đâđš La guerre contre lâIran
La guerre contre lâIran relĂšve moins de prĂ©occupations lĂ©gitimes de sĂ©curitĂ© nationale que de calculs politiques US â une agression illĂ©gale qui fera passer lâinvasion de lâIrak pour un fait divers.
đâđš La guerre contre lâIran
Par Scott Ritter, le 20 février 20260
LâIran et les Ătats-Unis ont convenu dâune pause de deux semaines dans leurs nĂ©gociations sur le programme nuclĂ©aire iranien, les deux dĂ©lĂ©gations retournant dans leurs capitales respectives afin dâĂ©valuer les propositions mises sur la table jusquâĂ prĂ©sent. La partie iranienne semblait plutĂŽt optimiste, le ministre iranien des Affaires Ă©trangĂšres Abbas Araghchi dĂ©clarant aux mĂ©dias iraniens :
âNous sommes parvenus Ă un accord gĂ©nĂ©ral sur un ensemble de principes directeurs, sur la base desquels nous allons dĂ©sormais avancer et nous diriger vers la rĂ©daction dâun accord potentielâ.
Les commentaires du vice-président américain JD Vance sont plus révélateurs.
âDâune certaine maniĂšre, cela sâest bien passĂ©â, a dĂ©clarĂ© M. Vance Ă un mĂ©dia amĂ©ricain aprĂšs la conclusion des pourparlers mardi. âMais, dâun autre cĂŽtĂ©, il est Ă©vident que le prĂ©sident a fixĂ© certaines lignes rouges que les Iraniens ne sont pas encore disposĂ©s Ă reconnaĂźtre ni Ă respecter. Nous allons donc continuer Ă y travailler.â
La question clĂ© qui se pose Ă la suite de cet Ă©change est de savoir ce que le vice-prĂ©sident Vance entend prĂ©cisĂ©ment par âcontinuer Ă y travaillerâ.
Ă un moment donnĂ©, les analystes du monde entier devront se rendre Ă lâĂ©vidence : du point de vue des Ătats-Unis, la diplomatie nâest pas une option. La politique des Ătats-Unis Ă lâĂ©gard de lâIran ne consiste pas Ă trouver une voie diplomatique vers une solution de compromis qui permette Ă lâIran dâenrichir de lâuranium, comme le lui permet lâarticle 4 du traitĂ© de non-prolifĂ©ration nuclĂ©aire, mais plutĂŽt Ă changer le rĂ©gime Ă TĂ©hĂ©ran.
Cela signifie que les Ătats-Unis sont en passe dâengager une guerre avec lâIran qui aura lieu, tĂŽt ou tard.
RĂ©trospectivement, lâinĂ©vitabilitĂ© de cette guerre est Ă©vidente depuis des mois, depuis que lâadministration Trump a orchestrĂ© des Ă©vĂ©nements en Iran qui, logiquement, pourraient ĂȘtre interprĂ©tĂ©s comme facilitant le renversement du gouvernement de la RĂ©publique islamique dâIran.
Le 20 janvier 2026, le secrĂ©taire amĂ©ricain au TrĂ©sor, Scott Bessent, a ouvertement reconnu le rĂŽle jouĂ© par lâadministration Trump dans le dĂ©clenchement de violentes Ă©meutes en Iran en dĂ©cembre 2025-janvier 2026.
âLe prĂ©sident Trump a ordonnĂ© au TrĂ©sor et Ă notre division OFAC (Office of Foreign Asset Control) dâexercer une pression maximale sur lâIranâ, a dĂ©clarĂ© Bessent Ă lâauditoire du Forum Ă©conomique mondial, âet cela a fonctionnĂ© : en dĂ©cembre, leur Ă©conomie sâest effondrĂ©e, nous avons vu une grande banque faire faillite, la banque centrale a commencĂ© Ă imprimer de lâargent, il y a eu une pĂ©nurie de dollars, ils ne pouvaient plus importer, et câest pourquoi les gens sont descendus dans la rue. Il sâagit lĂ dâune stratĂ©gie Ă©conomique, sans coup de feu, et les choses Ă©voluent de maniĂšre trĂšs positive iciâ.
Le 28 dĂ©cembre 2025, lâeffondrement du rial iranien a provoquĂ© des grĂšves massives Ă TĂ©hĂ©ran, avec des commerçants et marchands exigeant lâintervention immĂ©diate du gouvernement pour se prĂ©munir contre la volatilitĂ© du marchĂ©. Les grĂšves se sont poursuivies le lendemain, sâĂ©tendant Ă dâautres grandes villes, avec des manifestants descendant dans la rue. Au troisiĂšme jour des manifestations, le prĂ©sident Masoud Pezeshkian a dĂ©clarĂ© que le gouvernement Ă©tait Ă lâĂ©coute des revendications des manifestants et quâun groupe spĂ©cial Ă©tait en train dâĂȘtre formĂ© pour Ă©laborer une nouvelle politique Ă©conomique.
Les manifestations ont alors Ă©voluĂ©, passant dâun mouvement initialement motivĂ© par des revendications Ă©conomiques Ă une action bien plus dangereuse : une opĂ©ration coordonnĂ©e contre le rĂ©gime, visant Ă Ă©liminer le guide suprĂȘme de lâIran, lâayatollah Ali Khamenei, et Ă mettre fin Ă la RĂ©publique islamique qui dirige le pays depuis 1979.
Les messages diffusĂ©s par ces nouveaux manifestants hautement politisĂ©s prĂ©sentaient des points communs, signe dâune planification et dâune coordination centralisĂ©es qui nâauraient pu ĂȘtre rendues possibles que par des communications fiables et sĂ©curisĂ©es, tant Ă lâintĂ©rieur quâĂ lâextĂ©rieur de lâIran.
Le 30 dĂ©cembre, les manifestants rĂ©ussissaient Ă diffuser depuis lâintĂ©rieur de lâIran des clips vidĂ©o soigneusement montĂ©s, destinĂ©s Ă illustrer un message prĂ©sentant le rĂ©gime comme Ă©tant Ă bout de souffle. âMort au dictateurâ, âMort Ă Khameneiâ, âNi Gaza ni Liban, ma vie pour lâIranâ, âNous sommes tous ensembleâ et âSeyyed Ali (Khamenei) sera renversĂ© cette annĂ©eâ Ă©taient des slogans courants rĂ©pĂ©tĂ©s Ă maintes reprises pendant les manifestations par un petit nombre de manifestants, pour ĂȘtre ensuite filmĂ©s et diffusĂ©s dans le monde entier de maniĂšre Ă donner lâimpression que les passions anti-rĂ©gime Ă©taient le moteur des manifestations, qui restaient largement pacifiques.
La clĂ© de cette connectivitĂ© Ă©tait un rĂ©seau de terminaux Starlink qui ont Ă©tĂ© introduits clandestinement en Iran au cours des derniĂšres annĂ©es. On estime que le nombre de ces terminaux se situe entre 70 000 et 100 000, la plupart, voire la totalitĂ©, ayant Ă©tĂ© acheminĂ©s Ă travers la frontiĂšre par les voies traditionnelles de contrebande. Beaucoup de ces terminaux ont Ă©tĂ© amĂ©liorĂ©s grĂące Ă des modules supplĂ©mentaires fournis par des services de renseignement Ă©trangers, tels que lâunitĂ© 8200 israĂ©lienne, qui leur permettaient de communiquer en toute sĂ©curitĂ© Ă lâaide dâune technologie de saut de frĂ©quence normalement rĂ©servĂ©e aux armĂ©es les plus sophistiquĂ©es du monde.
LâidĂ©e selon laquelle le Mossad aurait jouĂ© un rĂŽle direct dans le soutien et lâencouragement des manifestations en Iran ne relĂšve pas de la spĂ©culation. Dans une rare communication ouverte, le Mossad a utilisĂ© son compte Twitter en farsi pour encourager les Iraniens Ă manifester contre le rĂ©gime iranien, leur disant quâil se joindrait Ă eux pendant les manifestations.
âSortez ensemble dans les rues. Le moment est venuâ, a Ă©crit le Mossad. âNous sommes avec vous. Pas seulement Ă distance et verbalement. Nous sommes avec vous sur le terrainâ.
Les rĂ©seaux compatibles avec Starlink ont commencĂ© Ă se connecter les uns aprĂšs les autres. Lâun des premiers Ă©tait un rĂ©seau exploitĂ© par lâOrganisation des Moudjahidine du peuple iranien (OMPI), Ă©galement connue sous le nom de Mojahedin-e-Khalq (MEK) ou Organisation des Moudjahidine du peuple (MKO). En 2019, alors quâil Ă©tait Ă la tĂȘte du pouvoir judiciaire iranien, lâancien prĂ©sident iranien Ebrahim Raisi a Ă©tabli un lien entre la CIA et lâOMPI. Le Mossad israĂ©lien a Ă©galement utilisĂ© lâOMPI pour mener des attaques ciblĂ©es contre des scientifiques nuclĂ©aires iraniens. Lâimplication de lâOMPI dans des activitĂ©s de guerre de lâinformation basĂ©es sur Starlink Ă©tablit un lien clair entre la militarisation des manifestations et les services de renseignement Ă©trangers. Lâactivation du rĂ©seau de lâOMPI a Ă©tĂ© rapidement suivie par celle des rĂ©seaux affiliĂ©s au Conseil national de la rĂ©sistance iranienne (CNRI), une Ă©manation de lâOMPI, et Ă lâAgence de presse des militants des droits de lâhomme (HRANA), une façade de la CIA conçue pour collecter des donnĂ©es sur les forces de sĂ©curitĂ© iraniennes sous couvert de documenter les violations des droits de lâhomme. Ces rĂ©seaux ont participĂ© Ă lâorganisation de manifestations de masse dans plusieurs villes iraniennes et Ă la collecte et Ă la diffusion de documents montrant comment les forces de sĂ©curitĂ© gouvernementales ont rĂ©pondu Ă ces protestations.
Le 2 janvier 2026, les manifestations ont commencĂ© Ă prendre un caractĂšre plus violent, leur thĂšme passant des griefs Ă©conomiques initiaux Ă des thĂšmes renforcĂ©s par des photos et des vidĂ©os envoyĂ©es depuis lâIran par les groupes dâopposition Ă©quipĂ©s de Starlink, montrant des manifestants dĂ©filant dans les rues, scandant des slogans anti-gouvernementaux et pro-monarchiques et affrontant violemment les forces de sĂ©curitĂ©, ce qui a donnĂ© lieu Ă des rapports faisant Ă©tat de manifestants tuĂ©s.
Comme prévu, le président Trump a publié un message de soutien aux manifestants sur sa page Truth Social, déclarant :
âSi lâIran tire et tue violemment des manifestants pacifiques, comme il en a lâhabitude, les Ătats-Unis dâAmĂ©rique viendront Ă leur secours. Nous sommes prĂȘts Ă intervenirâ.
Les propos du prĂ©sident ont dĂ©clenchĂ© une escalade des manifestations, tant en ampleur quâen violence, ciblant installations et personnel gouvernementaux, ce qui a provoquĂ© une riposte plus violente des forces iraniennes. Les diffĂ©rents rĂ©seaux dâopposition, utilisant leur connectivitĂ© Starlink, ont diffusĂ© des images sĂ©lectionnĂ©es et montĂ©es de maniĂšre sĂ©lective Ă des audiences en dehors de lâIran afin de crĂ©er lâidĂ©e dâun massacre gĂ©nĂ©ralisĂ© des manifestants par des forces de sĂ©curitĂ© iraniennes dĂ©sespĂ©rĂ©es.
Cette pĂ©riode a Ă©galement Ă©tĂ© marquĂ©e par lâimplication croissante de Reza Pahlavi, le fils aĂźnĂ© du dernier shah dâIran, Reza Shah Pahlavi, dans la mobilisation du soutien Ă une intervention militaire amĂ©ricaine visant Ă mettre fin Ă la RĂ©publique islamique dâIran. Reza Pahlavi est Ă la tĂȘte dâun front monarchiste qui coordonne Ă©troitement ses activitĂ©s avec la CIA et le Mossad. Cependant, alors que Trump a envoyĂ© son envoyĂ© spĂ©cial de confiance, Steve Witkoff, rencontrer secrĂštement Reza Pahlavi Ă Miami, le prĂ©sident a exclu toute rencontre entre lui-mĂȘme et le monarchiste iranien, apparemment parce quâil craignait que Reza Pahlavi ne dispose pas dâun rĂ©seau de soutien viable Ă lâintĂ©rieur de lâIran capable de gouverner la nation. Au lieu de cela, Trump a chargĂ© son gendre, Jared Kushner, de commencer Ă constituer un groupe de chefs dâentreprise irano-amĂ©ricains qui pourraient faciliter la transition vers un nouveau gouvernement si les dirigeants actuels de lâIran Ă©taient destituĂ©s.
Le 9 janvier, Trump a de nouveau commentĂ© publiquement la violence croissante en Iran, indiquant quâil âsuivait la situation de trĂšs prĂšsâ et laissant ouvertement entendre que les jours du guide suprĂȘme iranien au pouvoir Ă©taient comptĂ©s. Le prĂ©sident, commentant une suggestion selon laquelle Ali Khamenei envisageait de fuir en Russie, a rĂ©pondu :
âOu ailleurs, oui. Il cherche Ă partir quelque part. Il est temps de chercher un nouveau leadership en Iranâ.
La déclaration de Trump coïncidait avec une nouvelle analyse de la CIA sur les troubles croissants en Iran, qui, pour la premiÚre fois, estimait que les manifestations avaient le potentiel de renverser la République islamique.
La rhĂ©torique enflammĂ©e de Trump a atteint son paroxysme le 13 janvier, lorsquâil a publiĂ© le message suivant sur sa plateforme Truth Social :
âPatriotes iraniens, CONTINUEZ Ă MANIFESTER â PRENEZ LE CONTRĂLE DE VOS INSTITUTIONS !!! Notez les noms des meurtriers et des agresseurs. Ils paieront le prix fort. Jâai annulĂ© toutes les rĂ©unions avec les responsables iraniens jusquâĂ ce que cessent les meurtres insensĂ©s de manifestants. LâAIDE EST EN ROUTE. MIGA !!!â
Pendant un instant, il a semblĂ© que le prĂ©sident Trump tiendrait sa promesse de soutien, alors que lâIran fermait son espace aĂ©rien Ă tout trafic civil en prĂ©vision dâune attaque imminente des Ătats-Unis. Ă ce moment-lĂ , les Ătats-Unis semblaient soutenir une campagne aĂ©rienne trĂšs courte et intense visant Ă dĂ©capiter les dirigeants iraniens tout en rĂ©primant les forces de sĂ©curitĂ© du rĂ©gime afin dâaider les manifestants Ă renverser le gouvernement iranien.
Mais lâĂ©valuation du Pentagone a montrĂ© que les Ătats-Unis ne disposaient pas des forces nĂ©cessaires pour empĂȘcher lâIran de lancer des attaques dĂ©vastatrices Ă la roquette contre IsraĂ«l, les bases militaires amĂ©ricaines dans la rĂ©gion et les installations Ă©nergĂ©tiques critiques des alliĂ©s rĂ©gionaux des Ătats-Unis. IsraĂ«l a averti lâadministration Trump quâil serait en mesure dâabsorber une riposte iranienne pouvant aller jusquâĂ 700 missiles balistiques, mais que pour justifier les dommages infligĂ©s, les Ătats-Unis devaient garantir que toute campagne militaire contre lâIran aboutirait Ă un changement de rĂ©gime.
Cela exigeait des Ătats-Unis quâils restructurent leur plan de guerre contre lâIran et reconfigurent leur structure de forces afin de rĂ©pondre aux nouvelles exigences opĂ©rationnelles de ce plan. Le prĂ©sident avait donc besoin de temps pour rassembler tous les Ă©lĂ©ments. Du jour au lendemain, le prĂ©sident a changĂ© de cap, passant dâune frappe militaire imminente contre lâIran Ă lâimportance de la diplomatie comme moyen dâĂ©viter un conflit avec lâIran.
Le principal obstacle Ă la diplomatie est que les Ătats-Unis nâont jamais montrĂ© de volontĂ© de nĂ©gocier de bonne foi avec lâIran sur lâenjeu central : le programme dâenrichissement nuclĂ©aire. En juin 2025, lâadministration Trump avait entamĂ© des nĂ©gociations avec lâIran pour rĂ©soudre la question nuclĂ©aire, mais elle nâavait utilisĂ© ces nĂ©gociations que comme un moyen de faire baisser la garde Ă la veille dâune attaque surprise dâIsraĂ«l visant Ă dĂ©capiter le rĂ©gime iranien.
Compte tenu de la position maximaliste adoptĂ©e par lâadministration Trump concernant le programme nuclĂ©aire iranien (Ă savoir, zĂ©ro enrichissement), combinĂ©e Ă dâautres questions que Trump avait liĂ©es au programme nuclĂ©aire iranien (missiles balistiques et soutien aux mandataires/alliĂ©s rĂ©gionaux), les chances de conclure une nĂ©gociation fructueuse semblaient minces, voire nulles. LâIran, cependant, sentant peut-ĂȘtre le manque de dĂ©termination des Ătats-Unis Ă mettre Ă exĂ©cution leurs menaces militaires, a acceptĂ© les nĂ©gociations, qui se sont dĂ©roulĂ©es en deux cycles distincts : le premier Ă Oman et le second, qui vient de sâachever, Ă GenĂšve.
Ce dont Trump avait besoin avant tout, câĂ©tait de temps, le temps de dĂ©placer les moyens militaires nĂ©cessaires pour atteindre les objectifs dâune opĂ©ration militaire de plus grande envergure visant non seulement Ă renverser le rĂ©gime iranien, mais aussi Ă supprimer la capacitĂ© de lâIran Ă menacer IsraĂ«l et les alliĂ©s arabes des Ătats-Unis dans le Golfe avec sa force de missiles balistiques. Alors que la capacitĂ© combinĂ©e de missiles antibalistiques dâIsraĂ«l et des Ătats-Unis nâavait pas pu empĂȘcher lâIran de frapper IsraĂ«l Ă volontĂ© pendant la guerre des 12 jours de juin 2025, le nouveau plan de bataille du Pentagone, qui semble inclure un effort massif pour supprimer de maniĂšre proactive la capacitĂ© de lâIran Ă tirer des missiles en prenant le contrĂŽle de lâespace aĂ©rien dans et autour des zones dâopĂ©ration probables des missiles, combinĂ© Ă un renforcement majeur de la capacitĂ© de dĂ©fense antimissile, est conçu pour minimiser la menace missile posĂ©e par lâIran.
Steve Witkoff et Jared Kushner ont convaincu lâĂ©quipe de nĂ©gociation iranienne, dirigĂ©e par le ministre des Affaires Ă©trangĂšres Aragchi, quâun cadre acceptable pour les discussions existait. Les nĂ©gociateurs ont ensuite transmis cette proposition Ă TĂ©hĂ©ran, oĂč ils passeront deux semaines Ă rĂ©diger la position officielle de lâIran.
Mais il est trĂšs probable que ce texte iranien ne sera jamais remis. Tandis que les Iraniens sâefforcent de le rĂ©diger, lâadministration Trump sâemploie Ă mettre en place la machine de guerre pour une attaque contre lâIran, qui aura lieu tĂŽt ou tard. Malheureusement, la politique logistique rend cette issue inĂ©vitable.
Afin de renforcer les dĂ©fenses antimissiles des Ătats-Unis et des forces alliĂ©es, ainsi que les infrastructures vulnĂ©rables aux attaques de missiles iraniens, les Ătats-Unis ont dĂ» retirer leurs dĂ©fenses dâautres rĂ©gions stratĂ©giques, comme le Pacifique et lâEurope. Au moins deux batteries THAAD ont Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©es au Moyen-Orient (lâune en Jordanie, lâautre aux Ămirats arabes unis), renforçant les deux dĂ©jĂ en place (lâune en IsraĂ«l, lâautre au Qatar). Cela signifie que 50 % de la force militaire amĂ©ricaine THAAD a Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©e au Moyen-Orient. On estime que jusquâĂ deux tiers des 15 batteries Patriot de lâarmĂ©e amĂ©ricaine pourraient Ă©galement ĂȘtre dĂ©ployĂ©es Ă travers le Moyen-Orient.
En avril dernier, une seule batterie Patriot a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©e de CorĂ©e du Sud vers le Moyen-Orient, une opĂ©ration qui a nĂ©cessitĂ© 73 missions C-17 distinctes. Depuis le 15 janvier 2025, plus de 142 missions C-17 ont Ă©tĂ© effectuĂ©es dans la zone dâopĂ©rations du Moyen-Orient, dont 75 rien que vers la base aĂ©rienne de Muwaffaq Salti en Jordanie.
Lâaffaiblissement dĂ©libĂ©rĂ© des dĂ©fenses aĂ©riennes et antimissiles rĂ©gionales dans des rĂ©gions stratĂ©giquement importantes du monde nâest pas un modĂšle viable en matiĂšre de sĂ©curitĂ© mondiale, ce qui signifie que la redistribution actuelle des capacitĂ©s de dĂ©fense antimissile au Moyen-Orient nâest pas un dispositif militaire Ă long terme, mais plutĂŽt un dispositif qui ne peut ĂȘtre maintenu que pendant une pĂ©riode limitĂ©e. De plus, les coĂ»ts associĂ©s Ă cette relocalisation sont prohibitifs. Il ne sâagit pas dâun exercice que les Ătats-Unis souhaitent rĂ©pĂ©ter rĂ©guliĂšrement, mais plutĂŽt dâune opĂ©ration ponctuelle visant Ă obtenir un rĂ©sultat spĂ©cifique : le changement de rĂ©gime en Iran.
Avec le bouclier antimissile balistique en place (qui sera encore renforcĂ© par la prĂ©sence de plusieurs navires de la classe Aegis de la marine amĂ©ricaine opĂ©rant dans le cadre de deux groupes aĂ©ronavals actuellement dĂ©ployĂ©s dans la rĂ©gion : lâUSS Abraham Lincoln, opĂ©rant dans la mer dâOman, et lâUSS Gerald Ford, opĂ©rant dans lâest de la mer MĂ©diterranĂ©e), les Ătats-Unis ne dĂ©ploient pas les forces finales nĂ©cessaires pour mener Ă bien les opĂ©rations de changement de rĂ©gime en Iran : des dizaines dâavions de combat avancĂ©s, dâavions de guerre Ă©lectronique, de ravitaillement et de collecte de renseignements qui, combinĂ©s aux escadrons aĂ©riens embarquĂ©s des deux porte-avions et aux dizaines dâavions de combat dĂ©jĂ dĂ©ployĂ©s dans la rĂ©gion, donneront aux Ătats-Unis la capacitĂ© de projeter une puissance de combat soutenue sur lâIran pendant plusieurs semaines.
Ce renforcement massif de la puissance de combat amĂ©ricaine viendra complĂ©ter lâimportante force aĂ©rienne israĂ©lienne, qui ne restera trĂšs probablement pas inactive dans le cadre dâune frappe concertĂ©e contre lâIran impliquant les forces amĂ©ricaines.
Au cours de la guerre de 12 jours entre IsraĂ«l et lâIran en juin 2025, les forces spĂ©ciales israĂ©liennes se sont dĂ©ployĂ©es sur le terrain Ă lâintĂ©rieur de lâIran pour mener des missions dâinterception de missiles. Il est trĂšs probable que de telles opĂ©rations feront partie de la planification de la mission pour lâattaque contre lâIran. Il est Ă©galement probable que des âzones de destructionâ de missiles distinctes seront Ă©tablies en Iran pour les forces spĂ©ciales amĂ©ricaines et britanniques, qui ont toutes deux une expĂ©rience des opĂ©rations de contre-missiles remontant Ă la guerre du Golfe de 1991.
Le dĂ©placement dâune puissance de combat aussi massive dans des conditions influencĂ©es par les rĂ©alitĂ©s gĂ©opolitiques exige que lâarmĂ©e amĂ©ricaine utilise des processus prĂ©cĂ©demment connus sous le nom de âTime Phased Force Deployment Dataâ (TPFDD, donnĂ©es de dĂ©ploiement des forces par phases). Lors de lâopĂ©ration Desert Shield/Desert Storm, en 1990-1991, la complexitĂ© du TPFDD a dĂ©terminĂ© le moment du dĂ©clenchement du conflit. En 2003, lâarmĂ©e amĂ©ricaine a tentĂ© de rationaliser le processus TPFDD avec un nouveau systĂšme appelĂ© âRequest for Forcesâ (RFF). Mais lâexpĂ©rience acquise lors de lâopĂ©ration Iraqi Freedom montre que la complexitĂ© du dĂ©ploiement et la âconstitution du dĂ©ploiementâ RFF qui sâen est suivie ont Ă©galement dĂ©fini le calendrier dâexĂ©cution de lâOIF.
La pratique actuelle consistant Ă sĂ©quencer le dĂ©ploiement des forces, connue sous le nom de planification adaptative (AP), visait Ă donner plus de flexibilitĂ© aux dirigeants militaires et civils lorsquâil sâagissait de dĂ©terminer comment et quand les forces amĂ©ricaines dĂ©ployĂ©es seraient/pourraient ĂȘtre utilisĂ©es au combat. Mais lâAP nâest pas conçue pour rĂ©pondre Ă un dĂ©ploiement de forces Ă grande Ă©chelle tel que celui qui a actuellement lieu au Moyen-Orient. Cela signifie que, dans le cas prĂ©sent, lâarmĂ©e amĂ©ricaine a dĂ» reprendre les anciennes pratiques du TPFDD/RFF, avec tout ce que cela implique en termes de calendrier dâexĂ©cution opĂ©rationnelle. Dans lâĂ©tat actuel des choses, le dĂ©ploiement progressif des forces amĂ©ricaines a trĂšs probablement dĂ©passĂ© le point de non-retour, ce qui signifie que mĂȘme si le prĂ©sident Trump voulait mettre fin Ă lâopĂ©ration, lâĂ©lan des forces politiques et militaires qui ont Ă©tĂ© mobilisĂ©es pour la mission de changement de rĂ©gime en Iran rendrait cela impossible sans encourir un risque inacceptable au niveau national et international.
Une guerre contre lâIran serait catastrophique pour toutes les parties concernĂ©es. Il nây a aucune garantie de succĂšs pour les Ătats-Unis et IsraĂ«l, ni dâĂ©chec pour lâIran. Cette guerre risque fortement dâentraĂźner une perturbation massive de la capacitĂ© de production Ă©nergĂ©tique dans lâune des rĂ©gions les plus critiques au monde en matiĂšre dâĂ©nergie, dĂ©clenchant une crise Ă©nergĂ©tique majeure qui pourrait faire sâeffondrer les Ă©conomies rĂ©gionales et mondiales.
La question clĂ© est donc de savoir pourquoi Donald Trump, un homme qui a fait campagne sur un programme de paix, est prĂȘt Ă risquer de perdre sa base politique Ă la veille dâĂ©lections de mi-mandat cruciales en pariant sur le succĂšs dâune guerre courte avec lâIran qui aboutirait au changement de rĂ©gime souhaitĂ©.
La rĂ©ponse est simple : parce quâil nâa tout simplement pas le choix. La combinaison de la rĂ©action politique nationale nĂ©gative au dĂ©ploiement par Trump dâune armĂ©e dâagents fĂ©dĂ©raux dans les rues des villes amĂ©ricaines et des rĂ©percussions politiques continues de la publication des dossiers Epstein a considĂ©rablement rĂ©duit la capacitĂ© de Trump Ă garantir que le Parti rĂ©publicain conserverait le contrĂŽle des deux chambres du CongrĂšs en novembre prochain. La perte de la Chambre des reprĂ©sentants signifierait la fin de la viabilitĂ© lĂ©gislative des annĂ©es restantes du mandat de Trump, car celui-ci serait confrontĂ© Ă des motions rĂ©pĂ©tĂ©es visant Ă le destituer de ses fonctions.
Le seul espoir de Trump pour compenser les dĂ©sastres politiques liĂ©s Ă lâICE et Ă Epstein est de remporter une victoire militaire sans prĂ©cĂ©dent sur lâIran, ce quâaucun prĂ©sident amĂ©ricain depuis Jimmy Carter nâa Ă©tĂ© capable de faire.
Et sâil Ă©choue ? Le dĂ©ploiement dâagents du DHS par Trump est considĂ©rĂ© par de nombreux observateurs comme une rĂ©pĂ©tition gĂ©nĂ©rale en vue de la mise en place de la loi martiale, qui pourrait ĂȘtre dĂ©clenchĂ©e par un effondrement Ă©conomique provoquĂ© par une crise Ă©nergĂ©tique mondiale rĂ©sultant des consĂ©quences de lâĂ©chec de la tentative de changement de rĂ©gime de Trump en Iran. La loi martiale permettrait Ă Trump de restreindre complĂštement les Ă©lections ou de les organiser de maniĂšre Ă favoriser une victoire rĂ©publicaine.
Dans tous les cas, la guerre contre lâIran ne sera pas motivĂ©e par des prĂ©occupations lĂ©gitimes de sĂ©curitĂ© nationale, mais par des considĂ©rations politiques internes aux Ătats-Unis â en bref, une guerre dâagression illĂ©gale qui fera passer lâinvasion et lâoccupation de lâIrak en 2003 pour un incident mineur. Ce sera la preuve ultime de lâincapacitĂ© du peuple amĂ©ricain Ă Ă©lire des dirigeants responsables, et de la RĂ©publique constitutionnelle Ă tenir le pouvoir exĂ©cutif responsable devant la loi.
Ce sera le glas de lâexpĂ©rience dĂ©mocratique amĂ©ricaine, la mĂ©tamorphose finale qui Ă©loignera le pays de la vision des pĂšres fondateurs, il y a prĂšs de 250 ans, dâune terre oĂč la libertĂ© rĂ©gnait en maĂźtre, pour le transformer en un empire tyrannique, en contradiction avec les combats qui avaient conduit Ă lâindĂ©pendance des Ătats-Unis.
Le rĂȘve amĂ©ricain dâune rĂ©publique constitutionnelle a survĂ©cu prĂšs de 238 ans.
Que tout empire amĂ©ricain sâeffondre avant dâen arriver lĂ .
Prions pour que ce rĂȘve survive.
Et cela ne sera possible que si nous trouvons un moyen de stopper la course folle vers la guerre avec lâIran.


