đâđš Lâexode quâIsraĂ«l ne peut se permettre
Par Kamran Yeganegi, le 31 août 2026
De nouvelles donnĂ©es israĂ©liennes montrent que parmi les citoyens qui quittent le pays, les mĂ©decins, les ingĂ©nieurs, les professionnels du secteur technologique et les contribuables Ă hauts revenus, dont dĂ©pend lâĂ©conomie de guerre de lâĂtat dâoccupation, sont de plus en plus nombreux.
Aux premiĂšres heures du 7 octobre 2023, un journaliste israĂ©lien connu uniquement sous le nom dâAsaf a rĂ©servĂ© des billets dâavion pour lui-mĂȘme, sa femme et leurs deux filles. Le lendemain, nâemportant que des bagages Ă main, la famille a embarquĂ© sur un vol Ă destination de Berlin. Ce qui nâĂ©tait au dĂ©part quâun dĂ©part prĂ©cipitĂ© sâest transformĂ© en dĂ©part dĂ©finitif. Deux ans plus tard, ils ne sont toujours pas revenus.
Asaf a dĂ©clarĂ© Ă +972 Magazine quâil trouvait dĂ©jĂ que les systĂšmes Ă©ducatif et de santĂ© israĂ©liens sâĂ©taient dĂ©gradĂ©s. Mais cette matinĂ©e a anĂ©anti le peu de foi quâil lui restait dans lâĂtat et son armĂ©e :
âDĂšs lâaprĂšs-midi du 7 octobre, nous avons compris que mĂȘme lâespoir nâĂ©tait plus fondĂ©â.
Son histoire reflÚte une tendance structurelle plus large. Israël perd de maniÚre disproportionnée les médecins de ses hÎpitaux, les ingénieurs qui font vivre son secteur technologique, les universitaires qui perpétuent ses capacités scientifiques et les contribuables qui financent ses guerres.
Les chiffres quâIsraĂ«l peine Ă dĂ©finir
LâĂ©migration contredit lâaffirmation sioniste selon laquelle IsraĂ«l offre aux Juifs sĂ©curitĂ© et stabilitĂ©. LâhĂ©breu lui-mĂȘme reflĂšte cette tension : lâimmigration sâappelle aliyah, ou âascensionâ, tandis que lâĂ©migration est yerida â âdĂ©clinâ.
Une Ă©tude de lâuniversitĂ© de Tel-Aviv datant dâaoĂ»t 2026, fondĂ©e sur les donnĂ©es du Bureau central des statistiques, rĂ©vĂšle que 90 922 citoyens israĂ©liens ont sĂ©journĂ© Ă lâĂ©tranger pendant au moins trois mois consĂ©cutifs en 2025, contre 91 499 en 2024 et 86 509 en 2023. Au total, 268 509 IsraĂ©liens sont partis pour au moins trois mois entre 2023 et 2025 â soit 47 % de plus quâentre 2013 et 2015.Cette pĂ©riode de trois mois ne signifie pas pour autant une migration permanente.
Les chercheurs ont toutefois constatĂ© une corrĂ©lation de 0,96 entre les dĂ©parts de trois mois et les sĂ©jours Ă lâĂ©tranger dâau moins un an.
Sur cette base, ils estiment que 45 000 Ă 50 000 IsraĂ©liens sont devenus des Ă©migrants de longue durĂ©e rien quâen 2025.
Sâappuyant sur des donnĂ©es officielles et issues de la recherche, +972 Magazine a estimĂ© le total des Ă©migrants de longue durĂ©e Ă plus de 150 000 sur deux ans et a suggĂ©rĂ© quâil pourrait avoir dĂ©passĂ© les 200 000 depuis la formation de lâactuel gouvernement du Premier ministre israĂ©lien Benjamin Netanyahu.
LâInstitut national dâassurance israĂ©lien a fait Ă©tat de 35 625 rĂ©siliations de rĂ©sidence en 2025 ; 6 651 dâentre elles ont Ă©tĂ© demandĂ©es volontairement. Cette mesure administrative ne correspond ni Ă un dĂ©compte de la perte de nationalitĂ© ni Ă un indicateur prĂ©cis de lâĂ©migration dĂ©finitive, mais elle montre que des milliers de personnes ont officiellement rompu leurs liens avec lâĂtat.
Suivez le contribuable
Lâadministration fiscale israĂ©lienne a mis en Ă©vidence une Ă©volution dĂ©mographique et fiscale plus profonde. Jusquâen 2019, les Ă©migrants gagnaient environ le salaire moyen national. En 2024, leur revenu moyen avant le dĂ©part avait atteint environ 200 000 shekels â soit 50 % de plus que la moyenne nationale et 60 % de plus en termes rĂ©els quâavant la pandĂ©mie.
Comme lâont formulĂ© les auteurs de lâĂ©tude :
âLe rythme de lâĂ©migration parmi les couches sociales les plus aisĂ©es et les plus prospĂšres sâest accĂ©lĂ©rĂ©, tandis quâil est restĂ© pratiquement inchangĂ© parmi les couches les plus dĂ©favorisĂ©esâ.
Selon le quotidien Ă©conomique en hĂ©breu Calcalist, le taux de dĂ©part parmi le dĂ©cile aux revenus les plus Ă©levĂ©s dâIsraĂ«l est passĂ© dâenviron 0,3 % entre 2015 et 2019 Ă plus de 0,5 % entre 2023 et 2024 â soit une augmentation dâenviron 80 %. Ce dĂ©cile reprĂ©sentait 67 % du revenu cumulĂ© des Ă©migrants et 86 % de lâimpĂŽt sur le revenu quâils avaient payĂ© avant leur dĂ©part.
Par rapport Ă la pĂ©riode 2015-2019, le nombre de personnes quittant le secteur des hautes technologies a augmentĂ© dâenviron 150 % en 2023-2024, tandis que le nombre de dĂ©parts dans le secteur de la santĂ© a plus que doublĂ©.
Chez les 40-50 ans, la part des émigrants adultes est passée de 13 à 20 %, et leur revenu cumulé avant le départ a triplé pour atteindre 2,7 milliards de shekels.
Ce sont de plus en plus des professionnels confirmĂ©s, plutĂŽt que des jeunes travailleurs en dĂ©but de carriĂšre, qui emportent avec eux Ă lâĂ©tranger leurs compĂ©tences, leur famille, leur Ă©pargne et leur capital. Le nombre de personnes dĂ©clarant des virements Ă lâĂ©tranger supĂ©rieurs Ă 500 000 shekels a quadruplĂ© en 2023-2024.
Nouvelle cartographie de lâexil
Les statistiques officielles rendent compte de lâabsence de maniĂšre plus fiable que de la destination, mais une nouvelle cartographie se dessine. Une enquĂȘte de Haaretz a rĂ©vĂ©lĂ© une demande croissante de dĂ©part vers le Portugal, Chypre et dâautres pays europĂ©ens. Chypre est devenue une base de repli pour certains : dans les premiers jours suivant lâopĂ©ration âAl-Aqsa Floodâ du 7 octobre 2023, Reuters a rapportĂ© que plus de 2 500 IsraĂ©liens y ont cherchĂ© refuge.
La GrĂšce est une autre destination. Selon Le Monde, les autoritĂ©s grecques ont signalĂ© une hausse dâenviron 70 % des âvisas dorĂ©sâ dĂ©livrĂ©s Ă des IsraĂ©liens aprĂšs lâopĂ©ration âAl-Aqsa Floodâ. Tous les visas ou achats immobiliers ne dĂ©bouchent pas nĂ©cessairement sur une migration dĂ©finitive, mais chaque dĂ©part rĂ©duit les obstacles informationnels, sociaux et financiers auxquels se heurte la famille suivante qui envisage de partir.
Le coĂ»t fiscal dâune base financiĂšrement plus restreinte
Chaque vague annuelle dâĂ©migrants en 2023 et 2024 aura versĂ© environ 1,2 milliard de shekels dâimpĂŽt sur le revenu avant son dĂ©part, contre environ 500 millions de shekels pour les vagues antĂ©rieures Ă 2019. Lâadministration fiscale estime la perte potentielle Ă environ 700 millions de shekels par vague.
Certains expatriĂ©s conservent leur rĂ©sidence fiscale en IsraĂ«l, mais si ce phĂ©nomĂšne se gĂ©nĂ©ralise, les recettes annuelles menacĂ©es pourraient avoisiner les 3,5 milliards de shekels dâici cinq ans.
Le secteur high-tech israĂ©lien gĂ©nĂšre environ un cinquiĂšme du PIB, plus de la moitiĂ© des exportations et environ un tiers de lâimpĂŽt sur les revenus salariaux. Il apporte Ă©galement une expertise en matiĂšre de cyberintelligence et de technologie militaire. Un exode prolongĂ© pourrait affaiblir Ă la fois lâinnovation commerciale et les capacitĂ©s essentielles Ă la doctrine de sĂ©curitĂ© dâIsraĂ«l.
LâĂ©conomie de guerre dâIsraĂ«l repose largement sur une part relativement restreinte mais trĂšs performante de la population, alors mĂȘme que ses politiques poussent un nombre croissant de ces actifs et contribuables Ă sâexiler. Leur dĂ©part rĂ©duit le nombre de ceux qui doivent supporter une charge fiscale et militaire de plus en plus lourde.
La Banque dâIsraĂ«l a par ailleurs averti que la faible participation des hommes haredim au marchĂ© du travail et la nĂ©cessitĂ© dâĂ©largir le service militaire constituent toujours des dĂ©fis structurels.
Pour certains, le dĂ©part Ă lâĂ©tranger est un retrait politique silencieux â un vote du pied contre un Ătat de plus en plus marquĂ© par la polarisation religieuse et une mobilisation permanente. LâĂ©conomiste Itai Ater met en garde :
âSi rien ne change, lâĂ©migration pourrait augmenter au point de menacer la sĂ©curitĂ© et lâĂ©conomie dâIsraĂ«lâ.
Gagner du temps
En mars 2026, la commission des finances de la Knesset a approuvĂ© une exonĂ©ration progressive de lâimpĂŽt sur le revenu sur cinq ans pour les immigrants Ă©ligibles et les rĂ©sidents de retour Ă long terme. Le plafond atteint un million de shekels en 2027 et 2028. Le ministĂšre des Finances avait initialement estimĂ© le coĂ»t de cette mesure sur cinq ans Ă 560 millions de shekels.
Officiellement, cette mesure encourage lâimmigration et la croissance. Dans la pratique, elle rĂ©vĂšle Ă©galement lâampleur du problĂšme : IsraĂ«l perd ceux quâil ne peut pas se permettre de perdre et doit payer le prix fort pour les faire revenir ou les remplacer.
Les incitations fiscales ne peuvent pas simplement compenser une guerre prolongĂ©e, des mobilisations rĂ©pĂ©tĂ©es des rĂ©servistes, lâinstabilitĂ© politique, la polarisation institutionnelle ou un avenir de plus en plus militarisĂ©.
Les pertes matĂ©rielles causĂ©es par la guerre peuvent ĂȘtre compensĂ©es par lâargent. Les bĂątiments peuvent ĂȘtre reconstruits et les stocks dâarmes reconstituĂ©s. Mais lorsquâun Ătat perd ceux qui dĂ©veloppent sa technologie, font tourner ses hĂŽpitaux, enseignent aux universitĂ©s et financent son armĂ©e, les dĂ©gĂąts sont cumulatifs et structurels.
Les pertes les plus lourdes subies par Israël en temps de guerre pourraient bien venir de ceux qui décident discrÚtement que leur avenir se trouve ailleurs.
Traduit par Spirit of Free Speech
https://thecradle.co/articles/the-exodus-israel-cannot-afford



En rĂ©sumĂ©, IsraĂ«l va rester avec seulement des imbĂ©ciles et des terroristes (les colons cumulent les 2 adjectifs). Câest la majoritĂ© encore de la population.
BientĂŽt un TCC comme en ukraine pour les Haredim ? đ