đâđš La stratĂ©gie chinoise du long terme vs le pyromane amĂ©ricain
Nous sommes piĂ©gĂ©s entre deux catastrophes : la soumission & la guerre. LâEmpire a veillĂ© Ă ce quâil nây ait pas dâautre issue. Il a anĂ©anti toute autre possibilitĂ©. Sauf une. La rĂ©volution.
đâđš La stratĂ©gie chinoise du long terme vs le pyromane amĂ©ricain
Par Karim pour BettBeat Media, le 13 février 2026
La patience est-elle efficace contre lâennemi qui brĂ»le tout ce que vous construisez ?
Jâai Ă©crit il y a quelques jours que les BRICS ont appris Ă se soumettre. Jâai Ă©crit que les pays du Sud palabrent pendant que les gangsters dĂ©foncent les portes. Jâai appelĂ© Ă la dĂ©fiance : sanctions contre lâĂtat gĂ©nocidaire, coupure des flux alimentant la machine impĂ©riale, et de lâaction plutĂŽt que des communiquĂ©s.
Et si je mâĂ©tais trompĂ© ?
Pas au sujet des gangsters. Ils sont bien rĂ©els. Ils kidnappent des prĂ©sidents, bombardent des enfants et qualifient cela de civilisation. Ce sont les membres de la âcaste Epsteinâ, les prĂ©dateurs de Davos, ceux qui violent et assassinent sans jamais ĂȘtre traduits en justice. Je ne me suis pas trompĂ© Ă leur sujet.
Mais je me suis peut-ĂȘtre trompĂ© sur ce que jâai pris pour de lâinertie. Ce que jâai qualifiĂ© de soumission serait peut-ĂȘtre de la patience. Une stratĂ©gie, un calcul Ă long terme que mes prĂ©jugĂ©s occidentaux trop hĂątifs mâempĂȘchent de reconnaĂźtre.
Si je me suis trompĂ©, quâest-ce que cela change ? Une interprĂ©tation alternative de la façon dont la Chine rĂ©agit (ou non) face Ă lâEmpire nous apporte-t-elle un peu dâespoir ?
Franchement, je ne sais pas. Et lâidĂ©e me tĂ©tanise.
La tactique du long terme
La Chine ne se bat pas comme lâAmĂ©rique.
LâAmĂ©rique bombarde. LâAmĂ©rique sanctionne. Elle organise des coups dâĂtat. Elle impose, destitue, envahit et occupe. Elle dispose de plus de 800 bases militaires rĂ©parties aux quatre coins du monde. Elle dĂ©pense plus en armes que les dix nations les plus militarisĂ©es rĂ©unies. Elle parle le langage du choc et de lâeffroi, de la toute-puissance, dâune violence si spectaculaire quâelle se suffit Ă elle-mĂȘme. Câest la nation des armes Ă feu, de lâesclavage, du gĂ©nocide et de la suprĂ©matie blanche.
La Chine, elle, bĂątit.
Elle construit des ports au Pakistan, des chemins de fer au Kenya et des autoroutes Ă travers lâAsie centrale. Elle bĂątit des usines de puces Ă©lectroniques, de panneaux solaires et de vĂ©hicules Ă©lectriques. Elle met en place des systĂšmes de paiement alternatifs, des banques de dĂ©veloppement et des rĂ©seaux commerciaux qui Ă©chappent au contrĂŽle amĂ©ricain. Pendant que lâEmpire bombarde, la Chine coule du bĂ©ton. Pendant que lâEmpire sanctionne, elle signe des contrats. Pendant que lâEmpire se fait des ennemis, la Chine se fait des clients.
Câest un travail de longue haleine. Patient. Progressif. Invisible jusquâĂ ce quâil sâĂ©tende soudainement partout, puis un jour, le monde se rĂ©veillera et dĂ©couvrira que toutes les routes mĂšnent Ă PĂ©kin, que tous les prĂȘts proviennent de banques chinoises et que lâavenir a Ă©tĂ© forgĂ© pendant que lâOccident sâoccupait Ă dĂ©truire le temps prĂ©sent.
La thĂ©orie est sĂ©duisante : laissons lâEmpire sâĂ©puiser. Laissez-le Ă©puiser ses rĂ©serves et sa crĂ©dibilitĂ© dans des guerres sans fin. Regardez-le se marginaliser au grĂ© de ses propres sanctions, tandis que la Chine commerce avec le monde entier. Laissez le siĂšcle amĂ©ricain se terminer non pas par un big bang, mais par un bilan : une lente prise de conscience des dettes impayĂ©es, des infrastructures inachevĂ©es, des alliĂ©s déçus et des opportunitĂ©s manquĂ©es.
Ne le confrontons pas. Contentons-nous de survivre Ă lâEmpire.
Jâai critiquĂ© cette patience. Je lâai qualifiĂ©e de lĂąchetĂ© dĂ©guisĂ©e en langage stratĂ©gique. Jâai exigĂ© que les BRICS se battent tant que quelque chose peut encore ĂȘtre dĂ©fendu.
Mais une question nâa pas Ă©tĂ© posĂ©e, une question qui me hante aujourdâhui :
Et si le plan Ă long terme est le seul qui Ă©chappe Ă lâanĂ©antissement ?
âLa Chine construit un port. Puis les Ătats-Unis dĂ©stabilisent les pays qui lâentourent. La Chine accorde un prĂȘt. Les Ătats-Unis sanctionnent le bĂ©nĂ©ficiaire jusquâĂ ce quâil soit en dĂ©faut de paiement. La Chine cultive une alliance. Et les Ătats-Unis renversent les gouvernements pour les remplacer par des pantins. DĂ©cennie aprĂšs dĂ©cennie, le schĂ©ma se perpĂ©tue : tout ce que la Chine construit est dĂ©truit par les Ătats-Unisâ.
Le veto du pyromane
Et pourtant.
La thĂ©orie suppose un adversaire rationnel. Elle suppose un empire qui, aussi brutal soit-il, fonctionne selon une certaine logique interne, cherche Ă gagner, calcule les coĂ»ts et les profits, et peut ĂȘtre vaincu grĂące Ă une stratĂ©gie supĂ©rieure.
Mais que se passe-t-il quand lâadversaire nâest pas rationnel ? Que se passe-t-il si lâadversaire est un pyromane ?
Regardez ce que les Ătats-Unis ont osĂ© faire rien quâau cours de lâannĂ©e derniĂšre.
Ils ont kidnappé un président en exercice, bafouant toutes les normes de souveraineté et de droit international, et ont mis le monde au défi de réagir.
Ils ont financé et armé un génocide, opposant leur veto à toute tentative de cessez-le-feu et fournissant les bombes qui incinÚrent les enfants dans leurs tentes.
Ils ont menacĂ© dâannexer le territoire dâun alliĂ© de lâOTAN, le Groenland, possession du Danemark, absorbĂ© par les ambitions de lâEmpire aussi aisĂ©ment quâune entreprise absorbe une filiale.
Ils se sanctionnent eux-mĂȘmes en dĂ©fiant la moitiĂ© du monde, en utilisant le dollar comme une arme jusquâĂ ce que les victimes du dollar commencent Ă Ă©laborer des alternatives, puis en menaçant de faire la guerre Ă ces alternatives.
Ils ont bombardĂ© lâIran, dĂ©ployĂ© des porte-avions, fait rĂ©sonner les tambours de guerre et mis en scĂšne une propagande pour une autre guerre catastrophique dans une rĂ©gion dĂ©jĂ en proie au chaos semĂ© par Washington.
Ce comportement nâa rien du choix rationnel dâun acteur qui joue pour gagner. Câest le comportement dâun systĂšme qui dĂ©cide que, sâil ne peut pas dominer, personne dâautre nây parviendra. Si les Ătats-Unis nâont pas dâavenir, alors personne nâen aura.
Le pyromane ne se soucie pas de lâimmeuble. Le pyromane ne se soucie que dâune chose, que le feu se propage.
La Chine construit un port. Puis les Ătats-Unis dĂ©stabilisent les pays qui lâentourent. La Chine accorde un prĂȘt. Les Ătats-Unis sanctionnent le bĂ©nĂ©ficiaire jusquâĂ ce quâil soit en dĂ©faut de paiement. La Chine cultive une alliance. Et les Ătats-Unis renversent les gouvernements pour les remplacer par des pantins. DĂ©cennie aprĂšs dĂ©cennie, le schĂ©ma se perpĂ©tue : tout ce que la Chine construit est dĂ©truit par les Ătats-Unis.
La stratĂ©gie Ă long terme est-elle efficace contre un adversaire armĂ© dâallumettes ?
Le cimetiĂšre de la patience
Lâhistoire de lâintervention amĂ©ricaine nâest quâune succession de constructions patiemment Ă©difiĂ©es puis rĂ©duites en ruines.
La Libye jouissait du niveau de vie le plus Ă©levĂ© du continent africain. Kadhafi a créé des institutions panafricaines, proposĂ© une monnaie adossĂ©e Ă lâor et dĂ©montrĂ© quâune nation peut se dĂ©velopper hors du consensus washingtonien. Aujourdâhui, la Libye regorge de marchĂ©s dâesclaves Ă ciel ouvert. En quelques mois, des dĂ©cennies de travail ont Ă©tĂ© rĂ©duites Ă nĂ©ant en par les bombes de lâOTAN.
LâIrak Ă©tait un Ătat fonctionnel, certes parfois brutal, mais stable, dotĂ© dâinfrastructures, dâinstitutions et dâune classe moyenne. Les Ătats-Unis lâont transformĂ© en charnier, en usine Ă rĂ©fugiĂ©s et Ă cadavres, en une plaie toujours ouverte vingt ans plus tard.
La Syrie a tenté de tracer sa propre voie. Pour ce crime, elle a été condamnée à une décennie de guerre par procuration, ses villes ont été dévastées et sa population dispersée aux quatre coins du monde.
Le Venezuela a mis en place des programmes sociaux qui ont sorti des millions de personnes de la pauvretĂ©. Pour ce crime, le pays est aujourdâhui sanctionnĂ© par la famine, son prĂ©sident incarcĂ©rĂ© dans une prison amĂ©ricaine et sa souverainetĂ© nâest plus quâune fiction entre les mains de lâEmpire.
Ainsi, le fruit de plusieurs annĂ©es de patient labeur a Ă©tĂ© anĂ©anti en quelques semaines. Le message est le mĂȘme pour tous : vous pouvez construire, mais nous saccagerons plus vite que vous ne construirez. Vous pouvez prospĂ©rer, mais nous pouvons semer le chaos plus vite encore. Vous pouvez avancer, mais nous serons toujours lĂ pour vous rĂ©trograder.
Câest tout sauf de la concurrence. Ce nâest mĂȘme pas de lâimpĂ©rialisme au sens classique du terme. Câest du nihilisme armĂ© de porte-avions, dĂ©truire pour dĂ©truire, bref, dĂ©montrer que le pouvoir, câest la capacitĂ© de rayer les alternatives de la carte.
Que faire face à un adversaire qui a décidé que si lui ne peut pas gagner, personne ne le pourra ?
La question à laquelle je ne peux répondre.
Je me pose donc cette question qui mâempĂȘche de dormir :
Ai-je eu tort dâexiger une confrontation ? Ou bien ai-je eu tort de douter ?
Le principe du long terme suppose que le systĂšme perdure. Il suppose que ce qui a Ă©tĂ© construit aujourdâhui sera toujours lĂ demain, que patience et persĂ©vĂ©rance finiront par lâemporter sur la destruction violente, que la tortue battra le liĂšvre.
Mais le liĂšvre dispose dâarmes nuclĂ©aires. Il dispose de plus de huit cents bases. Le liĂšvre viole des enfants sur des Ăźles privĂ©es tout en planifiant le prochain gĂ©nocide avec des amis qui ne seront jamais traduits en justice. Le liĂšvre a dĂ©montrĂ© Ă plusieurs reprises et sans vergogne quâil brĂ»lera tout plutĂŽt que de perdre.
La Chine construit la âBelt and Road Initiativeâ (BRI). Les Ătats-Unis financent les sĂ©paratistes au Xinjiang, les manifestations Ă Hong Kong et les manĆuvres militaires Ă TaĂŻwan. Chaque lien nouĂ© par la Chine se voit menacĂ© par les Ătats-Unis.
La Chine dĂ©veloppe la fabrication de puces Ă©lectroniques. Les Ătats-Unis sanctionnent toutes les entreprises qui lâapprovisionnent, font pression sur lâensemble de leurs alliĂ©s pour quâils participent au blocus et mĂšnent une guerre Ă©conomique pour prĂ©server leur suprĂ©matie technologique.
La Chine Ă©tablit des relations avec les pays du Sud. Les Ătats-Unis renversent tout gouvernement jugĂ© trop Ă©loignĂ© de Washington, sanctionnent les Ă©conomies qui commercent trop librement avec PĂ©kin et bombardent les infrastructures susceptibles de servir les intĂ©rĂȘts chinois.
Or, pour rĂ©ussir Ă long terme, quelque chose doit perdurer. Mais la stratĂ©gie du pyromane consiste prĂ©cisĂ©ment Ă sâassurer que rien ne survive.
âSi la Chine rĂ©siste, elle risque lâanĂ©antissement mondial. Si elle attend, son travail sera anĂ©antiâ.
Lâhorreur sans nom.
Et voici la question qui me hante vraiment, celle que jâose Ă peine poser :
LâEmpire pousse-t-il la Chine Ă ĂȘtre ce quâil prĂ©tend combattre ?
Si la patience ne mĂšne quâĂ la destruction, reste-t-il autre chose que la violence ? Si chaque port construit est bombardĂ©, chaque alliĂ© renversĂ© et chaque institution dĂ©mantelĂ©e, quel autre choix reste-t-il que de dĂ©fendre avec des armes ce qui ne peut lâĂȘtre par des moyens pacifiques ?
Si le long terme ne fonctionne pas, si le pyromane brûle plus vite que le constructeur ne bùtit, alors le constructeur doit soit admettre la défaite, soit changer de nature.
Le budget militaire de la Chine augmente. Sa marine se dĂ©veloppe. Elle multiplie ses missiles. Sa rhĂ©torique, autrefois prudente au point dâĂȘtre opaque, devient plus tranchante. Sâagit-il lĂ de lâĂ©volution naturelle dâune puissance montante ? Ou sâagit-il de quelque chose de plus sombre, la transformation dâune civilisation qui voulait construire en une civilisation qui a rĂ©alisĂ© quâelle doit aussi dĂ©truire ?
LâEmpire amĂ©ricain est peut-ĂȘtre en train de gĂ©nĂ©rer la menace mĂȘme quâil prĂ©tend combattre. En dĂ©montrant sans cesse que faire preuve de patience et de modĂ©ration est inutile, que la rĂ©pression violente est la seule rĂ©ponse Ă une ascension pacifique, et que le seul langage que Washington comprend est celui de la force, lâEmpire enseigne peut-ĂȘtre Ă la Chine que la stratĂ©gie du long terme est vouĂ©e Ă lâĂ©chec. Que construire sans capacitĂ© de destruction revient Ă dresser une liste de cibles. La seule façon de survivre Ă un pyromane consiste Ă devenir ignifuge, ou Ă frapper le premier.
Câest la logique de la course Ă lâarmement. Câest la logique qui a transformĂ© lâEurope en abattoir en 1914. Câest la logique qui a menĂ© le monde au bord du gouffre en 1962.
Câest Ă©galement la logique que la politique amĂ©ricaine impose Ă la Chine jour aprĂšs jour, par le biais de sanctions, de provocations et de menaces.
Le piĂšge
Je vois maintenant le piĂšge, mais pas dâissue.
Si la Chine fait preuve de patience, les Ătats-Unis dĂ©truiront ce quâelle construit. Le scĂ©nario Ă long terme est vouĂ© Ă lâĂ©chec, car lâĂ©chiquier continue de brĂ»ler.
Si la Chine passe Ă lâoffensive, les Ătats-Unis auront lâennemi dont ils ont besoin pour justifier leur propre militarisme. La guerre froide refait surface, avec son lot de politique de la surenchĂšre, des guerres par procuration sur tous les continents et dâune course Ă lâarmement qui dĂ©vore les ressources dont une planĂšte en pleine crise Ă©cologique a dĂ©sespĂ©rĂ©ment besoin.
Si la Chine rĂ©siste, elle risque lâanĂ©antissement mondial. Si la Chine attend, son travail sera anĂ©anti.
LâEmpire a imposĂ© un choix entre la soumission et lâapocalypse. Et il lâa fait dĂ©libĂ©rĂ©ment, car la soumission et lâapocalypse sont les seuls scĂ©narios qui prĂ©servent la domination amĂ©ricaine. Un monde oĂč la Chine monterait pacifiquement, oĂč les alternatives se multiplieraient et oĂč le Sud global se dĂ©velopperait hors du consensus de Washington est intolĂ©rable pour la caste impĂ©riale dâEpstein. Ils prĂ©fĂšrent rĂ©gner sur des ruines plutĂŽt que de devoir partager une planĂšte prospĂšre.
Les psychopathes nâont pas les mĂȘmes prĂ©occupations que les ĂȘtres humains.
Câest la mentalitĂ© de lâagresseur. Si je ne peux pas tâavoir, personne ne tâaura. Si je ne peux pas dominer, personne ne prospĂ©rera. Si je ne peux pas gagner, tout doit ĂȘtre dĂ©truit.
Si le pĂ©dophile ne peut sâen prendre librement aux enfants, il brĂ»lera le monde.
Nous sommes tous pris au piĂšge de cette dynamique, nous tous, les huit milliards dâentre nous, otages dâune Ă©lite qui prĂ©fĂšre dĂ©truire le monde plutĂŽt que dây renoncer.
âLe long terme nâapporte aucun apaisement aux morts. Il nâoffre aucune justice aux victimes. Il nâoffre que la possibilitĂ©, incertaine et lointaine, que leur mort ait un sens. Et que le monde qui Ă©merge de ces tĂ©nĂšbres vaut les sacrifices consentisâ..
Le génie ou la catastrophe
Mais peut-ĂȘtre, peut-ĂȘtre, ai-je encore tort.
Peut-ĂȘtre que le long terme Ă©claire le pyromane. Peut-ĂȘtre que lâattente ne relĂšve pas de la naĂŻvetĂ©, mais dâune stratĂ©gie plus subtile.
Pensez-y : chaque acte de destruction amĂ©ricain expose davantage lâEmpire. Chaque coup dâĂtat, chaque bombardement, chaque prĂ©sident kidnappĂ© rĂ©vĂšlent au monde ce quâest vraiment Washington. Le masque ne tombe pas, il vole en Ă©clats et brĂ»le sur la place publique.
La Libye nous a montrĂ© que coopĂ©rer avec lâOccident a signifiĂ© sa perte. Kadhafi a rendu ses armes, ouvert ses marchĂ©s et fait la paix avec lâEmpire. Et ils lâont sodomisĂ© avec une baĂŻonnette en riant Ă la tĂ©lĂ©vision. Tous les dirigeants du Sud lâont vu. Tous en ont tirĂ© leurs conclusions.
LâIrak a montrĂ© que les guerres amĂ©ricaines nâengendrent que le chaos. Vingt ans plus tard, la rĂ©gion est toujours en proie aux violences. Les rĂ©fugiĂ©s continuent dâaffluer. LâinstabilitĂ© continue de se propager. Personne ne peut regarder lâIrak et croire que lâintervention amĂ©ricaine apporte dĂ©mocratie, prospĂ©ritĂ© ou paix.
Gaza prouve que la civilisation occidentale nâest quâun mensonge. Les nations prodiguant des leçons au monde entier sur les droits de lâhomme financent lâextermination des populations. Les nations qui ont Ă©difiĂ© des musĂ©es de lâHolocauste fournissent des bombes pour perpĂ©trer un gĂ©nocide. Une gĂ©nĂ©ration a vu ce drame se produire en temps rĂ©el, sur son tĂ©lĂ©phone, sans Ă©quivoque, inoubliable. LâautoritĂ© morale de lâOccident ne sâest pas Ă©rodĂ©e, elle a disparu.
Chaque incendie allumĂ© par le pyromane expose son visage. Chaque bĂątiment quâil brĂ»le le condamne. LâEmpire ne gagne pas via la destruction. Il sâautodĂ©truit, immolant sa propre crĂ©dibilitĂ©, prouvant Ă chaque Ă©tape quâon ne peut lui faire confiance, ni sâassocier avec lui, ni lui permettre de prendre les rĂȘnes.
Peut-ĂȘtre que le but Ă long terme nâest pas de surpasser le pyromane. Peut-ĂȘtre sâagit-il plutĂŽt de lui survivre, de le laisser brĂ»ler sa crĂ©dibilitĂ©, ses alliances, ses ressources et sa lĂ©gitimitĂ©, jusquâĂ ce que le monde entier voie clairement ce qui a toujours Ă©tĂ© Ă©vident : lâEmpire nâoffre rien dâautre que la destruction, ses promesses ne sont que mensonges et ses partenariats des condamnations Ă mort.
Peut-ĂȘtre que le gĂ©nie de la stratĂ©gie chinoise ne consiste pas Ă construire plus vite que lâAmĂ©rique ne peut dĂ©truire, mais Ă prouver ce quâest vraiment lâAmĂ©rique.
Mais les morts ne peuvent attendre
Et pourtant.
Et pourtant, les enfants continuent de mourir Ă Gaza. Les bombes continuent de pleuvoir. Les Syriens continuent de souffrir. Maduro croupit toujours dans sa cellule. LâEmpire continue de dĂ©truire et les victimes ne peuvent attendre que la patience stratĂ©gique se mue en victoire.
Le long terme nâapporte aucun apaisement aux morts. Il nâoffre aucune justice aux victimes. Il nâoffre que la possibilitĂ©, incertaine et lointaine, que leur mort ait un sens. Et que le monde qui Ă©merge de ces tĂ©nĂšbres vaut les sacrifices consentis.
Tout cela ne suffit pas. Et ne suffira jamais. Rien, pas mĂȘme les calculs stratĂ©giques, ne peut racheter le meurtre dâenfants. Aucune victoire gĂ©opolitique ne peut ramener les morts Ă la vie.
Mais câest peut-ĂȘtre le seul recours. Câest peut-ĂȘtre la seule alternative Ă une confrontation aux consĂ©quences nuclĂ©aires catastrophiques. Câest peut-ĂȘtre le calcul terrible, inacceptable, mais nĂ©cessaire, de lâespĂšce qui a créé les armes de sa propre destruction et les a confiĂ©es au pire des ennemis.
La question
Je reviens donc au point de départ.
Ai-je tort dâexiger une confrontation ? Peut-ĂȘtre. Si la confrontation signifie lâapocalypse, alors oui, jâai tort.
Ai-je tort de douter de la stratĂ©gie de long terme ? Peut-ĂȘtre. Si attendre signifie survivre, si survivre signifie gagner, si le pyromane finit par manquer de combustible, alors oui, jâai eu tort de douter.
Mais voici ce que je ne peux pas admettre :
La stratĂ©gie du long terme exige que la Chine reste ce quâelle est : un pays bĂątisseur et commerçant, qui gagne en construisant plutĂŽt quâen dĂ©truisant. Cependant, la stratĂ©gie de lâEmpire est conçue pour rendre toute dĂ©marche constructive impossible. Chaque port devient une cible. Chaque alliĂ© un coup dâĂtat en puissance. Chaque investissement devient vulnĂ©rabilitĂ©.
VoilĂ pourquoi la Chine construit des bases militaires en mer de Chine mĂ©ridionale. VoilĂ pourquoi elle dĂ©veloppe son arsenal nuclĂ©aire. Elle dĂ©veloppe Ă©galement des missiles hypersoniques, des porte-avions et tout lâarsenal de destruction quâelle semblait autrefois rejeter.
Est-ce de la sagesse ? Est-ce la protection indispensable dâun bĂątisseur contraint de se dĂ©fendre contre des incendiaires ?
Ou sâagit-il de la vĂ©ritable victoire de lâEmpire : non pas vaincre la Chine, mais la faire basculer ? Forcer le bĂątisseur patient Ă devenir une puissance militaire, un maillon supplĂ©mentaire du cycle sans fin de la course Ă lâarmement, des guerres par procuration et de la destruction mutuelle assurĂ©e ?
Un jour, quelquâun a fait remarquer que le plus grand succĂšs dâHitler nâĂ©tait pas lâHolocauste lui-mĂȘme, mais plutĂŽt dâavoir transformĂ© ses victimes en ses plus fervents adeptes. IsraĂ«l, nĂ© dâun gĂ©nocide, commet aujourdâhui un gĂ©nocide. La victime devient le bourreau. La leçon retenue nâest pas âplus jamais çaâ mais âplus jamais ça pour nous â et nous ferons le nĂ©cessaire pour nous en assurer, y compris devenir ce qui nous a dĂ©truitsâ.
LâEmpire ne peut tolĂ©rer un monde oĂč les alternatives prospĂšrent pacifiquement. Il sâassure donc que la paix soit impossible. Il contraint ses adversaires Ă choisir entre soumission et militarisation. Dans les deux cas, lâEmpire est gagnant : soit il maintient sa domination, soit il sâassure que lâalternative qui le remplace lui ressemble.
Ce que je sais â et ce que je ne sais pas
Je sais que lâEmpire est en train de mourir. Je sais que sa mort ne sera pas indolore.
Je sais que la Chine joue le long terme. Je sais que ce pari a donnĂ© des rĂ©sultats extraordinaires : une nation de paysans devenue la premiĂšre puissance Ă©conomique mondiale en une seule gĂ©nĂ©ration, sans les invasions et colonisations qui ont jalonnĂ© lâascension au pouvoir de toutes les autres nations.
Je sais que lâEmpire ne peut tolĂ©rer ce succĂšs. Il fera tout, absolument tout pour empĂȘcher lâĂ©mergence dâun monde offrant dâautres alternatives de prospĂ©rer.
Je ne sais pas si la patience peut rĂ©sister au pyromane. Je ne sais pas si le long terme tiendra quand lâautre joueur brĂ»le lâĂ©chiquier. Jâignore si la Chine peut rester ce quâelle est, un bĂątisseur, ou si lâEmpire parviendra Ă lui imposer son modĂšle.
Je ne sais pas si jâai tort dâexiger la confrontation. Je ne sais pas si jâai tort de douter de la patience.
Je sais seulement que nous sommes piĂ©gĂ©s entre deux catastrophes : celle de la soumission et celle de la guerre. LâEmpire a veillĂ© Ă ce quâil nây ait pas dâautre issue. Il a anĂ©anti toute autre possibilitĂ©.
Sauf une.
La révolution.
Traduit par Spirit of Free Speech






