique. Il partage des caractĂ©ristiques avec dâautres termes tendance qui ont gagnĂ© en popularitĂ© et en engouement â comme par exemple âexistentielâ ou âtransgenreâ â sans quâil y ait consensus sur les phĂ©nomĂšnes du monde rĂ©el auxquels ils font rĂ©fĂ©rence.
Nous ne dĂ©battons pas de leur signification prĂ©cise. Nous partons plutĂŽt du principe simpliste que la comprĂ©hension individuelle quâen a chaque personne est implicitement la bonne â riche en connotations.
Par consĂ©quent, le dĂ©bat qui sâensuit rĂ©unit ceux qui, collectivement, nâont aucune comprĂ©hension commune de ce dont elles parlent exactement. Cette situation inconfortable sâinscrit dans les normes dâune sociĂ©tĂ© qui privilĂ©gie lâexposĂ© et lâexpression des Ă©motions au dĂ©triment de la communication.
Certains phénomÚnes observables suscitent implicitement une série de questions.
Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, nous reconnaissons que le monde est en mutation, que les schĂ©mas prĂ©existants font place Ă quelque chose de diffĂ©rent mais encore indĂ©finissable.
Les Ătats-Unis sont-ils moins capables quâauparavant de sâimposer dans les relations internationales ? Et âauparavantâ, câĂ©tait quand ?
Si tel est le cas, quelles sont les principales variables de changement ? Existe-t-il plusieurs scĂ©narios possibles ? Que pouvons-nous faire pour augmenter les chances quâau moins lâune dâentre elles se concrĂ©tise ? Le terme âcontrĂŽleâ est essentiel Ă toute dĂ©finition gĂ©nĂ©rique de lââhĂ©gĂ©monieâ.
En se basant sur cette formulation :
âLâhĂ©gĂ©monie dĂ©signe le contrĂŽle permanent de son environnement extĂ©rieur par un Ătat dominant, agissant dans lâintĂ©rĂȘt de sa propre nation ou de son empireâ,
nous ne disposons dâaucun exemple historique correspondant parfaitement Ă cette conception abstraite. La vision la plus proche dâun âidĂ©al-typeâ est celle de lâhĂ©gĂ©monie mondiale amĂ©ricaine prĂ©sentĂ©e dans le Memorandum Wolfowitz de 1991.
Ce document est historique Ă deux Ă©gards : il dĂ©peint dâune part un monde oĂč rĂšgne une suprĂ©matie totale, sans rĂ©serve ni limite, dont les principes fondamentaux ont dâautre part fini par ĂȘtre assimilĂ©s par les Ă©lites de la politique Ă©trangĂšre du pays. Pendant environ 15 ans (1990-2005), les rĂ©alitĂ©s mondiales se sont approchĂ©es au plus prĂšs de cette conception, encourageant les initiatives pour la concrĂ©tiser.
LâĂšre de lâAmĂ©rique en tant quââhyperpuissanceâ a perdurĂ© Ă Washington et dans dâautres capitales jusquâĂ ce que la confiance en elle soit Ă©branlĂ©e par trois Ă©vĂ©nements : le traumatisme du 11 septembre, lâascension de Vladimir Poutine Ă Moscou qui a ressuscitĂ© la Russie en tant que puissance indĂ©pendante riche en ressources des cendres de lâimplosion Eltsine, et la prĂ©sence menaçante Ă lâhorizon de la Chine en tant que rivale potentielle de la suprĂ©matie amĂ©ricaine Ă long terme.
Hyperpuissance et frontiĂšres
Les frontiĂšres constituent lâune des difficultĂ©s Ă dĂ©terminer lâexistence dâune situation hĂ©gĂ©monique, car il est parfois difficile de distinguer la zone de contrĂŽle de ce qui est considĂ©rĂ© comme lâarriĂšre-cour dâun Ătat. Cette question a une incidence directe sur le facteur âstabilitĂ©â Ă plusieurs Ă©gards : les menaces Ă©manant de lâarriĂšre-cour, qui pourraient soit remettre en cause la domination dans la partie contrĂŽlĂ©e, soit affecter lâaccĂšs Ă des ressources prĂ©cieuses â lâĂ©nergie Ă©tant lâexemple le plus Ă©vident dans le monde dâaujourdâhui.
LâhĂ©gĂ©monie globale envisagĂ©e par Wolfowitz supprime cette prĂ©occupation. AprĂšs la campagne de destruction menĂ©e par les Ătats-Unis Ă travers le Grand Moyen-Orient, couronnĂ©e par la guerre dâagression contre lâIran, les Ătats-Unis et leurs affidĂ©s ont perdu une grande partie de leur âhĂ©gĂ©monieâ dans le golfe Persique.
Il en va de mĂȘme pour la libre circulation Ă travers les couloirs dâapprovisionnement Ă©nergĂ©tique. Câest une question de contrĂŽle. Une hĂ©gĂ©monie totale nâest rĂ©alisable que lĂ oĂč le contrĂŽle est absolu et âpermanentâ.
Comparons le degrĂ© de domination amĂ©ricaine sur le pĂ©trole et le gaz au Moyen-Orient et le contrĂŽle britannique sur toutes les ressources de lâInde sous domination coloniale. Pendant environ 175 ans, Londres a dirigĂ© lâInde â une relation de domination institutionnalisĂ©e qui transfĂ©rait systĂ©matiquement les richesses de lâun vers lâautre.
Des hĂ©gĂ©monies coloniales similaires, gĂ©ographiquement dĂ©limitĂ©es, ont caractĂ©risĂ© lâĂšre impĂ©riale occidentale, de lâAlgĂ©rie Ă lâInde et Ă la Chine en passant par lâIndonĂ©sie et toute lâAfrique. La stabilisation de ces relations a constituĂ© une Ă©tape politique majeure dans les stratĂ©gies dâannexion de lâAlgĂ©rie par la Russie en Asie centrale et dans le Caucase, de Porto Rico par les Ătats-Unis et de la moitiĂ© du Mexique par la conquĂȘte pure et simple.
AprĂšs la Seconde Guerre mondiale, lâUnion soviĂ©tique a Ă©tabli une annexion de facto sur une large partie de lâEurope de lâEst, une forme dâhĂ©gĂ©monie stricte qui a durĂ© 45 ans. LâhĂ©gĂ©monie militaire a servi de stratĂ©gie complĂ©mentaire pour exercer un contrĂŽle sur les territoires voisins par intimidations physiques, ingĂ©rences dans la politique locale et liens de dĂ©pendance Ă©conomique structurelle.
Les Ătats-Unis en sont lâexemple le plus flagrant dans lâhĂ©misphĂšre occidental. Pendant le siĂšcle qui a suivi la promulgation de la doctrine Monroe, lâhĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine a marquĂ© la vie politico-Ă©conomique de lâAmĂ©rique du Sud et de lâAmĂ©rique centrale. Son rĂ©tablissement est lâobjectif manifeste de lâactuelle administration Trump, comme lâa Ă©noncĂ© Ă plusieurs reprises Marco Rubio.
LâhĂ©gĂ©monie segmentĂ©e ou sectorielle correspond Ă une situation dans laquelle un Ătat dominant exerce un contrĂŽle stable sur un domaine spĂ©cifique des relations interĂ©tatiques, tout en tolĂ©rant largement lâindĂ©pendance dans dâautres domaines, en recourant Ă toute une gamme de mĂ©thodes mentionnĂ©es ci-dessus.
Le contrĂŽle par la Chine de lâapprovisionnement mondial en terres rares, un minerai essentiel, en constitue lâexemple contemporain le plus marquant.
Cet examen sommaire des multiples significations et modalitĂ©s du terme âhĂ©gĂ©monieâ souligne les limites de ce concept en tant quâoutil susceptible dâexpliquer lâimportance et les implications de lâĂ©volution du contexte international.
Au fond, il nâest question que de domination. La domination se manifeste par le contrĂŽle des agissements des autres parties, principalement des Ătats, qui composent la sphĂšre extĂ©rieure. Ses mĂ©thodes variĂ©es peuvent ĂȘtre militaires, Ă©conomiques, idĂ©ologiques, interventionnistes sur le plan politique, ou un mĂ©lange de celles-ci. Ce contrĂŽle peut ĂȘtre plus ou moins fluctuant, et ĂȘtre mis en Ćuvre pour tirer des avantages et sâapproprier des actifs, ou pour contrer les efforts dâautrui pour sâemparer des vĂŽtres, Ă lâĂ©chelle globale ou sectorielle.
Pour dĂ©terminer sâil y a eu des changements systĂ©miques dans lâinfluence globale des Ătats-Unis pour modeler ses caractĂ©ristiques Ă lâavantage de leur nation, examinons les Ă©pisodes les plus marquants de leur politique Ă©trangĂšre au cours de la derniĂšre dĂ©cennie.
Nous tombons donc au bar Raffles de Singapour sur un promoteur de longue date de la vision du monde de Wolfowitz, sorti du circuit depuis 25 ans et occupĂ© Ă la lucrative activitĂ© de contrebande dâopium depuis le Triangle dâOr. Il nous lance : âComment vont les Ătats-Unis ?â
Ăconomie

Au cours de la derniĂšre dĂ©cennie, les Ătats-Unis ont menĂ© une campagne globale et implacable pour asseoir leur domination mondiale. Ce projet implique de consolider son influence Ă©conomique par le contrĂŽle de structures financiĂšres clĂ©s, le recours Ă des leviers commerciaux comme arme, des boycotts et des embargos.
Washington a arbitrairement imposĂ© de lourdes taxes douaniĂšres Ă tous ses partenaires commerciaux, du Lesotho Ă la Chine, en violation des obligations dĂ©coulant des traitĂ©s et du droit international. Tous ont cĂ©dĂ© Ă des degrĂ©s divers, Ă lâexception partielle de la Chine, qui a tenu tĂȘte Ă Trump en dĂ©ployant la menace des minerais de terres rares. MĂȘme PĂ©kin a acceptĂ© des hausses tarifaires sĂ©lectives sur certaines exportations et nâa pas ripostĂ© au programme amĂ©ricain global restreignant lâaccĂšs Ă la technologie des semi-conducteurs. LâUnion europĂ©enne, le Japon, la CorĂ©e du Sud et lâArabie saoudite se sont Ă©galement engagĂ©s Ă rĂ©aliser des investissements massifs dans lâindustrie amĂ©ricaine.
Washington a contraint lâInde Ă limiter ses importations dâĂ©nergie en provenance de Russie et Ă offrir des concessions commerciales supplĂ©mentaires. Les retombĂ©es de cette situation, associĂ©es Ă des manĆuvres diplomatiques controversĂ©es au Moyen-Orient, ont servi les intĂ©rĂȘts amĂ©ricains au dĂ©triment des pays des BRICS.
Washington, avec ses fidÚles serviteurs européens, a attaqué les transports énergétiques russes en mer Baltique, en mer Noire, en Méditerranée et dans la Manche sans réaction ni représailles de la part de Moscou.
Il a également imposé un blocus contre les transports maritimes à destination et en provenance du golfe Persique sans représailles de la part de la Russie ou de la Chine.
Il a saisi 300 milliards de dollars dâactifs de la banque centrale russe placĂ©s dans le systĂšme SWIFT. Il a saisi des dizaines de milliards dâactifs dĂ©tenus par des entitĂ©s privĂ©es russes, lĂ encore sans rĂ©action. Kirill Dmitriev, PDG du fonds souverain russe RDIF et envoyĂ© spĂ©cial du prĂ©sident Poutine pour lâinvestissement et la coopĂ©ration Ă©conomique, a engagĂ© des discussions approfondies avec des responsables amĂ©ricains sur les propositions des Ătats-Unis visant Ă crĂ©er un fonds dâinvestissement commun utilisant les 300 milliards de dollars comme source de capital et de garantie, offrant aux Ătats-Unis une participation dans les ressources naturelles russes.
Washington a incitĂ© le prĂ©sident Poutine Ă sâenliser dans des discussions interminables et vides de sens avec Kushner/Witkoff/Bessent, bien que ceux-ci nâaient fait aucune concession sur les exigences non nĂ©gociables de la Russie. En revanche, Poutine tente de courtiser Trump â en Ă©vitant soigneusement tout ce qui pourrait suggĂ©rer de lâhostilitĂ© â et en imaginant une future coopĂ©ration cordiale entre la Russie et les Ătats-Unis. Curieusement, Poutine ne semble pas rĂ©aliser quâil a affaire Ă un psychopathe fasciste souffrant dâune dĂ©mence avĂ©rĂ©e qui a tentĂ© de le tuer.
Washington sâest livrĂ© Ă des actes de piraterie en haute mer, en violation du droit international et des traitĂ©s, en menant de multiples attaques contre des navires commerciaux vĂ©nĂ©zuĂ©liens, colombiens et iraniens, y compris des pĂȘcheurs.
Washington a imposé un blocus militaire total sur les importations et exportations cubaines, exigeant la capitulation du gouvernement actuel. Aucune riposte ni mesure corrective significative de la part de la Russie, de la Chine ou du Mexique.
Washington a tentĂ© de contraindre le Danemark Ă transfĂ©rer la souverainetĂ© du Groenland aux Ătats-Unis. Les rĂ©actions des parties autres que Copenhague ont Ă©tĂ© tiĂšdes et conciliantes. Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de lâOTAN, Mark Rutte, a proposĂ© lâextension des bases et des investissements amĂ©ricains et de lâOTAN au Groenland.
Les dirigeants de lâUE se sont montrĂ©s favorables Ă des concessions concernant lâextension de bases militaires amĂ©ricaines autonomes et Ă un accĂšs prĂ©fĂ©rentiel aux droits miniers. Poutine a suggĂ©rĂ© une vente Ă©ventuelle en utilisant la vente de lâAlaska comme rĂ©fĂ©rence dâĂ©valuation.
Militaire
Washington sâest rendu complice du plan dâIsraĂ«l visant Ă Ă©liminer tous ses rivaux au Moyen-Orient pour Ă©tablir son hĂ©gĂ©monie rĂ©gionale, incluant lâextermination et le nettoyage ethnique des Palestiniens de Gaza et de la Cisjordanie, la saisie du territoire syrien, lâagression au Liban comme prĂ©lude Ă lâannexion de sa rĂ©gion sud, lâagression contre lâIran, et la consolidation de bases dans le nord de lâIrak, en violation dâune demande officielle de Bagdad exigeant leur dĂ©part.
Washington, par lâintermĂ©diaire de lâOTAN, dĂ©ploie des troupes et des armes en Finlande, en Pologne, en Roumanie et en Lituanie, constituant une provocation directe envers la Russie et violant de multiples accords remontant Ă 1990.
Washington a dĂ©ployĂ© des milliers de militaires et dâagents de la CIA en Ukraine qui dirigent des opĂ©rations transfrontaliĂšres, contrĂŽlent les systĂšmes HIMARS et ATACM, ainsi que le guidage Ă©lectronique essentiel aux attaques de drones contre les installations Ă©nergĂ©tiques russes, les radars stratĂ©giques et Poutine lui-mĂȘme. RĂ©action/riposte russe : nulle.
Washington a abrogĂ© tous les accords de contrĂŽle des armements datant de lâĂ©poque de la guerre froide.
Washington a encerclĂ© la Russie dâun rĂ©seau de sites ABM pouvant ĂȘtre convertis en lanceurs de missiles offensifs.
Washington a abrogĂ© lâaccord historique des annĂ©es 1970 avec la Chine reconnaissant formellement TaĂŻwan comme partie intĂ©grante de la Chine. Au lieu de cela, il a encouragĂ© lâautonomie de TaĂŻwan par tous les moyens possibles et imaginables, y compris des ventes massives dâarmes et le stationnement de personnel militaire amĂ©ricain sur lâĂźle.
Washington a envahi le Venezuela sans provocation pour arrĂȘter le prĂ©sident Nicolas Maduro et installer un gouvernement favorable aux Ătats-Unis dirigĂ© par lâancienne vice-prĂ©sidente Delcy Rodriguez, une collaboratrice recrutĂ©e personnellement par le directeur de la CIA John Ratcliffe. En Ă©change, les compagnies pĂ©troliĂšres amĂ©ricaines se sont vu confier le contrĂŽle des vastes rĂ©serves pĂ©troliĂšres du pays.
Washington a apportĂ© un soutien vital aux insurgĂ©s syriens dirigĂ©s par les groupes djihadistes qui ont renversĂ© le prĂ©sident Bachar al-Assad pour former un gouvernement sous la houlette de lâancien chef dâAl-Nosra/Al-QaĂŻda, Abou Mohammad al-Golani â sur la tĂȘte duquel les Ătats-Unis avaient mis une prime de 10 millions de dollars, mort ou vif.
Politique
Interventions dans tous les pays susmentionnés, en coordination avec des actions militaires.
Washington a encouragĂ© lâInde Ă sâallier aux Ătats-Unis et Ă IsraĂ«l dans leur guerre contre lâIran (et le gĂ©nocide palestinien), Ă travers les dĂ©monstrations grotesques de Narendra Modi, islamophobe enragĂ©, qui ont conduit Ă de graves divisions parmi les partenaires des pays des BRICS. IntimidĂ©e par les Ătats-Unis, lâInde a Ă©galement rĂ©duit ses achats dâĂ©nergie Ă la Russie, renonçant ainsi au pĂ©trole Ă prix rĂ©duit et aux revenus issus de la rĂ©exportation de produits pĂ©troliers raffinĂ©s.
Cela sâinscrit dans un projet fantaisiste â dĂ©sormais abandonnĂ© â de grande route alternative au sud de la Route de la soie parrainĂ©e par la Chine, trĂšs prisĂ©e par les Ătats-Unis â une dĂ©monstration stupĂ©fiante de lâinfluence amĂ©ricaine capable dâamener une grande puissance prĂ©sumĂ©e Ă agir Ă lâencontre de ses intĂ©rĂȘts nationaux, une diplomatie âĂ la Kevorkianâ couronnĂ©e de succĂšs, calquĂ©e sur le blocage du Japon dans les annĂ©es 1980.
Washington a rĂ©ussi Ă rallier le Japon Ă sa croisade anti-chinoise avec une vĂ©hĂ©mence qui fait de Tokyo un partisan actif du mouvement pour lâindĂ©pendance de TaĂŻwan.
Washington a encouragĂ© lâarmĂ©e pakistanaise Ă renverser et Ă emprisonner le Premier ministre Ă©lu Imran Khan, devenu persona non grata pour ses critiques du gĂ©nocide israĂ©lo-amĂ©ricain Ă Gaza.
Washington apporte son soutien Ă divers groupes sĂ©paratistes kurdes en Irak et a cherchĂ© Ă les inciter Ă ouvrir un deuxiĂšme front contre lâIran.
Washington a pour ainsi dire soudoyĂ© les Ă©lecteurs argentins pour quâils soutiennent le nĂ©ofasciste et alliĂ© de Trump, Javier Milie, en dĂ©clarant sans ambages que les Ătats-Unis nâapprouvent pas lâaide monĂ©taire vitale du FMI et lâaide au refinancement de la dette que sâil Ă©tait Ă©lu.
Washington a incitĂ© les autoritĂ©s roumaines Ă invalider arbitrairement les rĂ©sultats de lâĂ©lection libre et Ă©quitable de 2024, car le vainqueur ne suivait pas la ligne dure anti-russe.
Une crainte palpable

Et si Trump nâavait pas commis lâerreur monumentale â peut-ĂȘtre fatale â de faire la guerre Ă lâIran ?
La performance globale des Ătats-Unis ne permet pas de conclure Ă un changement radical â et encore moins systĂ©mique â ni Ă un renversement de la position dominante des Ătats-Unis dans les affaires mondiales. Ils nâont jamais atteint lâhĂ©gĂ©monie Ă la Wolfowitz, mĂȘme Ă lâapogĂ©e de leur hyperpuissance. Jusquâau dĂ©sastre iranien, leur position avait peu Ă©voluĂ©.
La crainte dâune perte Ă©ventuelle du statut de suprĂ©matie mondiale des Ătats-Unis lâemporte sur la peur dâune perte rĂ©elle â du moins pour lâinstant.
Cette crainte alimente une stratĂ©gie militariste et radicale de surenchĂšre, qui a pour lâinstant Ă©tĂ© payante. Lâautre erreur stratĂ©gique majeure a Ă©tĂ© de dĂ©signer la Chine et la Russie comme des puissances Ă contenir, voire Ă affaiblir.
Les actions qui en ont dĂ©coulĂ© ont accĂ©lĂ©rĂ© et approfondi le partenariat sino-russe, dĂ©sormais une rĂ©alitĂ© gĂ©ostratĂ©gique mondiale incontestable. Il est toutefois peu probable que les dirigeants amĂ©ricains aient jamais eu la clairvoyance indispensable au changement de cap. Leur dĂ©termination obsessionnelle Ă atteindre lâobjectif de Wolfowitz leur a coĂ»tĂ© la distance psychologique et intellectuelle nĂ©cessaire pour agir avec plus de discernement.
Ils nâont pas Ă©tĂ© en mesure de reproduire lâapproche de Bismarck vis-Ă -vis de la France et de la Russie. Le bilan globalement positif des Ătats-Unis en matiĂšre de maintien de leur puissance et de leur influence est dâautant plus remarquable (et met en Ă©vidence les facteurs structurels de lâĂ©quation internationale) quâil contraste avec leur comprĂ©hension limitĂ©e de la politique mondiale, leur ignorance et leur absence totale de compĂ©tences diplomatiques.
Traduit par Spirit of Free Speech
https://consortiumnews.com/2026/05/25/michael-brenner-hegemony/


