đâđš Payer le prix fort pour le privilĂšge de perdre, telle est la devise des Ă©lites europĂ©ennes
Si les EuropĂ©ens manquent de certitudes, quâils relisent donc Tacite. En bon Romain, il considĂ©rait en effet que le sacrifice nâa de valeur que sâil est consenti pour le bien de la patrie.
đâđš Payer le prix fort pour le privilĂšge de perdre, telle est la devise des Ă©lites europĂ©ennes
Par Pepe Escobar, le 22 décembre 2025
Palerme, Sicile â Si les EuropĂ©ens manquent de certitudes, quâils relisent donc Tacite. En bon Romain, il considĂ©rait en effet que le sacrifice nâa de valeur que sâil est consenti pour le bien de la patrie. Ă son Ă©poque, câĂ©tait lâEmpire romain. Ă la nĂŽtre, câest lâĂtat-civilisation italien.
Tacite Ă©tait un fervent dĂ©fenseur de la rĂ©sistance â il sâinterrogeait sur lâhĂ©roĂŻsme des condamnĂ©s au suicide par NĂ©ron et Domitien. Il a suivi toutes les batailles juridiques et la condamnation de martyrs laĂŻques, comme SĂ©nĂšque. Il les Ă©voque avec respect, mais estime leur sacrifice inutile.
Tacite nâa pas succombĂ© Ă la tentation de lâhĂ©roĂŻsme et sâest demandĂ© sâil existe, entre ferveur et servilitĂ©, un chemin exempt de vanitĂ©.
Quoi quâil en soit, il doutait de lâavenir de Rome. Il a vĂ©cu sous un systĂšme dictatorial, Ă lâimage de lâUnion europĂ©enne (UE) et de la Commission europĂ©enne (CE) dâaujourdâhui, et conclu que lâexercice du pouvoir absolu est tout aussi nĂ©faste que de sây soumettre.
Les questions qui le taraudaient sont Ă©ternelles. Un peuple protagoniste et dominateur de lâHistoire en est-il digne ? Les gouvernants sont-ils capables de raison garder ? Et pour les soumis, que faire pour prĂ©server sa dignitĂ© ?
Tacite ne sâintĂ©ressait quâĂ la dimension morale de lâHistoire et de la politique. Selon lui, lâunique salut possible passait par le salut moral.
Il invoquait notamment quelques vers du brillant poĂšte Lucain, Ă©galement victime de NĂ©ron, qui Ă©crivait que, face aux âpires calamitĂ©sâ, on constate que âles dieux ne se soucient pas de notre sĂ©curitĂ©, mais de nous punirâ, (Pharsale, livre I, vers 109-110).
Tous ces questionnements sont dâactualitĂ© pour les EuropĂ©ens, sous le joug dâĂ©lites bellicistes dâune mĂ©diocritĂ© abyssale, prĂ©cipitant le continent dans un chaos bien plus dĂ©vastateur que la dĂ©cadence de Rome. Et âles dieuxâ ignorent royalement les Ă©preuves infligĂ©es aux simples mortels, Ă savoir les contribuables.
Jeter lâargent par les fenĂȘtres
Voici la derniĂšre arnaque de lâĂ©lite europĂ©enne : la dĂ©cision de prĂȘter 90 milliards dâeuros Ă lââorganisation criminelleâ de Kiev, selon la terminologie du prĂ©sident Poutine, pour la pĂ©riode 2026-2027, Ă un taux dâintĂ©rĂȘt de 0 %. La Hongrie, la Slovaquie et la RĂ©publique tchĂšque ont officiellement refusĂ© de participer Ă cette escroquerie.
Cet emprunt conjoint de lâUE, qui nâa pas les fonds nĂ©cessaires en propre, se convertit automatiquement en dette de lâUE. Ce sont les contribuables de toute lâUE qui en paieront le prix. Non seulement ils seront privĂ©s de 90 milliards dâeuros de leurs revenus durement gagnĂ©s, auxquels sâajoutent des impĂŽts Ă©levĂ©s, mais ils devront aussi rĂ©munĂ©rer les banques europĂ©ennes pour ce dispendieux âcadeauâ. Dans les arcanes de la Commission europĂ©enne Ă Bruxelles, chacun sait que les Ătats membres de lâUE devront payer plus de 3 milliards dâeuros par an rien quâen intĂ©rĂȘts.
Conclusion inĂ©vitable, les fonds destinĂ©s aux services de santĂ©, Ă lâĂ©ducation et aux prestations sociales se verront encore plus restreints quâaujourdâhui.
En outre, rappelons que ce prĂȘt avantageux ne suffira quâĂ maintenir la junte de Kiev en vie pour deux ans. Puis viendra une arnaque supplĂ©mentaire. Et encore, ce prĂȘt ne couvrira pas les besoins de 2026-2027, puisquâil ne comble que les deux tiers du puits sans fond ukrainien.
Les conditions du prĂȘt sont hallucinantes. Kiev devra le rembourser si, et seulement si elle reçoit une ârĂ©paration intĂ©graleâ de la part de la Russie, hypothĂšse hautement improbable. La Commission europĂ©enne Ă Bruxelles a chiffrĂ© le montant total Ă plus de 500 milliards dâeuros.
Mais ce nâest pas tout. Avant dâaccorder ce prĂȘt, la Commission europĂ©enne a dĂ©clarĂ© lâUkraine insolvable et annoncĂ© quâelle ne sâengagerait pas financiĂšrement auprĂšs de Kiev. Elle a nĂ©anmoins fini par proposer ce dernier prĂȘt extrĂȘmement avantageux : un financement direct, une subvention de facto.
Selon le négociateur en chef ukrainien, Rustem Umerov,
âdeux scĂ©narios sont possibles : 1) si le conflit prend fin, les fonds serviront Ă la reconstruction du pays. 2) si lâagression se poursuit, lâUkraine prĂ©voit de consacrer 40 Ă 45 milliards dâeuros par an Ă la dĂ©fense et Ă la sĂ©curitĂ©â.
Ces deux scĂ©narios relĂšvent de lâabsurde. Primo, Moscou, en tant que vainqueur du conflit, nâacceptera jamais de financer la reconstruction de lâUkraine via son fonds souverain, confisquĂ© par les EuropĂ©ens. Secundo, le rĂ©gime de Kiev cherche dĂ©jĂ Ă obtenir davantage dâargent facile, sous-entendant ainsi que âlâagression se poursuitâ.
Tout ce remue-mĂ©nage nâest dĂ» quâĂ lâincapacitĂ© de lâUE Ă piller dĂ©finitivement les fonds souverains russes, malgrĂ© une avalanche de spĂ©culations sur les traĂźtres (notamment le Petit Roi français qui aurait laissĂ© tomber le chancelier allemand BlackRock Ă la derniĂšre Ă©tape des nĂ©gociations).
Ce qui importe dĂ©sormais, câest que quelques Ă©conomistes dont le QI excĂšde la tempĂ©rature ambiante Ă Bruxelles ont averti leurs âdirigeantsâ que si le âvolâ (selon les termes de Poutine) des fonds souverains russes se poursuit, les nations dĂ©tenant ces fonds, de lâAsie au golfe Persique, risquent de ne plus envisager leurs partenariats comme une opportunitĂ© Ă©conomique, mais comme un investissement Ă haut risque, avec des consĂ©quences catastrophiques.
Ă Moscou, personne nâest dupe. Le vice-prĂ©sident du Conseil de sĂ©curitĂ©, Dmitri Medvedev, a fait remarquer que les âvoleurs de Bruxellesâ nâont pas renoncĂ© Ă leurs plans. De plus, Medusa la toxique, Ă la tĂȘte de la Commission europĂ©enne, a dĂ©jĂ fait savoir que les actifs russes ne pourront ĂȘtre dĂ©bloquĂ©s que par un vote Ă la majoritĂ© des deux tiers ou des trois quarts des Ătats membres.
Tacite aurait certainement approuvĂ© lâĂ©valuation lapidaire de Poutine sur lâUE : âIls [lâancienne administration amĂ©ricaine] croyaient que la Russie pouvait ĂȘtre facilement dĂ©mantelĂ©e. Les âcupides laquaisâ europĂ©ens se sont immĂ©diatement ralliĂ©s aux manĆuvres de lâancienne administration amĂ©ricaine, espĂ©rant tirer profit de lâeffondrement de notre pays : rĂ©cupĂ©rer ce qui aurait Ă©tĂ© âperduâ par le passĂ© et prendre leur revanche. Comme tout le monde peut dĂ©sormais le constater, toutes ces tentatives, tous ces objectifs destructeurs pour la Russie, se sont soldĂ©s par un Ă©chec cuisantâ.
Garder un Ćil sur les emprunts europĂ©ens
Le prĂȘt avantageux de 90 milliards dâeuros nâest que la partie Ă©mergĂ©e de lâiceberg. Ă cela sâajoutent les fonds, encore hypothĂ©tiques, destinĂ©s Ă armer Kiev et Ă acheter du gaz, du carburant et de lâĂ©lectricitĂ©, car lâUkraine est totalement dĂ©pendante de lâUE. De plus, lâUE a perdu le marchĂ© russe : en 2021, avant le dĂ©but de lâopĂ©ration militaire spĂ©ciale, elle exportait pour 90 milliards dâeuros par an vers la Russie.
Le dĂ©bat sur les fonds nĂ©cessaires Ă la reconstruction de lâUkraine prend dĂ©sormais des proportions inquiĂ©tantes. Selon une Ă©tude de la Banque mondiale de 2024, ce montant sâĂ©lĂšverait Ă 600 milliards dâeuros, que lâUE devrait payer intĂ©gralement, alors quâelle sâenferme dans une mentalitĂ© de guerre Ă©ternelle.
Mais Ă la cadence oĂč la Russie bombarde actuellement les infrastructures militaires ukrainiennes clĂ©s, le coĂ»t final des agissements de lâEurope â aprĂšs NapolĂ©on et Hitler, câest maintenant le tour de la coalition cauchemardesque UE/OTAN â pourrait facilement atteindre et dĂ©passer 1 000 milliards dâeuros. Avec pour corollaire la dĂ©sindustrialisation de lâEurope, le dĂ©clin de sa compĂ©titivitĂ© mondiale, son exclusion du marchĂ© russe, une sĂ©rie de taxes douaniĂšres amĂ©ricaines et une vassalisation totale imposĂ©e par lâEmpire du chaos.
Comme si le tableau nâĂ©tait pas dĂ©jĂ assez sombre, les experts financiers allemands avertissent que les taux dâintĂ©rĂȘt des obligations europĂ©ennes augmentent dangereusement. Qui serait assez naĂŻf pour prĂȘter de lâargent Ă ces âĂ©litesâ en guerre perpĂ©tuelle Ă un taux dâintĂ©rĂȘt avantageux ?
DĂ©sormais, le dĂ©fi consiste donc Ă prendre des risques considĂ©rables au niveau systĂ©mique. On peut citer, entre autres, le refinancement de la dette par les gouvernements Ă des taux plus Ă©levĂ©s, le rééchelonnement de la dette des entreprises dans des conditions encore plus dĂ©favorables, ou encore les restrictions des conditions de prĂȘt appliquĂ©es par les banques.
En rĂ©sumĂ©, ces bilans fragiles font fuir les investisseurs. Les obligations constituent dâailleurs les premiĂšres victimes, car elles se basent sur les flux de trĂ©sorerie et non sur les discours bellicistes du Vieux Continent.
Toutes les crises majeures sâaccompagnent dâune hausse des taux dâintĂ©rĂȘt. Un taux de 0 % pour lâUkraine ne relĂšve mĂȘme pas du conte de fĂ©es pour les investisseurs. Avant tout, câest ce que les requins de la finance vont facturer sur cette belle subvention de 90 milliards qui doit ĂȘtre Ă©valuĂ©.
NâespĂ©rez surtout pas voir lâEurope se mobiliser soudainement pour sauver les derniers vestiges de la civilisation. Il faudrait des gĂ©nĂ©rations pour que cela se produise. En attendant, on applique les principes de Tacite : les dieux se dĂ©lectent visiblement des chĂątiments infligĂ©s aux simples mortels, en lâoccurrence les contribuables.
Traduit par Spirit of Free Speech
https://www.unz.com/pescobar/europes-elites-pay-for-the-privilege-of-losing-conflict/



Câest exactement cela. Je ne vois pas lâavenir en rose. MĂȘme dĂ©barrassĂ© de lâUE, chaque pays sera en proie au chaos. Guerres civiles, Ă©conomies locales en ruines, aucun partenaire dans le monde acceptera de traiter avec nous sans activitĂ© viable et durable. Quâavons-nous Ă offfir au monde dĂ©sormais ? Des bouchons qui restent attachĂ©es aux bouteilles en plastique ?
Il faudra rĂ©-inventer une monnaie nationale. BasĂ©e sur quoi ? Avons-nous encore une rĂ©serve de mĂ©tal prĂ©cieux ? Et surtout avons nous des gens compĂ©tents et honnĂȘtes pour nous sortir du merdier ?
Non.
Ce sera le repli sur soi. Mad Max au pays des éoliennes...Un véritable effondrement social et moral. Merci qui ?