đâđš SolidaritĂ© avec Cuba
Depuis 1992, lâAssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies vote chaque annĂ©e Ă une Ă©crasante majoritĂ© contre le blocus, les Ătats-Unis et IsraĂ«l Ă©tant gĂ©nĂ©ralement les seuls pays Ă sây opposer.

đâđš SolidaritĂ© avec Cuba
Par Vijay Prashad, le 19 février 2026
La rĂ©volution cubaine rĂ©siste Ă lâimpĂ©rialisme amĂ©ricain.
En janvier 2021, le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump a qualifiĂ© Cuba de âmenace inhabituelle et extraordinaireâ pour la sĂ©curitĂ© des Ătats-Unis, dĂ©signation qui permet au gouvernement amĂ©ricain dâimposer des restrictions Ă©conomiques radicales traditionnellement rĂ©servĂ©es aux adversaires de la sĂ©curitĂ© nationale. Le blocus amĂ©ricain contre Cuba a Ă©tĂ© instaurĂ© dans les annĂ©es 1960, juste aprĂšs la rĂ©volution cubaine de 1959, puis sâest durci au fil des ans. Sans aucun mandat du Conseil de sĂ©curitĂ© de lâONU (qui peut autoriser des sanctions, mais dans des conditions bien spĂ©cifiques) les Ătats-Unis ont mis en place un blocus illĂ©gal et unilatĂ©ral pour contraindre les pays du monde Ă cesser tout commerce avec Cuba. Les nouvelles restrictions concernent principalement le pĂ©trole. Le gouvernement amĂ©ricain a menacĂ© dâimposer des droits de douane et des sanctions Ă tout pays vendant ou transportant du pĂ©trole Ă Cuba.
Le 3 janvier, les Ătats-Unis ont attaquĂ© le Venezuela et kidnappĂ© le prĂ©sident NicolĂĄs Maduro Moros ainsi que son Ă©pouse, la dĂ©putĂ©e Cilia Flores. Alors que 150 avions militaires amĂ©ricains survolaient Caracas, les Ătats-Unis ont informĂ© le gouvernement vĂ©nĂ©zuĂ©lien quâen cas de refus de cĂ©der Ă une liste dâexigences, ils transformeraient le centre-ville de Caracas en une ville Ă lâimage de Gaza. Le reste du gouvernement, qui nâavait aucun moyen de pression a dĂ» faire un compromis tactique et accepter les exigences amĂ©ricaines. Lâune de ces exigences concernait lâarrĂȘt des exportations de pĂ©trole vers Cuba. En 2025, le Venezuela couvrait environ 34 % de la demande totale de pĂ©trole de Cuba. Avec la disparition Ă court terme du pĂ©trole vĂ©nĂ©zuĂ©lien, Cuba se prĂ©parait dĂ©jĂ Ă affronter une grave crise.
Mais ce nâest pas tout. En 2025, le Mexique fournissait 44 % du pĂ©trole brut importĂ© par Cuba. Washington a alors exercĂ© des pressions sur le Mexique pour quâil cesse ses exportations de pĂ©trole vers Cuba, entraĂźnant ainsi la disparition de prĂšs de 80 % des importations de pĂ©trole de lâĂźle. Lors dâun entretien tĂ©lĂ©phonique entre la prĂ©sidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, et Trump, ce dernier a affirmĂ© lui avoir demandĂ© de cesser de vendre du pĂ©trole Ă Cuba. Elle a toutefois niĂ© avoir reçu une telle demande, dĂ©clarant quâelle et le prĂ©sident amĂ©ricain nâont Ă©voquĂ© que de maniĂšre gĂ©nĂ©rale les relations entre les Ătats-Unis et le Mexique. Quoi quâil en soit, la pression exercĂ©e sur le Mexique en vue de lâamener Ă cesser ses livraisons de pĂ©trole a Ă©tĂ© considĂ©rable. Mme Sheinbaum a soulignĂ© que le Mexique doit pouvoir prendre des dĂ©cisions souveraines et que le peuple mexicain ne cĂ©dera pas Ă la pression amĂ©ricaine. Selon elle, la coupure de lâapprovisionnement en carburant de Cuba pourrait provoquer une crise humanitaire.
La politique brutale de M. Trump a effectivement rĂ©duit les importations de pĂ©trole de Cuba, provoquant une grave crise Ă©nergĂ©tique sur lâĂźle de onze millions dâhabitants. Des coupures de courant, des pĂ©nuries de carburant pour les hĂŽpitaux, les rĂ©seaux dâapprovisionnement en eau et les transports, ainsi quâun rationnement de lâĂ©lectricitĂ© ont Ă©tĂ© constatĂ©s. En raison du manque de carburant dâaviation, plusieurs compagnies aĂ©riennes commerciales, telles quâAir Canada, ont suspendu leurs vols vers La Havane.
Les Nations unies ont mis en garde contre les consĂ©quences de la campagne de pression menĂ©e par les Ătats-Unis, notamment la politique de restriction des importations de carburant, qui menacent lâapprovisionnement en nourriture et en eau, ainsi que le fonctionnement des hĂŽpitaux, des Ă©coles et des services de base Ă Cuba. Les responsables de lâONU, notamment le rapporteur spĂ©cial de lâorganisation sur les droits de lâhomme Ă Cuba, ont condamnĂ© lâintensification du blocus amĂ©ricain, estimant que cette mesure porte directement atteinte aux citoyens cubains. Ils ont soulignĂ© que ces restrictions entravent lâapprovisionnement des hĂŽpitaux en mĂ©dicaments essentiels, le fonctionnement des cliniques de dialyse et la fourniture dâĂ©quipements mĂ©dicaux aux patients, aggravant ainsi la crise sanitaire sur lâĂźle. Le rapporteur spĂ©cial a qualifiĂ© cette politique de âpunitive et disproportionnĂ©eâ, soulignant quâelle viole le droit international et aggrave les difficultĂ©s socio-Ă©conomiques. LâONU a exhortĂ© les Ătats-Unis Ă lever les sanctions et Ă accorder la prioritĂ© aux dĂ©rogations humanitaires, soulignant que le dialogue et la coopĂ©ration, et non les mesures coercitives, sont nĂ©cessaires au respect de la vie et des droits humains des Cubains.
Un groupe dâexperts en droits humains de lâONU a condamnĂ© le dĂ©cret, le qualifiant de âviolation grave du droit internationalâ et de âgrave menace pour un ordre international dĂ©mocratique et Ă©quitableâ. Selon eux, cette mesure contraint Cuba et dâautres Ătats en les menaçant de sanctions commerciales, et ces mesures Ă©conomiques extraterritoriales risquent dâavoir de graves rĂ©percussions humanitaires. Leur dĂ©claration indique clairement quâaucun droit en vertu du droit international nâautorise un Ătat Ă imposer des sanctions Ă©conomiques Ă des Ătats tiers pour des relations commerciales lĂ©gales. Ils ont appelĂ© lâadministration Trump Ă annuler ce dĂ©cret illĂ©gal. Depuis 1992, lâAssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies vote chaque annĂ©e Ă une Ă©crasante majoritĂ© contre le blocus, les Ătats-Unis et IsraĂ«l Ă©tant gĂ©nĂ©ralement les seuls pays Ă sây opposer.
Le blocus imposĂ© par les Ătats-Unis a eu un impact grave sur le modĂšle Ă©conomique de Cuba. Depuis le dĂ©but du blocus, il y a plus de soixante ans, les Ătats-Unis ont coĂ»tĂ© Ă Cuba 171 milliards de dollars, soit 2 100 milliards de dollars sur la base du prix de lâor. Entre mars 2024 et fĂ©vrier 2025, le gouvernement cubain estime que le blocus a causĂ© environ 7,5 milliards de dollars de prĂ©judice, soit une hausse de 49 % par rapport Ă la pĂ©riode prĂ©cĂ©dente. Avec ce chiffre de 171 milliards de dollars, le peuple cubain perd donc 20,7 millions de dollars par jour, soit 862 568 dollars par heure. Ces pertes sont considĂ©rables pour un petit pays qui tente de se doter dâune sociĂ©tĂ© rationnelle fondĂ©e sur les valeurs socialistes.
Les réactions à La Havane
Le prĂ©sident cubain, Miguel DĂaz-Canel, a fermement condamnĂ© le durcissement des mesures amĂ©ricaines, les qualifiant de âguerre Ă©conomiqueâ, et a affirmĂ© que la politique amĂ©ricaine a toujours eu pour objectif dâaffaiblir la souverainetĂ© du pays. Le gouvernement parle de âblocus Ă©nergĂ©tiqueâ et souligne que les pĂ©nuries sur lâĂźle sont le rĂ©sultat direct des politiques coercitives des Ătats-Unis. En rĂ©ponse, la rĂ©volution cubaine a mis en Ćuvre des plans dâurgence, notamment un rationnement du carburant pour privilĂ©gier les services essentiels, comme les hĂŽpitaux, les rĂ©seaux dâapprovisionnement en eau et les transports publics. Cuba a Ă©galement annoncĂ© des directives nationales pour gĂ©rer la diminution des approvisionnements Ă©nergĂ©tiques, notamment en se tournant vers des sources dâĂ©nergie alternatives et renouvelables quand câest possible. Le gouvernement chinois a fait don dâĂ©quipements dĂ©diĂ©s Ă la construction de parcs solaires Ă grande Ă©chelle dans les provinces dâArtemisa, de Granma, de GuantĂĄnamo, dâHolguĂn, de Las Tunas et de Pinar del RĂo. Ă long terme, la Chine aidera Cuba Ă construire 92 fermes solaires pour ajouter 2 000 mĂ©gawatts de capacitĂ© solaire. Pour aider les mĂ©nages des rĂ©gions isolĂ©es, le gouvernement chinois a envoyĂ© 5 000 kits solaires pour la collecte dâĂ©nergie sur les toits. Du carburant en provenance du Mexique, de Russie et dâautres pays se dirige actuellement vers Cuba. La politique dâisolement de Trump ne sâest donc pas avĂ©rĂ©e un succĂšs total.
Le gouvernement cubain a dĂ©clarĂ© ĂȘtre en contact avec Washington, mais ne pas encore avoir entamĂ© de pourparlers directs de haut niveau. Le prĂ©sident DĂaz-Canel a dĂ©clarĂ© que son gouvernement sâengage Ă dialoguer avec les Ătats-Unis, Ă condition que trois points essentiels soient respectĂ©s. Tout dâabord, le dialogue doit ĂȘtre respectueux, constructif et exempt de toute pression ou condition prĂ©alable. Ensuite, il doit respecter la souverainetĂ©, lâindĂ©pendance et le systĂšme politique de Cuba. Enfin, le gouvernement cubain nâest pas disposĂ© Ă nĂ©gocier la Constitution rĂ©cemment rĂ©visĂ©e en 2019, ni lâengagement de Cuba envers le socialisme. Si les Ătats-Unis insistent pour dĂ©battre de lâune de ces trois questions, aucun dialogue nâaura lieu. Cette dĂ©fiance est ancrĂ©e dans lâhistoire de la rĂ©volution cubaine, car la rĂ©volution elle-mĂȘme a Ă©tĂ© un acte de dĂ©fiance contre la revendication des Ătats-Unis de contrĂŽler lâhĂ©misphĂšre occidental, doctrine Ă©noncĂ©e en 1823 par le prĂ©sident Monroe et rĂ©affirmĂ©e par Donald Trump en 2025. Cette dĂ©fiance a Ă©tĂ© contagieuse, suscitant une rĂ©sistance latino-amĂ©ricaine Ă lâimpĂ©rialisme amĂ©ricain depuis les annĂ©es 1960 jusquâĂ aujourdâhui, y compris au cĆur du processus bolivarien au Venezuela.
La marée monte
LâAmĂ©rique latine est en pleine mutation, un processus rapide et dangereux. Pays aprĂšs pays, de lâArgentine au Salvador, des formations politiques dâextrĂȘme droite dâun genre inĂ©dit ont Ă©tĂ© Ă©lues au pouvoir. Ces dirigeants se sont engagĂ©s Ă dĂ©fendre des valeurs sociales conservatrices profondĂ©ment ancrĂ©es dans la croissance du christianisme Ă©vangĂ©lique rĂ©actionnaire Ă travers les AmĂ©riques, Ă mener une guerre impitoyable contre la pauvretĂ© en emprisonnant tous les criminels potentiels (une politique lancĂ©e par Nayib Bukele au Salvador), et Ă opĂ©rer un virage radical vers la civilisation occidentale, orientĂ© vers les Ătats-Unis et contre la Chine (un sentiment oscillant entre la cĂ©lĂ©bration de la culture occidentale et la haine du communisme). Cette tendance risque de sâinstaller pour une gĂ©nĂ©ration si lâextrĂȘme droite parvient Ă Ă©liminer la gauche du pouvoir en Colombie, Ă Cuba, au Mexique, au Nicaragua et au Venezuela (au BrĂ©sil, cette idĂ©ologie a dĂ©jĂ pris le contrĂŽle du pouvoir lĂ©gislatif).
Les attaques simultanĂ©es contre le Venezuela et Cuba tĂ©moignent de la contribution des Ătats-Unis Ă cette flambĂ©e Ă travers les AmĂ©riques. Trump et ses comparses aimeraient installer des dirigeants de leur acabit (tels que Javier Milei) aux quatre coins du continent dans le cadre du corollaire trumpien de la doctrine Monroe. VoilĂ qui ranime la notion de souverainetĂ© sur le continent sud-amĂ©ricain. Lorsque lâartiste portoricain Bad Bunny a conclu sa performance au Super Bowl amĂ©ricain en cĂ©lĂ©brant tous les pays des AmĂ©riques en les nommant un par un, il a lui aussi pris part Ă la bataille autour du concept de souverainetĂ©.
La rĂ©volution cubaine rĂ©siste Ă lâimpĂ©rialisme amĂ©ricain, mais elle subit des pressions considĂ©rables. La solidaritĂ© avec Cuba profite au peuple cubain, Ă la rĂ©volution cubaine, Ă la souverainetĂ© par-delĂ les AmĂ©riques et Ă lâidĂ©e du socialisme dans le monde. Câest dĂ©sormais une ligne de front dans la lutte contre lâimpĂ©rialisme.
Traduit par Spirit of Free Speech


