đâđš Nu en noir & blanc
âJe croyais voir des manifestants avec des pancartes & des sacs de couchage & les suivreâ, ai-je dit en regardant de tous cĂŽtĂ©s, âmais il nây a personne de ce genre, juste des connards en costumeâ.
đâđš Nu en noir & blanc
Par MR. FISH, le 6 août 2025
âIl ne suffit pas de gagner une guerre ; il importe surtout dâinstaurer la paixâ. â Aristote
Lors dâune visite au Smithsonian National Air and Space Museum Ă Washington, D.C., alors que jâavais 11 ans, jâai dĂ©couvert que la bulle transparente dâun avion de chasse dâoĂč un mitrailleur tire avec sa mitrailleuse sâappelle un âblisterâ. Cette dĂ©couverte mâa semblĂ© quelque peu dĂ©rangeante, comme si tout avion chargĂ© de semer le chaos dans les entrailles tendres et gluantes des ĂȘtres humains devait, par une sorte de jurisprudence cosmique, se couvrir de cloques et de pustules. Comme la cirrhose frappe un alcoolique ou la syphilis une prostituĂ©e, lâapparition soudaine de blisters gigantesques et non aĂ©rodynamiques sur le dos, le ventre et la queue dâun avion moralement corrompu par son addiction Ă la violence se manifestant par des yeux exorbitĂ©s. Si jâavais visitĂ© le musĂ©e ne serait-ce quâun an auparavant, jâaurais peut-ĂȘtre Ă©tĂ© moins sensible aux spĂ©cificitĂ©s techniques de lâagression militaire, prĂ©fĂ©rant flĂąner tout lâaprĂšs-midi autour du module de commande dâApollo 11 ou contempler le ventre argentĂ© du Spirit of St. Louis, et me dĂ©lecter de la fiertĂ© et de lâoptimisme autrefois prĂȘtĂ©s Ă lâAmĂ©rique par le cĂ©lĂšbre sympathisant nazi et eugĂ©niste Charles Lindbergh. Mais il se trouve quâon mâavait rĂ©cemment montrĂ© une photo dĂ©chirĂ©e de lâactrice Susan Dey, de la sĂ©rie The Partridge Family, sans sa chemise, et mes prioritĂ©s avaient changĂ©.
La photo, manifestement arrachĂ©e Ă la hĂąte dans un magazine et passĂ©e de mains en mains avec tant de cĂ©lĂ©ritĂ© par toute la classe de sixiĂšme que sa texture ressemblait moins Ă du papier quâĂ de la dentelle, montrait Laurie Partridge elle-mĂȘme, allongĂ©e, seins nus, sur un lit dĂ©fait, la bouche en forme de petit arc, les seins fermes comme des tasses Ă thĂ© renversĂ©es, les tĂ©tons pointus comme des boutons de rose pressĂ©s dans une poche Ă douille. Aussi vulgaire et grossiĂšre que cette description puisse me paraĂźtre aujourdâhui, il nây avait pas dâautre façon pour un enfant de 11 ans de dĂ©couvrir une femme nue, car lâanatomie fĂ©minine Ă©tait alors une nouveautĂ© absolue, faisant de la notion dâobjectivation une simple expression de 16 lettres qui, comme lâassurance maladie, allait finir par mâintĂ©resser. Cela dit, lorsque jâai vu cette photo en 1977, qui, comme je lâai dĂ©couvert plus tard, Ă©tait tirĂ©e dâun film intitulĂ© First Love, mes opinions politiques se sont instantanĂ©ment alignĂ©es sur celles dĂ©fendues par le personnage incarnĂ© par Dey Ă la tĂ©lĂ©vision. Comme soudain Ă©tĂ© dĂ©livrĂ© des entrailles dâune caverne obscure, jâai commencĂ© Ă tĂątonner pour trouver la clartĂ© que reprĂ©sentaient le pacifisme ringard, le fĂ©minisme peu convaincant et le dĂ©vouement enthousiaste Ă la justice sociale de Laurie Partridge, et jâai trouvĂ© refuge en moi-mĂȘme, en supposant que seul une hippie de plus mâoffrirait lâaccĂšs Ă ce que je savais exister sous son poncho Ă franges et Ă fleurs.
Jâai repensĂ© Ă Susan Dey, aux blisters et au statut de hippie en octobre 2011, alors que je tournais prĂšs du MusĂ©e de lâair et de lâespace Ă la recherche dâune place de parking. JâĂ©tais Ă Washington pour prĂȘter mon corps et ma rancĆur aux manifestants dâOccupy Wall Street rassemblĂ©s sur la Freedom Plaza pour leur premiĂšre journĂ©e de mobilisation. JâĂ©tais seul â ceux que je connaissais devaient tous travailler â et jâĂ©tais impatient de rencontrer des inconnus partageant les mĂȘmes idĂ©es et de vivre le frisson unique que procure la camaraderie entre intrus bĂ©ats et moralement ancrĂ©s. âQuoi ? !â a criĂ© ma femme dans lâĂ©couteur de mon tĂ©lĂ©phone portable, dâune voix mĂ©tallique affaiblie par lâultra technologie que je tenais Ă la main.
âJe me suis perdu !â ai-je rĂ©pondu en criant pour couvrir le vacarme des voitures et des piĂ©tons alentours. âJe croyais voir dâautres manifestants avec des pancartes et des sacs de couchage et les suivreâ, ai-je dit en regardant de tous cĂŽtĂ©s, âmais il nây a personne de ce genre, juste des connards en costume !â
âJe ne tâentends pas !â a-t-elle hurlĂ©. âOĂč est Freedom Plaza ?!â ai-je criĂ©. âFriedman ?!â
âFreedom ! LIBERTĂ !â ai-je rĂ©pondu, attirant tous les regards en imitant involontairement le cĂ©lĂšbre antisĂ©mite et misogyne au visage rougeaud et fervent admirateur de JĂ©sus, Mel Gibson.
AprĂšs avoir Ă©tĂ© orientĂ© par ma femme vers le site de la manifestation, qui mâa guidĂ© avec brio depuis une piĂšce sans fenĂȘtre, Ă une centaine de kilomĂštres de lĂ , jâai franchi une arche Ă lâangle sud-est de Freedom Plaza. Cette arche se composait de deux drones RQ-1 Predator en carton fixĂ©s sur de grands poteaux. Lâironie du parallĂ©lisme Ă©tait trop grossiĂšre pour ĂȘtre apprĂ©ciĂ©e. Pendant les deux heures suivantes, jâai dĂ©ambulĂ© parmi les manifestants, lisant des pancartes faites maison, souriant aux t-shirts aux slogans humoristiques et discutant avec des rĂ©volutionnaires sur la fin du monde, les saisies immobiliĂšres et la sociĂ©tĂ© de demain, tout en Ă©coutant dâune oreille distraite les organisateurs de lâĂ©vĂ©nement et les orateurs enflammĂ©s qui, depuis la tribune improvisĂ©e, transformaient Marx, Debs et Guthrie en rimes faciles et en slogans simplistes. âLes dirigeants de Wall Street ne sont quâune bande de tyrans !â a hurlĂ© un trentenaire barbu, si maigre que le poids de ses lunettes gigantesques semblait le dĂ©sĂ©quilibrer. âEt les tyrans sont puissants ! Et ils sont cruels !â a-t-il conclu, invitant le public Ă applaudir et Ă lever le poing, façon de montrer leur dĂ©dain pour tous les capitaines dâĂ©quipe du collĂšge qui les avaient choisis en dernier pour jouer au kickball. Les camĂ©ras ont filmĂ© la scĂšne sous tous les angles, procurant la dĂ©sagrĂ©able impression que bon nombre de participants nâĂ©taient pas vraiment des participants, mais plutĂŽt des spectateurs espĂ©rant profiter de lâeuphorie provoquĂ©e par le petit nombre de vĂ©ritables fauteurs de troubles qui tentaient de toutes leurs forces de transformer ce carnaval âFuck Youâ contre la modernitĂ© elle-mĂȘme en un sit-in culturellement et politiquement viable contre, en particulier, ces riches Blancs.
Ă lâextrĂ©mitĂ© nord de la place, un pĂšre NoĂ«l en colĂšre, vĂȘtu dâun costume de velours rouge dĂ©fraĂźchi, exprimait sa solidaritĂ© avec les manifestants tout en les traitant avec dĂ©dain, comme de vulgaires lapins dans son jardin. âLâAmĂ©rique est un Ătat fasciste et corporatiste !â a-t-il crachĂ©, ses grandes mains menaçantes balayant lâair Ă tout va. âCe foutu pays ne dit plus rien de vrai depuis le 22 novembre 1963 !â Puis, il se mit Ă chanter âGod Bless Americaâ, insistant pour que tous se joignent Ă lâeuphorie.
Des affiches retouchĂ©es sur Photoshop montrant Barack Obama moustachu Ă la Hitler, Benjamin Netanyahu moustachu Ă la Hitler, Hillary Clinton moustachue Ă la Hitler, Sarah Palin moustachue Ă la Hitler, Bill OâReilly moustachu Ă la Hitler, ainsi que, pour les nostalgiques dâune Ă©poque plus naĂŻve, Dick Cheney et George W. Bush moustachus Ă la Hitler, Ă©taient postĂ©es un peu partout. Le petit carrĂ© noir sâest imposĂ© comme la mĂ©taphore la plus dĂ©vastatrice pour les progressistes, un cri de ralliement pour ceux qui prĂ©fĂšrent le chaos du politiquement correct Ă lâhumour subtil.
Des touristes de West Palm Beach, Buffalo et Saint-Paul traversaient la place, le visage crispĂ©, et dont chaque regard semblait dire : âComment osez-vous, sales beatniks, gĂącher nos vacances en dĂ©naturant lâimage que nous avons de Washington, D.C., en exerçant les droits du Premier Amendement que chaque statue et monument de la ville considĂšre comme sacrĂ©s !â
ZĂ©ro nuance Ă lâhorizon.
âVous ĂȘtes-vous dĂ©jĂ demandĂ© pourquoi on nâentend jamais de chansons sur la paix Ă la radio ?â Cette remarque, amplifiĂ©e par le systĂšme de sonorisation du rassemblement, mâest parvenue alors que je traversais la rue, aprĂšs avoir repĂ©rĂ© un Starbucks dont jâespĂ©rais capter gratuitement le signal Wi-Fi Ă travers la vitrine. âCâest parce que toutes les radios appartiennent aux entreprises !â a dĂ©clarĂ© la voix, incitant la foule Ă protester bruyamment, beaucoup dâentre eux arborant des t-shirts ornĂ©s de symboles de paix provenant de Walmart, Old Navy et Urban Outfitters. Le regard rivĂ© sur le large rebord dâun immense bac Ă fleurs en bĂ©ton oĂč jâavais repĂ©rĂ© un espace vide entre deux manifestants de Wall Street tapant sur leurs ordinateurs portables, jâai pressĂ© le pas, animĂ© par une soudaine envie de revoir une photo prise il y a 67 ans, prĂšs de la Papouasie-Nouvelle-GuinĂ©e dans le Pacifique Sud, pendant la Seconde Guerre mondiale. âLes entreprises nâaiment pas la paix, et câest pourquoi vous nâentendez plus Pete Seeger et Peter, Paul et Mary Ă la radio !â Lâunique marque dâapprobation montrait que la majoritĂ© du public Ă©tait trop jeune pour connaĂźtre Pete Seeger et Peter, Paul and Mary, et que lâautre moitiĂ© semblait rĂ©ticente Ă soutenir vocalement un mouvement exigeant le retour de âGuantanameraâ et âStewballâ sur les ondes commerciales.
Cette cĂ©lĂšbre photo en noir et blanc prise en 1944 par le photographe Horace Bristol, de lâagence Time/Life, montre un mitrailleur en tenue dâAdam Ă bord dâun PBY lors dâune opĂ©ration de sauvetage dans la baie de Rabaul. Le jeune soldat, dont on ne voit que le dos, est anonyme. Sa silhouette mince Ă©voque davantage celle dâune gazelle que dâun guerrier, et lâinhibition transmise par son langage corporel rappelle les baigneurs de Thomas Eakins dans son chef-dâĆuvre de 1885, The Swimming Hole. De minuscules gouttelettes de sueur ou dâeau de mer perlaient sur ses Ă©paules et les courbes de son dos, sublimĂ©es par un rayon de soleil focalisĂ© sur le petit creux au sommet de son postĂ©rieur. Ses cheveux Ă©bouriffĂ©s et son casque sur les oreilles, il semblait prĂȘt Ă affronter les pĂ©rils de la guerre. Le ciel dĂ©chirĂ© par les tirs antiaĂ©riens japonais semblait animĂ© par les bourdonnements meurtriers Ă travers lâĂ©norme bulle quâil occupait.
Ce qui me frappe le plus dans cette photographie, câest la façon dont elle dĂ©peint la vulnĂ©rabilitĂ© fascinante du corps humain. Ce gosse nu, sans doute Ă des milliers de kilomĂštres de chez lui, piĂ©gĂ© dans lâossature macabre dâune machine mĂ©tallique gĂ©ante conçue pour dĂ©clencher et contenir la cruautĂ© humaine la plus brutale que lâhomme moderne ait jamais imaginĂ©e, nâest quâun corps vulnĂ©rable, dont la tendresse de lâĂąge, la beautĂ© physique et la prĂ©caire condition rĂ©duisent Ă nĂ©ant les affiliations politiques, les convictions religieuses et les prĂ©jugĂ©s culturels. Son existence, Ă lâinstar du rĂ©alisme brut de son apparence, sâavĂšre palpable, poignante et fragile, sans besoin de justification intellectuelle ni de validation bureaucratique pour prendre tout son sens, et incite lâobservateur Ă affronter ses propres vulnĂ©rabilitĂ©s humaines, soudain prĂ©cieuses et sublimĂ©es par association.
Pour moi, câĂ©tait de la poĂ©sie et un appel Ă la fraternitĂ© universelle bien plus convaincants que la photo de Bob Gruen montrant John Lennon faisant le signe de la paix devant la statue de la LibertĂ©, ou que la photo emblĂ©matique dâAlberto Korda du Che Guevara scrutant lâhorizon en quĂȘte de lâaube rĂ©volutionnaire. Pour moi, il y a toujours eu une diffĂ©rence abyssale entre chercher lâinspiration pour vivre sa vie au travers de la poĂ©sie, et se tourner vers la religion, la politique ou lâĂ©conomie pour trouver des rĂ©ponses claires aux questions existentielles.
âAllez, bande de losers ! Soit vous commandez, soit vous dĂ©guerpissez !â nous a lancĂ© un voyou de Starbucks en nous chassant du bac Ă fleurs en bĂ©ton, comme si nous Ă©tions des pigeons. âAllez surfer sur internet chez McDo !â, a-t-il ajoutĂ©, avec ses tatouages, ses piercings et son air dĂ©sabusĂ©, comme les manifestants quâil venait de chasser. Jâai rangĂ© mon ordinateur dans mon sac et suis retournĂ© sur Freedom Plaza, me remĂ©morant une phrase prononcĂ©e par Noam Chomsky en 1967, lorsquâon lui a demandĂ© son avis sur le fait que Bob Dylan semblait avoir dĂ©sertĂ© les mouvements contestataires de lâĂ©poque.
âSi la machine capitaliste de relations publiques avait voulu inventer quelquâun pour servir ses intĂ©rĂȘts, elle nâaurait pas pu faire un meilleur choix que Bob Dylanâ.
Ce que les dĂ©tracteurs de Dylan nâont pas compris, Ă lâĂ©poque, et ne comprennent peut-ĂȘtre toujours pas, câest Ă quel point il est difficile de faire rimer âanti-establishmentarianismeâ quand on essaie de crĂ©er une Ćuvre dâart qui redonne espoir, nourrisse lâĂąme et procure plus quâun simple avis dâexpert pour affronter un monde arrogant et cynique.
Traduit par Spirit of Free Speech




Waouh! Y a trop de rĂ©fĂ©rences dans ce texte! ...Mais alors Susan Dey ! Cette mochetĂ© aux lĂšvres en losanges nâa pas sa place dans cette diatribe !!!! Je ne comprendrais jamais lâadolescent prĂ©-pubĂšre amĂ©ricain ! Ca gĂąche tout le reste qui est beaucoup plus marrant! A son Ăąge , je flashais plus sur MarlĂšne Jobert que sur RĂ©gine, je suis dĂ©solĂ© ! Mais bon, je nâai connu le macdo et les dĂ©sillusions du capitalisme que vers l'Ăąge de 21 ans, dĂ©solĂ© ! En tout cas, jâai bien ri sur la mysoginie de Mel Gibson...
Allez patron! Encore un autre texte comme celui-ci !