đâđš La monstrueuse confession de Mark Carney
Selon Carney, lâordre fondĂ© sur des rĂšgles nâest quâune fiction â utile. Nous sommes donc coupables de bien des crimes. Mais avec des contreparties. De bonnes grosses contreparties bien nĂ©olibĂ©rales.
đâđš La monstrueuse confession de Mark Carney
Par Nate Bear, le 22 janvier 2026
Mark Carney, le Premier ministre canadien, est montĂ© sur scĂšne Ă Davos pour admettre que le monde libĂ©ral est complice de violations du droit international, de crimes de guerre et dâatrocitĂ©s de masse, mais que lâOccident sâen est accommodĂ© tant que la brutalitĂ© de lâempire lui profite.
Son discours a Ă©tĂ© encensĂ© par lâestablishment libĂ©ral et les mĂ©dias traditionnels, qui y ont vu le nouveau hĂ©ros susceptible de redonner un sens au monde.
Les Ă©lites prĂ©sentes dans la salle lui ont rĂ©servĂ© une standing ovation. De nombreux mĂ©dias, dont le New York Times et le Guardian, lâont qualifiĂ© de ârĂ©alisme sans concessionâ et lâont reproduit dans son intĂ©gralitĂ©. Le Financial Times lâa qualifiĂ© dââopportun et audacieuxâ, tĂ©moignant dâun âvĂ©ritable leadershipâ.
Un discours qui vaut vraiment le détour.
Mais pas pour les raisons vantées par les élites libérales.
Il vaut surtout la peine dâĂȘtre lu pour le contenu de ces aveux. Il reconnaĂźt que lâidĂ©ologie du centrisme libĂ©ral est dâun cynique et dâun Ă©goĂŻsme effarants, que ses valeurs sont une imposture et que sa rhĂ©torique nâest conçue que pour manipuler. Il reconnaĂźt Ă©galement que lâordre international fondĂ© sur des rĂšgles nâest quâun mensonge et que la gouvernance nĂ©olibĂ©rale occidentale repose sur une hypocrisie crasse.
Dans le passage le plus révélateur, Carney déclare que :
âPendant des dĂ©cennies, des nations comme le Canada ont prospĂ©rĂ© grĂące Ă ce que nous appelions lâordre international fondĂ© sur des rĂšgles. Nous avons rejoint ses institutions, dĂ©fendu ses valeurs et tirĂ© profit de sa pĂ©rennitĂ©. GrĂące Ă lui, nous avons pu mener des politiques Ă©trangĂšres sous ses auspices.
âMais nous savions que lâhistoire de cet ordre international Ă©tait largement fausse. Nous savions que les plus forts sâen affranchissent lorsque cela leur convient. Nous savions que les rĂšgles commerciales sont appliquĂ©es de maniĂšre asymĂ©trique. Nous savions Ă©galement que le droit international est appliquĂ© avec plus ou moins de rigueur selon lâidentitĂ© de lâaccusĂ© ou de la victime.
âCependant, cette fiction sâest avĂ©rĂ©e utile. LâhĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine a notamment contribuĂ© au financement du bien collectif : une navigation maritime sĂ©curisĂ©e, un systĂšme financier stable, une sĂ©curitĂ© collective et un soutien au rĂšglement des diffĂ©rendsâ.
Alors, par oĂč commencer ?
Dâabord, lâaffirmation selon laquelle lâOccident a menĂ© une âpolitique Ă©trangĂšre fondĂ©e sur des valeursâ dans le cadre dâun âordre international fondĂ© sur des rĂšglesâ parce que les Ătats-Unis ont protĂ©gĂ© cet ordre nâest quâune vaste blague, Ă moins que vos valeurs ne se rĂ©sument aux changements de rĂ©gime, aux invasions et aux tueries de masse. Si tel est le cas, alors oui, avoir les Ătats-Unis de son cĂŽtĂ© a certainement aidĂ© Ă atteindre ces objectifs. Le Canada nâest dâailleurs pas Ă©tranger aux aventures impĂ©riales, ayant participĂ© Ă de nombreux actes de barbarie au cours des derniĂšres dĂ©cennies, notamment en prenant part aux invasions de lâAfghanistan et de la Libye.
Il affirme ensuite, et câest un point central, que lâhistoire de lâordre fondĂ© sur des rĂšgles nâest quâune fiction, comme il lâappelle Ă juste titre, qui ne sâest appliquĂ©e que de maniĂšre sĂ©lective (ou âasymĂ©triqueâ, comme il le dit par euphĂ©misme). Cependant, il affirme que cette fiction sâest avĂ©rĂ©e utile, car âlâhĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine a contribuĂ© au bien collectifâ.
En dâautres termes, nous nous sommes rendus coupables de bien des crimes. Mais avec des contreparties.
De bonnes grosses contreparties bien néolibérales. Des cargos remplis de richesses. Des économies financiarisées qui ont redirigé ces richesses vers les plus puissants.
Nous avons hĂ©ritĂ© dâinstitutions Ă©conomiques nĂ©olibĂ©rales comme le FMI et la Banque mondiale, qui ont garanti lâhĂ©gĂ©monie occidentale et ont dĂ©tournĂ© toutes ces ressources vers le Nord, au dĂ©triment du Sud. Ce sont les âprocĂ©dures de rĂšglement des diffĂ©rendsâ auxquelles il fait rĂ©fĂ©rence.
Ce ne sont pas des aveux héroïques. Ce sont des aveux sidérants. Monstrueux et dépravés.
En substance, il dit que
ânous avons pris part Ă un ordre impĂ©rial corrompu, basĂ© sur lâhypocrisie, mais nous lâavons fait parce que, dâun point de vue transactionnel, cela nous convenait. Nous avons participĂ© Ă un gĂ©nocide pour en tirer profitâ.
Le message ne saurait ĂȘtre plus clair. Pourtant, ces propos ont Ă©tĂ© acclamĂ©s pour leur courage plutĂŽt que critiquĂ©s pour la dĂ©pravation quâils exposent.
Maintenant, peut-ĂȘtre pourrait-on qualifier les propos de Carney dâaudacieux, si toutefois le remĂšde prĂ©conisĂ© sâĂ©tait montrĂ© Ă la hauteur de son audace.
On pourrait soutenir ce diagnostic sans concession si ses recommandations avaient été tout aussi intransigeantes.
Mais ce nâĂ©tait pas le cas.
Lâanalyse quâil a prĂ©sentĂ©e se rĂ©sume Ă dire : âVoici le nouveau scĂ©nario, identique Ă lâancienâ. AprĂšs son diagnostic percutant dâun ancien ordre brisĂ©, il a exposĂ© comment le Canada est en train dâĂ©tablir un nouvel ordre. Ce quâil a ensuite dĂ©clarĂ© ne relĂšve que du nĂ©olibĂ©ralisme recyclĂ© :
âUn partenariat stratĂ©gique global avec lâUE, de nouveaux accords europĂ©ens en matiĂšre logistique et de DĂ©fense. Douze autres accords commerciaux et de sĂ©curitĂ© sur quatre continents, la mise en Ćuvre dâun commerce plurilatĂ©ral, un nouveau bloc commercial de 1,5 milliard de personnes, des accords de libre-Ă©change avec lâInde, lâASEAN, la ThaĂŻlande, les Philippines et le Mercosurâ.
Revenant sur le nouveau monde que le Canada serait en train dâĂ©laborer, M. Carney a affirmĂ© avoir
ârĂ©duit les impĂŽts sur les revenus, les profits et les investissements des entreprises, supprimĂ© toutes les restrictions fĂ©dĂ©rales au commerce inter-provinces, engagĂ© un trillion de dollars dâinvestissements dans lâĂ©nergie, lâintelligence artificielle, les minĂ©raux essentiels et les nouveaux corridors commerciaux, et doublĂ© les budgets de DĂ©fenseâ.
Un avenir vĂ©ritablement visionnaire, avec moins dâimpĂŽts, plus dâarmes, de chars, de mines et de nĂ©olibĂ©ralisme mondial ! Bienvenue Ă bord !
Et pas lâombre dâune allusion Ă la catastrophe Ă©cologique, ni aux consĂ©quences quâaura la position du Canada, superpuissance Ă©nergĂ©tique telle quâil lâa dĂ©crite, sur des milliards de personnes condamnĂ©es Ă un avenir toujours plus invivable.
Puis, dâun coup, il a dĂ©clarĂ© :
âNous devons affronter la vĂ©ritĂ©... et cela signifie construire ce en quoi nous prĂ©tendons croire... crĂ©er des institutions et des accords qui fonctionnent comme dĂ©crit... construire quelque chose de mieux, de plus fort, de plus justeâ.
Mais nous savons quâil ne sâagit lĂ que de rhĂ©torique. Que cela nâaura aucune consĂ©quence concrĂšte.
Et encore moins abandonner lâexploitation du pĂ©trole.
Ni respecter les communautĂ©s autochtones dont les terres et les communautĂ©s ont Ă©tĂ© dĂ©truites par lâexploitation des sables bitumineux.
Le Canada ne réévaluera pas non plus son accord commercial de 2019 avec Israël.
Et nous savons que les quarante-neuf Canadiens connus pour avoir participé au génocide de Gaza ne seront pas non plus inquiétés.
Lâannexe de lâempire
Ces trois derniĂšres annĂ©es, le ministĂšre canadien de la DĂ©fense a attribuĂ© prĂšs de 300 contrats dâune valeur de 19 milliards de dollars Ă des entreprises amĂ©ricaines dâarmement.
MalgrĂ© les discours virulents de Carney sur lâhĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine et sa volte-face vis-Ă -vis de ses alliĂ©s, nous savons quâil continuera dâacheter pour des milliards de dollars de matĂ©riel de guerre amĂ©ricain.
MalgrĂ© ses grandes dĂ©clarations, nous savons que les intĂ©rĂȘts de lâAmĂ©rique du Nord ne courent aucun risque.
Nous savons que le Canada ne mettra pas fin Ă ce commerce dâarmes bilatĂ©ral avec lâempire, qui lui permet de vendre chaque annĂ©e pour 4,4 milliards de dollars aux Ătats-Unis.
Nous savons aussi que le Canada ne tournera pas le dos Ă son plus gros acheteur de pĂ©trole et ne renoncera pas Ă exporter quatre millions de barils par jour vers les Ătats-Unis.
Nous savons que le Canada nâannulera pas lâaccord rĂ©cemment rĂ©visĂ© qui facilite la coopĂ©ration transfrontaliĂšre avec lâICE.
Nous savons que le Canada ne se retirera ni du NORAD [North American Aerospace Defense Command, organisation amĂ©ricano-canadienne dont la mission est la surveillance de l'espace aĂ©rien nord-amĂ©ricain], ni du dispositif de partage de renseignements en temps rĂ©el et constant avec les Ătats-Unis.
Selon Carney, lâeffondrement du droit international incite les pays Ă
âmultiplier les options de garanties de souverainetĂ© autrefois fondĂ©e sur des rĂšgles, et dĂ©sormais axĂ©e sur la capacitĂ© Ă rĂ©sister aux pressions extĂ©rieuresâ.
Une fois encore, voilà une déclaration sélective et contradictoire.
La souverainetĂ©, comme il lâa admis quelques minutes plus tĂŽt, nâa jamais Ă©tĂ© âfondĂ©e sur des rĂšglesâ, mais sur la puissance militaire. Et nous savons quâil ne pense pas non plus que les ennemis de lâempire devraient protĂ©ger leur souverainetĂ© par la puissance militaire ou lâarme nuclĂ©aire.
Le discours de Carney a tenu lieu de vĂ©ritable cours magistral sur lâart dâĂ©viter dâassumer la responsabilitĂ© de son rĂŽle et de celui de lâOccident dans lâapplication sĂ©lective et lâeffondrement du droit international.
Un cours magistral de tours de passe-passe rhĂ©toriques, prĂ©sentĂ© comme une nouvelle vision dâavenir, mais qui ne fait que reprendre les principes fondamentaux de lâimpĂ©rialisme mondial et du nĂ©olibĂ©ralisme.
Carney a Ă©tĂ© acclamĂ© comme le porte-parole de la vĂ©ritĂ©, mais il nâa rien rĂ©vĂ©lĂ© que nous ne sachions dĂ©jĂ .
Son discours aurait pu ĂȘtre dĂ©livrĂ© nâimporte quand au cours des cinq, vingt ou mĂȘme soixante-dix derniĂšres annĂ©es.
Ce Ă quoi nous assistons aujourdâhui ne prĂ©sente rien de nouveau sous le soleil. Seuls les gestionnaires technocratiques de lâordre mondial le perçoivent ainsi, car lâempire a pour la premiĂšre fois retournĂ© ses armes contre lui-mĂȘme.
Et pourtant. Et pourtant.
Voir un leader nĂ©olibĂ©ral exprimer haut et fort, devant un public dâĂ©lites, une vision du monde anti-impĂ©rialiste, standard depuis plusieurs dĂ©cennies, nâest pas anodin.
Ces propos génÚrent une tension salutaire, accentuent les contradictions au sein du systÚme, et leur confÚrent une plus grande visibilité.
Carney a dĂ©clarĂ© que lâordre international fondĂ© sur des rĂšgles nâest quâune fiction. Sur ce point, il a raison.
Mais Carney incarne lui-mĂȘme la fiction quâil ne mentionnera jamais, parce quâil ne la perçoit pas.
Cette fiction selon laquelle un banquier dâinvestissement nĂ©olibĂ©ral prĂ©sidant un organe essentiel de lâempire serait en mesure de lui porter un coup fatal.
Si Carney cherchait vraiment Ă remettre en cause lâhĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine, il cesserait de coopĂ©rer avec la Gestapo de son cĂŽtĂ© de la frontiĂšre, de vendre et dâacheter des milliards dâarmes, de dĂ©truire les terres indigĂšnes pour le pĂ©trole quâil vend Ă lâhĂ©gĂ©mon. Il romprait les alliances militaires et cesserait de signer des accords commerciaux nĂ©olibĂ©raux au profit de lâempire.
Mais il ne le fera pas, car Carney nâest pas sincĂšre.
Carney ne sâattaque pas Ă lâancien ordre, il cherche plutĂŽt Ă le prĂ©server de Trump.
Le discours de Carney ne constitue donc quâune tentative de sauver le nĂ©olibĂ©ralisme de ses propres excĂšs. Une tentative de protĂ©ger le nĂ©olibĂ©ralisme de lui-mĂȘme.
Traduit par Spirit of Free Speech





L'article est intĂ©ressant et pointe parfaitement la forfaiture de la caste mafieuse aux pouvoirs dans tous nos Ătats dits 'dĂ©mocratiques'... une remarque cependant, et de taille: arrĂȘtez d'utiliser le langage de ceux que vous combattez! Vous parlez de ces gens comme Ă©tant des 'Ă©lites'!! Or, les Ă©lites de n'importe quelle discipline est ce que celle-ci produit de mieux, de meilleur, que ce soit au niveau artistique, Ă©conomique, social, culturel, etc... trouvez-vous vraiment que ceux qui sont aux pouvoirs sont des 'Ă©lites'!? C'est tout l'inverse! Alors, ne les flattez donc pas de la sorte, il y a suffisamment de mots pour les nommer Ă leur juste place (mafieux, corrompus, bandits en cols blancs, pourris, hypocrites, menteurs, et j'en passe...) et ne pas en faire des 'Ă©lites' qu'ils ne sont ni ne seront jamais!
Que fallait-il attendre d'autres dâun sinistre agent du club neo-libĂ©ral ? Merz , derniĂšrement, a lui aussi regrettĂ© la position de ses prĂ©dĂ©cesseurs qui ont abandonnĂ© l'Ă©nergie bon marchĂ© des russes. Mais cela ne constitue pas un revirement. Juste une façon dâavouer un pĂ©chĂ© veniel devant la communautĂ© afin dâattirer de bonnes critiques. Une petite saletĂ© sur le revers du veston que lâon balaie de la main en souriant.
Et on continue dans l'hypocrisie comme avant! CâĂ©tait juste un petit vent pour dĂ©tendre les sphincters, les amis ! Ouvrez les fenĂȘtres et câest fini....
Abject