đâđš Lâextinction lĂ©galisĂ©e
Chaque espĂšce de la planĂšte est lâesclave des humains. Et si lâAmazonie se met en grĂšve ? Les maĂźtres esclavagistes seront Ă court dâoxygĂšne. Un scĂ©nario ni farfelu ni lointain. Il est mĂȘme inĂ©vitable
đâđš Lâextinction lĂ©galisĂ©e
Par George Tsakraklides, le 4 mai 2026
Alors que la plupart des espĂšces ne sont territoriales quâau sein de leur niche spĂ©cifique, les humains ont Ă©tendu la territorialitĂ© Ă lâĂ©chelle planĂ©taire. La crĂ©ation du concept de droit â Ă la nourriture, au territoire et mĂȘme Ă dâautres humains â a Ă©tĂ© notre tentative de réécrire les rĂšgles de lâĂ©cosystĂšme en inventant une nouvelle lĂ©gitimitĂ© morale Ă lâagression. En proclamant notre droit illimitĂ© aux ressources, nous nous sommes convaincus de possĂ©der ces ressources, y compris tous les organismes qui en faisaient usage. En dâautres termes, nous possĂ©dions tout, purement et simplement. Câest ainsi quâest nĂ©e la propriĂ©tĂ©, depuis enracinĂ©e dans la sociĂ©tĂ© humaine.
Mais la propriĂ©tĂ© nâĂ©tait quâun nouveau discours suprĂ©maciste. En poursuivant cette illusion pratique, nous avons créé des âloisâ consacrant nos droits, alors mĂȘme que lâĂ©cosystĂšme disposait dĂ©jĂ de sa propre constitution : des principes physiques, biologiques et Ă©cologiques dictant jusquâoĂč une espĂšce donnĂ©e peut sâĂ©tendre. Nos nouvelles âloisâ humaines ont prescrit de quelle maniĂšre les ressources seraient dĂ©sormais rĂ©parties entre les humains, omettant dĂ©libĂ©rĂ©ment de mentionner, mĂȘme en petits caractĂšres, quâelles Ă©taient toutes issues de lâĂ©cosystĂšme. Nous avons eu lâaudace de crĂ©er des lois dont lâinterprĂ©tation Ă©tait limitĂ©e Ă la culture humaine, alors que leur portĂ©e sâĂ©tendait non seulement Ă lâhumanitĂ©, mais bien au-delĂ .
Ă mesure que la liste des âdroitsâ et des âloisâ sâĂ©toffait, les humains ont fini par se rĂ©unir et sâoctroyer une trĂšs longue liste de privilĂšges exclusifs : plus de 193 pays ont ratifiĂ© la DĂ©claration des droits de lâhomme qui garantit Ă chacun des 8 milliards dâĂȘtres humains le droit Ă lâalimentation, au logement, Ă lâĂ©ducation et Ă la santĂ©, et stipule que tous les individus appartenant Ă lâespĂšce humaine, et uniquement Ă cette espĂšce, doivent ĂȘtre traitĂ©s de maniĂšre Ă©gale, avec Ă©quitĂ©, dignitĂ© et respect. Bien sĂ»r, puisque la DĂ©claration des droits de lâhomme a Ă©tĂ© conçue, rĂ©digĂ©e, dĂ©cidĂ©e et votĂ©e par des humains uniquement, elle allait devenir exactement ce quâelle annonçait : un texte axĂ© uniquement sur les droits de lâhomme. Afin de servir ces âdroits de lâhommeâ, les 10 millions dâautres espĂšces ont dĂ©sormais dĂ» vivre sous la menace constante de lâexpulsion, de la famine et de lâextinction.
Jamais auparavant une espĂšce nâa rejetĂ© les lois physiques de lâĂ©cosystĂšme avec autant de mĂ©pris et de façon aussi blasphĂ©matoire. En dehors des cultures humaines, la propriĂ©tĂ© est un concept absurde. La Terre est un systĂšme cyclique et fermĂ©, oĂč rien ne peut jamais ĂȘtre âpossĂ©dĂ©â. Toutes les ressources sont partagĂ©es et recyclĂ©es, au mĂȘme titre que la matiĂšre. La propriĂ©tĂ© est, au mieux, Ă©phĂ©mĂšre et temporaire, transmise ou hĂ©ritĂ©e dâune espĂšce Ă lâautre. Toute aspiration au-delĂ nâest pas seulement cupide, mais biochimiquement vaine, car dans un systĂšme fermĂ©, il nây a ni âtienâ ni âmienâ. Nous ne sommes tous que des molĂ©cules nous transformant en dâautres molĂ©cules.
Lâutilisation partagĂ©e des ressources est la seule solution pour faire fonctionner un systĂšme complexe tel que la Terre. Lâutilisation partagĂ©e garantit que chaque organisme dispose de quoi vivre, mĂȘme en pĂ©riode dâadversitĂ©. Chaque ĂȘtre reçoit une part de lâexcĂ©dent lorsque les temps sont bons, et de mĂȘme, la souffrance est Ă©quitablement rĂ©partie lorsque les ressources sont rares. Soit nous mourons tous de faim, soit nous prospĂ©rons tous, ensemble : lâĂ©cosystĂšme terrestre est une Ă©conomie socialiste dĂ©tenue collectivement, oĂč chaque ĂȘtre a quelque chose Ă gagner, mais jamais au prix de lâextinction dâun autre.
La raison pour laquelle la Terre a rĂ©ussi Ă abriter 10 millions dâespĂšces diffĂ©rentes tient Ă ce quâaucune de ces espĂšces nâa jamais âpossĂ©dĂ©â de territoire ou de ressources de plein droit. Le succĂšs des Ă©cosystĂšmes terrestres repose prĂ©cisĂ©ment sur ce principe de partage des ressources, qui maintient toutes les espĂšces en concurrence constante, les forçant ainsi Ă lâinterdĂ©pendance. Lorsque les ressources sont partagĂ©es, les espĂšces sont contraintes de collaborer et de former des coopĂ©ratives, câest-Ă -dire des Ă©cosystĂšmes qui contribuent Ă renforcer la diversitĂ© et la prospĂ©ritĂ©, et Ă dĂ©mocratiser la chaĂźne alimentaire. Câest cette interdĂ©pendance Ă©troite qui a menĂ© Ă lâextraordinaire biodiversitĂ© de la planĂšte. LâĂ©cosystĂšme est un systĂšme dâaide pour chaque organisme, mais aussi un cerveau central intelligent de distribution des ressources dont le fonctionnement est hautement algorithmique. Il ne peut ĂȘtre ni redessinĂ© ni remplacĂ©, non seulement parce quâil est infiniment vaste, mais aussi parce quâil est tout simplement parfait, et doit donc ĂȘtre respectĂ©. Seuls les humains considĂšrent lâĂ©cosystĂšme comme une entitĂ© inanimĂ©e. Ils nâen voient que les ressources et passent Ă cĂŽtĂ© de lâincroyable intelligence qui les gĂšre. La propriĂ©tĂ© nâest pas seulement suprĂ©maciste, mais absurde. Et en inventant la propriĂ©tĂ©, les humains se sont convertis en absurde biologique.
La propriĂ©tĂ© est un concept toxique non seulement pour la Terre, mais pour nâimporte quelle planĂšte. La propriĂ©tĂ© est une idĂ©ologie parasitaire, tout comme celle du fasciste. La nature ne favorise pas certaines espĂšces au dĂ©triment dâautres par le biais de âdroitsâ, de âloisâ ou de âprivilĂšgesâ de propriĂ©tĂ©. Chacun a la possibilitĂ© de sâĂ©panouir, quâil soit grand ou petit, intelligent ou âordinaireâ. Les droits acquis, la propriĂ©tĂ©, la suprĂ©matie et la supĂ©rioritĂ© ne sont pas seulement des concepts dĂ©nuĂ©s de sens dans lâunivers terrestre, mais des institutions dangereuses qui lĂ©gitiment lâagression extrĂȘme et lâextinction au sein de lâĂ©cosystĂšme. Toute propriĂ©tĂ© est autocratique et constitue une dĂ©claration de guerre aux autres formes de vie.
Les âdroits de lâhommeâ, bien que sacrĂ©s dans la sociĂ©tĂ© humaine, relĂšvent donc dâun concept fasciste dans le contexte planĂ©taire plus large. Les droits de lâhomme et les privilĂšges portent atteinte Ă lâexistence mĂȘme des espĂšces non humaines qui ne disposent pas de tels âdroitsâ, simplement parce quâelles ne sont pas nĂ©es humaines. LâabsurditĂ© de cette situation nâapparaĂźt clairement que lorsque lâon sort de la bulle suprĂ©maciste humaine dans laquelle nous vivons. En dehors de cette bulle, les droits de lâhomme sont des concepts illogiques imaginĂ©s il y a bien longtemps par une espĂšce devenue si inquiĂšte au sujet de ses âpossessionsâ quâelle refuse de partager la planĂšte avec dâautres formes de vie. Les humains ont inventĂ© la propriĂ©tĂ© et ont tout divisĂ© en âtienâ et âmienâ, pas pour Ă©tablir les âdroits de lâhommeâ, mais pour sâassurer des privilĂšges dont ils ne disposaient pas au dĂ©part. Les lois et la profession juridique se sont construites autour de ce rĂ©cit fabriquĂ© de âdroitsâ qui nâexiste quâau sein de la bulle suprĂ©matie humaine. LâabsurditĂ© de ces lois tient Ă ce quâelles ne sâappliquent quâaux humains. Face Ă la loi, tous les ĂȘtres humains sont Ă©gaux, tout comme chaque AthĂ©nien de la GrĂšce classique avait le droit de vote tant quâil nâĂ©tait ni une femme, ni un esclave, ni un non-Grec. Les Ăąnes qui transportaient les blocs de marbre pour construire le ParthĂ©non sur lâAcropole nâont jamais eu leur mot Ă dire dans cette dĂ©mocratie.
Lâironie humaine rĂ©side en ce que, malgrĂ© lâaccĂšs Ă une part disproportionnĂ©e des ressources de la planĂšte et malgrĂ© la consĂ©cration dans le droit international du droit de chaque ĂȘtre humain Ă la dignitĂ©, Ă la nourriture et Ă lâeau, les humains ont lamentablement Ă©chouĂ© Ă Ă©tablir des sociĂ©tĂ©s dites Ă©galitaires. Nous nâavons mĂȘme pas Ă©tĂ© capables de rĂ©aliser notre fantasme suprĂ©maciste des âdroitsâ au sein de notre propre espĂšce.
Cette civilisation nâest quâun rĂ©gime fasciste inventeur de la propriĂ©tĂ© pour justifier ses agressions. Lâextinction est la forme ultime de violence, la suppression permanente et irrĂ©mĂ©diable dâune espĂšce du prĂ©sent, du futur et mĂȘme du passĂ©. Nous sommes trĂšs loin, en rĂ©alitĂ©, dâaccepter, de cĂ©lĂ©brer et de protĂ©ger vĂ©ritablement la diversitĂ© et la diffĂ©rence, tant au sein de notre propre espĂšce quâen dehors de celle-ci.
Nous ne vivons pas sur la planĂšte des 1 %, mais sur celle des 0,000001 %, pour autant que lâon tienne compte des autres organismes. La Terre est devenue une dictature humaine qui a rĂ©duit 10 millions dâautres formes de vie Ă lâĂ©tat de ressources non humaines, transformant la planĂšte en un atelier clandestin oĂč tous les autres organismes vivent, travaillent, respirent et produisent afin que ces 8 milliards dâhominidĂ©s, en prolifĂ©ration maligne, puissent sâapproprier toujours plus de cette planĂšte. Avant lâarrivĂ©e des humains de lâĂšre industrielle, la Terre Ă©tait une fĂ©dĂ©ration florissante de millions de formes de vie trouvant force et soutien mutuel dans leur diversitĂ©. Câest dĂ©sormais une dictature capitaliste qui pousse ses citoyens non humains vers lâextinction.
La Terre ne connaĂźt pas lâĂ©goĂŻsme. Elle a nĂ©anmoins le pouvoir de se rééquilibrer en sâappuyant sur les seules lois rĂ©elles existantes â celles de la physique. Les acteurs Ă©goĂŻstes et indĂ©pendants revendiquant tout pour eux-mĂȘmes finissent toujours par ĂȘtre dĂ©masquĂ©s par lâĂ©cosystĂšme et sĂ©vĂšrement chĂątiĂ©s. Les yeux et les oreilles de lâalgorithme de notre planĂšte sont grands ouverts, et il a dĂ©jĂ tranchĂ© : ce ne sont pas des droits de lâhomme. Ce sont des crimes contre lâhumanitĂ©. Chaque espĂšce sur cette planĂšte est dĂ©sormais lâesclave des humains. Mais imaginons que la forĂȘt amazonienne se mette en grĂšve. Les maĂźtres esclavagistes se retrouveraient Ă court dâoxygĂšne. Ce scĂ©nario nâest ni farfelu, ni lointain. En fait, il est inĂ©vitable.
Traduit par Spirit of Free Speech



