đâđš Qui sont les vrais barbares sur cette planĂšte ?
Notre monde ne cesse de s'embourber dans le colonialisme, qu'il s'agisse des réactions de Trump quant à l'Afrique du Sud, d'Israël & des Palestiniens, ou des immigrants de tous bords dans ce pays.
đâđš Qui sont les vrais barbares sur cette planĂšte ?
Par Aviva Chomsky, le 10 avril 2025
Préambule
Au cours de son deuxiĂšme mandat, Donald Trump a eu quelques difficultĂ©s Ă tenir ses promesses d'expulser un milliard d'immigrants non blancs. Mais il faut lui reconnaĂźtre un certain mĂ©rite. Il a rĂ©ussi Ă expulser l'un d'entre eux, l'ambassadeur d'Afrique du Sud aux Ătats-Unis, Ebrahim Rasool. NĂ© en Afrique du Sud sous l'apartheid (comme, d'ailleurs, Elon Musk) dans une famille musulmane aux origines mĂ©tissĂ©es (anglaise, javanaise, nĂ©erlandaise et indienne), il a grandi avec le statut de âmĂ©tisâ dans le sinistre systĂšme d'apartheid de l'Ă©poque. Enfant, sa famille a mĂȘme Ă©tĂ© expulsĂ©e de chez elle aprĂšs que le quartier a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© banlieue ârĂ©servĂ©e aux Blancsâ. Il a en effet rejoint le mouvement anti-apartheid et a Ă©tĂ© emprisonnĂ©.
Aujourd'hui, il a Ă©tĂ© condamnĂ© de nouveau, par le prĂ©sident Trump et (vraisemblablement) Elon Musk. Il a Ă©tĂ© littĂ©ralement expulsĂ© des Ătats-Unis, le secrĂ©taire d'Ătat Marco Rubio le qualifiant de âpersona non grataâ et de âpoliticien incitant Ă la haine racialeâ (pour avoir critiquĂ© le prĂ©sident Trump, accusĂ© de diriger un âmouvement suprĂ©maciste blancâ aux Ătats-Unis et Ă l'Ă©tranger).
Attention, il s'agit du prĂ©sident qui a coupĂ© toute aide Ă l'Afrique du Sud en raison d'une supposĂ©e âdiscrimination raciale injusteâ contre les Afrikaners blancs (peu importe que, bien qu'ils ne reprĂ©sentent que 7 % de la population, ils possĂšdent encore plus de 70 % des terres agricoles privĂ©es du pays) et qui, alors que son administration consacre son Ă©nergie Ă expulser les immigrants non blancs de ce pays, n'a accueilli qu'un seul groupe important d'Ă©trangers, leur promettant refuge ici (mĂȘme s'ils n'en ont pas besoin) avec un programme appelĂ© âMission Afrique du Sudâ. Il s'agit bien sĂ»r des Afrikaners blancs !
Sur quelle Ă©trange planĂšte nous trouvons-nous maintenant ? Et si vous vous demandez Ă quel point elle est Ă©trange, laissez Aviva Chomsky, collaboratrice rĂ©guliĂšre de Tom Dispatch, de vous immerger dans un monde â le nĂŽtre, en l'occurrence â qui, comme elle le souligne, ne cesse de s'embourber dans le colonialisme (du moins Ă Washington) au fil des ans, qu'il s'agisse des rĂ©actions de Donald Trump Ă l'Ă©gard de l'Afrique du Sud, d'IsraĂ«l et des Palestiniens, ou des immigrants de tous bords dans ce pays. â Tom
Trump & la Palestine
Une vision coloniale immortelle
Par Aviva Chomsky, le 10 avril 2025
D'aprĂšs la vision coloniale du monde â et, Ă son Ă©trange maniĂšre, celle de Donald Trump est on ne peut plus coloniale â, les colonisateurs europĂ©ens blancs passaient pour des phares de la civilisation, de la rationalitĂ© et du progrĂšs, confrontĂ©s Ă de dangereuses hordes barbares au-delĂ (et mĂȘme parfois Ă l'intĂ©rieur) de leurs propres frontiĂšres. La violence coloniale se justifiait alors comme la forme nĂ©cessaire d'autodĂ©fense pour dompter les dĂ©bordements irrationnels de brutalitĂ© chez les colonisĂ©s. Pour comprendre la dĂ©votion bipartite des Ătats-Unis Ă IsraĂ«l, y compris la glorification de la violence israĂ©lienne et la diabolisation des Palestiniens, ainsi que les rĂ©centes attaques de l'administration Trump contre l'Afrique du Sud noire, les Ă©tudiants militants et les immigrants, la comprĂ©hension de cette vision du monde est essentielle.
Sur l'Ăźle caribĂ©enne de la Barbade, la loi de 1688 de la Grande-Bretagne âPour le gouvernement des NĂšgresâ a proclamĂ© que
âles NĂšgres [...] sont de nature barbare, sauvage et fĂ©roce, et qu'ils sont donc totalement impropres Ă ĂȘtre gouvernĂ©s par les lois, coutumes et pratiques de notre nation : Il devient donc absolument impĂ©ratif que d'autres Constitutions, Lois et Ordonnances soient Ă©laborĂ©es et promulguĂ©es pour bien les rĂ©guler ou les rĂ©genter, afin de limiter les dĂ©sordres, les pillages et les barbaries auxquels ils sont naturellement enclinsâ.
En lisant rĂ©cemment ces mots, un Ă©trange Ă©cho m'est revenu Ă l'esprit, celui du prĂ©sident Trump s'exprimant sur les immigrĂ©s, les Palestiniens et les Noirs sud-africains. Le texte de cette loi illustrait ce qui allait devenir l'idĂ©ologie coloniale de longue date : les colonisĂ©s sont, de maniĂšre imprĂ©visible, âbarbares, sauvages et fĂ©rocesâ et doivent donc ĂȘtre gouvernĂ©s par la puissance colonisatrice avec un corpus de lois (sĂ©vĂšres) distinct. Et â bien que cela ne soit pas directement Ă©noncĂ© â doivent se voir attribuer un statut juridique qui les distingue de celui, investi de droits, que les colonisateurs se sont octroyĂ©. En raison de leur ânature barbare, sauvage et fĂ©roceâ, la violence est inĂ©vitable pour les maintenir sous contrĂŽle.
La colonisation consiste Ă envoyer des EuropĂ©ens blancs affronter ces peuples supposĂ©s dangereux dans leur propre patrie, souvent lointaine. Elle consiste Ă©galement, comme Ă la Barbade, Ă envoyer des populations supposĂ©es dangereuses en des lieux nouveaux et Ă recourir Ă la violence et Ă des lois brutales pour les y contrĂŽler. Aux Ătats-Unis, cela a signifiĂ© qu'il fallait tenter de dĂ©placer ou d'Ă©liminer ce que la DĂ©claration d'indĂ©pendance appelait des âsauvages indiens sans pitiĂ©â et justifier la violence des Blancs Ă l'aide de codes esclavagistes basĂ©s sur celui que les Britanniques utilisaient Ă la Barbade face Ă la menace omniprĂ©sente que reprĂ©sentaient soi-disant les Noirs rĂ©duits en esclavage.
Cette sinistre loi de 1688 a Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ© comment le colonialisme a brouillĂ© les frontiĂšres entre l'Europe et ses colonies. Alors qu'elle s'Ă©tendait de plus en plus, l'Europe expansionniste a rassemblĂ© dans les mĂȘmes lieux les EuropĂ©ens dĂ©tenteurs de droits et les exclus, opprimĂ©s ou dominĂ©s par la colonisation, l'esclavage, les transports et la guerre. Les Africains rĂ©duits en esclavage vivaient sur le territoire, mais hors du systĂšme juridique. Cette expansion a requis la violence, ainsi que des structures juridiques et des idĂ©ologies Ă©laborĂ©es pour imposer et justifier qui est digne de ce statut et qui ne le sera jamais, et â oui ! â encore plus de violence pour faire perdurer le systĂšme.
Des concepts toujours bien ancrés
Les héritages du colonialisme et l'ensemble des idées qui sous-tendent la loi de 1688 sont toujours bien vivaces et continuent de cibler les peuples anciennement colonisés (et toujours colonisés).
Face Ă un monde de plus en plus instable, en raison des guerres, des politiques et des pressions croissantes liĂ©es au changement climatique, de plus en plus de peuples ont tentĂ© de quitter leurs pays en difficultĂ© pour Ă©migrer en Europe et aux Ătats-Unis. LĂ -bas, ils sont confrontĂ©s Ă une vague grandissante de racisme anti-immigrĂ©s qui nâest que la version moderne du racisme colonial d'antan. L'Europe et les Ătats-Unis se rĂ©servent bien sĂ»r le droit de refuser l'entrĂ©e ou d'accorder un statut partiel, temporaire, rĂ©vocable et limitĂ© Ă bon nombre de ceux qui cherchent refuge dans leur pays. Ces diffĂ©rents statuts signifient qu'ils sont soumis Ă des systĂšmes juridiques distincts une fois sur le territoire. Dans l'AmĂ©rique de Donald Trump, par exemple, les Ătats-Unis peuvent dĂ©tenir et expulser mĂȘme les dĂ©tenteurs de la carte verte Ă leur guise, en prĂ©tendant simplement que leur prĂ©sence constitue une menace, comme dans le cas du diplĂŽmĂ© de l'universitĂ© Columbia et militant palestinien Mahmoud Khalil, arrĂȘtĂ© Ă New York puis rapidement placĂ© en dĂ©tention en Louisiane.
Le racisme colonial explique en partie la complaisance de l'administration Trump Ă l'Ă©gard de la violence israĂ©lienne contre les Palestiniens. Ă la maniĂšre des puissances coloniales, IsraĂ«l s'appuie sur des lois qui accordent tous les droits Ă certains, tout en justifiant la rĂ©pression (voire le gĂ©nocide) pour d'autres. La violence israĂ©lienne, Ă l'instar du code barbadien de l'esclavage, cherche toujours Ă âcontenir les troubles, les pillages et les actes inhumains auxquels [les Palestiniens] sont naturellement enclinsâ.
L'Afrique du Sud, bien sĂ»r, est toujours aux prises avec son hĂ©ritage colonial et postcolonial, dont des dĂ©cennies d'apartheid, qui ont créé des structures politiques et juridiques privilĂ©giant massivement la population blanche. Et si l'apartheid est dĂ©sormais un hĂ©ritage du passĂ©, les vellĂ©itĂ©s actuelles de rĂ©parer ses prĂ©judices, comme la loi sur la rĂ©forme agraire de janvier 2025, n'ont fait qu'attiser la colĂšre du prĂ©sident Trump, comme en tĂ©moignent ses rĂ©actions aux tentatives les plus modestes de promouvoir la âdiversitĂ©, l'Ă©quitĂ© et l'inclusionâ (ou l'abrĂ©viation redoutĂ©e de l'Ăšre Trump, DEI) dans les institutions amĂ©ricaines, de l'armĂ©e aux universitĂ©s.
IsraĂ«l, cependant, reste un parangon de vertu et de gloire aux yeux de Trump. Ses multiples structures juridiques continuent de priver les Palestiniens de leurs droits, les relĂ©guant Ă une diaspora et interdits de retour, sous une occupation militaire dĂ©vastatrice, sous la constante menace d'expulsion de la Cisjordanie et de Gaza occupĂ©es, et dans JĂ©rusalem-Est occupĂ©e, oĂč ils sont rĂ©sidents israĂ©liens mais pas citoyens Ă part entiĂšre et soumis Ă de multiples exclusions juridiques en tant que non-juifs. (Donald Trump, bien sĂ»r, nourrissait un fantasme comparable lorsqu'il a imaginĂ© reconstruire Gaza en âRivieraâ du Moyen-Orient, tout en expulsant les Palestiniens de la rĂ©gion.) MĂȘme ceux qui sont citoyens d'IsraĂ«l se voient explicitement refuser une identitĂ©, et sont soumis Ă de nombreuses lois fondĂ©es sur la discrimination, dans un pays qui prĂ©tend ĂȘtre âla patrie du peuple juifâ et oĂč les Palestiniens dĂ©placĂ©s n'ont pas le droit de retour, alors mĂȘme que âles colonies juives constituent une richesse nationaleâ.
Discrimination positive ou négative
DerniĂšrement, bien sĂ»r, les politiciens et les experts d'extrĂȘme droite de ce pays ont dĂ©noncĂ© toutes les politiques prĂŽnant une protection spĂ©cifique, voire une reconnaissance acadĂ©mique ou juridique, des groupes longtemps marginalisĂ©s. Ils ont autrefois qualifiĂ© avec dĂ©rision toutes ces initiatives de âthĂ©orie critique de la raceâ et dĂ©noncent aujourd'hui les programmes DEI comme Ă©tant source de division et â oui ! â discriminatoires, insistant pour qu'ils soient dĂ©mantelĂ©s ou abolis.
ParallĂšlement, deux communautĂ©s ont Ă©tĂ© protĂ©gĂ©es par ces mĂȘmes acteurs de droite : les Sud-Africains blancs et les Juifs. Dans son dĂ©cret de fĂ©vrier visant Ă rĂ©duire l'aide Ă l'Afrique du Sud et Ă accorder le statut de rĂ©fugiĂ© aux Sud-Africains blancs afrikaners (et Ă eux seuls), Trump a accusĂ© le gouvernement sud-africain d'avoir mis en place âd'innombrables [...] politiques visant Ă dĂ©manteler l'Ă©galitĂ© des chances en matiĂšre d'emploi, d'Ă©ducation et d'affairesâ. Peu importe qu'une telle vision de l'Afrique du Sud relĂšve de la fiction pure et simple. Ce qu'il voulait dire, bien sĂ»r, c'est qu'ils sont en train de renverser les politiques hĂ©ritĂ©es de l'apartheid privilĂ©giant les Blancs.
Au mĂȘme moment, son administration a dĂ©mantelĂ© les politiques d'Ă©galitĂ© des chances en vigueur aux Ătats-Unis, les qualifiant de âprogrammes de discrimination illĂ©gaux et immoraux, sous couvert de diversitĂ©, d'Ă©quitĂ© et d'inclusion (DEI)â. La diffĂ©rence ? Le prĂ©sident Trump est fier de s'attaquer aux politiques qui crĂ©ent des opportunitĂ©s pour les personnes de couleur, tout comme il s'Ă©tait indignĂ© de la loi sur la rĂ©forme agraire en Afrique du Sud qui a Ă©rodĂ© le privilĂšge historique des propriĂ©taires terriens blancs. Son attaque contre la DEI traduit sa volontĂ© de nier l'idĂ©e mĂȘme de l'Ă©galitĂ© d'accĂšs de facto pour les citoyens (en particulier les personnes de couleur) Ă qui elle a longtemps Ă©tĂ© refusĂ©e.
Trump et ses alliĂ©s sont Ă©galement obsĂ©dĂ©s par âl'explosion de l'antisĂ©mitismeâ dĂ©noncĂ©e par son dĂ©cret du 30 janvier. Contrairement aux Noirs, aux AmĂ©rindiens, aux Hispaniques, aux LGBTQIA+ ou Ă d'autres groupes historiquement marginalisĂ©s aux Ătats-Unis, les Juifs amĂ©ricains, comme les Afrikaners, sont considĂ©rĂ©s comme un groupe mĂ©ritant une protection spĂ©ciale.
Mais d'oĂč vient donc cette prĂ©tendue âexplosionâ d'antisĂ©mitisme ? La rĂ©ponse : âdes extrĂ©mistes de gauche et des extrĂ©mistes pro-Hamasâ qui, selon Donald Trump, mĂšnent âune campagne d'intimidation, de vandalisme et de violence sur les campus et dans les rues des Ătats-Unisâ. En d'autres termes, la menace barbare omniprĂ©sente est dĂ©sormais incarnĂ©e par des âextrĂ©mistesâ et des âradicauxâ qui s'opposent Ă la violence coloniale israĂ©lienne et Ă un ordre mondial dominĂ© par les Ătats-Unis.
Et, surtout, tous les Juifs ne méritent pas pareille protection, seulement ceux qui s'identifient à la violence coloniale d'Israël et lui apportent leur soutien. L'obsession actuelle de la droite américaine pour l'antisémitisme n'a que peu à voir avec les droits des Juifs en général et tout à voir avec son engagement envers Israël.
MĂȘme le moindre Ă©cart de son soutien inconditionnel Ă la violence israĂ©lienne a valu au chef de la minoritĂ© au SĂ©nat, Chuck Schumer, le rejet de Trump, qui l'a qualifiĂ© de âfervent soutien du Hamasâ, et a ajoutĂ© : âIl est devenu palestinien. Il Ă©tait juif. Il n'est plus juif. Il est palestinienâ. Apparemment, pour Trump, le mot âPalestinienâ lui-mĂȘme est une insulte.
Une violence israĂ©lienne âstupĂ©fianteâ, et des Palestiniens âbarbaresâ
Les mĂ©dias amĂ©ricains et les responsables des deux partis ont gĂ©nĂ©ralement cĂ©lĂ©brĂ© la violence israĂ©lienne. En septembre 2024, le New York Times a fait rĂ©fĂ©rence aux âdeux jours d'attaques stupĂ©fiantes d'IsraĂ«l qui ont fait exploser des tĂ©lĂ©avertisseurs et des radios portables Ă travers le Libanâ, tuant des dizaines de personnes et en mutilant des milliers d'autres. Un titre du Washington Post qualifiait cela âd'attaque des tĂ©lĂ©avertisseurs d'IsraĂ«l, un triomphe du renseignementâ. Le prĂ©sident Joe Biden a ensuite saluĂ© l'assassinat par IsraĂ«l de Hassan Nasrallah du Hezbollah en septembre comme Ă©tant âjustice rendueâ et qualifiĂ© l'assassinat par IsraĂ«l de Yahya Sinwar du Hamas un mois plus tard de âbonne journĂ©e pour IsraĂ«l, pour les Ătats-Unis comme pour le reste du mondeâ. Concernant le meurtre par IsraĂ«l du nĂ©gociateur en chef du Hamas, IsmaĂ«l Haniyeh, en aoĂ»t, au beau milieu des nĂ©gociations de cessez-le-feu organisĂ©es par les Ătats-Unis, M. Biden n'a pu que dĂ©plorer le fait que cela ân'ait servi Ă rienâ.
Ă titre de comparaison, l'indignation a Ă©tĂ© grande lorsque Joseph Massad, professeur d'Ă©tudes sur le Moyen-Orient Ă l'universitĂ© Columbia, a Ă©crit, dans un article sur les rĂ©actions du monde arabe Ă l'attaque du Hamas du 7 octobre, que âvoir des combattants de la RĂ©sistance palestinienne prenant d'assaut les checkpoints israĂ©liens sĂ©parant Gaza d'IsraĂ«l a Ă©tĂ© stupĂ©fiantâ. Pour cette simple rĂ©flexion sur ces rĂ©actions arabes, la prĂ©sidente de Columbia de l'Ă©poque, Minouche Shafik, l'a dĂ©noncĂ© devant le CongrĂšs, annonçant sa âconsternationâ, et que Massad faisait l'objet d'une enquĂȘte en raison de son langage âinacceptableâ. Elle a insistĂ© sur le fait qu'il n'aurait jamais obtenu de poste permanent si elle avait eu connaissance de ses opinions. Apparemment, seule la violence israĂ©lienne peut ĂȘtre âstupĂ©fianteâ, voire un âtriompheâ.
Le 9 octobre, Ă Harvard, des groupes d'Ă©tudiants solidaires de la Palestine ont citĂ© des responsables israĂ©liens promettant de âdĂ©chaĂźner l'enferâ sur Gaza. âNous tenons le rĂ©gime israĂ©lien entiĂšrement responsable de toute la violence dĂ©ployĂ©eâ, ont-ils Ă©crit. Bien que de nombreuses sources d'IsraĂ«l aient tenu des propos similaires, la reprĂ©sentante rĂ©publicaine Elise Stefanik a publiĂ© : âIl est rĂ©voltant et ignoble que les Ă©tudiants de Harvard accusent IsraĂ«l des attaques barbares du Hamasâ. On note l'utilisation du mot âbarbareâ issu du code de l'esclavage, Ă plusieurs reprises invoquĂ© par les journalistes, les intellectuels et les politiciens pour parler du Hamas ou des Palestiniens, mais pas des IsraĂ©liens.
En novembre 2024, lorsque les Ătats-Unis ont opposĂ© leur veto (pour la quatriĂšme fois) Ă une rĂ©solution du Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies appelant Ă un cessez-le-feu immĂ©diat Ă Gaza, la consternation a Ă©tĂ© gĂ©nĂ©rale. L'ONU a averti qu'aprĂšs un an de bombardements intensifs par IsraĂ«l et 40 jours de blocus complet des approvisionnements humanitaires, deux millions de Palestiniens âsont confrontĂ©s Ă des conditions de survie de plus en plus prĂ©cairesâ. Le directeur de Human Rights Watch Ă l'ONU a accusĂ© les Ătats-Unis d'agir âpour garantir l'impunitĂ© d'IsraĂ«l alors que son armĂ©e continue de commettre des crimes contre les Palestiniens Ă Gazaâ. L'ambassadeur amĂ©ricain a cependant dĂ©fendu le veto, soutenant que, bien que la rĂ©solution appelle Ă la libĂ©ration des otages israĂ©liens Ă Gaza, elle manque de âcohĂ©renceâ. Et bien sĂ»r, les armes amĂ©ricaines, y compris les bombes de 900 kg d'une puissance destructrice terrifiante, ont continuĂ© d'affluer en IsraĂ«l en quantitĂ©s astronomiques alors que le gĂ©nocide se poursuit.
Associer immigrants, Palestiniens et l'Afrique du Sud
Aux Ătats-Unis, l'attaque virulente de Trump contre les immigrants a ravivĂ© la pire rhĂ©torique coloniale. Le Marshall Project a, par exemple, retracĂ© certaines de ses principales dĂ©clarations et la frĂ©quence Ă laquelle il les a rĂ©pĂ©tĂ©es :
âLes immigrants non autorisĂ©s sont des criminels [dit plus de 575 fois], des serpents qui mordent [plus de 35 fois], qui mangent les animaux domestiques, sortent des prisons et des institutions psychiatriques [plus de 560 fois], provoquent des crimes dans les villes saintes [plus de 185 fois], et un certain nombre de cas isolĂ©s et tragiques prouvent qu'ils tuent des AmĂ©ricains en masse [plus de 235 fois]â.
Il est clair que des lois draconiennes sont nécessaires pour contrÎler de tels monstres !
Trump a Ă©galement promis d'expulser des millions d'immigrants et a Ă©mis une sĂ©rie de dĂ©crets visant Ă Ă©tendre massivement la dĂ©tention et l'expulsion des personnes vivant aux Ătats-Unis sans autorisation lĂ©gale - les âsans-papiersâ. Une autre sĂ©rie de dĂ©crets vise Ă retirer le statut de millions d'immigrants vivant actuellement sur le territoire avec uneautorisation lĂ©gale, en rĂ©voquant le statut de protection temporaire, les autorisations de travail, les visas d'Ă©tudiant et mĂȘme les cartes vertes. L'une des raisons est d'augmenter le nombre d'expulsions car, malgrĂ© tous les discours et les effets d'annonce, l'administration a jusqu'Ă prĂ©sent eu du mal Ă tenir ses promesses sur les taux d'expulsion.
Cette campagne anti-immigration est en parfaite adĂ©quation avec la sympathie de Trump pour l'IsraĂ«l juif et l'Afrique du Sud blanche. Les Sud-Africains blancs sont accueillis Ă bras ouverts (mĂȘme s'ils sont peu nombreux), tandis que les autres sont pris pour cible. Les Ă©tudiants non citoyens et certains autres ont Ă©tĂ© particuliĂšrement pointĂ©s du doigt pour avoir soi-disant âcĂ©lĂ©brĂ© les viols, enlĂšvements et meurtres de masse du Hamasâ. Les cas de Mahmoud Khalil, Rasha Alawieh, Momodou Taal, Badar Khan Suri, Yunseo Chung et Rumeysa Ozturk (et peut-ĂȘtre d'autres Ă la publication de cet article) en sont des exemples frappants. L'administration Trump a dĂ©nigrĂ© Ă plusieurs reprises les mouvements de dĂ©fense des droits des Palestiniens et des immigrĂ©s, les qualifiant de menaces violentes qu'il faut contenir.
Mais on peut aussi y voir des relations plus complexes. Selon lui, les immigrĂ©s originaires de ce que Trump a un jour qualifiĂ© de âpays de merdeâ seraient non seulement enclins Ă la violence et Ă la criminalitĂ©, mais Ă©galement aux opinions anti-amĂ©ricaines et anti-israĂ©liennes, mettant ainsi le pays en danger. Dans son dĂ©cret exĂ©cutif sur l'Afrique du Sud, il a notamment accusĂ© le gouvernement sud-africain
âd'avoir adoptĂ© des positions agressives envers les Ătats-Unis et leurs alliĂ©s, notamment en accusant IsraĂ«l [...] de gĂ©nocide devant la Cour internationale de justiceâ et de âsaper la politique Ă©trangĂšre des Ătats-Unis, menaçant ainsi la sĂ©curitĂ© nationale de notre nationâ
- une formulation quasi identique à celle utilisée pour justifier la révocation des visas de M. Khalil et d'autres opposants. En d'autres termes, la menace est partout.
Trump et ses acolytes instrumentalisent l'antisémitisme pour attaquer les manifestants étudiants, les organisations juives progressistes, la liberté d'expression, les immigrants, l'enseignement supérieur et toute autre menace à sa vision coloniale du monde.
En rĂ©alitĂ©, cependant, les Ătats-Unis, IsraĂ«l et l'Afrique du Sud blanche existent en tant qu'anachronismes coloniaux dans ce que le prĂ©sident Joe Biden, faisant Ă©cho au Premier ministre israĂ©lien Benjamin Netanyahu, a dĂ©crit (en ce qui concerne IsraĂ«l) comme un âvoisinage particuliĂšrement dangereuxâ. Et Trump ne fait que rĂ©affirmer ce point de vue.
Aussi étrange que cela puisse paraßtre, les colons de la Barbade seraient sans aucun doute fiers de voir leurs descendants idéologiques continuer à imposer un contrÎle brutal sur notre monde, tout en invoquant les idées racistes propagées au XVIIe siÚcle.
* Aviva Chomsky, collaboratrice rĂ©guliĂšre de TomDispatch, est professeure d'histoire et coordinatrice des Ă©tudes latino-amĂ©ricaines Ă l'universitĂ© d'Ătat de Salem, dans le Massachusetts. Son dernier livre s'intitule Is Science Enough? Forty Critical Questions about Climate Justice.



Lâarticle intĂ©ressant au demeurant mâa surpris au dĂ©tour dâune seule phrase...lâexpression 'changement climatique' utilisĂ© totalement hors-contexte. Penible de voir qu'Al Gore et la secte malfaisante du Giec a fini par pĂ©nĂ©trer le cerveau de quiconque ! Arriver Ă placer rĂ©chauffisme avec le nĂ©o-colonialisme, câest consternant! đŹ