đâđš Le plus effrayant que jâaie jamais vĂ©cu : ils savent ce que vous allez faire avant mĂȘme de lâavoir fait
Le rĂȘve dâune caste qui a toujours tout voulu savoir sur ses sujets & prĂ©venir leur dissidence. Pour nous les suivis & triĂ©s, une question urgente demeure. Quand allons-nous tenter dây mettre un terme
đâđš Le plus effrayant que jâaie jamais vĂ©cu : ils savent ce que vous allez faire avant mĂȘme de lâavoir fait
Par Karim pour BettBeat Medi, le 1er juillet 2026
La prĂ©vention des crimes par lâIA redĂ©finit la libertĂ© humaine. Jâen ai Ă©tĂ© tĂ©moin. Et câest la chose la plus terrifiante que jâaie jamais vue.
Câest le rĂȘve dâune caste qui a toujours tout voulu savoir sur ses sujets & anticiper leur dissidence. Pour nous les suivis & triĂ©s, une seule question urgente demeure. Quand allons-nous tenter dây mettre un terme ?
Le séminaire
Lors dâun sĂ©minaire sur lâIA Ă mon universitĂ©, jâai soumis trois photos de moi : une de face, une de profil et une oĂč je souriais. En lâespace dâune minute environ, le systĂšme a gĂ©nĂ©rĂ© une vidĂ©o de moi. Ce que jâai vu nâĂ©tait pas une simple approximation. Les micro-comportements de mon visage, la lĂ©gĂšre asymĂ©trie de mon sourire, la façon dont mes yeux se plissent aux coins, tous ces dĂ©tails Ă©taient reproduits avec une prĂ©cision qui mâa donnĂ© froid dans le dos.
Je lui avais fourni trois images fixes, et il mâa renvoyĂ© mon propre reflet.
Je suis psychologue. Je sais ce que veut dire la prĂ©diction comportementale. Je comprends ce que les grands ensembles de donnĂ©es font au concept dâunicitĂ© individuelle. Mais assis dans cette salle de sĂ©minaire, en regardant mon propre visage bouger sur un Ă©cran que je nâavais pas créé, quelque chose a basculĂ© dans mon ressenti sur ce que nous sommes et oĂč nous allons. Je nâai pas ressenti dâexcitation. Jâai ressenti cette angoisse bien particuliĂšre de celui qui vient de comprendre la nature de la cage en train de se construire autour de lui.
Soyons honnĂȘtes sur ce qui se passe. La question nâest pas de savoir si lâintelligence artificielle peut prĂ©dire le comportement humain. Elle en est dĂ©jĂ capable, avec une prĂ©cision qui devrait terrifier toute personne encore attachĂ©e au concept dâun âmoiâ privĂ©. La question est de savoir qui dĂ©tient cette capacitĂ©, quels intĂ©rĂȘts elle sert, et quel genre de monde elle permet dâinstaurer.
Nous sommes plus prévisibles que nous ne le pensons
Les ĂȘtres humains sont, comme le sait tout spĂ©cialiste sĂ©rieux des sciences du comportement, bien plus prĂ©visibles que nous aimons Ă le croire. Nous sommes des crĂ©atures routiniĂšres, rĂ©pĂ©titives, aux habitudes prĂ©visibles. Le âmoiâ que nous percevons comme souverain et spontanĂ© est, dans lâensemble, Ă©tonnamment cohĂ©rent. Des indices subtils dans notre environnement dĂ©terminent rĂ©guliĂšrement notre comportement Ă notre insu, tandis que nous percevons lâaction qui en rĂ©sulte comme un choix libre et souverain. Câest ce que le big data a rĂ©vĂ©lĂ© sur nous bien avant que la gĂ©nĂ©ration actuelle de systĂšmes dâIA puisse lâexploiter.
Lâalerte envoyĂ©e Ă un centre de contrĂŽle de police nâindique pas que cette personne a commis un crime. Elle indique que cette personne prĂ©sente un comportement prĂ©sentant 70 % de similitude avec le profil comportemental dâune personne susceptible de le faire.
Ce qui a changĂ©, câest lâampleur et les dĂ©tails de cette exploitation.
Des chercheurs ont dĂ©jĂ dĂ©montrĂ© que les systĂšmes dâIA peuvent prĂ©dire le son de la voix de quelquâun Ă partir dâune simple photographie, en dĂ©duisant les propriĂ©tĂ©s acoustiques de la gorge, la forme de la cavitĂ© buccale, la structure du visage, et en reconstituant, Ă partir de ces donnĂ©es physiques, quelque chose quâaucune image fixe nâĂ©tait censĂ©e contenir. Nous nâavons pas donnĂ© notre consentement Ă cette dĂ©duction. Nous ne savions pas que câĂ©tait possible. La technologie ne nous a pas demandĂ© notre avis.

La machine à prévenir le crime
Imaginez maintenant quelles opportunitĂ©s sâoffrent Ă un systĂšme dâIA quand on le nourrit non pas de milliers, mais de millions dâheures dâenregistrements de sĂ©ances de thĂ©rapie, dâenregistrements en prison, de vidĂ©os de surveillance de centres de dĂ©tention, dâentretiens cliniques avec des personnes ayant commis des faits de vol, de violence ou dâabus sexuels prĂ©dateurs.
LâIA ne pense pas. Elle ne juge pas. Elle dĂ©tecte des schĂ©mas dans les micro-expressions faciales, dans la gĂ©omĂ©trie des mouvements oculaires, dans la synchronisation de certains faisceaux musculaires, dans des caractĂ©ristiques comportementales si subtiles quâaucun observateur humain ne peut les dĂ©tecter consciemment. Puis elle gĂ©nĂ©ralise. Elle Ă©labore un modĂšle du futur voleur avant mĂȘme le vol. Du futur agresseur avant mĂȘme lâagression. Elle attribue des probabilitĂ©s aux visages.
Reliez cela aux camĂ©ras intelligentes dĂ©jĂ installĂ©es dans nos rues, nos rĂ©seaux de transport, nos centres commerciaux, nos lieux de travail. Des camĂ©ras qui ne se contentent pas dâenregistrer, mais qui analysent, en temps rĂ©el, les visages et les corps de toute personne entrant dans leur champ de vision. Lâalerte transmise Ă une salle de contrĂŽle de la police nâindique pas que cette personne a commis un crime. Elle indique que cette personne prĂ©sente un comportement prĂ©sentant 70 % de similitude avec le profil comportemental de quelquâun qui va en commettre un. Philip K. Dick avait imaginĂ© cela en 1956 et lâavait qualifiĂ© de science-fiction. Nous lâavons mis en place et lâappelons âsĂ©curitĂ© publiqueâ.
Un masque qui ne change rien
Mais la reconnaissance faciale nâest dĂ©sormais que le cadet de nos soucis. La technologie la plus lourde de consĂ©quences est la reconnaissance de lâallure, un systĂšme biomĂ©trique qui identifie les individus non pas par leur visage, mais par leur façon spĂ©cifique de marcher, dĂ©terminĂ©e par leur anatomie.
La courbure de la colonne vertĂ©brale, la rotation des hanches, le rythme particulier dâune foulĂ©e, tout cela est aussi unique quâune empreinte digitale et bien plus difficile Ă dissimuler. Les systĂšmes de reconnaissance de la dĂ©marche actuellement dĂ©ployĂ©s peuvent identifier une personne Ă partir dâimages de vidĂ©osurveillance, mĂȘme lorsque le visage est tournĂ©, masquĂ© par une capuche ou cachĂ© derriĂšre un masque. Les manifestants qui se couvraient le visage lors des manifestations pensaient se protĂ©ger. Ce nâĂ©tait pas le cas. Le systĂšme les avait dĂ©jĂ identifiĂ©s, des chevilles jusquâĂ la tĂȘte.
La reconnaissance de la dĂ©marche rĂ©vĂšle au systĂšme qui vous ĂȘtes, mĂȘme lorsquâon pense ĂȘtre Ă lâabri des regards. Ce qui va suivre dĂ©passe encore les limites. Ajoutez-y le domaine Ă©mergent de la reconnaissance des Ă©motions en temps rĂ©el : des systĂšmes dâIA intĂ©grĂ©s Ă cette mĂȘme infrastructure de vidĂ©osurveillance qui classifient les Ă©tats Ă©motionnels Ă partir de lâexpression faciale, attribuant des Ă©tiquettes telles quââagitationâ, âhostilitĂ©â, âpeurâ ou âdissimulationâ aux visages de gens qui nâont rien fait dâautre que dâexister dans un espace public.
Et le systĂšme ne cesse de se perfectionner.
La prĂ©cision, câest ce quâachĂštent des milliards de dollars dâinvestissement, et cet investissement est implacable. Le jour approche â bien plus proche que la plupart des gens ne le rĂ©alisent â oĂč le systĂšme lira les milliers de marqueurs codĂ©s dans votre visage, votre dĂ©marche, vos micro-expressions, et affirmera avec 95 % de certitude votre intention de commettre un meurtre. Ou un viol.
Non pas que vous lâayez fait. Ni mĂȘme essayĂ©. Mais que vous le ferez. Et lorsque ce seuil de confiance sera atteint, la pression pour agir en consĂ©quence sera Ă©crasante. La sociĂ©tĂ© lâacceptera comme motif dâintervention, de dĂ©tention, dâĂ©loignement prĂ©ventif, et la âprĂ©-criminalitĂ©â cessera dâĂȘtre une mĂ©taphore dystopique pour devenir une politique dâĂtat officielle. Un systĂšme qui qualifie votre visage dâhostile nâa pas besoin dâavoir raison aujourdâhui. Il lui suffit de finir par avoir raison. Et câest le cas.
Il apprend Ă identifier les caractĂ©ristiques faciales de la solitude, dâune faible estime de soi. Imaginez maintenant ce systĂšme intĂ©grĂ© Ă une paire de lunettes. Entrez dans une piĂšce. La superposition indique au prĂ©dateur qui est vulnĂ©rable.
Lâinstrument du prĂ©dateur
Ce que jâai dĂ©crit lors de ce sĂ©minaire ne reprĂ©sente quâune petite facette de ce qui est dĂ©sormais techniquement possible. Envisagez une autre application, celle qui devrait inciter toute personne qui a dĂ©jĂ connu la vulnĂ©rabilitĂ© Ă sâarrĂȘter et Ă rĂ©flĂ©chir Ă ses implications.
Nous vivons dans un monde truffé de prédateurs. Des employeurs prédateurs. Des hommes prédateurs. Des institutions financiÚres prédatrices. Des réseaux prédateurs du genre de ceux que Jeffrey Epstein a exploités pendant des décennies en toute impunité, au service des hommes les plus puissants du monde.
Que se passe-t-il lorsquâun prĂ©dateur de cette envergure a accĂšs Ă un systĂšme dâIA basĂ© sur des milliers dâheures dâentretiens thĂ©rapeutiques avec des survivants dâabus, avec des victimes de prostitution, avec des individus dont lâhistoire psychologique a fait dâeux des cibles ?
Le systĂšme comprend Ă identifier la vulnĂ©rabilitĂ© vue de lâextĂ©rieur. Il apprend Ă reconnaĂźtre la façon spĂ©cifique dont une personne conditionnĂ©e Ă lâobĂ©issance se dĂ©place dans un espace public. Il apprend Ă dĂ©crypter les expressions faciales de la solitude, de la faible estime de soi, de quelquâun qui ne ripostera pas ou qui ne sera pas cru sâil le fait.
Intégrez maintenant ce systÚme à une paire de lunettes. Entrez dans une piÚce. La superposition indique au prédateur qui est vulnérable.
Palantir et les infrastructures du contrĂŽle
Palantir nâest pas quâune hypothĂšse. Câest une entreprise dont la capitalisation boursiĂšre sâĂ©lĂšve actuellement Ă plusieurs centaines de milliards de dollars, qui travaille en Ă©troite collaboration avec lâarmĂ©e amĂ©ricaine, la CIA, le FBI, le Mossad, le MI6 et lâICE (Immigration and Customs Enforcement), et qui propose une gamme de produits spĂ©cialement conçus pour rĂ©aliser ce que je viens de dĂ©crire.
Sa plateforme Gotham agrĂšge des donnĂ©es issues des dĂ©clarations fiscales, des dossiers du DMV, des antĂ©cĂ©dents professionnels, des dossiers scolaires, des statuts dâimmigration, ainsi que des comptes de rĂ©seaux sociaux faisant lâobjet dâune assignation Ă comparaĂźtre (y compris les messages privĂ©s et lâhistorique de localisation), et synthĂ©tise le tout en dossiers individuels pouvant faire lâobjet de recherches par type de tatouage, par quartier, par association ou par habitudes de dĂ©placement. Son application dĂ©diĂ©e Ă lâapplication de la loi sur lâimmigration, baptisĂ©e ELITE, affiche sur une carte ce quâelle dĂ©signe comme des âcibles dâexpulsionâ et attribue Ă chacune dâelles un score de confiance estimant la probabilitĂ© quâune adresse donnĂ©e soit le lieu oĂč la personne concernĂ©e dort actuellement. Le mot cible est le leur, pas le mien.
Il ne sâagit pas dâun systĂšme conçu pour la sĂ©curitĂ© nationale au sens propre du terme. La sĂ©curitĂ© nationale nâĂ©tait quâun prĂ©texte pour le mettre en place. En rĂ©alitĂ©, ce systĂšme rend la population lisible, classable et exploitable par quiconque dĂ©tient le contrat. Aujourdâhui, parmi ces titulaires de contrat, on trouve une administration qui a dĂ©jĂ dĂ©montrĂ© ses intentions de recourir Ă ces outils contre des Ă©tudiants ayant participĂ© Ă la mauvaise manifestation, des universitaires ayant signĂ© la mauvaise lettre, ou encore des immigrĂ©s dont le seul « crime » est de vivre sans papiers dans un pays qui a comptĂ© pendant des dĂ©cennies sur leur main-dâĆuvre.
Un retweet pour ouvrir un dossier
Le programme que le DĂ©partement dâĂtat appelle âCatch and Revokeâ dĂ©ploie des outils dâIA, notamment une plateforme appelĂ©e Babel X, pour effectuer une analyse automatisĂ©e des sentiments exprimĂ©s sur les rĂ©seaux sociaux par des ressortissants Ă©trangers titulaires dâun visa, y compris des Ă©tudiants de troisiĂšme cycle et chercheurs. Le systĂšme lit les publications, attribue des scores dâintention, signale les comptes dont les opinions exprimĂ©es ont Ă©tĂ© classĂ©es comme dangereuses par lâalgorithme, et lance des procĂ©dures de rĂ©vocation de visa, le tout sans vĂ©ritable examen humain. Un retweet peut dĂ©sormais donner lieu Ă lâouverture dâun dossier. Un commentaire laissĂ© sur une publication il y a trois ans peut dĂ©clencher une procĂ©dure dâexpulsion. La personne visĂ©e nâa pas le droit dâexaminer lâalgorithme qui lâa condamnĂ©e. Lâalgorithme est propriĂ©taire. Sa logique interne relĂšve du secret commercial.
Lâaccusateur que lâon ne peut combattre
Ce dernier point revĂȘt une importance que le systĂšme juridique nâa pas encore pris en compte. Les systĂšmes dâIA utilisĂ©s pour prĂ©dire les comportements, Ă©valuer les risques et orienter les mesures coercitives sont des âboĂźtes noiresâ, non pas au sens habituel du terme, mais au sens technique et juridique. Les entreprises qui les dĂ©veloppent nâont aucune obligation de divulguer leurs mĂ©thodes. Un prĂ©venu dont lâarrestation a Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©e par un signalement algorithmique ne peut exiger la communication des donnĂ©es dâentraĂźnement. Son avocat ne peut contre-interroger le modĂšle. La prĂ©somption dâinnocence, le droit dâaffronter son accusateur, lâarchitecture fondamentale dâune procĂ©dure rĂ©guliĂšre qui a nĂ©cessitĂ© des siĂšcles de lutte pour sâimposer, sâeffondre dĂšs que lâaccusateur est un systĂšme logiciel propriĂ©taire appartenant Ă une entreprise titulaire dâun contrat gouvernemental.
LâEurope a pris des mesures pour interdire cette pratique â câest du moins ce quâaffirme la lĂ©gislation. Lâarticle 5 de la loi europĂ©enne sur lâintelligence artificielle, entrĂ©e en vigueur dĂ©but 2025, interdit en thĂ©orie les systĂšmes dâIA conçus pour prĂ©dire la probabilitĂ© quâun individu commette un crime. Les exceptions Ă©numĂ©rĂ©es dans le texte incluent le terrorisme, le meurtre, le viol et le vol Ă main armĂ©e. En dâautres termes, lâinterdiction sâapplique aux infractions mineures. Pour tout ce que lâĂtat classe comme grave, la prĂ©diction est autorisĂ©e.
Et nous savons dĂ©jĂ Ă quel point le terme terrorisme est devenu Ă©lastique. Au Royaume-Uni, des femmes ĂągĂ©es participant Ă des manifestations de solidaritĂ© avec la cause palestinienne ont Ă©tĂ© qualifiĂ©es de sympathisantes terroristes, mises sous surveillance et orientĂ©es vers des programmes de lutte contre lâextrĂ©misme. La dĂ©finition sâĂ©largit pour englober quiconque dĂ©plait Ă lâĂtat. Une fois que lâon prend conscience de cette rĂ©alitĂ©, les exceptions de la loi sur lâIA cessent de ressembler Ă des garanties juridiques et prennent plutĂŽt lâapparence dâun chĂšque en blanc libellĂ© Ă lâordre de quiconque dĂ©tient le pouvoir Ă ce moment-lĂ .
La boucle de rétroaction
Aux Ătats-Unis, on ne fait mĂȘme pas semblant dâinterdire ces pratiques. Et le problĂšme sâaggrave, Ă lâinstar de toutes les injustices structurelles lorsque les institutions censĂ©es les limiter ont Ă©tĂ© neutralisĂ©es. Les systĂšmes de police prĂ©dictive orientent davantage dâagents vers certains quartiers. La prĂ©sence accrue dâagents dans ces quartiers entraĂźne davantage dâarrestations. Un plus grand nombre dâarrestations dans ces quartiers confirme la prĂ©diction initiale de lâalgorithme. Les donnĂ©es ne qualifient pas un quartier de dangereux. Elles en fabriquent un. Les habitants voient leurs enfants passer de la catĂ©gorie des citoyens Ă celle des âprĂ©-criminelsâ avant mĂȘme dâavoir commis le moindre dĂ©lit.
Les centres de données ne sont pas conçus pour améliorer la rapidité de vos résultats de recherche. Ils sont conçus pour stocker et traiter les profils comportementaux de chaque personne sur Terre.
La caste Epstein Ă lâorigine du projet
Nous devons parler trĂšs clairement de ceux qui sont Ă lâorigine de ce projet et des raisons qui les motivent. Elon Musk. Peter Thiel, dont le nom est synonyme de Palantir. Donald Trump, dont lâadministration a dĂ©ployĂ© ces outils avec une rapiditĂ© et une agressivitĂ© telles quâon peut penser quâelle attendait prĂ©cisĂ©ment cette configuration politique. Benjamin Netanyahu, dont le gouvernement sâest servi de systĂšmes de reconnaissance faciale pour surveiller les civils palestiniens en Cisjordanie, gĂ©nĂ©rant ainsi des bases de donnĂ©es depuis Ă©largies et intĂ©grĂ©es aux rĂ©seaux de renseignement internationaux.
OpenAI, dont le PDG, Sam Altman, a passĂ© des annĂ©es Ă se prĂ©senter, lui et son organisation, sous lâangle de gardiens responsables et soucieux de la sĂ©curitĂ© dâune technologie transformatrice â une association Ă but non lucratif créée pour le bien de lâhumanitĂ© â avant de se restructurer en une entitĂ© Ă but lucratif poursuivant dĂ©sormais une stratĂ©gie qui en fait lâune des institutions privĂ©es les plus puissantes de lâhistoire de lâhumanitĂ©. Ce mĂȘme Sam Altman dont la sĆur, Annie Altman, lâa publiquement et Ă plusieurs reprises accusĂ© de viols systĂ©matiques dĂšs lâĂąge de trois ans. Ces accusations nâont pas fait lâobjet de poursuites judiciaires. Elles nâont pas non plus Ă©tĂ© prises au sĂ©rieux par lâindustrie, les mĂ©dias ou les gouvernements aujourdâhui partenaires de son entreprise pour façonner lâinfrastructure de lâIA de demain.
Lâhomme qui dĂ©veloppe les outils de prĂ©diction et de classification comportementale Ă lâĂ©chelle planĂ©taire est un homme que sa propre sĆur dit craindre depuis sa petite enfance. On nous dit de faire confiance aux crĂ©ateurs. On ne nous dit pas dâexaminer de trop prĂšs leurs antĂ©cĂ©dents.
Câest la âpromotion Epsteinâ. Ce nâest pas une mĂ©taphore. Jeffrey Epstein Ă©tait un prĂ©dateur et un pĂ©dophile qui a dirigĂ©, pendant des dĂ©cennies, ce qui Ă©tait en rĂ©alitĂ© une opĂ©ration de renseignement privĂ©e fondĂ©e sur les abus sexuels systĂ©matiques dâenfants par les super-riches.
Lâinfrastructure reposait sur le chantage. La monnaie dâĂ©change, câĂ©tait lâaccĂšs â Ă des corps mineurs, et aux secrets documentĂ©s des hommes les plus puissants de la science, de la finance, de la politique et de la technologie issus de son univers. Plusieurs des hommes qui Ă©laborent aujourdâhui lâarchitecture de surveillance du XXIe siĂšcle ont assistĂ© Ă ses dĂźners, ont voyagĂ© Ă bord de ses jets privĂ©s, se sont rendus sur son Ăźle et ont abusĂ© de ses victimes. Certains en pĂ©riphĂ©rie. Dâautres bien plus implantĂ©s au cĆur du systĂšme.
Ce quâEpstein avait compris, et ses invitĂ©s aussi Ă leur maniĂšre, câest que savoir tout de quelquâun â ses dĂ©sirs, sa honte, ses secrets, ses vulnĂ©rabilitĂ©s â câest dĂ©tenir un pouvoir absolu sur cette personne. Il a conçu ce systĂšme de ses propres mains, Ă lâaide de camĂ©ras, du silence et des corps dâenfants. Les hommes invitĂ©s Ă sa table lâont depuis reproduit Ă lâĂ©chelle planĂ©taire, cette fois Ă lâaide de centres de donnĂ©es, de lĂ©gislations et de la coopĂ©ration des gouvernements. La logique prĂ©datrice est identique. Seul le mĂ©canisme a changĂ©.
Il ne sâagit pas dâacteurs isolĂ©s poursuivant des intĂ©rĂȘts distincts. Ils forment une caste. Ils ont formĂ© les alliances, les investissements communs, les mandats croisĂ©s au sein de conseils dâadministration et le projet politique commun caractĂ©ristiques des castes qui identifient une opportunitĂ© partagĂ©e. LâopportunitĂ©, en lâoccurrence, est la domination totale de lâinformation sur le reste de lâhumanitĂ©. Les centres de donnĂ©es en cours dâinstallation dans le sud-ouest des Ătats-Unis, dans les Ătats du Golfe et en Asie du Sud-Est â ces structures gigantesques et Ă©nergivores dont la construction est prĂ©sentĂ©e dans la presse comme un symbole de croissance Ă©conomique et dâambition technologique â constituent lâinfrastructure physique de cette domination.
Les centres de données ne sont pas conçus pour accélérer vos résultats de recherche. Ils sont conçus pour stocker et traiter les profils comportementaux de toute personne sur terre, pour permettre aux propriétaires de ces systÚmes de tout savoir sur tous, au point que la prédiction devienne indissociable du contrÎle.
Pire que ce quâOrwell a pu imaginer
Aldous Huxley avait compris ce que nous avons sous-estimĂ© sans cesse : les formes les plus durables de contrĂŽle autoritaire ne sont pas perçues comme une oppression par ceux qui y sont soumis. Elles sont perçues comme une commoditĂ©, une sĂ©curitĂ©, lâadministration raisonnable dâun monde complexe. La camĂ©ra au coin de la rue ne rappelle pas les services de la Stasi. Lâapplication qui sait oĂč vous vous trouvez ne ressemble pas Ă la Loubianka. Lâalgorithme qui vous a attribuĂ© un score de risque que vous ne verrez jamais ne vous rappelle rien, car vous ignorez son existence. Câest lĂ le gĂ©nie particulier de lâarchitecture qui sâĂ©difie autour de nous. Sa violence est en grande partie invisible, statistique, blanchie par le langage neutre de la science des donnĂ©es et de la sĂ©curitĂ© publique.
Le tĂ©lĂ©cran de George Orwell vous surveillait et vous saviez quâil vous surveillait. Cette prise de conscience, selon lui, constituait en soi une forme de contrĂŽle. Ce Ă quoi nous sommes confrontĂ©s est bien pire, car nous ne sommes pas conscients dâĂȘtre surveillĂ©s. Les profils comportementaux Ă©tablis pour chaque personne possĂ©dant un smartphone, passant devant une camĂ©ra, publiant en ligne, utilisant une carte de crĂ©dit, frĂ©quentant une Ă©cole, consultant un mĂ©decin ou franchissant une frontiĂšre, existent sur des serveurs auxquels nous nâavons pas accĂšs, dĂ©tenus par des entreprises que nous sommes incapables de contrĂŽler, et utilisĂ©s Ă des fins que nous ne pouvons lĂ©galement les contraindre Ă divulguer. Le dossier est constituĂ©. Nous nâavons tout simplement pas le droit de le consulter.
Ce qui se crĂ©e, piĂšce par piĂšce, contrat par contrat, camĂ©ra par camĂ©ra, nâest pas un Ătat de surveillance au sens oĂč on lâentendait au XXe siĂšcle. Câest quelque chose de plus total et de plus intime. Lâancien Ătat de surveillance observait. Le nouveau prĂ©dit. Lâancien rassemblait des dossiers. Le nouveau attribue des notes. Lâancien employait des informateurs et des interrogateurs. Le nouveau fonctionne en continu, en mode automatique, sur les visages de ceux qui ne font rien dâautre que de vivre leur vie dans un monde discrĂštement transformĂ© en dispositif de classification et de contrĂŽle.
LâachĂšvement dâun projet
Je me trouvais donc dans cette salle de sĂ©minaire et je regardais mon propre visage bouger sur un Ă©cran que je nâavais pas animĂ©, et jâai compris que quelque chose avait pris fin. Ce qui a pris fin, câest la derniĂšre barriĂšre technique entre ce que nous sommes et ce que ceux qui disposent dâune puissance de calcul suffisante peuvent savoir de nous sans notre consentement, ou Ă notre insu. La barriĂšre a disparu. Ce qui la remplace â que ce soit Ă travers la loi, la rĂ©sistance ou ce genre de rĂ©volte publique soutenue qui, Ă certaines Ă©poques de lâhistoire, a parfois contraint le pouvoir Ă battre en retraite â dĂ©pend entiĂšrement du nombre dâindividus conscients des fondements dĂ©jĂ posĂ©s et de ceux pour qui ce systĂšme a Ă©tĂ© construit.
Les oligarques propriĂ©taires de ces systĂšmes ne considĂšrent pas comme une menace le monde que lâIA est en train de crĂ©er. Pour eux, câest lâaboutissement dâun projet. Le rĂȘve dâune caste qui a toujours tout voulu savoir sur ses sujets, prĂ©dire leurs mouvements, anticiper leur dissidence, identifier leurs faiblesses et leurs vulnĂ©rabilitĂ©s, gĂ©rer la population comme un Ă©leveur gĂšre son troupeau, oĂč chaque animal est marquĂ©, suivi et triĂ© en fonction de son utilitĂ©. Pour nous autres, les marquĂ©s, suivis et triĂ©s, une seule question urgente demeure.
Quand allons-nous tenter dây mettre un terme ?
Traduit par Spirit of Free Speech







