đâđš Les ruines de la victoire
Netanyahu est en difficultĂ©. Il va certainement tenter dâautres stratagĂšmes & sâefforcer de saboter cette nouvelle Pax Iranica dans la rĂ©gion mais ses manĆuvres pourraient bien lui exploser au visage.
đâđš Les ruines de la victoire
Par Dyab Abou Jahjah, le 18 juin 2026
Sur Stalingrad, Téhéran et le Sud-Liban.
Dans les dĂ©combres de Stalingrad, parmi les ruines fumantes, les piles de bĂątiments effondrĂ©s et les fumĂ©es dâune centaine dâincendies, parler de victoire soviĂ©tique devait sembler absurde.
La puanteur de milliers et de milliers de cadavres en dĂ©composition emplissait lâair. Au dĂ©but de lâannĂ©e 1943, lâUnion soviĂ©tique Ă©tait en ruines, tandis que les villes allemandes restaient en grande partie intactes. Ă Hambourg, les gens se baignaient et profitaient dâun soleil rare. Ă Berlin, la crĂšme de la crĂšme de la sociĂ©tĂ© allemande frĂ©quentait les opĂ©ras, les comĂ©dies musicales et les musĂ©es. LâAllemagne occupait toujours la moitiĂ© de lâUnion soviĂ©tique et la majeure partie de lâEurope. Des millions de citoyens soviĂ©tiques avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© tuĂ©s.
Alors, de quelle victoire parlait-on ?
Que lâAllemagne nâait pas rĂ©ussi Ă prendre une seule ville ? Quâelle ait Ă©tĂ© contrainte Ă battre en retraite ? QuâHitler nâait pas atteint son objectif dĂ©clarĂ© de sâemparer de Moscou ? Ă nâen pas douter, en prenant du recul pour observer la situation dans son ensemble, on pouvait difficilement qualifier cette situation de victoire.
Et pourtant, Stalingrad nâĂ©tait pas quâune victoire : câĂ©tait un tournant de la guerre. Câest lĂ que le vent a tournĂ©. Câest au cĆur de ce chaos apocalyptique mĂȘlant fumĂ©e, dĂ©combres et corps ensanglantĂ©s que lâArmĂ©e rouge a repris son souffle et entamĂ© la longue contre-offensive qui allait aboutir au drapeau rouge hissĂ© sur le Reichstag.
Aujourdâhui, quiconque constate les destructions en Iran et les dĂ©combres au Sud-Liban pourrait trouver cynique, voire insultant, de parler de victoire. Mais comme Ă Stalingrad, que lâIran ait rĂ©sistĂ© Ă la puissance des Ătats-Unis, ripostĂ©, repoussĂ© lâagresseur et imposĂ© des conditions politiques plus favorables que les conditions qui prĂ©valaient avant le dĂ©but de lâagression constitue une victoire sans prĂ©cĂ©dent.
LâIran, aux cĂŽtĂ©s de la rĂ©sistance libanaise, a combattu non pas une, mais deux puissances nuclĂ©aires. Dans le Sud-Liban, lâarmĂ©e israĂ©lienne a pris et dĂ©truit plusieurs villages frontaliers, mais sans parvenir Ă contrĂŽler le territoire. Elle a fini par sâenliser dans un bourbier dâembuscades et dâattaques de drones, transformant lâoccupation en une guerre dâusure.
LâIran a Ă©galement rĂ©affirmĂ© le principe dâunitĂ© entre les fronts de lâaxe de la rĂ©sistance. Si IsraĂ«l attaque Beyrouth, TĂ©hĂ©ran frappera IsraĂ«l avec des missiles balistiques. Ce qui prive IsraĂ«l de toute initiative et rĂ©duit Ă nĂ©ant les gains stratĂ©giques quâil pensait avoir obtenus en 2024. Aujourdâhui, le protocole dâaccord signĂ© avec les AmĂ©ricains prĂ©voit que lâIran exige un cessez-le-feu au Liban ainsi que le rĂ©tablissement de lâintĂ©gritĂ© territoriale et de la souverainetĂ© du Liban â soit le retrait israĂ©lien.
Il semble que Trump avait anticipĂ© une victoire de type âchoc et effroiâ : larguer des bombes, Ă©liminer les dirigeants et sâattendre Ă une capitulation rapide. Il imaginait probablement un scĂ©nario oĂč une personnalitĂ© iranienne Ă lâimage de la VĂ©nĂ©zuĂ©lienne Delcy Rodriguez se prĂ©senterait Ă genoux, acclamant lâhĂ©gĂ©mon mondial. Ce quâil nâa pas saisi, câest que le peuple iranien et sa RĂ©publique islamique ont une vision de la vie fondamentalement diffĂ©rente de celle des rĂ©gimes occidentaux. Pour eux, la notion de capitulation nâexiste pas. Lorsque des mouvements ou des gouvernements islamiques dĂ©clarent que seules deux options prĂ©valent â la victoire ou la mort â, il faut les croire sur parole. Pourtant, la rĂ©silience de lâIran nâa pas Ă©tĂ© uniquement le fruit dâune dĂ©termination farouche, et il en va de mĂȘme pour le Hezbollah. Une foi ardente ne suffit pas Ă elle seule Ă produire une sĂ©rie de missiles balistiques, hypersoniques et de croisiĂšre performants. Elle ne permet pas dâinventer des drones dâattaque efficaces ou des FPV contrĂŽlĂ©s par fibre optique. De telles capacitĂ©s exigent un esprit scientifique et stratĂ©gique. Câest la combinaison dâune foi inĂ©branlable et dâune maĂźtrise technique qui a tenu tĂȘte aux puissances amĂ©ricaine et israĂ©lienne et leur a infligĂ© un revers cuisant. Et comme tous les tyrans, les Ătats-Unis prĂ©fĂšrent des victimes qui ne ripostent pas et ne les mettent pas en Ă©chec. Un revers, aussi minime soit-il, suffit souvent Ă contraindre Ă la retraite.
Il en va de mĂȘme pour le Golfe. LâIran est dĂ©sormais lâacteur rĂ©gional le plus puissant â celui quâil faut craindre, contrairement aux Ătats-Unis ou Ă IsraĂ«l. Si les Ătats du Golfe recherchent la stabilitĂ©, ils devront Ă©tablir des relations stables avec lâIran. Les Ătats-Unis et IsraĂ«l sont incapables de se protĂ©ger de lâIran, et encore moins de protĂ©ger les Ătats du Golfe. LâArabie saoudite se tourne dĂ©jĂ vers des alliances avec le Pakistan et la Chine. Les bases amĂ©ricaines du Golfe ont Ă©tĂ© pilonnĂ©es, prouvant quâelles ne constituent plus quâun handicap pour les Ătats-Unis comme pour les pays qui les accueillent.
Ă lâinstar de Stalingrad, ces Ă©vĂ©nements marquent un renversement de tendance.
AprĂšs les ravages subis Ă Gaza et cette annĂ©e 2024 difficile, lâAxe de la RĂ©sistance a rĂ©ussi non seulement Ă survivre, mais Ă renverser la situation et Ă prendre lâinitiative. Netanyahu est en difficultĂ©. Il va certainement tenter dâautres stratagĂšmes et sâefforcer de saboter cette nouvelle Pax Iranica dans la rĂ©gion, mais ces manĆuvres pourraient bien lui exploser au visage.
Ă lui seul, IsraĂ«l est incapable dâaffronter le Hamas ou le Hezbollah, et encore moins lâIran. Si les ponts aĂ©riens amĂ©ricains nâavaient pas rĂ©approvisionnĂ© les batteries dâintercepteurs, les bombes et les obus dâIsraĂ«l, ce dernier se serait Ă©croulĂ© en 2023. En ce sens, Trump a raison lorsquâil affirme que sans lui, IsraĂ«l nâexisterait pas.
Si Netanyahu poursuit ce combat seul et sâil finit par sâisoler de son parrain amĂ©ricain, alors peut-ĂȘtre que nous assisterons, dans les temps prochains, Ă un moment digne de celui du drapeau du Reichstag.
Traduit par Spirit of Free Speech




