đâđš Pourquoi les BRICS nâagissent pas contre le gĂ©nocide en cours Ă Gaza
MalgrĂ© leur rhĂ©torique sur un âordre mondial plus justeâ, les BRICS dĂ©fendent leurs intĂ©rĂȘts gĂ©opolitiques, Ă©conomiques ou sĂ©curitaires, souvent au dĂ©triment des principes de justice internationale.
đâđš Pourquoi les BRICS nâagissent pas contre le gĂ©nocide en cours Ă Gaza
Par Eric Toussaint, le 6 octobre 2025
Les BRICS (BrĂ©sil, Russie, Inde, Chine et lâAfrique du Sud) qui ont admis en leur sein cinq Ătats de plus (Ăgypte, Ămirats Arabes Unis, Ăthiopie, IndonĂ©sie et Iran) se sont rĂ©unis Ă Rio de Janeiro les 6 et 7 juillet 2025. LâArabie saoudite Ă©tait prĂ©sente mais nâa pas officiellement adhĂ©rĂ© en tant que pays membre. Une petite vingtaine dâautres Ătats considĂ©rĂ©s comme partenaires Ă©taient Ă©galement reprĂ©sentĂ©s.
Alors que le prĂ©sident des Ătats-Unis multiplie les actions unilatĂ©rales tant au niveau militaire quâau niveau commercial, les BRICS dĂ©fendent le multilatĂ©ralisme et le systĂšme des Nations Unies. Ils sâinscrivent Ă©galement pleinement dans le mode de production capitaliste, productiviste-extractiviste. ReprĂ©sentant la moitiĂ© de la population mondiale, 40% des ressources fossiles dâĂ©nergie, 30% du produit intĂ©rieur mondial et 50% de la croissance, ils auraient Ă leur disposition dâimportants moyens pour mettre en Ćuvre un modĂšle de dĂ©veloppement diffĂ©rent sâils le voulaient, ce qui nâest pas le cas.
Il est nĂ©cessaire dâexprimer un point de vue critique Ă lâĂ©gard des BRICS. Cela nâempĂȘche en rien de dĂ©noncer, dâabord et avec la plus grande fermetĂ©, les Ătats-Unis, ainsi que ses alliĂ©s europĂ©ens et indo-pacifiques (Japon, Australie, etc.), pour leur politique impĂ©rialiste, laquelle se traduit notamment par leur soutien Ă lâĂtat dâIsraĂ«l. Sans le soutien indĂ©fectible de Washington et de lâEurope occidentale, lâĂtat colonial israĂ©lien ne pourrait pas poursuivre le gĂ©nocide en Palestine. NĂ©anmoins, les BRICS, de leur cĂŽtĂ©, ne prennent aucune mesure concrĂšte, en tant que groupe de pays, pour effectivement empĂȘcher le gĂ©nocide.
Dans cette sĂ©rie de questions/ rĂ©ponses, Ăric Toussaint analyse la dĂ©claration finale du sommet des BRICS rendue publique le 6 juillet 2025 ainsi que la politique pratique des BRICS et des institutions quâils ont mises en place.
â
Est-il vrai que les BRICS ne dénoncent pas le génocide en cours à Gaza ?
Oui. Dans la dĂ©claration finale du sommet des BRICS publiĂ©e le 6 juillet 2025, les BRICS ne parlent pas de gĂ©nocide pour dĂ©crire ce qui est en cours Ă Gaza. Les BRICS critiquent lâutilisation de la force par IsraĂ«l dans les points 24 Ă 27 de leur dĂ©claration mais ils nâutilisent nulle part le terme âgĂ©nocideâ ou ânettoyage ethniqueâ ou âmassacreâ. Ce qui est frappant Ă©galement, câest que la partie de la dĂ©claration du 7 juillet 2025 qui concerne Gaza est quasiment identique Ă ce qui se trouve dans la dĂ©claration finale du prĂ©cĂ©dent sommet des BRICS tenue en Russie Ă Kazan en octobre 2024. Comme si les preuves, qui sâaccumulent chaque jour, concernant le gĂ©nocide ne justifiaient pas dâemployer clairement ce terme.
Est-il vrai que les BRICS ne proposent pas des sanctions contre Israël ?
Oui câest vrai : dans leur dĂ©claration finale les BRICS ne proposent pas de sanction contre IsraĂ«l. Ils ne proposent pas de rompre les diffĂ©rents accords qui les lient Ă lâĂtat dâIsraĂ«l. Pourtant le gĂ©nocide en cours et les massacres de Gazaouis Ă la recherche de nourriture justifient et exigent des actions allant au-delĂ des protestations de la part des BRICS et dâautres Ătats. Les protestations des dirigeants des BRICS Ă©taient totalement insuffisantes en octobre 2024 lors de leur sommet Ă Kazan et le sont encore plus en 2025. Il faut des actes concrets et forts que seuls des gouvernements et des organismes multilatĂ©raux peuvent prendre. Bien sĂ»r les mobilisations de rue, les occupations de places ou dâuniversitĂ©, les initiatives juridiques des organisations citoyennes sont fondamentales mais elles ne remplacent pas les actions des Ătats et des institutions internationales.
Les BRICS prennent-ils des mesures concrÚtes contre le gouvernement israélien ?
LâAfrique du Sud a pris lâinitiative dâune plainte contre IsraĂ«l devant la Cour internationale de Justice de La Haye mais elle a une pratique commerciale en contradiction avec cette action juridique
Les BRICS ne prennent aucune mesure concrĂšte contre le gouvernement israĂ©lien, aucun boycott, aucun embargo. Certes, lâAfrique du Sud a pris lâinitiative dâune plainte contre IsraĂ«l devant la Cour internationale de Justice de La Haye, ce qui est positif, mais elle a une pratique en contradiction avec cette action juridique. En effet, lâAfrique du Sud maintient des relations commerciales avec IsraĂ«l notamment en permettant Ă des sociĂ©tĂ©s sud-africaines dâexporter rĂ©guliĂšrement par bateau des cargaisons de charbon vers IsraĂ«l.
Les BRICS maintiennent-ils des relations commerciales avec Israël ?
Ă part lâIran, les pays membres des BRICS maintiennent les relations commerciales avec IsraĂ«l. En plus de lâAfrique du Sud, La Russie, le BrĂ©sil, les Ămirats Arabes Unis, lâĂgypte et la Chine poursuivent la vente de combustibles (pĂ©trole, gaz, charbonâŠ) Ă IsraĂ«l. Câest une aide importante envers le gouvernement israĂ©lien qui a besoin de diversifier ses sources dâapprovisionnement en matiĂšre Ă©nergĂ©tique pour poursuivre son effort de guerre et son fonctionnement normal, pour Ă©viter que le mĂ©contentement de la population israĂ©lienne nâaugmente dans des proportions incontrĂŽlables.Nous allons passer en revue de maniĂšre sommaire les relations entretenues par les pays membres des BRICS avec IsraĂ«l.
Quelle est la place de la Chine dans les relations commerciales dâIsraĂ«l ?
La Chine est le principal fournisseur commercial dâIsraĂ«l. La Chine rĂ©alise dâimportants investissements en IsraĂ«l. La Chine a exportĂ© vers IsraĂ«l pour une valeur de 13 milliards de dollars en 2022, de 16 milliards en 2023 et pour 19 milliards de dollars en 2024. La croissance se poursuit en 2025. Le volume pourrait dĂ©passer largement les 20 milliards de dollars si aucune mesure de limitation ou de boycott nâintervient. Les montants indiquĂ©s proviennent notamment de https://tradingeconomics.com/israel/imports/china, et de lâagence Chine nouvelle Xinhua.
On peut lire de source chinoise que pour IsraĂ«l, en 2023, la Chine Ă©tait est la plus importante source dâimportations et ce pour la quatriĂšme annĂ©e consĂ©cutive. Les Etats-Unis viennent en deuxiĂšme position. En 2024, cette position dominante de la Chine sâest confirmĂ©e.
Parmi les marchandises échangées entre Israël et la Chine, les produits high-tech sont dominants : des équipements électriques/électroniques (imports et exports), machines industrielles, produits optiques et médicaux figurent parmi les catégories majeures échangées.
Le dĂ©ficit commercial dâIsraĂ«l avec la Chine est trĂšs important. IsraĂ«l importe beaucoup plus de la Chine quâil nâexporte vers la Chine. Le dĂ©ficit commercial israĂ©lien avec la Chine a augmentĂ© fortement ces derniĂšres annĂ©es. Il a dĂ©passĂ© 10 milliards de dollars en 2024.
PrĂ©cisons que si on prend les pays de lâUE en bloc, câest lâUE qui est le principal fournisseur dâIsraĂ«l avec un montant dâenviron 26 milliards de dollars exportĂ©s vers IsraĂ«l en 2024 En rĂ©alitĂ©, chaque pays de lâUE fournit IsraĂ«l sĂ©parĂ©ment et parmi eux câest lâAllemagne avec environ 6 milliards de dollars qui vient en tĂȘte au niveau des exportations vers IsraĂ«l. Câest pour cela que la Chine peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme le premier fournisseur (avec 19 milliards dâexportation de la Chine vers IsraĂ«l en 2024) et les Etats-Unis comme le deuxiĂšme fournisseur (avec un montant dâun peu plus de 9 milliards de dollars dâexportations vers IsraĂ«l en 2024).
Parmi les produits manufacturĂ©s vendus par la Chine Ă IsraĂ«l, on trouve des drones qui Ă lâorigine ne sont pas destinĂ©s Ă un usage militaire mais qui sont transformĂ©s en armes par les militaires israĂ©liens pour tuer des civil·es palestinien·es. Câest ce dont tĂ©moigne une enquĂȘte rĂ©alisĂ©e par le mĂ©dia indĂ©pendant israĂ©lien +972 Magazine qui indique que ces drones sont produits par lâentreprise privĂ©e chinoise Autel Robotics (basĂ©e Ă Shenzhen) qui produit des drones EVO). Voici un extrait de ce qui est rĂ©vĂ©lĂ© :
âLâarmĂ©e israĂ©lienne a militarisĂ© une flotte de drones commerciaux fabriquĂ©s en Chine pour attaquer les Palestinien·es dans certaines zones de Gaza quâelle cherche Ă dĂ©peupler, comme le rĂ©vĂšle une enquĂȘte menĂ©e par +972 Magazine et Local Call. Selon des entretiens menĂ©s auprĂšs de sept soldats et officiers ayant servi dans la bande de Gaza, ces drones sont pilotĂ©s manuellement par des troupes au sol et sont frĂ©quemment utilisĂ©s pour bombarder des civil·es palestinien·nes, y compris des enfants, dans le but de les forcer Ă quitter leurs maisons ou de les empĂȘcher de retourner dans les zones Ă©vacuĂ©es. Les soldats utilisent le plus souvent des drones EVO, produits par la sociĂ©tĂ© chinoise Autel, qui sont principalement destinĂ©s Ă la photographie et coĂ»tent environ 10 000 NIS (environ 3 000 dollars) sur Amazon. Cependant, grĂące Ă un accessoire militaire connu en interne sous le nom de « boule de fer », une grenade Ă main peut ĂȘtre fixĂ©e au drone et larguĂ©e dâune simple pression sur un bouton pour exploser au sol. Aujourdâhui, la majoritĂ© des compagnies militaires israĂ©liennes Ă Gaza utilisent ces drones. S., un soldat israĂ©lien qui a servi dans la rĂ©gion de Rafah cette annĂ©e, a coordonnĂ© des attaques de drones dans un quartier de la ville que lâarmĂ©e avait ordonnĂ© dâĂ©vacuer. Au cours des prĂšs de 100 jours pendant lesquels son bataillon a opĂ©rĂ© dans cette zone, les soldats ont menĂ© des dizaines de frappes de drones, selon les rapports quotidiens de son commandant de bataillon examinĂ©s par +972 et Local Call. Dans ces rapports, tous les Palestiniens tuĂ©s Ă©taient rĂ©pertoriĂ©s comme des « terroristes ». Cependant, S. a tĂ©moignĂ© quâĂ lâexception dâune personne trouvĂ©e en possession dâun couteau et dâune seule rencontre avec des combattants armĂ©s, les dizaines dâautres personnes tuĂ©es â en moyenne une par jour dans la zone de combat de son bataillon â nâĂ©taient pas armĂ©es. Selon lui, les frappes de drones ont Ă©tĂ© menĂ©es dans lâintention de tuer, alors que la majoritĂ© des victimes se trouvaient Ă une telle distance des soldats quâelles ne pouvaient constituer aucune menaceâ.
Dans un article, Euro-Med Monitor, une ONG indĂ©pendante basĂ©e Ă GenĂšve (Suisse), en fĂ©vrier 2024, dĂ©nonçait dĂ©jĂ lâutilisation par les militaires israĂ©liens des drones produits par AUTEL Robotics. Cette ONG qui se consacre Ă la documentation des violations des droits de lâhomme dans la rĂ©gion Moyen-Orient, Afrique du Nord (MENA) et Europe avait demandĂ© aux entreprises chinoises notamment AUTEL de se conformer au droit international :
âDans les rĂ©gions touchĂ©es par des conflits armĂ©s, les entreprises courent un risque accru de se rendre complices de violations graves du droit international humanitaire et des droits humains. Par consĂ©quent, les entreprises opĂ©rant dans de tels environnements doivent agir pour diminuer ces risques. Lorsquâun produit est utilisĂ© de maniĂšre abusive, en contradiction avec les obligations internationales et les valeurs non violentes de lâentreprise, en particulier Ă des fins militaires conduisant Ă des crimes de guerre ou violations graves des droits humains, lâentreprise doit agir. Elle doit prendre des mesures immĂ©diates pour mettre fin ou empĂȘcher sa contribution. Euro-Med Human Rights Monitor souligne que les entreprises, y compris Autel Robotics, un fabricant chinois dâĂ©lectronique et de drones, doivent se conformer au droit internationalâ.
Des drones civils fabriquĂ©s par une autre entreprise chinoise sont Ă©galement utilisĂ©s par lâarmĂ©e israĂ©lienne dans la guerre contre la population palestinienne de Gaza. Il sâagit de drones fabriquĂ©s par DJI (Da-Jiang Innovations), qui est une entreprise privĂ©e chinoise basĂ©e Ă Shenzhen (Chine), leader mondial de la fabrication de drones civils et professionnels[1].
Comme lâĂ©crit Francesca Albanese, rapporteuse spĂ©ciale auprĂšs des Nations Unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupĂ©s, dans son rapport intitulĂ© De lâĂ©conomie de lâoccupation Ă lâĂ©conomie du gĂ©nocide rendu public en juin 2025 :
âLorsque des entitĂ©s commerciales poursuivent leurs activitĂ©s et leurs relations avec IsraĂ«l â avec son Ă©conomie, son armĂ©e et ses secteurs public et privĂ© liĂ©s au territoire palestinien occupĂ© â elles peuvent ĂȘtre reconnues coupables dâavoir sciemment contribuĂ© Ă : (a) la violation du droit des Palestinien·nes Ă lâautodĂ©termination ; (b) lâannexion du territoire palestinien, le maintien dâune occupation illĂ©gale et, par consĂ©quent, le crime dâagression et les violations des droits humains qui y sont associĂ©es ; (c) les crimes dâapartheid et de gĂ©nocide ; (d) dâautres crimes et violations accessoires. Les lois pĂ©nales et civiles de diverses juridictions peuvent ĂȘtre invoquĂ©es pour tenir les entitĂ©s corporatives ou leurs dirigeants responsables des violations des droits humains et/ou des crimes relevant du droit internationalâ.
Il incombe donc aux autoritĂ©s du pays oĂč ces entreprises sont basĂ©es et aux entreprises elles-mĂȘmes dâĂ©viter toute forme de complicitĂ© avec les autoritĂ©s israĂ©liennes, cela vaut pour la Chine comme pour le reste de la planĂšte.
La Chine réalise-t-elle des investissements en Israël ?
La Chine a rĂ©alisĂ© dâimportants investissements dans deux ports israĂ©liens dâune importance stratĂ©gique, le port de HaĂŻfa et le Port dâAshdod, tous deux situĂ©s sur la MĂ©diterranĂ©e. La sociĂ©tĂ© chinoise China Harbor Engineering Company, filiale de China Communications Construction Company, a modernisĂ© et dĂ©veloppĂ© le terminal portuaire dâAshdod.
Ce projet a permis de dâaugmenter les capacitĂ©s des installations portuaires et dâamĂ©liorer les infrastructures pour rĂ©pondre Ă la croissance du commerce international. Le port dâAshdod est lâun des principaux hubs commerciaux dâIsraĂ«l. Sa modernisation a renforcĂ© sa position stratĂ©gique dans la rĂ©gion, facilitant ainsi les Ă©changes entre la Chine et IsraĂ«l, notamment dans le cadre de la nouvelle route de la soie (Belt and Road Initiative ou BRI). La China National Offshore Oil Corporation (CNOOC), une autre grande sociĂ©tĂ© chinoise, a acquis une part importante du terminal Ă conteneurs de HaĂŻfa, dans le cadre dâun partenariat avec le gouvernement israĂ©lien.
Ce projet, tout comme celui dâAshdod, a permis Ă IsraĂ«l dâattirer des investissements dans lâamĂ©lioration des infrastructures portuaires. Dans le cas des installations du Port de HaĂŻfa, les investissements chinois se font en partie via une collaboration avec des sociĂ©tĂ©s indiennes. Au-delĂ des ports, les entreprises chinoises investissent Ă©galement dans dâautres secteurs des infrastructures, comme les transports, lâĂ©nergie et la haute technologie. Par exemple, des projets dans le domaine des technologies de transport intelligent, de lâintelligence artificielle, de la cybersĂ©curitĂ©, et des tĂ©lĂ©communications sont en cours de dĂ©veloppement, avec la participation de grandes entreprises chinoises comme Huawei et ZTE.
Quelles sont les relations entre le gouvernement russe et le gouvernement israélien ?
Il est de notoriĂ©tĂ© publique que Vladimir Poutine et Netanyahou ont une bonne opinion lâun de lâautre mĂȘme si la Russie critique publiquement lâIsraĂ«l pour sa politique au Proche-Orient. Jusquâici dans aucune de ses dĂ©clarations, Poutine nâa dĂ©noncĂ© le gĂ©nocide en cours Ă Gaza. Par contre, il a utilisĂ© trĂšs souvent le terme gĂ©nocide pour justifier lâinvasion de lâUkraine et lâannexion dâune partie de son territoire. Dans son discours du 24 fĂ©vrier 2022 pour justifier lââopĂ©ration militaire spĂ©cialeâ en Ukraine, Poutine a dĂ©clarĂ© :
âNotre objectif est de protĂ©ger les personnes victimes de gĂ©nocide de la part du rĂ©gime de Kiev depuis huit ans. Nous nous efforcerons de dĂ©militariser et dĂ©nazifier lâUkraineâ.
Il faut également noter que le 1er juillet 2025, Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangÚres de Russie, quelques jours avant de se rendre au sommet des BRICS à Rio, a déclaré :
âNous constatons avec satisfaction que le chef du nouveau gouvernement israĂ©lien Benjamin Netanyahu sâest prononcĂ© deux fois en un mois pour rĂ©gler le problĂšme palestinien avec une solution Ă deux Ătats. Nous espĂ©rons que cette position sera appuyĂ©e par des dĂ©marches concrĂštes. De notre cĂŽtĂ©, nous continuerons de contribuer Ă la reprise des nĂ©gociations â aussi bien via les canaux bilatĂ©raux que sur diverses plateformes internationales, notamment dans le cadre du Quartet des mĂ©diateurs internationaux pour le Moyen-Orient. Il faut garder un Ćil sur la situation dans la bande de Gaza, dont la population continue dâĂ©prouver de graves difficultĂ©s humanitaires. Il faut entreprendre des dĂ©marches pour lever le blocus ou tout au moins le rĂ©duireâ. [2]
Comme on peut le constater dans cette dĂ©claration, il nây a pas de la part de SergueĂŻ Lavrov de dĂ©nonciation du gĂ©nocide en cours et son attitude Ă lâĂ©gard du premier ministre fasciste Benjamin Netanyahu est positive, ce qui est tout Ă fait inadmissible.
IsraĂ«l dĂ©pend toujours partiellement de la Russie pour son alimentation (cĂ©rĂ©ales) et pour lâĂ©nergie (pĂ©trole, gaz, charbon), malgrĂ© les tensions gĂ©opolitiques. IsraĂ«l exporte vers la Russie des produits Ă forte valeur ajoutĂ©e : agro-produits, matĂ©riel mĂ©dical, chimie et Ă©lectronique. IsraĂ«l a un dĂ©ficit commercial important avec la Russie. En 2023, le volume du commerce avait baissĂ© suite aux sanctions prises contre la Russie aprĂšs lâinvasion de lâUkraine mais en 2024, il a rebondi. Le volume des Ă©changes avait atteint 3,5 milliards en 2022, a chutĂ© Ă 2,6 milliards en 2023 et a rebondi Ă 3,9 milliards en 2024. En rĂ©sumĂ©, IsraĂ«l, dans la pratique, nâapplique pas les sanctions occidentales Ă lâĂ©gard de la Russie suite Ă lâinvasion de lâUkraine et la Russie nâapplique pas de sanction Ă lâĂ©gard dâIsraĂ«l malgrĂ© le gĂ©nocide en cours.
Dans la pratique, IsraĂ«l nâapplique pas les sanctions occidentales Ă lâĂ©gard de la Russie suite Ă lâinvasion de lâUkraine, tout comme la Russie nâapplique pas de sanction Ă lâĂ©gard dâIsraĂ«l malgrĂ© le gĂ©nocide en cours.
Ă noter que depuis lâinvasion de lâUkraine en 2022, des centaines de millions de dollars (environ 300âŻmillions de dollars par trimestre) ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s en IsraĂ«l via les comptes dâoligarques ou de nouveaux migrants. Soulignons Ă©galement quâenviron 500 soldats de lâarmĂ©e israĂ©lienne porteurs dâun passeport russe ont participĂ© aux opĂ©rations dans la bande de Gaza entre octobre 2023 et mars 2024, 9 dâentre eux y ont trouvĂ© la mort. Cetteinformation a Ă©tĂ© fournie par les autoritĂ©s israĂ©liennes[3]. Pour lâannĂ©e 2025, nous ne disposons pas dâinformations prĂ©cises concernant les chiffres mais il est avĂ©rĂ© que des soldats de lâarmĂ©e israĂ©lienne qui participe au gĂ©nocide ont la double nationalitĂ© russe et israĂ©lienne. Les autoritĂ©s russes ne critiquent pas les Russes mobilisĂ©s au sein de lâarmĂ©e israĂ©lienne, y compris ceux engagĂ©s Ă Gaza.
OĂč en est le commerce entre lâInde et IsraĂ«l ?
LâInde reprĂ©sente plus dâun tiers du total des exportations dâarmes dâIsraĂ«l.
Le volume du commerce entre lâInde et IsraĂ«l est en croissance et se situe autour de 10 milliards de dollars. LâInde fournit des produits pĂ©troliers Ă IsraĂ«l, des diamants et autres pierres prĂ©cieuses, des produits chimiques et pharmaceutiques ainsi que des armes (dont des drones).
IsraĂ«l fournit des armes (missiles), des munitions, des systĂšmes de dĂ©fense Ă lâInde. Selon le site Moneycontrol.com, un des principaux site financiers en Inde, le commerce des armes entre IsraĂ«l et lâInde a Ă©tĂ© multipliĂ© par 33 en 10 ans, entre 2015 et 2024, atteignant en 2024, 185 millions de dollars US. Le magazine New Internationalist Ă©crit dans son Ă©dition de janvier 2025 :
âDes entreprises indiennes telles quâAdani-Elbit Advanced Systems India, Premier Explosives et lâentreprise publique Munitions India fournissent activement des drones et des armes Ă IsraĂ«l alors que ce dernier poursuit sa guerre gĂ©nocidaire contre la population de Gaza. En avril, soucieuse de ne pas compromettre ces accords, lâInde sâest abstenue lors du vote dâune rĂ©solution de lâONU appelant Ă un cessez-le-feuet Ă un embargo sur les armes Ă destination dâIsraĂ«l. De son cĂŽtĂ©, IsraĂ«l a continuĂ© Ă fournir sans interruption du matĂ©riel militaire Ă lâInde, ce qui reprĂ©sente un engagement important Ă©tant donnĂ© quâIsraĂ«l a postposĂ© plus de 1,5 milliard de dollars dâexportations dâarmes vers dâautres pays depuis octobre 2023. Depuis lâarrivĂ©e au pouvoir du Premier ministre Narendra Modi en 2014, lâInde est devenue un acteur clĂ© dans le commerce des armes dâIsraĂ«l. En tant que premier importateur mondial dâarmes, ce pays dâAsie du Sud est devenu lâacheteur le plus fiable dâIsraĂ«l, reprĂ©sentant 37 % de ses exportations totales dâarmesâ.[4]
Rien nâindique une volontĂ© une volontĂ© de changement dans lâorientation pro israĂ©lienne du premier ministre indien (prĂ©sent en personne au sommet des BRICS Ă Rio en juillet 2025). LâInde et IsraĂ«l espĂšrent conclure un accord de libre-Ă©change avant la fin de lâannĂ©e 2025. En effet selon Times of IsraĂ«l du 18 fĂ©vrier 2025 :
âIsraĂ«l et lâInde cherchent Ă signer dĂšs cette annĂ©e un accord de libre-Ă©change longtemps attendu, suite Ă la dĂ©cision, par le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump, de rĂ©organiser les plans dâune route commerciale entre les Ătats-Unis et lâInde qui passerait par IsraĂ«lâ.
En ce qui concerne les positions de lâInde Ă propos de la Palestine, on a assistĂ© Ă un changement important en faveur dâIsraĂ«l surtout depuis lâĂ©lection de Narendra Modi. En 2017, il est devenu le premier Premier Ministre indien Ă se rendre en IsraĂ«l sans visiter la Palestine, rompant ainsi avec la tradition. Le gouvernement Modi a Ă©vitĂ© de critiquer directement IsraĂ«l, en particulier lors des bombardements de Gaza (2014, 2021, 2023, 2024 et 2025) et des violences commises par les colons en Cisjordanie. Ă lâintĂ©rieur du pays, la solidaritĂ© avec la Palestine est de plus en plus attaquĂ©e, dĂ©nigrĂ©e ou dĂ©lĂ©gitimĂ©e par la droite hindoue, en particulier dans le climat politique et idĂ©ologique façonnĂ© par le Bharatiya Janata Party (BJP) de Modi.
Comment sont les relations de lâAfrique du Sud avec IsraĂ«l ?
Il nây a aucun doute quâil est trĂšs positif que le gouvernement dâAfrique du Sud ait dĂ©posĂ© une plainte contre IsraĂ«l le 29 dĂ©cembre 2023 devant la Cour Internationale de Justice (CIJ), le tribunal des Nations Unies chargĂ© de rĂ©gler les diffĂ©rends entre Ătats. Pretoria accuse IsraĂ«l de violer la Convention pour la prĂ©vention et la rĂ©pression du crime de gĂ©nocide dans son assaut militaire Ă Gaza. La requĂȘte de lâAfrique du Sud avance ses accusations dans ce quâelle dĂ©nonce comme le contexte plus large de la conduite dâIsraĂ«l envers les Palestinien·es pendant ses soixante-quinze ans dâapartheid, ses cinquante-six ans dâoccupation belligĂ©rante du territoire palestinien et ses seize ans de blocus de la bande de Gaza. Dans sa dĂ©cision du 26 janvier 2024, tout en nâaccĂ©dant pas Ă la demande de lâAfrique du Sud dâexiger dâIsraĂ«l la suspension de ses opĂ©rations militaires Ă Gaza, la Cour ordonne Ă IsraĂ«l de prendre des mesures pour prĂ©venir les actes de gĂ©nocide dans la bande de Gaza. Depuis ce moment, IsraĂ«l a malgrĂ© tout poursuivi le gĂ©nocide du peuple palestinien Ă Gaza et a renforcĂ© le blocage de lâaide humanitaire.
LâAfrique du Sud a contribuĂ© Ă crĂ©er, en janvier 2025, le âgroupe de La Hayeâ pour coordonner des mesures juridiques et diplomatiques contre la politique dâIsraĂ«l Ă Gaza. Selon la dĂ©claration inaugurale, les principaux engagements consistent Ă exiger le respect des ordonnances de la Cour Internationale de Justice et des mandats dâarrĂȘt de la Cour pĂ©nale internationale (CPI) Ă lâencontre des dirigeants israĂ©liens, Ă interdire le transfert dâarmes ou de carburant (Ă des fins militaires) susceptible de servir dans le conflit et de bloquer lâaccĂšs aux ports aux navires transportant du matĂ©riel militaire vers IsraĂ«l. Les pays fondateurs du groupe sont lâAfrique du Sud, la Colombie, le Belize, la Bolivie, Cuba, le Honduras, la Malaisie, la Namibie et le SĂ©nĂ©gal. Une rĂ©union dâurgence a eu lieu Ă la mi-juillet 2025 Ă Bogota.
Du cĂŽtĂ© des BRICS, des quatre Ătats fondateurs (BrĂ©sil, Russie, Inde et Chine), jusquâici, aucun ne sâest joint Ă la plainte de lâAfrique du Sud alors que quinze Ătats se sont joints dâune maniĂšre ou dâune autre Ă cette plainte. Parmi les cinq BRICS, seuls le BrĂ©sil, trĂšs tardivement, câest Ă dire en juillet 2025, a annoncĂ© son intention de se joindre dans le futur Ă la plainte contre IsraĂ«l. Si on prend en compte les dix pays qui composent en 2025 les BRICS, jusquâici seule lâĂgypte sâest jointe Ă la plainte.
De la part de lâAfrique du Sud, ce qui est dĂ©plorable et trĂšs gravement incohĂ©rent par rapport Ă sa juste plainte contre IsraĂ«l, câest quâelle continue Ă commercer avec ce pays notamment en fournissant du charbon. Selon certaines sources, 15% du charbon consommĂ© par IsraĂ«l provient dâAfrique du Sud. Patrick Bond professeur dâuniversitĂ© en Afrique du Sud a dĂ©noncĂ© rĂ©guliĂšrement les livraisons de charbon sud-africain Ă IsraĂ«l[5]. Selon Patrick Bond, lâargument principal avancĂ© par les autoritĂ©s de Pretoria pour justifier la poursuite de la fourniture de charbon Ă IsraĂ«l, est que, dans le cas contraire, cela irait Ă lâencontre des rĂšgles de lâOMC. Ce Ă quoi Patrick Bond rĂ©pond que cet argument nâest pas du tout sĂ©rieux car ces derniĂšres annĂ©es, un nombre considĂ©rable dâĂtats contreviennent aux rĂšgles de lâOMC sans que rien ne se passe. On peut ajouter que si lâAfrique du Sud mettait fin Ă son commerce avec IsraĂ«l son acte serait incontestablement lĂ©gitime.
En effet, comme lâĂ©crit Francesca Albanese au point 89 de son rapport :
âLes conglomĂ©rats extractifs et miniers, tout en fournissant des sources dâĂ©nergie civile, ont alimentĂ© les infrastructures militaires et Ă©nergĂ©tiques dâIsraĂ«l, toutes deux utilisĂ©es pour crĂ©er des conditions de vie visant Ă dĂ©truire le peuple palestinienâ.
Signalons que ce rapport tout Ă fait fondamental a Ă©tĂ© rendu public fin juin 2025, avant le sommet des BRICS. Or la dĂ©claration finale du sommet BRICS rendue publique le 6 juillet 2025 nâen fait pas mention.
Patrick Bond a rassemblĂ© un important dossier concernant le groupe sud-africain dâarmement Paramount Group dont le patron est Ivor Ichikowitz pour dĂ©noncer la collaboration Ă©troite entre cette entreprise, IsraĂ«l et les Ămirats Arabes Unis (EAU). Bond dĂ©nonce notamment la collaboration de Paramount Group avec la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne dâarmement Elbit[6].
Il faut savoir que le patron de Paramount Group, Ivor Ichikowitz, a dĂ©noncĂ© la plainte introduite par lâAfrique du Sud contre IsraĂ«l. Il Ă©crivait dans le magazine Fortune :
âLa position rĂ©cente de lâAfrique du Sud, ouvertement hostile Ă IsraĂ«l et trĂšs favorable au Hamas, qui a abouti Ă traduire lâĂtat dâIsraĂ«l devant la Cour internationale de justice (CIJ), aurait trĂšs bien pu conduire Ă une sanction et Ă lâexclusion de lâAfrique du Sud de lâAGOA, une perspective qui pĂšse toujours sur les relations entre les Ătats-Unis et lâAfrique du Sudâ.
Patrick Bond, diffĂ©rents mouvements sud-africains et de nombreux activistes appellent les autoritĂ©s de Pretoria Ă prendre des sanctions contre IsraĂ«l en interdisant lâexportation de charbon vers ce pays et notamment en mettant fin Ă toutes les relations commerciales.
Quelles sont les relations commerciales du Brésil avec Israël ?
Le volume du commerce entre le BrĂ©sil sâĂ©lĂšve Ă un peu moins de 2 milliards de dollars. Le BrĂ©sil importe plus dâIsraĂ«l quâil nâexporte vers IsraĂ«l. Le BrĂ©sil exporte du pĂ©trole brut vers IsraĂ«l, cela constitue 1/4 de ses exportations vers ce pays. Il exporte aussi de la viande qui reprĂ©sente environ 20% de ses exportations et des graines de soja transgĂ©nique pour Ă©galement 20%. Le reste : du poulet casher, des armes, etc.
Il y a donc un commerce dâarmes entre le BrĂ©sil et IsraĂ«l ?
Oui. En 2024, par exemple, le BrĂ©sil a exportĂ© des armes vers IsraĂ«l pour un montant limitĂ© (un peu moins de 2 millions de dollars) mais il sâagissait de munitions de guerre. Le BrĂ©sil a importĂ© en 2024 des armes de guerre dâIsraĂ«l pour un peu moins de 9 millions de dollars. Le BrĂ©sil entretient donc un commerce des armes malgrĂ© le gĂ©nocide et surtout maintient une coopĂ©ration technologique notable dans le domaine de la dĂ©fense, principalement avec lâentreprise israĂ©lienne Elbit Systems et sa filiale brĂ©silienne Ares Aeroespacial e Defesa. Il faut savoir que la firme Elbit System est explicitement mentionnĂ©e dans le rapport et figure sur la liste des firmes dâarmement qui collaborent directementau gĂ©nocide selon Francesca Albanese.
Au point 31 de son rapport, cette derniÚre écrit :
âLe complexe militaro-industriel est devenu le pilier Ă©conomique de lâĂtat. Entre 2020 et 2024, IsraĂ«l Ă©tait le huitiĂšme exportateur dâarmes au monde. Les deux plus grandes entreprises dâarmement israĂ©liennes â Elbit Systems, créée sous forme de partenariat public-privĂ© puis privatisĂ©e, et lâentreprise publique Israel Aerospace Industries (IAI) â figurent parmi les 50 premiers fabricants dâarmes au monde. Depuis 2023, Elbit coopĂšre Ă©troitement avec les opĂ©rations militaires israĂ©liennes, en intĂ©grant du personnel clĂ© au ministĂšre de la DĂ©fense, et a reçu le prix israĂ©lien de la dĂ©fense 2024. Elbit et IAI fournissent un approvisionnement national essentiel en armement et renforcent les alliances militaires dâIsraĂ«l grĂące Ă lâexportation dâarmes et au dĂ©veloppement conjoint de technologies militairesâ.
Elle ajoute au point 33 :
âLes drones, hexacoptĂšres et quadricoptĂšres ont Ă©galement Ă©tĂ© des machines Ă tuer omniprĂ©sentes dans le ciel de Gaza. Les drones, largement dĂ©veloppĂ©s et fournis par Elbit Systems et IAI, volent depuis longtemps aux cĂŽtĂ©s de ces avions de combat, surveillant les Palestiniens et fournissant des renseignements sur les cibles. Au cours des deux derniĂšres dĂ©cennies, avec le soutien de ces entreprises et la collaboration dâinstitutions telles que le Massachusetts Institute of Technology (MIT), les drones israĂ©liens ont Ă©tĂ© Ă©quipĂ©s de systĂšmes dâarmes automatisĂ©s et ont acquis la capacitĂ© de voler en formation en essaimâ.
La collaboration entre le BrĂ©sil et IsraĂ«l dans le domaine militaire par lâintermĂ©diaire dâElbit et sa filiale ARES est avĂ©rĂ©e. Par exemple, Ares a fourni des stations dâarmes tĂ©lĂ©opĂ©rĂ©es (RCWS, REMAX) au BrĂ©sil dans le cadre dâun contrat dâenviron 100âŻmillions de dollars. La coopĂ©ration va au-delĂ des Ă©changes physiques, avec des transferts technologiques, co-production et formation via Elbit/Ares.
Par ailleurs, en avril 2024, sous pression du ministĂšre de la dĂ©fense, le programme VBCOAP (armored self propelled howitzer) du BrĂ©sil a dĂ©signĂ© le systĂšme ATMOS 2000 155âŻmm montĂ© sur camion (Tatra T 815 6Ă6) dĂ©veloppĂ© par Elbit Systems comme vainqueur dâun appel dâoffres impliquant Ă©galement le Caesar (France), le SH 15 (Chine) et le ZuzanaâŻ2 (Slovaquie/CZ). Le contrat initial prĂ©voit lâacquisition de 36 obusiers : 2 unitĂ©s devaient ĂȘtre livrĂ©es dans les 12 mois pour Ă©valuation technique et opĂ©rationnelle au BrĂ©sil. Les 34 systĂšmes restants seront livrĂ©s annuellement jusquâen 2034. Le montant total du marchĂ© est estimĂ© Ă 150 200 millions de dollars, voire 210 millions de dollars selon certaines sources[7]. Au moment oĂč nous Ă©crivons cet article, le projet est âgelĂ©â⯠(frozen) depuis octobre 2024 en raison des critiques du prĂ©sident Lula da Silva contre IsraĂ«l et la guerre Ă Gaza. Toutefois, aucun dĂ©cret exĂ©cutif dâannulation nâa Ă©tĂ© signĂ©. Depuis lâannonce du gel du contrat, le ministĂšre de la DĂ©fense brĂ©silien et le chef de lâarmĂ©e tentent de dĂ©bloquer le dossier et persuader le prĂ©sident de procĂ©der aux livraisons, notamment des deux unitĂ©s prototypes pour tests opĂ©rationnel. A la fin du mois de juillet 2025, le ministre brĂ©silien des relations extĂ©rieures, Mauro Vieira, a annoncĂ© un durcissement des positions du BrĂ©sil Ă lâĂ©gard dâIsraĂ«l et lâarrĂȘt du commerce des armes avec IsraĂ«l.
Comment se comporte lâĂgypte, qui est membre Ă part entiĂšre des BRICS, Ă lâĂ©gard de la solidaritĂ© avec le peuple palestinien ?
Nous observons depuis des annĂ©es une collaboration croissante entre lâĂgypte, IsraĂ«l et les Ătats-Unis, au dĂ©triment de la solidaritĂ© avec la Palestine.
Il faut dâabord souligner le fait que les autoritĂ©s Ă©gyptiennes ont rĂ©primĂ© et empĂȘchĂ© en juin 2025 des milliers de personnes provenant de dizaines de pays diffĂ©rents de se dĂ©placer dans le pays pour rejoindre le poste frontalier de Rafah afin dâexprimer leur solidaritĂ© avec le peuple palestinien, exiger la fin du gĂ©nocide et soutenir la nĂ©cessitĂ© dâun cessez le feu. En effet, le 10 juin 2025, des militant·es venu·es de plus de 50 pays ont lancĂ© la Marche mondiale pour Gaza, une initiative civile portĂ©e par une large coalition internationale pour dĂ©noncer le blocus israĂ©lien et exiger lâouverture dâun corridor humanitaire vers Gaza via le poste-frontiĂšre de Rafah. Cependant, les autoritĂ©s Ă©gyptiennes ont empĂȘchĂ© le dĂ©roulement de la marche, mobilisant dĂšs le dĂ©part une campagne de diffamation mĂ©diatique contre les organisateurs. La rĂ©pression sâest intensifiĂ©e par des arrestations (dans les rues, hĂŽtels et restaurants), confiscations de passeports et destructions de tĂ©lĂ©phones, empĂȘchement des convois de quitter le Caire. Des violences et mises en dĂ©tention ont Ă©galement Ă©tĂ© observĂ©es Ă IsmaĂŻlia, oĂč 200 militant·es ont Ă©tĂ© arrĂȘté·es. Plusieurs expulsions et refoulements Ă lâaĂ©roport ont aussi Ă©tĂ© signalĂ©es.
Cette rĂ©pression reflĂšte la collaboration croissante entre lâĂgypte, IsraĂ«l et les Ătats-Unis, au dĂ©triment de la solidaritĂ© avec la Palestine. En effet, Ă lâĂ©poque de Gamal Abdel Nasser, lâĂgypte a refusĂ© toute normalisation avec IsraĂ«l et a continuĂ© Ă critiquer sĂ©vĂšrement les abus israĂ©liens Ă lâencontre des Palestinien·nes. Mais son successeur, Anwar Sadat, a signĂ© un traitĂ© de paix avec IsraĂ«l en 1979, sous lâĂ©gide des Ătats-Unis. ConsidĂ©rĂ© comme une trahison par les Palestinien·nes, et les peuples de la rĂ©gion, y compris le peuple Ă©gyptien, ce traitĂ© a ouvert la voie Ă une coopĂ©ration croissante, militaire, sĂ©curitaire et Ă©conomique. Sous la prĂ©sidence dâAbdel Fattah al-Sissi, cette normalisation sâest accentuĂ©e Ă des niveaux sans prĂ©cĂ©dent, avec une coopĂ©ration sĂ©curitaire, dĂ©pendance Ă©conomique accrue Ă lâĂ©gard du gaz israĂ©lien, soutien implicite au blocus de Gaza, en contrĂŽlant Ă©troitement le point de passage de Rafah et en dĂ©mantelant les tunnels de commerce vers Gaza. Le rĂ©gime continue Ă rĂ©primer systĂ©matiquement les manifestations pro-palestiniennes et mĂȘme des gestes symboliques comme brandir un drapeau palestinien peuvent mener Ă des accusations de terrorisme.
Quâen est-il du commerce entre lâĂgypte et IsraĂ«l ?
En 2022 : le commerce entre lâĂgypte et IsraĂ«l Ă©tait estimĂ© Ă environ 300âŻmillions USD, contre environ 330âŻmillions USD selon un rapport de 2021. En 2023, les Ă©changes ont augmentĂ© de 56âŻ% par rapport Ă 2022, soit un total estimĂ© Ă environ 468âŻmillions USD. En 2024, la croissance sâest accĂ©lĂ©rĂ©e en fin dâannĂ©e, avec un bond de 168âŻ% au quatriĂšme trimestre, mais le total annuel exact nâest pas prĂ©cisĂ©. Le principal produit achetĂ© par lâĂgypte Ă IsraĂ«l est le gaz naturel. Le gaz « israĂ©lien » reprĂ©sentait 15 Ă 20âŻ% de la consommation Ă©gyptienne dĂ©but 2025.
Y a-t-il une collaboration militaire entre lâĂgypte et IsraĂ«l ?
Oui, il existe une collaboration militaire secrĂšte mais substantielle entre lâĂgypte et IsraĂ«l, malgrĂ© leur histoire conflictuelle (guerres de 1948, 1967, 1973). Depuis 2007, lâĂgypte et IsraĂ«l organisent de fait un blocus Ă lâĂ©gard de Gaza (restrictions sur la circulation des biens et des personnes, surveillance des tunnels). LâĂgypte et IsraĂ«l mĂšnent des opĂ©rations conjointes en dĂ©truisant des tunnels entre Gaza et lâĂgypte (avec aide technologique israĂ©lienne). LâĂgypte a acquis des systĂšmes de surveillance israĂ©liens (dont des radars Elbit) via des intermĂ©diaires europĂ©ens. Selon le Wall Street Journal du 7 mars 2024, IsraĂ«l a menĂ© des frappes secrĂštes contre des armes transitant par lâĂgypte vers Gaza, avec lâaccord tacite des autoritĂ©s Ă©gyptiennes. Lâaide militaire apportĂ©e par les Etats-Unis Ă lâĂgypte pour un montant de 1,3 milliard de dollars est octroyĂ©e Ă la condition que Le Caire collabore avec IsraĂ«l. Les Ătats-Unis veillent Ă ce que cette condition soit respectĂ©e.
Quelles relations les Ămirats Arabes Unis entretiennent-ils avec IsraĂ«l ?
En 2020, sous lâĂ©gide du prĂ©sident Donald Trump, les accords dâAbraham dĂ©bouchent sur la normalisation des relations entre IsraĂ«l et les Ămirats Arabes Unis.
En 2020, sous lâĂ©gide du prĂ©sident Donald Trump, les accords dâAbraham dĂ©bouchent sur la normalisation des relations entre IsraĂ«l et les Ămirats arabes unis (pour en savoir plus sur les Ămirats Arabes Unis lire lâencadrĂ©). Le 29 aoĂ»t 2020, quelques semaines aprĂšs lâannonce des accords dâAbraham, les Ămirats ont abrogĂ© la loi fĂ©dĂ©rale de 1972 qui interdisait les relations Ă©conomiques avec IsraĂ«l. Cette dĂ©cision a rendu lĂ©gaux les Ă©changes commerciaux et les investissements bilatĂ©raux ; lâimportation et la vente de produits israĂ©liens ; la coopĂ©ration scientifique, culturelle, technologique, etc. Avant cette abrogation, des relations de plus en plus Ă©troites sâĂ©taient progressivement Ă©tablies.
AprĂšs les accords dâAbraham, le Comprehensive Economic Partnership Agreement (CEPA) a Ă©tĂ© signĂ© le 31 mai 2022 et est entrĂ© en vigueur le 1er avril 2023, avec suppression ou forte rĂ©duction des droits de douane sur environ 96âŻ% des lignes tarifaires et 99âŻ% de la valeur des Ă©changes. Ce traitĂ© vise Ă faire croĂźtre les Ă©changes bilatĂ©raux jusquâĂ plus de 10âŻmilliards de dollars dans les cinq ans suivant sa conclusion. Le conflit Ă Gaza a rĂ©duit en 2024 la visibilitĂ© des Ă©changes, mais le commerce est restĂ© actif et sâest accru. Pour preuve, le volume du commerce qui atteignait 2,5 milliards de dollars en 2022 atteindra selon les prĂ©visions 5 milliards de dollars en 2025.
Selon Bloomberg, il y a, en 2025, environ 600 entreprises israéliennes actives aux EAU et selon un rapport de Dubai Chamber (2023), plus de 200 entreprises émiraties ont noué des partenariats ou ouvert des activités en Israël depuis la normalisation des relations.
Y a-t-il un commerce des armes entre IsraĂ«l et les Ămirats Arabes Unis ?
Oui, le commerce des armes est bien rĂ©el entre IsraĂ«l et les Ămirats depuis la normalisation en 2020. Il concerne principalement des systĂšmes anti-aĂ©riens (SPYDER, Barak 8, le DĂŽme de fer -Iron Dome-), des drones et technologies Ă©lectroniques, et sâappuie aussi sur la coopĂ©ration industrielle. Bien que les contrats spĂ©cifiques restent sensibles, le commerce sâest accĂ©lĂ©rĂ© depuis 2022, avec une visibilitĂ© publique croissante depuis 2024â2025 via les salons dâarmement comme le salon IDEX âŻqui a lieu tous les deux ans. Lors de lâexposition IDEX tenue en fĂ©vrier 2025, 34 firmes israĂ©liennes spĂ©cialisĂ©es dans lâarmement Ă©taient prĂ©sentes. La sociĂ©tĂ© Ă©miratie EDGE spĂ©cialisĂ©e dans lâarmement collabore activement avec les entreprises israĂ©liennes du secteur de lâarmement comme Elbit, Rafael, IAI, RT, Thirdeye.
Y a-t-il une collaboration directe des forces armĂ©es Ă©miraties avec lâarmĂ©e israĂ©lienne ?
Oui, il y a une collaboration militaire mĂȘme si elle nâest pas officiellement revendiquĂ©e par les deux parties. Cette collaboration sâexplique dâailleurs en partie par lâhostilitĂ© de ces deux pays Ă lâĂ©gard de lâIran et de son influence dans la rĂ©gion. Il en va de mĂȘme de leurs intĂ©rĂȘts communs contre les Houthis au YĂ©men.
Depuis le dĂ©but de la guerre au YĂ©men en 2015, les Ămirats arabes unis ont accru leur prĂ©sence militaire dans la rĂ©gion, notamment sur lâĂźle principale de Socotra, officiellement yĂ©mĂ©nite. Les EAU ont occupĂ© cette Ăźle, y ont installĂ© une base militaire et coopĂšrent sur place avec lâarmĂ©e israĂ©lienne. Lâarchipel de Socotra, situĂ© au large du YĂ©men dans lâocĂ©an Indien, contrĂŽle des voies maritimes cruciales entre la mer Rouge et le golfe dâAden. Environ 20 000 navires de transport passent chaque annĂ©e Ă proximitĂ© de lâarchipel de Socotra, dont 9 % visant lâapprovisionnement mondial annuel en pĂ©trole[8]. Les EAU collaborent aussi avec IsraĂ«l, lâInde et plusieurs pays de lâUE (Italie, Allemagne, France, GrĂšce) dans le projet dâune voie terrestre reliant le golfe de DubaĂŻ au port de HaĂŻfa au travers de la pĂ©ninsule arabique via Riyad en Arabie saoudite afin dâĂ©viter le passage par le canal de Suez pour le commerce Asie-Europe[9]. Il sâagit aussi dâune certaine maniĂšre de dĂ©velopper une alternative aux nouvelles routes de la soie dĂ©veloppĂ©es par la Chine[10].
En quoi consiste la collaboration des EAU avec les Ătats-Unis sur le plan militaire ?
Il est important de souligner que les EAU sont le seul pays membre des BRICS Ă avoir sur son territoire une base militaire permanente des Etats-Unis, ce qui a Ă©videmment des liens avec la politique de collaboration avec IsraĂ«l. La prĂ©sence militaire des Ătats-Unis aux Ămirats arabes unis (EAU) est importante, stratĂ©gique et durable, sâinscrivant dans une coopĂ©ration bilatĂ©rale de dĂ©fense renforcĂ©e depuis la guerre du Golfe en 1991. A proximitĂ© de la capitale des EAU, les Ătats-Unis disposent dâune base militaire accueillant des avions de chasse (F-22, F-35 occasionnellement), des avions de surveillance (AWACS, JSTARS), des drones armĂ©s (MQ-9 Reaper), des avions ravitailleurs, etc. Cette base constitue une plateforme logistique clĂ© pour les opĂ©rations amĂ©ricaines dans le Golfe Persique, en Irak et en Syrie, pour le commandement CENTCOM (Middle East/Asie centrale) et pour la surveillance de lâIran. Les effectifs sont dâenviron 2 000 Ă 3 000 militaires Ă©tasuniens stationnĂ©s de façon permanente ou de maniĂšre rotative. Les Ătats-Unis ont dĂ©ployĂ© aux EAU des systĂšmes de dĂ©fense antimissile comme les Patriot PAC-3. Les EAU collaborent avec la CinquiĂšme Flotte amĂ©ricaine, basĂ©e Ă BahreĂŻn. Les EAU participent Ă des exercices navals conjoints et Ă des initiatives comme la Coalition internationale pour la sĂ©curitĂ© maritime dans le dĂ©troit dâHormuz. Les EAU garantissent un accĂšs aux ports Ă©miratis pour la flotte amĂ©ricaine et ses alliĂ©s.
Comment se comporte lâĂthiopie envers IsraĂ«l ? Y a-t-il une coopĂ©ration militaire entre IsraĂ«l et lâĂthiopie ?
Il existe aussi depuis novembre 2020 un accord de coopĂ©ration entre le Mossad et le service de sĂ©curitĂ© Ă©thiopien (NISS), couvrant lâĂ©change dâexpertise et la lutte anti-insurrectionnelle
MalgrĂ© le gĂ©nocide en cours Ă Gaza, la coopĂ©ration militaire entre IsraĂ«l et lâĂthiopie, pays membre Ă part entiĂšre des BRICS, se poursuit.
DâaprĂšs plusieurs sources, IsraĂ«l demeure lâun des principaux fournisseurs militaires de lâĂthiopie, notamment Ă travers la vente de systĂšmes de dĂ©fense aĂ©rienne comme le Spyder-MR, destinĂ© Ă protĂ©ger le Grand Barrage de la Renaissance Ăthiopienne contre toute attaque aĂ©rienne.â
La coopĂ©ration militaire sâinscrit dans la durĂ©e malgrĂ© les changements de rĂ©gimes Ă Addis Abeba. Elle remonte aux annĂ©es 1960â1990 : IsraĂ«l a formĂ© des unitĂ©s parachutistes et des forces de contre-insurrection pour lâarmĂ©e Ă©thiopienne (Division Nebelbal), fourni 150âŻ000 fusils, des bombes Ă fragmentation, et dĂ©pĂȘchĂ© des conseillers militaires pour entraĂźner la Garde prĂ©sidentielle. Il existe aussi depuis novembre 2020 un accord de coopĂ©ration entre le Mossad et le service de sĂ©curitĂ© Ă©thiopien (NISS), couvrant lâĂ©change dâexpertise et la lutte anti-insurrectionnelle.
En raison du gĂ©nocide en cours Ă Gaza, le partenariat militaire entre lâĂthiopie et IsraĂ«l est relativement discret, mais contribue de façon notoire Ă la stratĂ©gie sĂ©curitaire Ă©thiopienne et Ă lâinfluence israĂ©lienne en Afrique de lâEst. Cela inclut lâĂ©change de renseignements, la coordination stratĂ©gique et le renforcement des capacitĂ©s Ă©thiopiennes[11].
Ă noter quâIsraĂ«l entretient dans cette rĂ©gion dâexcellents rapports avec le rĂ©gime de Museveni en Ouganda (qui Ă©tait reprĂ©sentĂ© au sommet des BRICS Ă Rio par la vice-prĂ©sidente)[12].
Le volume du commerce entre IsraĂ«l et lâĂthiopie est faible, environ 100 millions de dollars par an. Par contre, des entreprises israĂ©liennes sont de plus en plus intĂ©ressĂ©es par des investissements dans le domaine agricole en Ăthiopie.
Quelles relations lâIndonĂ©sie entretient-elle avec IsraĂ«l ?
LâIndonĂ©sie a importĂ© des technologies dâespionnage et de surveillance dâIsraĂ«l
LâIndonĂ©sie, premier pays musulman en population et membre des BRICS Ă part entiĂšre, nâentretient pas de relations diplomatiques officielles avec IsraĂ«l mais la rĂ©alitĂ© est bien diffĂ©rente. En mai 2024, une enquĂȘte conjointe menĂ©e par le quotidien israĂ©lien Haaretz, Amnesty International et Tempo a rĂ©vĂ©lĂ© que lâIndonĂ©sie avait importĂ© des technologies dâespionnage et de surveillance dâIsraĂ«l. LâenquĂȘte rĂ©vĂšle que lâIndonĂ©sie a importĂ© et dĂ©ployĂ© entre 2017 et 2023 une large gamme de logiciels espions hautement intrusifs et dâautres technologies de surveillance sophistiquĂ©es. Plusieurs entreprises israĂ©liennes ont Ă©tĂ© identifiĂ©es comme fournisseuses indirectes : NSO Group (via Q Cyber Technologies SARL, Luxembourg) qui a produit le logiciel espion Pegasus, Intellexa Consortium connu pour son logiciel Predator, Candiru / Saito Tech,Wintego Systems Ltd. Les logiciels espions acquis par lâIndonĂ©sie, comme Pegasus, Predator, etc., sont conçus pour ĂȘtre : ultra-invisibles, infecter sans interaction explicite, permettant la gestion dâimages, messages, appels, position, etc. Parmi les acteurs ayant acquis ces technologies figurent la Police nationale indonĂ©sienne (Polri), lâAgence nationale de cybersĂ©curitĂ© et cryptographie (BSSN), et selon certains mĂ©dias, le MinistĂšre de la DĂ©fense. Amnesty a averti que ces dispositifs reprĂ©sentent un risque majeur pour les droits civiques, notamment la libertĂ© dâexpression et la vie privĂ©e[13].
A la mi-juillet 2025, lâIndonĂ©sie a officiellement rejoint le âgroupe de LaâŻHayeâ lors du sommet dâurgence de BogotĂĄ organisĂ© les 15 et 16âŻjuillet⯠2025. Elle figure ainsi parmi les 13 pays qui se sont engagĂ©s Ă appliquer des mesures concrĂštes et coordonnĂ©es pour faire respecter le droit international face au gĂ©nocide en cours Ă Gaza.
A part cela, le volume du commerce entre IsraĂ«l et lâIndonĂ©sie est faible, moins de 200 millions de dollars par an.
Conclusion â Gaza et les BRICS : le refus de dĂ©noncer le gĂ©nocide et de prendre des sanctions
Lâanalyse dĂ©taillĂ©e des positions et des pratiques des pays membres des BRICS face au gĂ©nocide en cours Ă Gaza rĂ©vĂšle une contradiction flagrante entre leurs discours officiels â souvent centrĂ©s sur le droit international, le multilatĂ©ralisme et la souverainetĂ© des peuples â et leurs actes concrets comme câest le cas de lâinvasion de lâUkraine par la Russie ou des actions des EAU. En tant que BRICS+, les dix Ătats membres se refusent Ă dĂ©signer comme tel le crime de gĂ©nocide en train dâĂȘtre perpĂ©trĂ© Ă Gaza, pourtant largement documentĂ© et dĂ©noncĂ© par des instances internationales et par Francesca Albanese, rapporteuse spĂ©ciale des Nations Unies.Dans les faits, les BRICS nâont pris en commun aucune mesure forte : pas de sanctions, pas de rupture des relations diplomatiques ou Ă©conomiques, pas dâembargo, ni mĂȘme de suspension symbolique de la coopĂ©ration avec IsraĂ«l. Au contraire, pour la majoritĂ© dâentre eux, les relations commerciales â notamment dans les domaines stratĂ©giques de lâĂ©nergie, des technologies de surveillance, des infrastructures ou de lâarmement â se sont poursuivies, voire intensifiĂ©es, en 2024 et 2025. LâAfrique du Sud fait certes figure dâexception par sa plainte devant la CIJ, mais cette action trĂšs positive est en contraction par la poursuite des exportations de charbon vers IsraĂ«l et dâautres relations commerciales. Le double langage diplomatique souligne une vĂ©ritĂ© fondamentale : malgrĂ© leur rhĂ©torique sur un âordre mondial plus justeâ, les BRICS dĂ©fendent avant tout leurs intĂ©rĂȘts gĂ©opolitiques, Ă©conomiques ou sĂ©curitaires, souvent au dĂ©triment des principes de justice internationale. Cette rĂ©alitĂ© met en Ă©chec les espoirs placĂ©s par certains secteurs progressistes dans la possibilitĂ© dâun pĂŽle âalternatifâ incarnĂ© par ce bloc. Pour ceux et celles qui Ă gauche se font des illusions sur la volontĂ© des BRICS de prendre des initiatives claires en faveur des peuples, le dernier sommet et leur attitude en tant que bloc par rapport au gĂ©nocide Ă Gaza et Ă leurs relations avec IsraĂ«l, devraient contribuer Ă leur ouvrir les yeux.
Cet article est le premier dâune sĂ©rie qui sera Ă retrouver sur le site du CADTM.
Eric Toussaint est docteur en sciences politiques des universitĂ©s de LiĂšge et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique dâATTAC France.
Lâauteur remercie pour leur relecture et pour leurs conseils Gilbert Achcar, Omar Aziki, Patrick Bond, Joseph Daher, Sushovan Dhar, Fernanda Gadea, Gabriella Lima, Jawad Moustakbal, Maxime Perriot et Claude Quemar. Il est entiĂšrement responsable des opinions quâil exprime dans ce texte et des erreurs Ă©ventuelles quâil contient.
â
Notes
[1] Voir lâarticle publiĂ© par Al Jazeera le 8 mai 2025 : « Israel retrofitting DJI commercial drones to bomb and surveil Gaza ».
[2] PrĂ©cisons quâau cours de 2024 et de 2025, Lavrov a commencĂ© Ă utiliser le terme de gĂ©nocide Ă propos de lâaction dâIsraĂ«l Ă Gaza. Il y a visiblement une division des rĂŽles entre Poutine qui Ă©vite de dĂ©noncer lâaction gĂ©nocidaire dâIsraĂ«l et son ministre des affaires Ă©trangĂšres. PrĂ©cisons aussi que Lavrov reprĂ©sentait la Russie au sommet des BRICS Ă Rio en juillet et quâil nâa pas prononcĂ© le terme gĂ©nocide dans ces dĂ©clarations publiques pendant le sommet. Comme indiquĂ© au dĂ©but de lâarticle, le terme gĂ©nocide ne figure dâailleurs pas dans la dĂ©claration finale du sommet de Rio Ă la rĂ©daction de laquelle il a Ă©tĂ© associĂ©.
[3] Lire https://en.topwar.ru/239764-izrailskoe-posolstvo-nazvalo-chislo-pogibshih-v-gaze-rossijan-mobilizovannyh-v-sostav-cahal.html et https://tass.com/world/1786343
[4] Mohammad Asif Khan, âPartners in power : Israel, India and the arms tradeâ, 1 January 2025, New Internationalist, https://newint.org/arms/2025/partners-power-israel-india-and-arms-trade ; concernant la fourniture dâarmes Ă IsraĂ«l par Adani-Elbit Advanced Systems India, lire en anglais : https://www.business-humanrights.org/en/latest-news/india-report-finds-adani-elbit-advanced-systems-india-ltd-and-munitions-india-ltd-were-authorized-to-ship-products-to-israel-amidst-the-war-in-the-occupied-palestinian-territories/ ; lire Ă©galement : https://www.stopadani.com/adani_groups_business_with_israel ; concernant de nouvelles collaborations entre Adani, Elbit et un sociĂ©tĂ© Ă©tatsunienne dâarmement, lire sur le site de Adani : https://www.adani.com/newsroom/media-releases/adani-defence-aerospace-and-sparton-enter-strategic-partnership-to-indigenise-anti-submarine
[5] Lire notamment en anglais https://www.cadtm.org/The-Blessing-for-genocide et en espagnol : https://www.cadtm.org/La-bendicion-para-el-genocidio
[6] Son dossier intitulĂ© « Le commerce entre lâAfrique du Sud et IsraĂ«l comprend-il des armements ? » (« Does SA-Israel trade include armaments ? ») a Ă©tĂ© publiĂ© le 21 dĂ©cembre 2024 : https://diplomaticinside.com/2024/12/21/does-sa-israel-trade-include-armaments/
[7] Voir le journal brésilien The Rio Times : https://www.riotimesonline.com/lulas-brazil-acquires-israeli-defense-tech-despite-criticism-over-gaza-conflict/
[8] Lire : Karim Shami, âTyranny on the waters : The UAE-Israeli occupation of Yemenâs Socotra Islandâ, 24/03/2023, https://thecradle.co/articles-id/916# ; lire Ă©galement : âUAE, Israel expand spy bases in Yemenâs Socotra under US-sponsorship : Reportâ, 29/07/2024, https://thecradle.co/articles-id/26154
[9] Lire : https://www.jns.org/uae-israel-land-corridor-operating-despite-war/
[10] Lire : https://www.gisreportsonline.com/r/imec/
[11] Lire : https://hiiraan.com/news4/2025/Mar/200683/israel_ethiopia_discuss_joint_efforts_to_combat_al_shabaab_and_houthis.aspx
[12] Lire en anglais : www.alestiklal.net/en/article/how-israel-is-penetrating-the-african-continent.
[13] Lire en français : https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2024/05/unravelling-a-murky-network-of-spyware-exports-to-indonesia/




Impressionnant ! Mais surtout dĂ©sespĂ©rant ! Lâargent, toujours l'argent domine le Monde...