đâđš IngĂ©rence amĂ©ricaine dans les Ă©lections au BrĂ©sil & possible intervention militaire
Par Alan MacLeod, le 18 août 2026
Les Ătats-Unis sâingĂšrent dans les Ă©lections prĂ©sidentielles brĂ©siliennes, faisant pression sur lâĂ©lectorat brĂ©silien pour quâil vote en faveur du candidat de droite Flavio Bolsonaro, fils de lâancien prĂ©sident dĂ©chu Jair Bolsonaro. Si ces manĆuvres Ă©chouent et que le prĂ©sident Lula da Silva remporte un quatriĂšme mandat, une intervention militaire potentielle est dĂ©jĂ en prĂ©paration. Des sanctions Ă la guerre Ă©conomique en passant par le coaching dâinfluenceurs et de journalistes sur la meilleure façon dâattaquer le gouvernement de gauche, lâadministration Trump met tout en Ćuvre pour renverser Lula.
Par ailleurs, la rĂ©cente dĂ©cision du DĂ©partement dâĂtat de qualifier les gangs brĂ©siliens dââorganisations terroristes Ă©trangĂšresâ, Ă lâinstar de Tren de Aragua au Venezuela, tĂ©moigne de lâintention dâintervenir militairement.
Le BrĂ©sil est la prochaine cible de Trump, et sâinscrit en droite ligne des rĂ©centes ingĂ©rences amĂ©ricaines et israĂ©liennes dans les Ă©lections colombiennes de mai, oĂč le candidat pro-Trump Abelardo de la Espriella a remportĂ© une victoire Ă lâarrachĂ©.
MintPress examine les tentatives de lâadministration Trump visant Ă saper la dĂ©mocratie brĂ©silienne et Ă remettre un autre Bolsonaro au pouvoir.
Faire pencher la balance
Les Ă©lections dâoctobre au BrĂ©sil approchent Ă grands pas, et bien que treize candidats se prĂ©sentent Ă la prĂ©sidence, deux candidats principaux se sont dĂ©jĂ dĂ©marquĂ©s : lâactuel prĂ©sident de centre-gauche, Lula da Silva, et son adversaire dâextrĂȘme droite, Flavio Bolsonaro.
Flavio est le fils de lâancien prĂ©sident dĂ©chu, Jair (condamnĂ© Ă 27 ans de prison pour avoir menĂ© une tentative de coup dâĂtat inspirĂ©e des Ă©vĂ©nements du 6 janvier), et le frĂšre dâEduardo (condamnĂ© par contumace pour avoir fait pression sur les Ătats-Unis afin quâils interviennent dans le procĂšs de son pĂšre).
Les prĂ©fĂ©rences de Washington en matiĂšre de candidat ne font aucun doute. Les Bolsonaro sont politiquement, idĂ©ologiquement et personnellement trĂšs proches du mouvement MAGA, et Flavio a dĂ©jĂ promis que, sâil est Ă©lu, son pays deviendra lâun des plus proches alliĂ©s des Ătats-Unis.
Lula dispose actuellement dâune avance Ă deux chiffres sur Bolsonaro (40 % contre 28 %, aucun autre candidat ne recueillant plus de 10 % des intentions de vote). Mais la politique brĂ©silienne peut Ă©voluer trĂšs vite, comme en 2018 alors que Lula disposait dâune avance de 20 points sur Jair Bolsonaro lorsque la Cour suprĂȘme brĂ©silienne lâa empĂȘchĂ© de se prĂ©senter. Il a Ă©tĂ© emprisonnĂ© sur fond de fausses accusations dans une affaire orchestrĂ©e par le gouvernement amĂ©ricain, permettant ainsi Ă Bolsonaro de remporter la victoire.
Lula a tirĂ© la sonnette dâalarme, affirmant que la dĂ©mocratie brĂ©silienne est Ă nouveau menacĂ©e par Washington.
âEn ce qui me concerne, [Trump] peut continuer Ă soutenir Bolsonaro, le pĂšre, le fils, le petit-fils⊠Cela ne me pose aucun problĂšme. Câest son problĂšme. On ne discute pas les goĂ»ts et les couleursâ, a-t-il dĂ©clarĂ©. âMais ne vous immiscez pas dans les Ă©lections brĂ©siliennes, car elles sont lâaffaire du BrĂ©sil, tout comme les Ă©lections amĂ©ricaines ne regardent que les Ătats-Unis, et non moiâ, ajoutant : âTout ce que je veux, câest que lâon accorde au BrĂ©sil le mĂȘme respect que jâaccorde aux Ătats-Unis. Point finalâ.
Washington, cependant, a dâautres projets en tĂȘte. Le 26 mai, Flavio Bolsonaro sâest rendu Ă Washington pour rencontrer Trump, le vice-prĂ©sident J.D. Vance et le secrĂ©taire dâĂtat Marco Rubio pour les convaincre du bien-fondĂ© dâune intervention militaire au BrĂ©sil.
Deux jours plus tard, le DĂ©partement dâĂtat amĂ©ricain a dĂ©signĂ© deux gangs brĂ©siliens, le Comando Vermelho et le Primeiro Comando da Capital, comme âterroristes mondiaux spĂ©cialement dĂ©signĂ©sâ et âorganisations terroristes Ă©trangĂšresâ, une dĂ©cision que Brian Mier, un journaliste amĂ©ricain installĂ© au BrĂ©sil depuis 1991 et aujourdâhui correspondant de TeleSur English au BrĂ©sil, a qualifiĂ©e de
âmesure prĂ©ventive en vue dâune Ă©ventuelle invasion en cas de réélection de Lulaâ.
En 2025, le DĂ©partement dâĂtat a fait de mĂȘme avec le gang vĂ©nĂ©zuĂ©lien Tren de Aragua. Quelques mois plus tard Ă peine, les Ătats-Unis ont menĂ© lâopĂ©ration ayant abouti Ă lâenlĂšvement du prĂ©sident NicolĂĄs Maduro, dĂ©capitant ainsi le gouvernement vĂ©nĂ©zuĂ©lien.
LibertĂ© dâexpression ou discours de haine ?
Brian Mier a soulignĂ© que le gouvernement amĂ©ricain forme Ă©galement activement des influenceurs brĂ©siliens aux mĂ©thodes et techniques permettant dâattaquer au mieux Lula et le gouvernement. Plus tĂŽt cette annĂ©e, on a appris que le consulat amĂ©ricain Ă SĂŁo Paulo a organisĂ© une sĂ©rie dâateliers avec des personnalitĂ©s de droite triĂ©es sur le volet.
Lâinfluenceuse Maria Fernanda Schmidt, qui a confirmĂ© la vĂ©racitĂ© de ces informations en publiant une sĂ©rie de photos de lâĂ©vĂ©nement sur son compte Instagram, en fait partie.
âCe fut une excellente occasion de partager avec des diplomates les dĂ©fis auxquels sont confrontĂ©s les influenceurs, les journalistes et les crĂ©ateurs de contenu Ă lâĂšre du numĂ©rique, dans le cadre dâun dialogue enrichissant sur lâavenir de la libertĂ© dâexpression au BrĂ©silâ, a-t-elle Ă©crit.
Le consulat amĂ©ricain a Ă©galement facilitĂ© lâobtention de visas et de voyages aux Ătats-Unis pour des journalistes locaux. Lâobjectif est de les inciter Ă sâen prendre Ă Lula et Ă promouvoir la candidature de Bolsonaro en relayant le discours soutenu par les Ătats-Unis selon lequel la libertĂ© dâexpression est menacĂ©e au BrĂ©sil Ă cause du gouvernement de Lula.
Cette idĂ©e repose en grande partie sur une dispute survenue en 2024 entre les autoritĂ©s brĂ©siliennes et le milliardaire amĂ©ricain Elon Musk. Musk a refusĂ© de se conformer Ă une dĂ©cision de justice brĂ©silienne lui ordonnant de supprimer des comptes dâextrĂȘme droite sur Twitter (dĂ©sormais officiellement X) qui contrevenaient aux lois du pays sur les discours de haine et la dĂ©sinformation. Musk, lui-mĂȘme fervent dĂ©fenseur de lâextrĂȘme droite et ayant ouvertement utilisĂ© ses plateformes pour promouvoirdes changements de rĂ©gime Ă travers le monde, a refusĂ© de sây conformer, ce qui a conduit Ă la fermeture temporaire de X dans tout le BrĂ©sil.
âDes acteurs influents de lâadministration Trump et du Parti rĂ©publicain, ainsi que des alliĂ©s du secteur technologique de la Silicon Valley et des commentateurs spĂ©cialisĂ©s qui font partie intĂ©grante de lâĂtat amĂ©ricain (Steve Bannon, Elon Musk, Peter Thiel, Michael Shellenberger, etc.) travaillent en Ă©troite collaboration avec la famille Bolsonaro depuis que Jair Bolsonaro sâest prĂ©sentĂ© pour la premiĂšre fois Ă la prĂ©sidence en 2018â, a dĂ©clarĂ© Brian Mier Ă MintPress.
Ce nâest un secret pour personne que la droite brĂ©silienne est profondĂ©ment influencĂ©e par le mouvement MAGA. En effet, le BrĂ©sil a mĂȘme connu son propre â6 janvierâ â le 8 janvier 2023. AprĂšs avoir perdu lâĂ©lection prĂ©sidentielle de 2022 face Ă Lula, le pĂšre de Flavio, Jair Bolsonaro, est intervenu Ă la radio pour dĂ©noncer le rĂ©sultat, invoquer des irrĂ©gularitĂ©s et appeler Ă lâinsurrection.
Des milliers de personnes ont dĂ©filĂ© dans les rues de BrasĂlia, provoquant des Ă©meutes et appelant Ă lâintervention de lâarmĂ©e.
Ă lâinstar du 6 janvier aux Ătats-Unis, les Ă©meutiers ont Ă©chouĂ©. Mais contrairement aux Ătats-Unis, Bolsonaro a dĂ» rendre des comptes pour sa tentative de coup dâĂtat et a Ă©tĂ© condamnĂ© en 2025 Ă 27 ans de prison.
Sa culpabilitĂ© ne fait guĂšre de doute. Au cours de son procĂšs, Bolsonaro a admis avoir rencontrĂ© de hauts gĂ©nĂ©raux brĂ©siliens pour discuter des moyens de se maintenir au pouvoir, mĂȘme aprĂšs avoir perdu lâĂ©lection.
Trump, cependant, sâest indignĂ© de cette dĂ©cision.
âLa maniĂšre dont le BrĂ©sil a traitĂ© lâancien prĂ©sident Bolsonaro, un dirigeant hautement respectĂ© dans le monde entier pendant son mandat, y compris par les Ătats-Unis, est une honte internationaleâ,
a-t-il dĂ©clarĂ©, exigeant lâarrĂȘt immĂ©diat du procĂšs. Trump a imposĂ© des sanctions Ă©conomiques sĂ©vĂšres au BrĂ©sil, ainsi quâĂ lâencontre du juge de la Cour suprĂȘme du pays, Alexandre de Moraes. Cette dĂ©cision a probablement Ă©tĂ© influencĂ©e par le fils de Jair et frĂšre de Flavio, Eduardo, qui a exercĂ© de fortes pressions sur lâadministration Trump au nom de son pĂšre, exigeant que son pays soit sanctionnĂ©. Le BrĂ©sil a considĂ©rĂ© ce geste comme une tentative dâentraver le cours de la justice et a condamnĂ© Eduardo Ă quatre ans de prison par contumace.
Il vit actuellement dans un manoir au Texas et ne peut plus retourner dans son pays natal. Il joue lĂ -bas un rĂŽle similaire Ă celui de Maria Corina Machado au Venezuela, faisant pression sur les Ătats-Unis pour une intervention militaire dans son pays afin de remettre sa famille au pouvoir. En octobre, il a publiquement appelĂ© lâarmĂ©e amĂ©ricaine Ă bombarder Rio de Janeiro sous prĂ©texte de lutter contre le trafic de drogue.
Trump a Ă©galement commentĂ© le procĂšs dâEduardo, bien quâil semble croire quâEduardo serait plutĂŽt son frĂšre, Flavio.
âJâai entendu dire quâils ont arrĂȘtĂ© quelquâun qui se prĂ©sente aux Ă©lections aujourdâhuiâ, a dĂ©clarĂ© Trump en juin. âIls ont arrĂȘtĂ© Bolsonaro junior, celui qui est bien placĂ© dans les sondagesâ.
En rĂ©alitĂ©, câest bien Flavio Bolsonaro qui se prĂ©sente Ă la prĂ©sidence.
Guerre économique et diplomatique
Sâil est Ă©lu, Flavio a promis aux Ătats-Unis beaucoup dâinfluence au sein du pays, en offrant Ă lâadministration Trump le contrĂŽle de son Ă©quipe de transition. Selon certains, cela impliquerait que des responsables amĂ©ricains pourraient exercer un pouvoir considĂ©rable sur lâĂ©conomie et la sociĂ©tĂ© brĂ©siliennes, rappelant les mĂ©thodes utilisĂ©es pour contrĂŽler lâIrak.
Les prochaines Ă©lections opposant Lula Ă Flavio Bolsonaro se dĂ©roulent Ă©galement dans un contexte marquĂ© par les efforts frĂ©nĂ©tiques des Ătats-Unis pour faire sâeffondrer lâĂ©conomie brĂ©silienne pour contrarier les chances de Lula. Les Ătats-Unis ont imposĂ© des droits de douane gĂ©nĂ©ralisĂ©s de 40 Ă 50 % sur les produits brĂ©siliens, et dâautres sont en prĂ©paration. Ces mesures diffĂšrent considĂ©rablement des droits de douane appliquĂ©s Ă lâĂ©chelle mondiale lâannĂ©e derniĂšre.
Dâune part, les Ătats-Unis affichent en rĂ©alitĂ© un excĂ©dent commercial important avec le BrĂ©sil, contrairement Ă la plupart des autres pays. Dâautre part, dans son dĂ©cret, Trump a explicitement dĂ©clarĂ© :
âSi le gouvernement brĂ©silien prenait des mesures significatives pour faire face Ă lâĂ©tat dâurgence national dĂ©clarĂ© dans le prĂ©sent dĂ©cret et sâalignait suffisamment sur la position des Ătats-Unis en matiĂšre de sĂ©curitĂ© nationale, dâĂ©conomie et de politique Ă©trangĂšre, telles que dĂ©crites dans le prĂ©sent dĂ©cret, je pourrais modifier davantage ce dĂ©cretâ.
Cette déclaration laisse clairement entendre que le Brésil est sanctionné pour son manque de loyauté envers Washington.
Les relations diplomatiques se sont dĂ©tĂ©riorĂ©es au dĂ©but du mois, aprĂšs que les Ătats-Unis ont rĂ©voquĂ© le visa de lâambassadrice brĂ©silienne, Maria Luiza Ribeiro Viotti, la contraignant Ă rentrer dans son pays. Le mĂȘme jour, le BrĂ©sil a ordonnĂ© Ă lâambassadeur argentin de quitter le territoire.
âLâadministration Trump travaille en Ă©troite collaboration avec [le prĂ©sident argentin] Javier Milei pour discrĂ©diter les partis, les dirigeants et les gouvernements de gauche Ă travers lâAmĂ©rique latineâ,
a dĂ©clarĂ© M. Mier, soulignant que M. Milei sâest rendu Ă SĂŁo Paulo en juillet pour assister au congrĂšs national du Parti libĂ©ral dâextrĂȘme droite, au cours duquel Flavio Bolsonaro a Ă©tĂ© officiellement dĂ©signĂ© candidat du parti Ă la prĂ©sidence. Milei nâa pas cachĂ© son souhait de voir tomber Lula, participant aux rassemblements de Bolsonaro et qualifiant Lula de âcorrompuâ, de âvoleurâ et de âcondamnĂ©â.
âUn cadeau de la CIAâ
Lâutilisation par Milei du terme âcondamnĂ©â fait rĂ©fĂ©rence Ă lâopĂ©ration âCar Washâ, un complot soutenu par les Ătats-Unis qui a permis dâemprisonner Lula pour corruption. Lula devançait Jair Bolsonaro de plus de 20 points dans les sondages pour les Ă©lections lĂ©gislatives de 2018, mais a Ă©tĂ© incarcĂ©rĂ© et sâest vu interdire de se prĂ©senter aux Ă©lections, mĂȘme depuis sa cellule de prison.
Le parquet a travaillĂ© en Ă©troite collaboration avec Washington pour sâassurer que Lula reste derriĂšre les barreaux et ne puisse pas se prĂ©senter aux Ă©lections, ouvrant ainsi la voie Ă lâascension de Bolsonaro. Ce dernier a par la suite nommĂ© Sergio Moro, le juge qui avait envoyĂ© Lula en prison, au poste de ministre de la Justice.
Cependant, on a appris par la suite que Moro avait coordonnĂ© ses actions tout au long de lâaffaire avec le parquet, notamment avec le procureur gĂ©nĂ©ral Deltan Dallagnol, qui a dĂ©clarĂ© que lâarrestation de Lula Ă©tait âun cadeau de la CIAâ. Peu aprĂšs son Ă©lection, Bolsonaro et Moro se sont envolĂ©s pour Langley, en Virginie, afin de participer Ă des rĂ©unions au siĂšge de la CIA.
Aux yeux de Washington, cette affaire fut un immense succĂšs. Leslie Backschies, alors agente de liaison du FBI puis chef de lâunitĂ© chargĂ©e de la corruption internationale au sein du Bureau, sâest vantĂ©e que son organisation avait ârenversĂ© des prĂ©sidents au BrĂ©silâ.
Ainsi, ce qui a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© au public brĂ©silien comme une croisade âanticorruptionâ nâĂ©tait en rĂ©alitĂ© quâun exemple parfait de guerre juridique moderne, une guerre que Lula a dĂ©crite comme âportant la marque des Ătats-Unisâ.
La corruption Ă©hontĂ©e de cette affaire a suscitĂ© un tollĂ© gĂ©nĂ©ral, tant au niveau national quâinternational, faisant de Lula le prisonnier politique le plus connu au monde. Suite Ă une pression publique massive, il a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© de prison et ses condamnations ont Ă©tĂ© annulĂ©es.
En 2022, il a remportĂ© haut la main les Ă©lections que les partisans de Bolsonaro sâĂ©taient efforcĂ©s de faire Ă©chouer.
La vie dans lâarriĂšre-cour des Ătats-Unis
Lula brigue aujourdâhui un quatriĂšme mandat historique. Et bien quâil fasse figure de personnalitĂ© politique majeure depuis les annĂ©es 1980, il continue de bĂ©nĂ©ficier dâun soutien populaire considĂ©rable. Issu dâune famille de la classe ouvriĂšre modeste, il a travaillĂ© comme cireur de chaussures et mĂ©tallurgiste, perdant une partie de sa main gauche dans un accident du travail alors quâil Ă©tait encore adolescent. Il est entrĂ© en politique en tant que dirigeant syndical des mĂ©tallurgistes en 1969, sous la dictature militaire fasciste rĂ©pressive soutenue par les Ătats-Unis. Une fois au pouvoir, les programmes sociaux novateurs de son parti ont sorti des dizaines de millions de personnes de la pauvretĂ© et ont renforcĂ© sa base de soutien au sein de la classe ouvriĂšre brĂ©silienne.
Ce sont toutefois ses initiatives internationales qui ont suscitĂ© tant dâindignation Ă Washington. Lula a rĂ©guliĂšrement tentĂ© de bloquer, ou du moins refusĂ© de soutenir pleinement les ambitions impĂ©rialistes des Ătats-Unis dans la rĂ©gion. Mais câest sans doute le leadership du BrĂ©sil au sein du bloc Ă©conomique des BRICS et sa coopĂ©ration croissante avec la Russie et la Chine qui constituent la raison principale de lâhostilitĂ© de Trump Ă son Ă©gard.
Ces derniĂšres annĂ©es, les BRICS sont passĂ©s dâune alliance Ă©conomique anonyme Ă une force menaçant lâhĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine dans le monde entier, principalement en contestant Ă lâUS dollar son statut de monnaie de rĂ©serve dominante â une position qui confĂšre Ă Washington un pouvoir et une influence considĂ©rables sur lâĂ©conomie mondiale.
Les BRICS sont Ă lâavant-garde de la âdĂ©dollarisationâ du commerce mondial. Et câest le BrĂ©sil qui mĂšne cette initiative. LâannĂ©e derniĂšre, lâorganisation a tenu avec succĂšs un sommet Ă Rio de Janeiro. La prĂ©sidente de la Banque de dĂ©veloppement des BRICS (dĂ©sormais appelĂ©e Nouvelle Banque de dĂ©veloppement ou NBD) est Dilma Rousseff, une alliĂ©e clĂ© de Lula et elle-mĂȘme ancienne prĂ©sidente du BrĂ©sil. En se concentrant sur le financement de grands projets de dĂ©veloppement dans les pays les plus pauvres, la NBD pourrait devenir un concurrent sĂ©rieux de la Banque mondiale et du Fonds monĂ©taire international contrĂŽlĂ©s par les Ătats-Unis.
âChaque soir, je me demande pourquoi les pays doivent tous baser leurs Ă©changes commerciaux sur le dollarâ, a dĂ©clarĂ© Lula lors dâun discours Ă la NDB Ă Shanghai. âPourquoi ne pouvons-nous pas commercer en utilisant nos propres devises ? Qui a dĂ©cidĂ© que le dollar serait la monnaie de rĂ©fĂ©rence aprĂšs la disparition de lâĂ©talon-or ?â, a-t-il ajoutĂ©.
âLe prĂ©sident est furieux chaque fois quâil entend parler des initiatives de dĂ©dollarisation des BRICSâ,
a rĂ©vĂ©lĂ© Steve Bannon, conseiller de Trump. Trump a dĂ©clarĂ© que les BRICS pourraient âdĂ©truire le dollarâ et que, sâils y parviennent, ce serait
âcomme perdre une guerre, une grande guerre mondiale ; nous ne serions plus le mĂȘme paysâ.
Trump a imposé des droits de douane supplémentaires aux pays des BRICS, dont le Brésil, en déclarant :
âIls doivent payer 10 % sâils font partie des BRICS. Parce que les BRICS ont Ă©tĂ© créés pour nous nuire. Les BRICS ont Ă©tĂ© créés pour affaiblir notre dollar, pour le priver de son statut de rĂ©fĂ©rence. Le dollar est roi, et nous veillerons Ă ce quâil le resteâ, a-t-il conclu.
Lorsquâon lui a demandĂ© pourquoi Trump sâest autant impliquĂ© dans les prochaines Ă©lections au BrĂ©sil, Brian Mier a rĂ©pondu :
âLâhĂ©gĂ©monie. Le BrĂ©sil est sans doute le dernier gouvernement souverain de centre-gauche dâAmĂ©rique du Sud, mais câest aussi la deuxiĂšme Ă©conomie des AmĂ©riques aprĂšs les Ătats-Unis et il abrite environ la moitiĂ© de la population dâAmĂ©rique latine. ConformĂ©ment Ă la nouvelle doctrine Monroe de Trump, les Ătats-Unis veulent un BrĂ©sil totalement subordonnĂ©, libre de toute influence chinoiseâ.
Comme on pouvait sây attendre, le dĂ©partement dâĂtat a publiĂ© mardi un communiquĂ© indiquant :
âLa doctrine Monroe façonne la politique Ă©trangĂšre amĂ©ricaine depuis plus de deux siĂšcles. La domination amĂ©ricaine dans lâhĂ©misphĂšre occidental ne sera plus jamais remise en questionâ.
ProclamĂ©e pour la premiĂšre fois en 1823, la doctrine Monroe (et ses corollaires ultĂ©rieurs) implique que lâensemble des AmĂ©riques appartient aux seuls Ătats-Unis, quâaucune autre puissance Ă©trangĂšre nâest la bienvenue dans la rĂ©gion, et que les Ătats-Unis peuvent intervenir militairement dans nâimporte quel pays de lâhĂ©misphĂšre quand bon leur semble.
Des gĂ©nĂ©rations dâuniversitaires, de politiciens et de commentateurs ont minimisĂ© lâimportance de cette doctrine, attaquant les chercheurs affirmant quâelle est toujours en vigueur en les qualifiant de complotistes ou de mauvais conseillers. Mais lâadministration Trump, avec sa tendance constante Ă dire haut et fort ce que lâon tait gĂ©nĂ©ralement, a ouvertement adoptĂ© la Doctrine Monroe et lâa dĂ©clarĂ©e politique officielle du gouvernement amĂ©ricain.
Brian Mier a Ă©galement expliquĂ© ce quâil estime ĂȘtre lâobjectif ultime de Washington pour le BrĂ©sil :
âSi lâon envisage les Ătats-Unis comme un Ătat intĂ©grĂ© et que lâon prend en considĂ©ration lâhistoire du DĂ©partement dâĂtat amĂ©ricain en tant quâagent des intĂ©rĂȘts des grandes entreprises amĂ©ricaines, il est clair que les fascistes du secteur technologique de la Silicon Valley sont partisans du chaos. Ces puissants acteurs transnationaux veulent un environnement totalement dĂ©rĂ©glementĂ© pour les cryptomonnaies, les opĂ©rations de lavage de cerveau sur les rĂ©seaux sociaux, lâintelligence artificielle et les paris en ligne. Câest ce quâils obtiennent actuellement au Salvador et en Argentineâ, a-t-il conclu, âet ils veulent la mĂȘme chose pour le BrĂ©silâ.
Ingérence sur tout le continent
Lâadministration Trump sâest clairement efforcĂ©e dâappliquer la doctrine Monroe et sâest ouvertement ingĂ©rĂ©e dans les affaires politiques de nations Ă travers tout lâhĂ©misphĂšre. Le prĂ©sident Trump a publiquement apportĂ© son âsoutien total et inconditionnelâ au candidat dâextrĂȘme droite (et citoyen amĂ©ricain) Abelardo de la Espriella lors des Ă©lections prĂ©sidentielles colombiennes de mai, un scrutin que de la Espriella a remportĂ© de justesse.
Le prĂ©sident sortant Gustavo Petro a accusĂ© tant les Ătats-Unis quâIsraĂ«l dâingĂ©rence dans les Ă©lections. Petro Ă©tait dans le collimateur de Washington depuis un certain temps. En dĂ©cembre, Trump a dĂ©clarĂ© quâil serait âle prochainâ sur sa liste des opĂ©rations de changement de rĂ©gime et quâune opĂ©ration militaire lui âsemblait une bonne idĂ©eâ.
En réponse, Petro a averti
quââun clan de pĂ©dophiles veut dĂ©truire la dĂ©mocratieâ en Colombie. âPour empĂȘcher la liste dâEpstein dâĂȘtre rendue publiqueâ, a-t-il expliquĂ©, âils envoient des navires de guerre tuer des pĂȘcheurs⊠et envahissent notre pays frĂšre [le Venezuela]⊠Ceux qui figurent sur la liste dâEpstein, ses amis, veulent dĂ©clencher la violence ici afin que le peuple amĂ©ricain ne se pose pas de questions sur son gouvernementâ.
Au final, Washington a obtenu gain de cause sans quâun seul coup de feu ne soit tirĂ©.
Le nouveau prĂ©sident de la Espriella sâest immĂ©diatement empressĂ© de reconnaĂźtre lâannexion par IsraĂ«l du plateau du Golan syrien et dâannoncer son intention dâouvrir une ambassade Ă JĂ©rusalem, alors mĂȘme que son pays vient dâĂȘtre frappĂ© par un tremblement de terre dĂ©vastateur qui a fait au moins 265 morts.
Concernant Cuba, Trump a intensifiĂ© son offensive avec une nouvelle campagne de guerre Ă©conomique, consistant notamment Ă inscrire le pays sur la liste des Ătats soutenant le terrorisme, Ă bloquer les transferts dâargent vers lâĂźle, Ă mettre en place un blocus sur le carburant et Ă empĂȘcher les entreprises Ă©trangĂšres de commercer avec Cuba. En consĂ©quence, lâĂ©conomie sâest effondrĂ©e. âCuba va bientĂŽt tomberâ, a prĂ©dit Trump en mars.
Une enquĂȘte de MintPress News a Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ© que le gouvernement amĂ©ricain finance discrĂštement toute une sĂ©rie de mĂ©dias prĂ©tendument indĂ©pendants Ă Cuba qui prĂ©parent tous le terrain pour une Ă©ventuelle opĂ©ration militaire amĂ©ricaine contre cette nation des CaraĂŻbes.
Lâoptimisme concernant Cuba est sans aucun doute liĂ© au succĂšs du coup dâĂtat orchestrĂ© par Trump au Venezuela. En janvier, des forces dâĂ©lite amĂ©ricaines ont pris dâassaut Caracas, enlevant le prĂ©sident NicolĂĄs Maduro et la premiĂšre dame Cilia Flores pour les transfĂ©rer Ă New York.
Trump a qualifiĂ© cette attaque de âguerre de 48 minutesâ victorieuse et particuliĂšrement lucrative. Depuis, les Ătats-Unis tirent illĂ©galement profit des ressources du pays. Trump, cependant, nâa manifestĂ© aucun remords :
âNous prĂ©levons beaucoup de pĂ©trole au Venezuelaâ, a-t-il dĂ©clarĂ©, ajoutant : âLe butin revient au vainqueurâ.
LâextrĂȘme droite gagne du terrain en AmĂ©rique latine, avec des victoires au PĂ©rou et au Salvador, ainsi quâun rĂ©cent score remarquable de Milei aux Ă©lections lĂ©gislatives. Ce dernier rĂ©sultat est en partie dĂ» Ă lâannonce explicite de Trump selon laquelle une aide Ă©conomique amĂ©ricaine de 20 milliards de dollars ne sera accordĂ©e que si le peuple vote dans le bon sens. Nous ne âperdrons pas notre tempsâ si Milei perd, a averti Trump.
Les choses semblent donc bien se prĂ©senter pour les Ătats-Unis en AmĂ©rique latine. Le BrĂ©sil, cependant, se dresse sur leur chemin. Le pays le plus vaste et le plus peuplĂ© de la rĂ©gion constitue toujours un rempart contre le trumpisme. Alors que lâextrĂȘme droite progresse dans toute la rĂ©gion, les sondages montrent que lâopinion publique brĂ©silienne continue de faire confiance Ă Lula, ĂągĂ© de 80 ans, et rejette largement Flavio Bolsonaro.
Le BrĂ©sil empĂȘche donc les Ătats-Unis de remporter une victoire Ă©crasante en AmĂ©rique du Sud. Ă prĂšs de deux mois du scrutin, rien nâest encore jouĂ© quant Ă son issue. Ce qui est toutefois certain, câest que les Ătats-Unis vont continuer Ă sâingĂ©rer et Ă tenter de dominer une rĂ©gion que Trump dĂ©crit comme âlâarriĂšre-courâ des Ătats-Unis.
Traduit par Spirit of Free Speech
* Alan MacLeod est rĂ©dacteur en chef adjoint chez MintPress News. Il a publiĂ© deux ouvrages saluĂ©s par la critique : Bad News From Venezuela : Twenty Years of Fake News and Misreporting et Propaganda in the Information Age: Still Manufacturing Consent, ainsi quâun certain nombre dâarticles universitaires. Il a Ă©galement contribuĂ© Ă FAIR.org, The Guardian, Salon, The Grayzone, Jacobin Magazine et Common Dreams. Suivez Alan sur Twitter pour dĂ©couvrir ses travaux et ses commentaires : @AlanRMacLeod.


