đâđš Les limites du pouvoir
Ce que Trump peut espĂ©rer gagner, câest un certain esprit de raison. Il est temps pour Washington de mettre fin Ă sa tentative de putsch en Iran & renouer avec le droit international & la diplomatie.
đâđš Les limites du pouvoir
Par Jeffrey Sachs & Sybil Fares, le 11 mai 2026
La guerre contre lâIran se terminera probablement par un retrait amĂ©ricain.
La guerre contre lâIran, dĂ©clenchĂ©e par les Ătats-Unis et IsraĂ«l le 28 fĂ©vrier 2026, se soldera probablement par un retrait amĂ©ricain. Les Ătats-Unis ne peuvent pas poursuivre cette guerre sans en subir les consĂ©quences dĂ©sastreuses. Une nouvelle escalade conduirait probablement Ă la destruction des infrastructures pĂ©troliĂšres, gaziĂšres et de dessalement de la rĂ©gion, provoquant une catastrophe planĂ©taire prolongĂ©e. LâIran est en mesure dâimposer des coĂ»ts que les Ătats-Unis ne peuvent supporter et dont le monde ne doit pas avoir Ă souffrir.
Le plan de guerre amĂ©ricano-israĂ©lien consistait en une frappe de dĂ©capitation, vendue au prĂ©sident Donald Trump par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et David Barnea, le directeur du Mossad. Le postulat Ă©tait quâune offensive aĂ©rienne conjointe amĂ©ricano-israĂ©lienne agressive affaiblirait Ă tel point la structure de commandement du rĂ©gime iranien, son programme nuclĂ©aire et les hauts dirigeants du Corps des gardiens de la rĂ©volution islamique (CGRI) que le rĂ©gime sâeffondrerait. Les Ătats-Unis et IsraĂ«l imposeraient alors un gouvernement plus docile Ă TĂ©hĂ©ran.
Trump semble avoir cru que lâIran connaĂźtrait le mĂȘme sort que le Venezuela. LâopĂ©ration amĂ©ricaine menĂ©e au Venezuela en janvier 2026 a kidnappĂ© le prĂ©sident vĂ©nĂ©zuĂ©lien Nicolas Maduro dans le cadre de ce qui semble avoir Ă©tĂ© une opĂ©ration coordonnĂ©e entre la CIA et des Ă©lĂ©ments internes Ă lâĂtat vĂ©nĂ©zuĂ©lien. Les Ătats-Unis ont gagnĂ© un gouvernement plus docile, tandis que la majeure partie de la structure du pouvoir vĂ©nĂ©zuĂ©lien a Ă©tĂ© maintenue. Trump semble avoir cru naĂŻvement quâil en irait de mĂȘme en Iran.
LâopĂ©ration en Iran nâa toutefois pas abouti Ă lâinstauration dâun rĂ©gime docile Ă TĂ©hĂ©ran. LâIran nâest pas le Venezuela, que ce soit sur le plan historique, technologique, culturel, gĂ©ographique, militaire, dĂ©mographique ou gĂ©opolitique. Ce qui sâest produit Ă Caracas Ă©tait sans grand rapport avec le scĂ©nario prĂ©vu pour TĂ©hĂ©ran.
Le gouvernement iranien ne sâest pas divisĂ©. Le Corps des gardiens de la rĂ©volution islamique (CGRI), loin dâavoir Ă©tĂ© dĂ©capitĂ©, en est sorti avec un commandement interne plus solide et un rĂŽle accru dans le dispositif de sĂ©curitĂ© nationale. Le bureau du Guide suprĂȘme a tenu bon. Lâestablishment religieux a serrĂ© les rangs derriĂšre lui. Et la population sâest mobilisĂ©e contre lâattaque extĂ©rieure.
Deux mois plus tard, Trump et Netanyahu ne contrĂŽlent aucun gouvernement iranien de succession, nâont pas obtenu la capitulation de lâIran pour mettre fin Ă la guerre, et ne disposent dâaucune stratĂ©gie militaire menant Ă la victoire. La seule issue, que les Ătats-Unis semblent emprunter, est le retrait, lâIran contrĂŽlant le dĂ©troit dâOrmuz et aucune des autres questions entre les Ătats-Unis et lâIran nâayant Ă©tĂ© rĂ©glĂ©e.
Plusieurs raisons expliquent les erreurs dâapprĂ©ciation dĂ©sastreuses des Ătats-Unis et les succĂšs de lâIran.
PremiĂšrement, les dirigeants amĂ©ricains ont fondamentalement mal Ă©valuĂ© lâIran. LâIran est une grande civilisation forte de plus de 5 000 ans dâhistoire, dâune culture ancestrale, dâune rĂ©silience nationale et dâune fiertĂ© inĂ©branlables. Le gouvernement iranien nâallait pas cĂ©der aux intimidations et aux bombardements amĂ©ricains, dâautant que les Iraniens se souviennent encore du rĂŽle jouĂ© par les Ătats-Unis dans la destruction de la dĂ©mocratie iranienne en 1953, lorsquâils ont renversĂ© un gouvernement dĂ©mocratiquement Ă©lu pour instaurer un Ătat policier qui a sĂ©vi durant 27 ans.
DeuxiĂšmement, les dirigeants amĂ©ricains ont considĂ©rablement sous-estimĂ© le niveau de perfectionnement technologique de lâIran. LâIran dispose dâune expertise de classe internationale en ingĂ©nierie et en mathĂ©matiques. Il a dĂ©veloppĂ© une infrastructure industrielle de dĂ©fense autonome, avec des missiles balistiques de pointe, une industrie nationale de drones et une capacitĂ© de lancement orbital propre. Le bilan de lâIran en matiĂšre de dĂ©veloppement technologique, acquis malgrĂ© 40 ans de sanctions toujours plus drastiques, constitue une rĂ©ussite nationale remarquable.
TroisiĂšmement, lâĂ©volution de la technologie militaire a jouĂ© en faveur de lâIran. Les missiles balistiques iraniens ne coĂ»tent quâune infime partie du prix des intercepteurs amĂ©ricains dĂ©ployĂ©s contre eux. Les drones iraniens coĂ»tent 20 000 dollars. Les missiles intercepteurs de dĂ©fense aĂ©rienne amĂ©ricains 4 millions de dollars. Les missiles antinavires iraniens, dont le coĂ»t se chiffre en centaines de milliers de dollars, menacent les destroyers amĂ©ricains Ă deux ou trois milliards de dollars. Le rĂ©seau iranien de zone dâexclusion et de contrĂŽle dâaccĂšs autour du Golfe, sa dĂ©fense aĂ©rienne en multiples couches, sa capacitĂ© de saturation en drones et en missiles, ainsi que son contrĂŽle maritime dans le dĂ©troit ont portĂ© le coĂ»t opĂ©rationnel de lâimposition de la volontĂ© amĂ©ricaine Ă lâIran Ă un niveau bien trop Ă©levĂ© pour que les Ătats-Unis puissent le supporter, surtout si lâon tient compte des reprĂ©sailles destructrices que lâIran peut infliger aux pays voisins.
QuatriĂšmement, le processus dĂ©cisionnel amĂ©ricain nâest plus rationnel. La guerre contre lâIran a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e par un petit cercle de fidĂšles du prĂ©sident Ă Mar-a-Lago, sans processus interagences formel et avec un Conseil de sĂ©curitĂ© nationale vidĂ© de sa substance au cours de lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente. Le directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme de Trump, Joe Kent, a dĂ©missionnĂ© le 17 mars en publiant une lettre ouverte dĂ©crivant la âchambre dâĂ©choâ servant Ă tromper le prĂ©sident. La guerre est le rĂ©sultat dâun systĂšme dĂ©cisionnel dont le mĂ©canisme dĂ©libĂ©ratif avait Ă©tĂ© dĂ©sactivĂ©.
Ce nâĂ©tait ni une guerre de nĂ©cessitĂ©, ni une guerre par choix. CâĂ©tait une guerre dictĂ©e par une volontĂ© arbitraire. Le principe sous-jacent est lâhĂ©gĂ©monie. Les Ătats-Unis ont tentĂ© de prĂ©server une suprĂ©matie mondiale dont ils ne peuvent plus se prĂ©valoir, et IsraĂ«l a tentĂ© dâĂ©tablir une suprĂ©matie rĂ©gionale quâil nâobtiendra jamais.
Dans ce contexte, lâissue probable est que la guerre se terminera par un retour Ă une sorte de statu quo ante, Ă lâexception de trois nouvelles rĂ©alitĂ©s sur le terrain. PremiĂšrement, lâIran aura le contrĂŽle opĂ©rationnel du dĂ©troit dâOrmuz. DeuxiĂšmement, la capacitĂ© de dissuasion de lâIran sâen trouvera considĂ©rablement renforcĂ©e. TroisiĂšmement, la prĂ©sence militaire amĂ©ricaine Ă long terme dans le Golfe se rĂ©duira significativement. Les autres raisons qui auraient poussĂ© les Ătats-Unis Ă attaquer lâIran â le programme nuclĂ©aire iranien, les mandataires rĂ©gionaux, lâarsenal de missiles â seront trĂšs probablement les mĂȘmes quâau dĂ©but de la guerre.
MĂȘme si les Ătats-Unis se retirent, lâIran nâexploitera pas son avantage face Ă ses voisins, et ce pour trois raisons. PremiĂšrement, lâIran a un intĂ©rĂȘt stratĂ©gique Ă long terme Ă coopĂ©rer avec ses voisins du Golfe, non Ă mener une guerre permanente. DeuxiĂšmement, lâIran nâa aucune raison de relancer une guerre quâil vient de remporter. TroisiĂšmement, lâIran sera, si nĂ©cessaire, modĂ©rĂ© par ses protecteurs, la Russie et la Chine, deux grandes puissances qui aspirent Ă une rĂ©gion stable et prospĂšre. Les dirigeants iraniens en sont pleinement conscients et mettront fin aux combats.
Trump tentera sans doute de prĂ©senter ce retrait imminent comme une grande victoire militaire et stratĂ©gique, mais aucune de ces affirmations ne tient la route. La vĂ©ritĂ© est que lâIran sâest rĂ©vĂ©lĂ© bien plus puissant que ne le pensaient les Ătats-Unis. La dĂ©cision dâentrer en guerre nâĂ©tait pas rationnelle, et les technologies de guerre ont Ă©voluĂ© au dĂ©triment des Ătats-Unis. Lâempire amĂ©ricain ne peut pas gagner la guerre contre lâIran dans des conditions financiĂšres, militaires et politiques acceptables. Ce que lâAmĂ©rique peut toutefois espĂ©rer regagner, câest un certain esprit de raison. Il est grand temps pour les Ătats-Unis de mettre fin Ă leurs opĂ©rations de renversement de rĂ©gime et de renouer avec le droit international et la diplomatie.
Traduit par Spirit of Free Speech




Je partage en gros l'analyse, sauf que je ne crois pas une seconde Ă la thĂšse reprise ici-et-lĂ comme quoi la caste proche de D.Trump a pu croire que l'opĂ©ration serait de mĂȘme nature que celle menĂ©e contre N.Maduro
cela fait des années que des pourparlers se tiennent avec l'Iran sur son programme nucléaire, ce qui n'était absolument pas le cas avec le Venezuela... il ne faut donc pas prendre ce genre de raccourci pour expliquer ce qu'il en est, la situation est de tout autre ordre
cela dit, je me permets de renvoyer Ă mon analyse d'il y a qqs jours oĂč j'esquisse ce que je pense pour le futur de la rĂ©gion : https://dandvd.substack.com/p/iran-usrael-ou-la-quadrature-du-cercle?publication_id=8177471&post_id=196990142&isFreemail=false&r=494ex3&triedRedirect=true