đâđš Les bombes amĂ©ricaines nâont jamais libĂ©rĂ© personne
Le peuple iranien, comme la plupart des peuples que Washington prĂ©tend libĂ©rer pour mieux les asservir, entend bien se dĂ©barrasser du joug amĂ©ricain. Le reste nâest quâimpĂ©rialisme dĂ©guisĂ©.
đâđš Les bombes amĂ©ricaines nâont jamais libĂ©rĂ© personne
Par Ahmad Ibsais, le 13 janvier 2026
De lâIran, du Venezuela, du Groenland et du refus de lâingĂ©rence amĂ©ricaine dans les affaires mondiales.
La pire chose qui puisse arriver au peuple iranien en ce moment, câest âlâaideâ amĂ©ricaine.
Alors que les manifestants envahissent les rues de TĂ©hĂ©ran, Donald Trump dĂ©clare que âles Ătats-Unis sont prĂȘts Ă aiderâ et menace de lancer des frappes militaires. Il examine les âoptions de frappeâ, envisage des cyberattaques et le dĂ©ploiement de porte-avions, tandis que lâempire amĂ©ricain se prĂ©pare Ă faire pleuvoir la libertĂ© sur lâIran sous forme de missiles Tomahawk et de raids de la Delta Force. Or, personne nâa jamais Ă©tĂ© libĂ©rĂ© par une invasion amĂ©ricaine : ni lâIrak, ni lâAfghanistan, ni la Libye, ni aucun autre pays frappĂ© par la âdĂ©mocratieâ amĂ©ricaine. En effet, lâunique chose que les bombes amĂ©ricaines procurent, câest le contrĂŽle amĂ©ricain sur les ressources, la politique et les ruines fumantes de ce qui fut jadis un pays.
Cette arnaque se rĂ©pĂšte dans le temps et aux quatre coins du monde : Saddam, Kadhafi, Assad, Maduro, Khamenei⊠Des hommes au pouvoir dirigent des rĂ©gimes prĂ©tendument brutaux. Ă chaque fois, câest lâAmĂ©rique qui identifie les opprimĂ©s, prĂ©tend se soucier de lâhumanitaire, lance une intervention militaire, installe un pantin, extrait les ressources et nomme cela la libertĂ©. Il est surprenant que les Ătats-Unis ne voient la brutalitĂ© quâailleurs, et jamais chez eux, oĂč des dĂ©cennies de frappes de drones contre des enfants et dâarmement de gĂ©nocides passent Ă©trangement pour de la libertĂ©.
Lâapproche est toujours la mĂȘme : une rĂ©sistance interne Ă©merge, les agences de renseignement amĂ©ricaines lâamplifient, la couverture mĂ©diatique enfle, des rĂ©cits dâatrocitĂ©s circulent (certains vrais, dâautres exagĂ©rĂ©s, dâautres inventĂ©s), les internationalistes libĂ©raux se tordent les mains sur les droits de lâhomme, les nĂ©oconservateurs salivent Ă lâidĂ©e dâun changement de rĂ©gime, et soudain, tout le monde sâaccorde Ă dire quâil faut faire quelque chose. Ce quelque chose, ce sont toujours des bombes, servant exclusivement les intĂ©rĂȘts amĂ©ricains.
Prenons lâexemple du Venezuela, la rĂ©pĂ©tition gĂ©nĂ©rale de Trump pour lâIran. Il prĂ©tend avoir libĂ©rĂ© les VĂ©nĂ©zuĂ©liens de la dictature de Maduro.
Or, qui contrĂŽle le pĂ©trole vĂ©nĂ©zuĂ©lien aujourdâhui ? Pas les VĂ©nĂ©zuĂ©liens. Trump sâen est emparĂ© comme dâun butin : des millions de barils ont Ă©tĂ© immĂ©diatement extraits et les entreprises amĂ©ricaines se sont empressĂ©es dâobtenir des contrats pour âreconstruireâ une industrie quâelles pillent activement. Il a Ă©galement signĂ© un dĂ©cret intitulĂ© âPROTĂGER LES REVENUS DU PĂTROLE VĂNĂZUĂLIEN POUR LE BIEN DES PEUPLES AMĂRICAIN ET VĂNĂZUĂLIENâ. Les protĂ©ger de qui ? Et pourquoi les AmĂ©ricains auraient-ils droit Ă du pĂ©trole qui ne leur appartient pas ?
Et maintenant, il compte rĂ©itĂ©rer lâopĂ©ration en Iran.
Les menaces de Trump ne se soucient pas dâaider les manifestants iraniens, mais Ă se positionner stratĂ©giquement et Ă envoyer un message Ă la Chine et Ă la Russie sur la domination amĂ©ricaine, oĂč les manifestations sont un prĂ©texte, les prĂ©occupations humanitaires une couverture et lâobjectif, le contrĂŽle. La âlibĂ©rationâ amĂ©ricaine signifie en rĂ©alitĂ© que des Iraniens seront tuĂ©s, que les infrastructures dont dĂ©pendent les populations pour survivre seront dĂ©truites, que la guerre gĂ©nĂ©ralisĂ©e entraĂźnera un effondrement Ă©conomique, que le conflit rĂ©gional sâĂ©tendra Ă lâIrak, Ă la Syrie et au Liban, et quâĂ terme, quelquâun comme Reza Pahlavi, le fils du Shah, qui vit aux Ătats-Unis depuis quarante-cinq ans et nâa pas mis les pieds en Iran depuis son adolescence, sera installĂ© au pouvoir. Il ne reprĂ©sente rien dâautre que la politique approuvĂ©e par les Ătats-Unis et lâexploitation gĂ©rĂ©e par les Ătats-Unis.
Mais les Iraniens qui descendent dans la rue ne demandent pas lâintervention amĂ©ricaine, ils ne supplient pas pour un changement de rĂ©gime via des missiles ou des envahisseurs amĂ©ricains, ils exercent leur droit de demander des comptes Ă leur propre gouvernement pour des griefs lĂ©gitimes tels que lâeffondrement Ă©conomique, la corruption et lâincapacitĂ© Ă fournir les produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ©. Lorsque les VĂ©nĂ©zuĂ©liens se sont organisĂ©s contre Maduro, ils nâappelaient pas Ă lâoccupation amĂ©ricaine, lorsque les Palestiniens rĂ©sistent, ils ne demandent pas davantage dâargent et dâarmes amĂ©ricains pour lâoccupant, lorsque les peuples, oĂč quâils soient, se soulĂšvent contre leurs dirigeants, ils exigent que ceux qui sont censĂ©s les servir rendent des comptes, et nâinvitent pas lâempire Ă les coloniser.
Dans la plupart des cas, lâintervention amĂ©ricaine constitue dĂ©jĂ lâune des principales causes de souffrance. Les manifestants iraniens ont faim parce que les sanctions amĂ©ricaines ont dĂ©truit leur Ă©conomie pendant des dĂ©cennies. Câest la dĂ©vastation Ă©conomique qui pousse les gens dans la rue. Câest la politique amĂ©ricaine de punition collective destinĂ©e Ă appauvrir les Iraniens ordinaires jusquâĂ ce quâils renversent leur gouvernement. LâĂ©conomie cubaine sâest effondrĂ©e notamment Ă cause des sanctions amĂ©ricaines qui ont empĂȘchĂ© le pays de commercer, dâaccĂ©der aux banques internationales et dâimporter des denrĂ©es alimentaires et des mĂ©dicaments. Ces mĂȘmes sanctions ont affamĂ© les VĂ©nĂ©zuĂ©liens bien avant que Trump nâenvahisse le pays en prĂ©tendant les sauver de la famine. Câest le pyromane qui se fait passer pour le pompier.
Les Palestiniens souffrent sous lâoccupation israĂ©lienne, financĂ©e par des armes, de lâargent et une couverture diplomatique amĂ©ricains. La plupart des bombes larguĂ©es sur Gaza portent la mention âMade in USAâ et chaque acte de nettoyage ethnique est financĂ© par lâaide amĂ©ricaine. Lorsque nous rĂ©sistons, nous sommes qualifiĂ©s de terroristes. Lorsque nous protestons, nous sommes accusĂ©s dâantisĂ©mitisme, et lorsque nous exigeons des comptes, nous en demandons trop. Câest lâempire amĂ©ricain qui crĂ©e les situations de souffrance, puis qui propose de les ârĂ©soudreâ par davantage dâintervention, de violence et de contrĂŽle. Câest un racket protectionniste Ă lâĂ©chelle civilisationnelle : on casse les jambes, puis on fait payer des bĂ©quilles. On affame avec des sanctions, puis on envahit en prĂ©tendant nourrir. On fournit les bombes qui tuent, puis on condamne la rĂ©sistance.
En tant que Palestinien, je comprends les peuples qui se soulĂšvent contre leurs dirigeants. Cependant, en fin de compte, je prĂ©fĂšre encore Abbas, un collabo corrompu, Ă la âlibĂ©rationâ amĂ©ricaine. Je ne le trouve pas acceptable pour autant (câest un hypocrite qui coordonne ses actions avec les forces dâoccupation, rĂ©prime la rĂ©sistance et sâenrichit pendant que son peuple souffre), mais il est notre problĂšme, tandis que lâoccupation amĂ©ricaine impliquerait des dĂ©cennies dâasservissement impĂ©rial. Les VĂ©nĂ©zuĂ©liens, les Iraniens, les Cubains et tous les autres peuples dans le collimateur de la âlibertĂ©â amĂ©ricaine sont confrontĂ©s au mĂȘme dilemme : un dirigeant impitoyable ou une intervention amĂ©ricaine, Khamenei ou Trump, Maduro ou lâoccupation amĂ©ricaine, Assad ou les bombes amĂ©ricaines.
Mais câest un choix binaire artificiel. Le peuple iranien ne choisit pas entre Khamenei et Trump, il se bat pour quelque chose quâaucun des deux nâoffre, Ă savoir son autodĂ©termination. Ils sont dans la rue parce quâils ont faim, que lâinflation a dĂ©truit leurs Ă©conomies et que le rĂ©gime est dĂ©faillant. Ils veulent un changement selon leurs propres conditions et dont ils seraient responsables. Ils ne demandent pas Ă Trump dâenvahir leur pays, ils ne supplient pas quâon leur envoie des bombes amĂ©ricaines, ils exigent que leur gouvernement fasse mieux ou quâils exercent leur droit de crĂ©er eux-mĂȘmes un nouveau gouvernement.
La libĂ©ration ne vient pas de lâextĂ©rieur. Elle ne peut ĂȘtre offerte par ces hommes blancs de la Maison Blanche qui vĂ©nĂšrent la guerre. Ce nâest pas un cadeau offert par ceux qui prĂ©tendent rĂ©gner sur ce monde, mais quelque chose que les gens sâapproprient eux-mĂȘmes. Sans quoi, ce nâest pas une libĂ©ration.
Ce dont les Iraniens ont rĂ©ellement besoin en ce moment, câest de lâabsence des Ătats-Unis.
Quâils lĂšvent les sanctions qui asphyxient lâĂ©conomie iranienne depuis des dĂ©cennies, dĂ©sespĂ©rant son peuple tandis que lâĂ©lite du rĂ©gime trouve des solutions de contournement. Quâils cessent dâarmer les rivaux rĂ©gionaux qui cernent lâIran, dâoccuper les pays voisins, dâassassiner les scientifiques et les gĂ©nĂ©raux iraniens, de bombarder les infrastructures iraniennes, de revendiquer le pouvoir de dĂ©terminer quel gouvernement iranien est lĂ©gitime. Laissez les Iraniens rĂ©soudre leurs problĂšmes.
Les Ătats-Unis nâont dâautre idĂ©ologie que le pouvoir absolu et dâautre prĂ©occupation que la domination mondiale. Les Ătats-Unis se soucient aussi peu de la libertĂ© des Iraniens que de celle des VĂ©nĂ©zuĂ©liens, des Palestiniens ou de nâimporte quel autre peuple.
Mieux vaut le loup rĂ©el que le loup dĂ©guisĂ© en mouton, mieux vaut mon propre dirigeant dĂ©testable, corrompu et brutal que lâempire amĂ©ricain qui rĂšgne par procuration et prĂ©tend dĂ©fendre la dĂ©mocratie, alors quâil nous vole nos terres, nos vies et nos ressources, et nous soumet au capital et aux bases militaires occidentales.
Le monde entier admire le courage du peuple iranien qui manifeste actuellement dans les rues. Ils gagneront peut-ĂȘtre ce combat, ou peut-ĂȘtre pas, car les rĂ©volutions sont incertaines, dangereuses et Ă©prouvantes, mais une chose est sĂ»re : les bombes amĂ©ricaines ne les libĂ©reront pas. La lutte du peuple pour la libertĂ© nâest pas un prĂ©texte Ă la colonisation. Trump exploitera lâĂ©lan du peuple pour servir les intĂ©rĂȘts amĂ©ricains, pas ceux du peuple, il dĂ©truira les infrastructures tout en prĂ©tendant aider, il tuera le peuple en prĂ©tendant le sauver, il installera son pion et appellera cela la dĂ©mocratie.
Les Iraniens mĂ©ritent mieux que la rĂ©pression et mieux que la âlibertĂ©â amĂ©ricaine. Câest aux Iraniens de tracer la voie Ă suivre, et non Ă Washington. Leurs griefs sont lĂ©gitimes, leurs protestations fondĂ©es et leur demande de rendre des comptes Ă leur gouvernement justifiĂ©e. Ils ne rĂ©clament pas lâintervention amĂ©ricaine, mais leur autodĂ©termination, exactement ce que lâAmĂ©rique prĂ©tend soutenir en faisant tout pour sây opposer.
Le peuple iranien, comme la plupart des peuples des territoires que les Ătats-Unis prĂ©tendent libĂ©rer pour mieux les soumettre, entend bien se dĂ©barrasser du joug amĂ©ricain. Tout le reste nâest quâimpĂ©rialisme dĂ©guisĂ©.
Traduit par Spirit of Free Speech




đŻđđđ