đâđš Jeffrey Sachs : Non Ă la guerre des Ătats-Unis contre lâIran
âIls briseront leurs Ă©pĂ©es pour en faire des socs, et leurs lances pour en faire des serpes. Une nation ne lĂšvera plus lâĂ©pĂ©e contre une autre nation, et lâon nâapprendra plus la guerreâ.

đâđš Jeffrey Sachs : Non Ă la guerre des Ătats-Unis contre lâIran
Lettre ouverte au Conseil de sécurité des Nations Unies.
Par Jeffrey Sachs, le 17 février 2026
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de sécurité,
Le prĂ©sident des Ătats-Unis profĂšre de graves menaces de recours Ă la force contre la RĂ©publique islamique dâIran si celle-ci ne se plie pas aux exigences amĂ©ricaines. Ses actions risquent de dĂ©clencher une guerre rĂ©gionale majeure potentiellement dĂ©vastatrice. Lorsquâon lui a demandĂ© sâil souhaite un changement de rĂ©gime, il a rĂ©pondu que
âcela semble ĂȘtre la meilleure chose qui puisse arriverâ. Lorsquâon lui a demandĂ© pourquoi un deuxiĂšme porte-avions amĂ©ricain avait Ă©tĂ© envoyĂ© dans la rĂ©gion, le prĂ©sident Trump a rĂ©pondu :
âAu cas oĂč nous ne parviendrions pas Ă un accord, nous en aurons besoin... si nous en avons besoin, il sera prĂȘtâ.
Ces menaces constituent une violation de lâarticle 2(4) de la Charte des Nations unies, qui stipule que
âTous les Membres sâabstiendront, dans leurs relations internationales, de recourir Ă la menace ou Ă lâemploi de la force contre lâintĂ©gritĂ© territoriale ou lâindĂ©pendance politique de tout Ătat, ou de toute autre maniĂšre incompatible avec les buts des Nations Uniesâ.
Ces menaces interviennent dans un contexte oĂč lâIran appelle sans cesse Ă la nĂ©gociation. De plus, le ministre iranien des Affaires Ă©trangĂšres a prononcĂ© un discours Ă Doha le 7 fĂ©vrier proposant des nĂ©gociations globales pour la paix rĂ©gionale, Ă la suite dâune sĂ©rie de pourparlers Ă Oman soutenus par la diplomatie des Ătats arabes et de la Turquie. Alors mĂȘme quâun deuxiĂšme cycle de nĂ©gociations a Ă©tĂ© annoncĂ©, les Ătats-Unis recourent Ă des menaces de recours Ă la force de plus en plus pressantes.
Aujourdâhui, le monde a un besoin urgent dâun engagement renouvelĂ© en faveur de la diplomatie.
La question que le Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies doit se poser en ces temps incertains est de savoir si un Ătat membre peut, par la force ou la menace de la force, se placer au-dessus de la Charte des Nations unies qui nous rĂ©git tous. LâintĂ©gritĂ© du systĂšme international fondĂ© sur les Nations unies est en jeu.
Lâun des rĂŽles essentiels du Conseil de sĂ©curitĂ© est dâinciter les Ătats membres Ă rĂ©gler leurs diffĂ©rends par des moyens pacifiques, comme la nĂ©gociation, la mĂ©diation, lâarbitrage ou le rĂšglement judiciaire, sans recourir Ă la menace ou Ă lâusage de la force. Aujourdâhui, le monde a un besoin urgent dâun engagement renouvelĂ© en faveur de la diplomatie.
La menace actuelle dâune attaque par les Ătats-Unis ne rĂ©sulte pas dâun Ă©chec des nĂ©gociations de la part de lâIran. Au contraire, elle rĂ©sulte du rejet par les Ătats-Unis dâun accord dĂ©jĂ conclu.
Le 14 juillet 2015, aprĂšs des annĂ©es de diplomatie intensive, lâIran et les pays du P5 [Ndt : France, Chine, Ătats-Unis, Royaume-Uni, Russie] + lâAllemagne ont conclu le Plan dâaction global conjoint (JCPOA) afin de garantir que le programme nuclĂ©aire iranien soit exclusivement pacifique. En contrepartie, les sanctions Ă©conomiques contre lâIran devaient ĂȘtre levĂ©es. Le JCPOA soumet les activitĂ©s nuclĂ©aires de lâIran Ă une surveillance stricte et continue de la part de lâAgence internationale de lâĂ©nergie atomique, mettant ainsi fin au risque dâune avancĂ©e nuclĂ©aire de la part de lâIran, risque que ce dernier a toujours niĂ©.
Le 20 juillet 2015, le Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies a adoptĂ© Ă lâunanimitĂ© la rĂ©solution 2231. Cette rĂ©solution âapprouve le JCPOAâ et appelle tous les Ătats Ă prendre les mesures ânĂ©cessaires Ă sa mise en Ćuvreâ. Elle a mis fin aux prĂ©cĂ©dentes rĂ©solutions sur les sanctions et a intĂ©grĂ© le JCPOA dans le droit international. Le Conseil de sĂ©curitĂ© a explicitement reconnu le âdroit de lâIran Ă dĂ©velopper lâĂ©nergie nuclĂ©aire Ă des fins pacifiquesâ en vertu du TraitĂ© de non-prolifĂ©ration et a mis en place un rĂ©gime de vĂ©rification solide.
Pourtant, le 8 mai 2018, soit trois ans aprĂšs lâadoption de la rĂ©solution du Conseil de sĂ©curitĂ©, les Ătats-Unis se sont unilatĂ©ralement retirĂ©s du JCPOA. Ce retrait a Ă©tĂ© activement soutenu par le gouvernement israĂ©lien.
Depuis la fin des annĂ©es 1990, les dirigeants israĂ©liens ont affirmĂ© Ă plusieurs reprises, de maniĂšre mensongĂšre et hypocrite, que lâIran serait sur le point de dĂ©velopper lâarme nuclĂ©aire, alors mĂȘme quâIsraĂ«l a secrĂštement acquis des armes nuclĂ©aires en dehors du TraitĂ© sur la non-prolifĂ©ration des armes nuclĂ©aires et refuse jusquâĂ aujourdâhui dâadhĂ©rer au traitĂ© et de se soumettre Ă ses contrĂŽles.
Lorsque le prĂ©sident Trump a retirĂ© unilatĂ©ralement les Ătats-Unis du JCPOA, les Ătats-Unis ont rĂ©imposĂ© des sanctions de grande envergure en contradiction directe avec la rĂ©solution 2231 et ont lancĂ© une campagne de guerre Ă©conomique visant Ă paralyser lâĂ©conomie iranienne, qui se poursuit encore aujourdâhui (plus de 6 000 sanctions infligĂ©es depuis 1979).
Les menaces actuelles des Ătats-Unis sâinscrivent donc dans une tendance de longue date consistant Ă feindre un intĂ©rĂȘt pour les nĂ©gociations tout en menant en rĂ©alitĂ© une guerre Ă©conomique et militaire. En juin 2025, aprĂšs la reprise des nĂ©gociations plus tĂŽt dans lâannĂ©e, les Ătats-Unis et lâIran ont entamĂ© un sixiĂšme cycle de pourparlers. Les Ătats-Unis ont qualifiĂ© ces nĂ©gociations de constructives et positives. Le sixiĂšme cycle Ă©tait prĂ©vu pour le 15 juin 2025. Mais le 13 juin 2025, les Ătats-Unis ont soutenu le bombardement de lâIran par IsraĂ«l. Une semaine plus tard, les Ătats-Unis ont attaquĂ© lâIran dans le cadre de lâopĂ©ration Midnight Hammer.
Lâatteinte des Ătats-Unis Ă la Charte des Nations unies sâest Ă nouveau intensifiĂ©e jusquâaux portes de la guerre, les menaces de recours Ă la force et les actes de guerre Ă©conomique se poursuivant quotidiennement. Les Ătats-Unis ont renforcĂ© leur prĂ©sence militaire prĂšs de lâIran et ont menacĂ© Ă plusieurs reprises de lancer une attaque imminente.
Lâadministration sâest Ă©galement montrĂ©e explicite au sujet de sa stratĂ©gie de guerre Ă©conomique. Le 20 janvier, dans une interview Ă Davos, le secrĂ©taire amĂ©ricain au TrĂ©sor, Steven Mnuchin, a expliquĂ© comment les Ătats-Unis ont dĂ©libĂ©rĂ©ment provoquĂ© lâeffondrement de la monnaie iranienne, une pĂ©nurie de dollars et le dĂ©clin des importations, dans le but de provoquer des tensions Ă©conomiques et des troubles de grande ampleur. Bessent a qualifiĂ© les troubles qui en ont rĂ©sultĂ© de âtrĂšs positifsâ.
Les menaces actuelles des Ătats-Unis sâinscrivent donc dans une tendance de longue date, consistant Ă feindre un intĂ©rĂȘt pour les nĂ©gociations tout en menant en rĂ©alitĂ© une guerre Ă©conomique et militaire contre lâIran.
Lâaspect le plus frappant de la campagne amĂ©ricaine en faveur dâun changement de rĂ©gime en Iran est lâinsistance rĂ©itĂ©rĂ©e des Ătats-Unis pour que lâIran nĂ©gocie. LâIran a dĂ©jĂ nĂ©gociĂ© Ă plusieurs reprises. Lâaccord sur le nuclĂ©aire a Ă©tĂ© nĂ©gociĂ© et ratifiĂ© par le Conseil de sĂ©curitĂ© de lâONU. MĂȘme aprĂšs avoir repris les nĂ©gociations lâĂ©tĂ© dernier, lâIran a Ă©tĂ© confrontĂ© Ă des frappes aĂ©riennes Ă grande Ă©chelle sur son territoire. Aujourdâhui, les Ătats-Unis avouent ouvertement leur politique de dĂ©stabilisation Ă©conomique et de changement de rĂ©gime.
Aucun pays nâest en sĂ©curitĂ© quand les Ătats-Unis profĂšrent des menaces grossiĂšres contre lâIran et plusieurs autres Ătats, ces derniĂšres semaines, contre Cuba, le Danemark, et dâautres.
On ne peut quâĂȘtre attristĂ© et consternĂ© de se rappeler que les Nations unies sont le fruit des idĂ©es du prĂ©sident Franklin D. Roosevelt. Il envisageait une Ăšre de coopĂ©ration entre grandes puissances et de multilatĂ©ralisme, fondĂ©e sur le droit international, pour assurer la paix et la sĂ©curitĂ© internationales. Son Ă©pouse, Eleanor Roosevelt, a supervisĂ© la rĂ©daction et lâadoption de la DĂ©claration universelle des droits de lâhomme.
Ă lâĂ©poque, les Ătats-Unis envisageaient une Ăšre oĂč la diplomatie prospĂ©rerait, oĂč le droit et la justice prĂ©vaudraient sur la force brute, et oĂč nous honorerions les paroles du prophĂšte IsaĂŻe inscrites sur le mur de la PremiĂšre Avenue, face aux Nations unies :
âIls briseront leurs Ă©pĂ©es pour en faire des socs, et leurs lances pour en faire des serpes. Une nation ne lĂšvera plus lâĂ©pĂ©e contre une autre nation, et lâon nâapprendra plus la guerreâ.
Permettre que la Charte des Nations unies soit violĂ©e sans rĂ©agir, et qui plus est par son pays hĂŽte, revient Ă inviter Ă un retour Ă la guerre mondiale, cette fois Ă lâĂšre nuclĂ©aire. En dâautres termes, câest inviter lâhumanitĂ© Ă sâautodĂ©truire. Au nom de « Nous, les peuples », le Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies a lâautoritĂ© et la lourde responsabilitĂ© de maintenir la paix.
Cordialement,
Jeffrey D. Sachs
Professeur Ă lâUniversitĂ© Columbia.
Annexe
Je me permets dâailleurs respectueusement de vous soumettre ci-dessous un projet de rĂ©solution qui permettrait au Conseil de sĂ©curitĂ© de lâONU dâaccomplir sa mission dans le contexte actuel.
âLe Conseil de sĂ©curitĂ©,
âRappelant les buts et principes de la Charte des Nations unies, en particulier lâobligation pour tous les Ătats membres de sâabstenir de recourir Ă la menace ou Ă lâemploi de la force contre lâintĂ©gritĂ© territoriale ou lâindĂ©pendance politique de tout Ătat, comme le prĂ©voit lâarticle 2, paragraphe 4, de la Charte,
âRĂ©affirmant que le maintien de la paix et de la sĂ©curitĂ© internationales repose sur le respect du droit international, lâautoritĂ© du Conseil de sĂ©curitĂ© et le rĂšglement pacifique des diffĂ©rends,
âRappelant la rĂ©solution 2231 (2015) du Conseil de sĂ©curitĂ©, adoptĂ©e Ă lâunanimitĂ© le 20 juillet 2015, par laquelle il a approuvĂ© le Plan dâaction global conjoint (JCPOA) et a demandĂ© Ă tous les Ătats membres de prendre les mesures nĂ©cessaires pour appuyer sa mise en Ćuvre
âRĂ©affirmant son attachement au TraitĂ© sur la non-prolifĂ©ration des armes nuclĂ©aires, la nĂ©cessitĂ© pour tous les Ătats parties Ă ce traitĂ© de sâacquitter pleinement de leurs obligations, et rappelant le droit des Ătats parties, conformĂ©ment aux articles I et II dudit traitĂ©, de dĂ©velopper la recherche, la production et lâutilisation de lâĂ©nergie nuclĂ©aire Ă des fins pacifiques sans discrimination,
âAgissant en vertu de la Charte des Nations unies,
âInvite tous les Ătats membres Ă cesser immĂ©diatement et sans condition toute menace ou recours Ă la force et Ă se conformer pleinement Ă leurs obligations en vertu de lâarticle 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations unies
âReconnaĂźt que lâaccord sur le nuclĂ©aire (JCPOA) constitue une nĂ©gociation multilatĂ©rale valide approuvĂ©e par le Conseil de sĂ©curitĂ© et que son abandon rĂ©sulte du retrait unilatĂ©ral des Ătats-Unis
âDĂ©cide que, sous son autoritĂ©, le Conseil de sĂ©curitĂ© mandate tous les Ătats concernĂ©s pour quâils engagent immĂ©diatement des nĂ©gociations en vue de conclure un nouvel accord global sur la question nuclĂ©aire iranienne, fondĂ© sur les principes du JCPOA et pleinement conforme au TraitĂ© sur la non-prolifĂ©ration des armes nuclĂ©aires
âAppelle tous les Ătats membres Ă sâabstenir de toute action susceptible de compromettre les dĂ©marches diplomatiques, dâaggraver les tensions ou dâaffaiblir lâautoritĂ© des Nations unies
âDĂ©cide de rester activement saisi de la questionâ.
Traduit par Spirit of Free Speech



HĂ©las..trois fois HĂ©las ! Jeffrey est un agneau qui Ă©crit Ă des vautours corrompus. LâONU a dĂšs le dĂ©part dĂ©chirĂ© sa charte (en 1948 lors de lâassassinat de ses 2 reprĂ©sentants : Bernadotte et SĂ©rot) en laissant faire...câĂ©tait le dĂ©but de la fin. Sa lettre est Ă la poubelle et aucun membre du CS ne l'a sĂ»rement lue craignant les regards du reprĂ©sentant US et de lâambassadeur israĂ©lien en coulisse...