đâđš Tianjin, un sommet aux rythmes multipolaires prometteurs
Tianjin, une approche sans commune mesure avec la âdĂ©mocratieâ dĂ©figurĂ©e par ses prĂ©tendus apĂŽtres occidentaux. Ici, on Ćuvre pour le bien collectif. Telle est la cause dĂ©fendue par les BRICS & l'OSC.

đâđš Tianjin, un sommet aux rythmes multipolaires prometteurs
Par Pepe Escobar, le 2 septembre 2025
Tout est toujours une question d'Ćuvrer, pour le bien commun. C'est ce pour quoi se battent les BRICS et l'OCS.
Quel spectacle extraordinaire ! Un événement panasiatique, paneurasien aux accents du Sud global, s'est déroulé dans la dynamique et étincelante ville de Tianjin. Il a été salué par la grande majorité de la planÚte, tout en suscitant, comme on pouvait s'y attendre, une avalanche de critiques de la part de l'Occident divisé, de l'empire autoproclamé du chaos à la coalition des chihuahuas d'opérette.
L'histoire retiendra que, tout comme les BRICS ont été mis à l'honneur lors du sommet de Kazan en 2024, l'OCS leur a emboßté le pas au sommet de Tianjin 2025.
Parmi les nombreux moments forts, Poutine et Modi marchant main dans la main restera dans les annales, mais l'événement phare restera bien sûr la prestation du maßtre de cérémonie Xi. Le RIC (Russie, Inde, Chine) originel, tel que conceptualisé par le grand Primakov à la fin des années 1990, a enfin fait son grand retour.
Mais c'est Xi qui a personnellement défini les grandes lignes en proposant un nouveau modÚle de gouvernance mondiale avec des retombées importantes, telles qu'une banque de développement de l'OCS qui devrait compléter la New Development Bank (NDB) des BRICS, ainsi qu'une coopération étroite en matiÚre d'intelligence artificielle, contrastant avec le techno-féodalisme de la Silicon Valley.
La gouvernance mondiale Ă la chinoise repose sur cinq principes fondamentaux. L'Ă©galitĂ© souveraine est sans conteste LE principe essentiel. Elle est liĂ©e au respect de l'Ătat de droit international et non Ă un âordre international fondĂ© sur des rĂšglesâ modulable Ă l'envi. La gouvernance mondiale promeut le multilatĂ©ralisme. Elle encourage Ă©galement une approche âcentrĂ©e sur les peuplesâ trĂšs apprĂ©ciĂ©e, au-delĂ des intĂ©rĂȘts particuliers.
Poutine a pour sa part dĂ©taillĂ© le rĂŽle de l'OCS en tant que âvecteur d'un multilatĂ©ralisme authentiqueâ, en phase avec cette nouvelle gouvernance mondiale. Il a Ă©galement lancĂ© un appel crucial en faveur d'un concept de sĂ©curitĂ© paneurasien. Une approche qui correspond en tout point au principe âde sĂ©curitĂ© indivisibleâ proposĂ©e par le Kremlin Ă Washington en dĂ©cembre 2021, proposition sans rĂ©ponse Ă ce jour.
Ensemble, les BRICS et l'OCS s'engagent pleinement à éradiquer la mentalité de blocs héritée de la guerre froide, et sont suffisamment visionnaires pour appeler au respect du systÚme des Nations unies tel que les fondateurs l'avaient pensé.
Cette bataille sera décisive, qu'il s'agisse de déplacer le siÚge de l'ONU de New York ou de reformer en profondeur le Conseil de sécurité.
L'ours, le dragon et l'éléphant
Si Xi a dĂ©fini les grandes lignes Ă Tianjin, l'invitĂ© d'honneur stratĂ©gique n'Ă©tait autre que Poutine. Mardi, ils se sont entretenus en tĂȘte-Ă -tĂȘte Ă Zhongnanhai, Ă PĂ©kin, dans un cadre trĂšs privĂ©, car seules des entretiens spĂ©ciaux ont lieu dans l'ancien palais impĂ©rial. Xi a souhaitĂ© la bienvenue Ă son âvieil amiâ par quelques mots en russe.
En soulignant le rÎle central du programme de développement de l'OCS pour les dix prochaines années, Poutine a confirmé sa convergence de vues avec la Chine et ses plans quinquennaux successifs ayant fait leurs preuves.
Ces feuilles de route sont essentielles pour définir des stratégies à long terme. Dans le cas de l'OCS, l'objectif est d'organiser la transition progressive d'un mécanisme initialement axé sur la lutte contre le terrorisme vers une plateforme multilatérale complexe coordonnant le développement des infrastructures et la géoéconomie.
D'oĂč la nouvelle ambition de la Chine, Ă savoir la crĂ©ation de la Banque de dĂ©veloppement de l'OCS. Cette institution est similaire Ă la NDB, la banque des BRICS basĂ©e Ă Shanghai, et parallĂšle Ă la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures (AIIB), une banque multilatĂ©rale basĂ©e Ă PĂ©kin.
Une fois de plus, les BRICS et l'OCS sont étroitement liés, car leur objectif principal est de se libérer progressivement de leur dépendance aux paradigmes occidentaux tout en luttant contre les effets des sanctions qui ont durement touché, et ce n'est pas un hasard, les quatre principaux pays des BRICS et de l'OCS : la Russie, la Chine, l'Inde et l'Iran.
Et c'est dans cette ambiance conviviale de Tianjin que Modi a effectuĂ© sa premiĂšre visite en Chine depuis 7 ans. Xi Jinping est allĂ© droit au but : âLa Chine et l'Inde sont de grandes civilisations dont les responsabilitĂ©s surpassent les enjeux bilatĂ©rauxâ. M. Xi s'est une fois de plus illustrĂ© en dĂ©clarant que l'avenir rĂ©side âdans la danse du dragon et de l'Ă©lĂ©phantâ. Les trois alliĂ©s eurasiatiques se sont alors entretenus de maniĂšre informelle en marge de la rĂ©union.
Bien que moins exhaustive que celle de Kazan l'annĂ©e derniĂšre, la dĂ©claration de Tianjin a nĂ©anmoins su mettre l'accent sur les points clĂ©s concernant l'Eurasie : la souverainetĂ© avant tout, la non-ingĂ©rence dans les affaires intĂ©rieures des Ătats membres et le rejet total des sanctions unilatĂ©rales comme moyen de coercition.
Ces principes doivent non seulement s'appliquer aux Ătats membres de l'OCS, mais aussi Ă ses partenaires, qu'il s'agisse des pĂ©tromonarchies arabes ou des puissances de l'Asie du Sud-Est. Les stratĂ©gies de dĂ©veloppement de diffĂ©rentes nations coopĂšrent dĂ©jĂ dans la pratique avec les projets de la BRI, du couloir Ă©conomique Chine-Pakistan (CPEC) au complexe industriel sino-biĂ©lorusse, en passant par le commerce Ă©lectronique transfrontalier, l'intelligence artificielle et le big data.
CombinĂ©e Ă l'impressionnante Ă©tendue gĂ©ographique de l'OCS, soit la moitiĂ© de la population mondiale, cette coopĂ©ration offre un potentiel considĂ©rable dans tous les domaines, notamment le commerce, les infrastructures de transport, les investissements transfrontaliers et les transactions financiĂšres, potentiel encore loin d'ĂȘtre rĂ©alisĂ©.
Mais l'accélération des interactions géoéconomiques paneurasiatiques est déjà en marche, sous l'impulsion des impératifs géopolitiques.
L'esprit de Shanghai enterre la âguerre contre le terrorismeâ
Telle est la principale conclusion du sommet de Tianjin : l'OCS s'affirme comme un pÎle stratégique incontournable réunissant une grande partie de la Majorité mondiale. Et ce sans pour autant s'imposer comme un mastodonte militaire offensif, à l'instar de l'OTAN.
On est loin du modeste salon de Shanghai en 2001, trois mois seulement avant le 11 septembre, prĂ©sentĂ© par l'Empire du Chaos comme la pierre angulaire de la âguerre contre le terrorismeâ. Cette premiĂšre modeste Ă©tape, avec la Russie, la Chine et trois âstanâ d'Asie centrale, reposait sur l'âesprit de Shanghaiâ, un ensemble de principes fondĂ©s sur des relations de confiance et d'avantages mutuels, l'Ă©galitĂ©, le dialogue, le respect de la diversitĂ© des civilisations et la promotion du dĂ©veloppement Ă©conomique collectif.
La capacitĂ© de l'esprit de Shanghai Ă survivre Ă la âguerre contre le terrorismeâ a de quoi nous faire rĂ©flĂ©chir.
Ă l'occasion du banquet raffinĂ© offert Ă Tianjin aux invitĂ©s de l'OCS, Xi a citĂ© un proverbe : âDans une course Ă cent bateaux, c'est celui qui manĆuvre le mieux qui l'emporteâ.
Agir. Les rĂ©sultats sont visibles par tous ceux qui sont confrontĂ©s Ă l'essor spectaculaire de Tianjin. Une approche sans commune mesure avec la âdĂ©mocratieâ dĂ©figurĂ©e par ses prĂ©tendus dĂ©fenseurs des pays occidentaux, prĂ©sentĂ©e comme une alternative aux âautocratesâ, aux âmĂ©chantsâ, Ă l'Axe du bouleversement ou Ă toute autre ineptie. Il ne s'agit que d'Ćuvrer â pour le bien collectif. Telle est la cause dĂ©fendue par les BRICS et l'OCS.
Traduit par Spirit of Free Speech
https://strategic-culture.su/news/2025/09/02/the-tianjin-show-lets-dance-to-the-multipolar-groove/

