đâđš Le dĂ©litement national
GrĂące Ă la rĂ©serve des gardiens, les cambrioleurs nâont pas paniquĂ© â ce qui aurait risquĂ© de les faire tomber de leur Ă©chelle, et les accidents du travail ne sont pas couvert dans cette profession.
đâđš Le dĂ©litement national
Câest le dernier chef-dâĆuvre du Louvre
Par H16, le 22 octobre 2025
La seule surprise quâon peut avoir en dĂ©couvrant que le Louvre sâest fait cambrioler, câest de constater quâil aura fallu attendre autant de temps avant que ça arrive.
En effet, Ă voir lâĂ©tat lamentable des boiseries des fenĂȘtres et des portes de ce vieux musĂ©e, Ă voir la dĂ©contraction pour ne pas dire le laisser-aller moyen des personnels de surveillance, il Ă©tait assez clair quâau moins des tentatives seraient faites un jour, inĂ©vitablement.
CâĂ©tait presque attendu : il y a quelques mois, quelques lignes dans une presse indigente retraçaient les dĂ©boires de pĂ©pites dâor du MusĂ©um dâHistoire Naturelle, volĂ©es sans grande difficultĂ©, ou de cette porcelaine rare de Limoges dĂ©robĂ©e par quelques opportunistes bien informĂ©sâŠ
Au moins ces vols ont-ils fait lâobjet dâune petite indignation locale ou quelques froncements de sourcils dans lâune ou lâautre administration culturello-patrimoniale, pendant que des lieux de cultes dans tout le pays se font rĂ©guliĂšrement piller ou incendier dans lâindiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale.
Le cambriolage du Louvre a sans doute permis de ramener quelques Français Ă la rĂ©alitĂ© catastrophique dâun pays en plein dĂ©litement.
Afin dâattĂ©nuer lâaspect ridicule â par sa simplicitĂ© â de lâopĂ©ration, il a rapidement Ă©tĂ© rebaptisĂ© en âbraquageâ par une presse toujours plus nulle, histoire de faire croire que des violences auraient Ă©tĂ© utiles, alors que le gruyĂšre sĂ©curitaire nâen nĂ©cessitait aucune.
Tout pointe sur des responsabilitĂ©s Ă©crasantes de la direction, qui connaissait les failles de sĂ©curitĂ©, bĂ©antes. Des complicitĂ©s en interne sont absolument Ă©videntes, mais rassurez-vous, la presse ne lâĂ©voquera quâune fois poussĂ©e dans ses retranchements.
En rĂ©alitĂ©, ce qui sâest passĂ© au Louvre nâest quâune Ă©niĂšme avanie qui nous est infligĂ©e depuis que Macron est arrivĂ© au pouvoir, et la suite logique de la dĂ©liquescence complĂšte du pays depuis plus dâun demi-siĂšcle, avec une accĂ©lĂ©ration massive ces vingt derniĂšres annĂ©es, lâĂ©popĂ©e macronienne semblant marquer un vĂ©ritable point dâorgue dans la dĂ©sinvolture des autoritĂ©s, des personnels et des Français eux-mĂȘmes face aux Ă©vĂ©nements.
Le dĂ©litement est partout, palpable, visible dâun bout Ă lâautre du pays. Il a mĂȘme une odeur, mĂ©lange peu subtil dâurine chaude, de biĂšre renversĂ©e et de chichon, de merguez syndicaliste grillĂ©e Ă point, de grenade lacrymogĂšne, celle des pneus cramĂ©s dans des rodĂ©os sauvages et celle de la poudre dâun mortier de feu dâartifice⊠Une odeur difficile Ă cacher.
Et dans ce dĂ©litement, tout est touchĂ© : administrations de plus en plus approximatives, agents qui nâont plus ni le goĂ»t ni lâenvie de servir un public quâils dĂ©testent, mĂ©prisent ou ignorent de plus en plus ouvertement, institutions autocentrĂ©es et bien dĂ©cidĂ©es Ă lutter pour leur propre survie au dĂ©triment de tout bĂ©nĂ©fice public, rien nây Ă©chappe.
Le dĂ©litement du personnel politique est maintenant si profond que plus personne ne sâoffusque de voir la rĂ©action parfaitement dĂ©calĂ©e de la Ministre de la Culture, pourtant directement concernĂ©e, oscillant sans broncher entre qualifier le cambriolage de ânouvelle forme de criminalitĂ©â et la dĂ©couverte niaiseuse que les musĂ©es puissent reprĂ©senter des cibles.
Le dĂ©litement des institutions est tel que le niveau dâexigence pour les gardiens de ce musĂ©e leur permet de recevoir des louanges pour leur action efficace et dĂ©terminante : grĂące Ă eux, les cambrioleurs nâont pas paniquĂ© ce qui aurait risquĂ© de les faire tomber de leur Ă©chelle, et les accidents du travail ne sont pas couvert dans cette profession.
Gageons que ce dĂ©litement permettra avec la mĂȘme dĂ©contraction Ă Dominique Buffin, la pointure Ă la tĂȘte de la sĂ©curitĂ© du MusĂ©e, dâĂȘtre aussi rĂ©compensĂ©e voire promue aprĂšs un tel fait dâarme.
DĂ©litement quâon peut lire, ligne Ă ligne, dans le communiquĂ© de presse relatif au drame, communiquĂ© complĂštement approximatif dans sa typographie, son orthographe et sa syntaxe. La relecture ? Câest un truc du passĂ©, pour des gĂ©nĂ©rations soigneuses, conscientes de lâimportance dâun travail bien fait. Plus de ça chez nous, voyons !
Câest aussi le dĂ©litement qui permet Ă des institutions comme la Cour des Comptes Ă la fois de connaĂźtre parfaitement lâĂ©tendue des dĂ©gĂąts, pour avoir mĂȘme fait un rapport circonstanciĂ© des failles de sĂ©curitĂ© du Louvre, et Ă la fois de ne faire paraĂźtre ce rapport quâune fois les faits accomplis : comme pour dâautres failles, comme pour dâautres dĂ©routes, tout le monde savait, les documents Ă©taient tous lĂ , bien collationnĂ©s, mais ils nâauront servi Ă rien.
Le problĂšme de ce dĂ©litement est quâil touche maintenant Ă lâessentiel, au plus important : le culturel.
Une sociĂ©tĂ© qui se fout de ses racines, de sa culture, de son patrimoine, câest une sociĂ©tĂ© qui a renoncĂ© Ă exister.
La vente du tableau âLe DĂ©sespĂ©rĂ©â de Courbet au Qatar illustre trĂšs bien cette tendance. Lâappel au don, un classique pour certains hĂŽpitaux, touche maintenant des chĂąteaux aussi emblĂ©matiques que celui de Chambord qui se dĂ©lite faute de soins.
Dans le mĂȘme temps, les Français se saignent de 4 milliards dâeuros pour supporter les mĂ©dias dâĂtat, les reportages bidonnĂ©s dâElise Lucet, la propagande niaise de LĂ©a SalamĂ© ou âlâhumourâ insultant des chroniqueurs de France Inter. Chambord attendra ses rĂ©parations et le Louvre pourra oublier sa sĂ©curitĂ©.
Dans le mĂȘme temps, les dĂ©putĂ©s se bousculent en dĂ©bats parlementaires pour savoir par quel angle le fisc devra tabasser les contribuables, quelles nouvelles taxes inventer, quel impĂŽt augmenter sans que soient jamais remis en cause le niveau pourrissime des services publics offerts en contrepartie.
Il faut se rendre Ă lâĂ©vidence : ce qui sâest passĂ© au Louvre nâest pas un cambriolage. CâĂ©tait un exercice artistique de dĂ©monstration par lâexemple du dĂ©litement complet dâun pays qui se tiers-mondise Ă grande vitesse, gĂ©rĂ© par des abrutis et des jeanfoutres.
Ce pays est foutu.







