đâđš la rage en moi
Jâai vu une pub lors d'un match de hockey sâimmiscer dans mon flux, une accĂ©lĂ©ration soudaine & artificielle, alors quâun pĂšre palestinien tient le crĂąne brisĂ© de son fils & murmure des mots dâamour.
đâđš la rage en moi
Par Story Ember LeGaĂŻe, le 18 mai 2026
âSauver des viesâ, disait-il. âToutesâ.
Et le pĂšre berçait la tĂȘte coupĂ©e de son fils. Habibi. ŰŰšÙŰšÙ
Score.
LâĂ©cran vend de la mort entre publicitĂ©s et louanges
mes mains tremblent, bleues de rage
Voici le document complet. LâintĂ©gralitĂ© des archives. VoilĂ la phrase contenue dans toutes les autres, celle vers laquelle devoir sans cesse se tourner, qui ne rĂ©sout rien, ce genre de chose ne rĂ©sout rien â la solution est un luxe rĂ©servĂ© Ă ceux qui peuvent changer de chaĂźne.
Jâai vu une publicitĂ© pour un match de hockey sâimmiscer dans mon flux, une accĂ©lĂ©ration soudaine et artificielle, tandis quâun pĂšre palestinien tient le crĂąne brisĂ© de son fils et murmure des mots dâamour.
Quâest-ce qui coagule sous lâĂ©cran ?
La machine.
Quâest-ce qui embellit le massacre ?
La machine.
Quâest-ce qui vend la mort entre deux routines ?
La machine.
Un match de hockey.
Le sourire dâun sponsor.
Des drapeaux virevoltant sur une peau lisse.
Un hymne emballĂ© de marketing.Ils ont dĂ©pensĂ© de lâargent pour ça. Câest lâaspect sur lequel je veux que vous vous penchiez. Quelquâun Ă©tait assis dans une piĂšce, une piĂšce lumineuse sans doute, une piĂšce avec du bon cafĂ©, un tableau blanc et un budget, et ils ont choisi le mot âsauver des viesâ.
quelque part dans un studio, quelquâun a chorĂ©graphiĂ© la violence en sport, un clip sur mesure, agressif et court, et jâai senti la rage monter comme une chose aux dents de gravats.
Ils ont choisi le mot âtoutesâ. Ils ont choisi la police de caractĂšre. Ils ont choisi la musique. Ils ont choisi le moment, la mi-temps, lâentracte, la pause entre un type de violence et un autre, et ils lâont placĂ© lĂ , dĂ©libĂ©rĂ©ment, devant une foule dĂ©jĂ ivre de biĂšre, de loyautĂ© et de cette amnĂ©sie spĂ©cifique quâexige le nationalisme.
une publicité pour un match de hockey, tout en drapeaux et en dents étincelantes
des rires purs cousus sur la machinerie en dessous
pendant ce temps, un pĂšre Ă Gaza sâagenouille dans une tombe de brume
mes mains tremblent, bleues de rage, jâenrage
âSauver des viesâ, disait-il.
Pendant ce temps, un pÚre rassemble ce que le régime a laissé de son fils,
morceau par morceau, en tremblant,
lâappelant habibi
lâappelant mon beau,
lâappelant pour quâil revienne de la ruine rouge
bien quâil sache
quâil sacheque le garçon Ă lâĂ©cran sourit de toutes ses dents, mais que le fils du pĂšre ne sourira plus jamais, ne respirera plus jamais.
Et un pĂšre est Ă genoux dans les dĂ©combres de ce qui fut autrefois sa maison, autrefois son quartier, sa ville avec un nom avant quâon en parle au passĂ©, et il tenait son fils. Ce qui restait de son fils. La partie de son fils qui avait encore un visage.
il tient la tĂȘte de son fils comme pour bercer une lumiĂšre brisĂ©e
comme si, en relĂąchant les doigts, le monde allait mourir deux fois ce soir
Je tâaime, mon beau garçon, repose-toi maintenant, habibi, dit-il
et mes mains tremblent, bleues de rage, jâenrage
Et le pĂšre prononçait ces seuls mots. Les mots quâon dit quand le langage se rĂ©duit Ă son essence mĂȘme, quand la grammaire est balayĂ©e et quâil ne reste que la racine, la substantifique moĂ«lle, le nom que tu as donnĂ© Ă celui que tu aimais le plus quand elle Ă©tait si nouvelle quâelle sentait encore comme avant.
Habibi ŰŰšÙŰšÙ
Mon amour. Mon cĆur. Ma vie. Ma raison. Le mot qui, en arabe, renferme plus que lâanglais ne peut contenir, le mot qui signifie que jâaurais prĂ©fĂ©rĂ© mourir Ă ta place, le mot qui signifie que tu Ă©tais la preuve que le monde valait la peine dâĂȘtre vĂ©cu, le mot qui signifie que je prononce ton nom parce que je ne peux mâarrĂȘter, parce que mâarrĂȘter signifierait quelque chose que je ne comprends pas encore.
J'enrage contre la simultanĂ©itĂ© de tout cela, la façon dont le monde refuse de sâarrĂȘter, refuse de sâarrĂȘter cinq minutes pour assister Ă la chute. Habibi. ŰŰšÙŰšÙ
lâalgorithme me nourrit dâempire puis me nourrit de cendres
un parrainage un soda une explosion en un éclair
leurs fils dâactualitĂ© fleurissent de cadavres entre les louanges des cĂ©lĂ©britĂ©s
mes mains tremblent de rage, jâenrage
Quâest-ce qui se rĂ©gale pendant que les enfants disparaissent ?
La normalité.
Quâest-ce qui conditionne le public Ă ne pas entendre ?
La normalité.
Quâest-ce qui transforme le gĂ©nocide en une nouvelle annĂ©e sponsorisĂ©e ?
La normalité.Les commentateurs gardent la cadence.
Les publicités continuent de bourdonner doucement et tristement.
Quelque part, des cadres discutent des indicateurs dâengagement
tandis quâun homme Ă Gaza embrasse un front
qui ne lui rĂ©pond plus."Je tâaime mon beau garçon, repose-toi maintenant habibi".
Habibi.
Repose-toi maintenant.
Comme si le sommeil
avait quelque chose à voir avec ça.
Quâest-ce qui me lacĂšre les cĂŽtes ce soir ?
Bats-toi.
Quâest-ce qui brĂ»le si fort que ça mâaveugle ?
Bats-toi.
Quâest-ce qui refuse toute leur politesse trop lisse ?
Bats-toi.
Car la rage est parfois la derniĂšre chose pure
dans un monde qui apprend
Ă ne plus rien ressentir.Quel genre de monde passe Ă la pub aprĂšs un massacre
Quel genre de monde fait de chaque fils et de chaque fille un martyr
Quel genre de dieu observe cela et tarde encore Ă agir
Mes mains tremblent, bleues de rage, jâenrage
Score.
Fin de la pub et le post suivant montre un homme brisé,
faisant défiler le vide algorithmique,
les mains tremblantes, la voix brisée,
mon beau garçon, mon beau, beau garçon, repose-toi maintenant, habibi.
La foule sâest levĂ©e. Le bĂątiment sâest rempli de bruit.
Et les joueurs de hockey ont continué à patiner,
les statistiques ont continuĂ© Ă sâafficher,
la foule a continué à rugir tandis que le monde continuait à ignorer,
les marges bĂ©nĂ©ficiaires restaient verticales, lâapathie.
LâĂ©cran sâest empli de dĂ©sert, de chameaux et dâune nostalgie cinĂ©matographique immaculĂ©e et du mot âtoutâ dans une police de caractĂšre choisie par quelquâun dans une piĂšce lumineuse qui nâa jamais portĂ© ce poids et ne le portera jamais, qui est rentrĂ© chez lui aprĂšs la rĂ©union, a prĂ©parĂ© le dĂźner et nây a plus repensĂ©.
sa voix nâĂ©tait pas une voix, câĂ©tait un corps dĂ©chiquetĂ©
rampant Ă travers les fils et enfoui au fond de mon cĆur
et pourtant les commentateurs sourient dans la brume de lâarĂšne
mes mains tremblent, bleues de rage, jâenrage
Jâenrage contre les auteurs de cette pub et de la machine,
qui savaient exactement comment orchestrer lâĂ©cran,
qui savaient que lâimage circulerait aux cĂŽtĂ©s de membres amputĂ©s invisibles.
Jâenrage contre ceux qui ont regardĂ© et nâont ressenti rien dâautre que le frisson,
la musique parfaitement synchronisée, le ralenti, la violence habillée pour tuer.
Beau garçon, repose-toi maintenant, beau garçon, repose-toi maintenant
VoilĂ ce quâils nous vendent,
le calme, lâengouement, ce quâils veulent nous faire croire.
La rage que je ressens nâest pas du genre Ă sâafficher. Ce nâest pas le genre de rage Ă laquelle une rĂ©ponse est prĂ©parĂ©e. Elle nâest pas brĂ»lante. Elle nâest pas bruyante.
La voix du pÚre est la chose la plus réelle entendue de toute la journée,
plus réelle que le drame artificiel de la piÚce,
plus réelle que le scénario écrit pour nous faire consommer et rejeter.
Je rage contre lâoubli,
la remise à zéro constante,
les mĂ©canismes dâeffacement avant mĂȘme de nous souvenir de la dette.
Ce nâest pas une rage quâils peuvent pointer du doigt et qualifier dâirrationnelle, de dangereuse, dâexcessive, pourquoi rendent-ils toujours la conversation si difficile.
Sur la glace, ils ont cĂ©lĂ©brĂ© les bras en lâair,
à Gaza, un pÚre a mis son fils en terre, un désespoir vain,
beau garçon, beau garçon, beau garçon.
La pub passera encore demain, insouciante et lumineuse,
le pĂšre tiendra toujours son fils dans la nuit,
le monde appellera cela lâĂ©quilibre, un jeu de lumiĂšre,
le monde appellera cela le coût regrettable des combats.
Je rage contre le mot âregrettableâ,
je rage contre la distance oubliable entre un match de hockey et une tombe.
âMon beau garçon, repose-toi maintenantâ, a dit le pĂšre,
et ailleurs, quelquâun riait du jeu rondement menĂ©,
quelquâun nous vend lâidĂ©e que câest normal,
que le deuil nâest quâune archive, lointaine et formelle,
que nous pouvons garder les deux choses Ă la fois dans notre tĂȘte.
Nous le pouvons,
mais pas sans la rage qui nous habite,
pas sans la certitude que chaque instant de normalité est un couteau,
que chaque instant de spectacle est une profanation systémique de la vie.
Câest la rage de savoir. Dâavoir regardĂ© tout cela en face sans dĂ©tourner le regard. De comprendre que le mot âsauvetageâ et le pĂšre Ă genoux coexistent au mĂȘme instant, sur la mĂȘme terre, sous le mĂȘme ciel, et que lâun a Ă©tĂ© diffusĂ© pendant un match de hockey, et lâautre non.
ce soir, quelque part, un pÚre berce ce que le génocide a laissé derriÚre lui
ce soir, quelque part, le monde continue de défiler, sourd et aveugle
et je suis assis ici, étouffé par ces jours fluorescents
mes mains tremblent, bleues de rage, je rage
la rage que je rage
Câest la rage de devoir le dire.
De lâavoir dit.
De le redire.
âSauver une vieâ, disait-il.
Et un pĂšre berçait la tĂȘte coupĂ©e de son fils et murmurait le seul mot qui restait au monde.
Beau garçon, repose-toi maintenant, beau garçon, repose-toi maintenant
Ùۧ ÙÙŰŻÙ Ű§ÙŰÙÙ Ű§Ű±ŰȘŰ§Ű ÙÙÙ Ùۧ ÙÙŰŻÙ Ű§ÙŰÙÙ Ű§Ű±ŰȘŰ§Ű ÙÙÙ
Habibi.
ŰŰšÙŰšÙ
Score.
Traduit par Spirit of Free Speech



