đâđš Lutter & sauver lâAmĂ©rique
Câest une lutte pour la justice, un monde de dignitĂ© & de respect, des enfants qui ne devraient jamais ĂȘtre sĂ©parĂ©s de leurs parents & pour sauver notre pays dâun fascisme en pleine expansion.
đâđš Lutter & sauver lâAmĂ©rique
Par Chris Hedges, le 8 juin 2026
Les affrontements de rue contre les abus de lâICE constituent le front de notre combat pour Ă©viter lâinstauration dâun Ătat policier.
Newark, New Jersey â Le pire, ce ne sont pas les agents de lâICE (Immigration and Customs Enforcement) et les sous-traitants privĂ©s, armĂ©s de battes de baseball et de matraques, qui envahissent le parking aprĂšs leur service et dĂ©chaĂźnent sur les manifestants massĂ©s devant les grilles le sadisme infligĂ© aux dĂ©tenus de Delaney Hall.
Le pire, ce ne sont pas les gaz lacrymogĂšnes, les tasers, le spray au poivre ni les dizaines dâarrestations.
Le pire, ce ne sont pas les coups et les boucliers anti-Ă©meutes, brandis par la police de lâĂtat du New Jersey et la police de Newark, puis violemment abattus sur les corps, provoquant de graves lacĂ©rations.
Le pire, câest dâobserver les enfants.
Ceux qui tremblent et sanglotent en quittant Delaney Hall, faisant leurs adieux Ă leurs mĂšres, leurs pĂšres, leurs sĆurs ou leurs frĂšres qui les emmenaient Ă lâĂ©cole, les encourageaient pendant leurs matchs de foot, leur rĂ©pĂ©taient quâils Ă©taient beaux et talentueux, se levaient avant lâaube pour exercer des petits boulots afin de leur assurer un avenir, et les aimaient dans un monde oĂč lâamour devient une denrĂ©e en voie de disparition.
Je suis assis contre une clĂŽture grillagĂ©e Ă un pĂątĂ© de maisons de Delaney Hall, la plus grande prison de lâICE du New Jersey, avec un manifestant qui se fait appeler Basher. Il a 41 ans. Il porte une Ă©paisse barbe noire. Ses ongles sont sales. Ses mains sont marquĂ©es de cicatrices dues aux affrontements avec la police. Sa tĂȘte est enveloppĂ©e dâun keffieh vert. Lâodeur nausĂ©abonde de lâimmense station dâĂ©puration de la Passaic Valley Sewerage Commission, de lâautre cĂŽtĂ© de la rue, sature lâair ambiant. MĂȘme Basher retient son souffle et se tait lorsquâil est question des enfants, arrachĂ©s Ă leurs parents par une nation qui institutionnalise la cruautĂ©. Ces scĂšnes sont difficilement supportables.
La sauvagerie Ă Delaney Hall nâest quâun avant-goĂ»t. Les bourreaux, ceux qui sâen prennent aux dĂ©tenus diabolisĂ©s dans les prisons de lâICE et dans les rues, sâentraĂźnent dĂ©jĂ Ă la rĂ©pression contre ceux encore en libertĂ©. Delaney Hall, gĂ©rĂ© par une sociĂ©tĂ© carcĂ©rale privĂ©e â The GEO Group â, est le modĂšle dâun monde oĂč nous serons dĂ©pouillĂ©s de nos droits, rĂ©guliĂšrement emprisonnĂ©s et torturĂ©s, privĂ©s de soins mĂ©dicaux adĂ©quats, gavĂ©s de nourriture rance, pĂ©rimĂ©e et moisie, infestĂ©e de vers et dâasticots, contraints de boire de lâeau contaminĂ©e et de respirer un air polluĂ©, et de travailler pour des salaires de misĂšre â dans le cas des dĂ©tenus de Delaney Hall, Ă raison dâun dollar par jour.
Quelque 300 des quelque 600 personnes dĂ©tenues Ă Delaney Hall â parmi lesquelles des adolescents, des personnes ĂągĂ©es et des femmes enceintes â ont entamĂ© une grĂšve de la faim et du travail le 22 mai.
Les gardes de lâICE et du GEO Group ont rĂ©agi comme on pouvait sây attendre. Ils ont battu les grĂ©vistes. Ils ont scellĂ© les bouches dâaĂ©ration et lancĂ© des gaz lacrymogĂšnes et du spray au poivre dans les cellules. Ils ont menottĂ© les leaders prĂ©sumĂ©s de la grĂšve et les ont emmenĂ©s de force hors de lâĂ©tablissement vers des lieux inconnus, ou les ont isolĂ©s dans des âunitĂ©s disciplinairesâ. Ils ont manipulĂ© les dispositifs de chauffage et de climatisation pour que les dĂ©tenus endurent une chaleur ou un froid extrĂȘmes. Ils ont coupĂ© lâaccĂšs au tĂ©lĂ©phone et Ă internet et suspendu les droits de visite. Ils ont agressĂ© sexuellement des femmes.
Le 31 mai, 56 des personnes détenues à Delaney Hall ont publié leur quatriÚme lettre ouverte. Elle était écrite à la main en espagnol sur du papier ligné :
âLes conditions de dĂ©tention dans cette prison ne sont pas adaptĂ©es Ă des ĂȘtres humains sur une pĂ©riode aussi longue : nĂ©gligence mĂ©dicale, eau impropre Ă la consommation, nourriture pĂ©rimĂ©e et avariĂ©e, sanitaires inutilisables et systĂšmes de ventilation jamais entretenus, qui nous rendent constamment maladesâ, peut-on lire dans cette derniĂšre lettre. âNous exigeons la libertĂ©, un procĂšs Ă©quitable et le respect de nos droits. S.O.S.â
Le 24 juillet dernier, vers 6 h 45 du matin, des vĂ©hicules de lâICE ont bloquĂ© une camionnette transportant 15 travailleurs guatĂ©maltĂšques Ă trois pĂątĂ©s de maisons de chez moi. Je suis allĂ©e voir ces hommes Ă la prison de lâICE Ă Elizabeth, dans le New Jersey, parce que je parle espagnol et que leurs familles, terrifiĂ©es Ă lâidĂ©e dâĂȘtre prises pour cible, Ă©taient dans lâimpossibilitĂ© de les voir. Ils mâont dit quâon les avait menacĂ©s de longues peines de prison, suivies dâune expulsion certaine, sâils ne signaient pas des documents acceptant leur expulsion immĂ©diate. Ils ont signĂ©. CâĂ©tait Ă moi dâinformer leurs familles quâils ne rentreraient pas chez eux.
Une analyse du Guardian portant sur des documents gouvernementaux a rĂ©vĂ©lĂ© quâau cours des sept premiers mois du second mandat de Trump, les parents dâau moins 27 000 enfants â dont 12 000 Ă©taient citoyens amĂ©ricains â ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s.
Ces hommes Ă©taient mes voisins. Leurs enfants frĂ©quentent le lycĂ©e avec les miens. LâenlĂšvement des parents â souvent sur leur lieu de travail, lors dâaudiences dâimmigration ou de contrĂŽles de lâICE â traumatise non seulement les enfants, mais aussi toute la communautĂ©. Chaque Ă©lĂšve du lycĂ©e se demande si ses parents seront eux aussi un jour emmenĂ©s et disparaĂźtront. Chaque enfant se demande comment une telle cruautĂ© peut ĂȘtre infligĂ©e Ă ses camarades. Chaque enfant se demande dans quel genre de pays nous vivons.
LâĂtat et les mĂ©dias qui lui servent de tribune font tout leur possible pour convaincre le public que les personnes enfermĂ©es Ă Delaney Hall sont des âcriminelsâ, âle pire du pireâ.
Mais une analyse des donnĂ©es de lâICE rĂ©alisĂ©e par Austin Kocher â professeur assistant de recherche Ă lâuniversitĂ© de Syracuse et expert en donnĂ©es et politiques dâimmigration â dĂ©mystifie ce mensonge.
Kocher a dĂ©couvert que 88 % des immigrants dĂ©tenus Ă Delaney Hall nâont fait lâobjet dâaucune condamnation pĂ©nale et que plus de 70 % nâont aucun antĂ©cĂ©dent judiciaire. Ceux qui ont Ă©tĂ© condamnĂ©s sont presque tous auteurs dâinfractions mineures.
Les milices paramilitaires criminelles qui dĂ©ferlent chaque jour hors des portes de Delaney Hall nâont de comptes Ă rendre Ă personne. Elles ignorent toute loi. Elles constituent le fondement satanique de notre Ătat policier Ă©mergent. La terreur quâelles infligent aux habitants de ce petit secteur de Newark sâabattra bientĂŽt sur nous tous.

Le sĂ©nateur du New Jersey Andy Kim â qui a Ă©tĂ© aspergĂ© de gaz poivrĂ© devant Delaney Hall par des agents de lâICE â et la gouverneure Mikie Sherrill se sont vu refuser lâaccĂšs au centre. Kim, aprĂšs avoir fait appel au directeur de la SĂ©curitĂ© intĂ©rieure Markwayne Mullin, a finalement eu droit Ă une visite Ă©clair, mais sâest vu interdire de parler Ă tout dĂ©tenu. Les inspecteurs sanitaires de la ville et de lâĂtat ont Ă©galement Ă©tĂ© empĂȘchĂ©s dâaccĂ©der pleinement Ă la prison de lâICE.
Le message est clair : Nous commettrons tous les abus en toute impunité.
Samedi aprĂšs-midi, aprĂšs quâune douzaine de manifestants ont empĂȘchĂ© des voitures de sortir du centre, des agents de lâICE, vĂȘtus de tenues de combat et portant des masques, ont chargĂ© les manifestants avec des pistolets Ă gaz poivrĂ©, du gaz lacrymogĂšne et des tasers.
âReculez ! Reculez !â, criaient-ils en dĂ©versant des nuages de gaz poivrĂ©.
Des voitures quittant le centre ont percuté au moins un manifestant.
Vers 22 h, une centaine de manifestants ont Ă©rigĂ© une barricade de bidons remplis de sable pour bloquer les entrĂ©es et les sorties du centre. Le barrage a Ă©tĂ© pris dâassaut par un afflux massif dâagents de lâICE, de gardes du GEO Group et de policiers de Newark, qui ont chargĂ© les manifestants sur plusieurs centaines de mĂštres dans la rue.
La police a annoncĂ© lâinterdiction pour les manifestants de porter des Ă©quipements de protection, notamment des masques respiratoires et des lunettes de protection, bien que Delaney Hall soit situĂ© dans une zone industrielle souffrant dâune grave contamination de lâair et de lâeau, connue sous le nom de âCorridor chimiqueâ.
La bataille Ă Delaney Hall est loin dâĂȘtre terminĂ©e. Câest une lutte non seulement pour la justice et les droits de nos concitoyens, pour un monde oĂč chacun devrait ĂȘtre traitĂ© avec dignitĂ© et respect, pour des enfants qui ne devraient jamais ĂȘtre sĂ©parĂ©s de leurs parents, mais aussi un combat pour sauver notre pays dâun fascisme en pleine expansion.
Rejoignez-nous sans tarder.
BientĂŽt, il sera peut-ĂȘtre trop tard.
Traduit par Spirit of Free Speech



