đâđš Tony Blair & le piĂšge de Gaza : maintien du contrĂŽle colonial sous couvert de âtransitionâ
LâautoritĂ© de transition Ă Gaza nâest pas lĂ pour rĂ©soudre colonialisme & apartheid. La vĂ©ritable transition, de lâoccupation Ă la coexistence, de lâapartheid Ă lâĂ©galitĂ©, doit commencer en IsraĂ«l.
đâđš Tony Blair & le piĂšge de Gaza : maintien du contrĂŽle colonial sous couvert de âtransitionâ
Par Dennis Kucinich & Elizabeth Kucinich, le 3 octobre 2025
Le projet impĂ©rialiste visant Ă officialiser lâoccupation sous gestion internationale par le biais dâune autoritĂ© de transition permettrait dâancrer un contrĂŽle colonial permanent, dâapprofondir les divisions et dâassurer la soumission de Gaza.
Gaza est un territoire occupĂ©. Ses frontiĂšres, son espace aĂ©rien, ses importations, ses exportations et mĂȘme ses calories sont contrĂŽlĂ©s par IsraĂ«l et ses soutiens occidentaux. Gaza nâa pas besoin dâun autre drapeau flottant au-dessus de ses ruines, elle a besoin du droit de se reconstruire selon ses propres conditions.
Le mirage de la âtransitionâ
Les gouvernements occidentaux prĂ©parent un plan pour lâadministration dâaprĂšs-guerre Ă Gaza. La proposition, avancĂ©e grĂące Ă une coordination discrĂšte entre Washington, Londres et JĂ©rusalem, prĂ©voit la crĂ©ation dâun nouvel organisme international appelĂ© âAutoritĂ© internationale de transition pour Gazaâ qui gouvernerait le territoire plusieurs annĂ©es aprĂšs le conflit. Ce concept, prĂ©sentĂ© comme un effort de stabilisation, sâinspirerait des missions Ă©trangĂšres menĂ©es prĂ©cĂ©demment au Kosovo et au Liban.
Au cĆur de ce âplanâ, la suggestion risible que lâancien Premier ministre britannique Tony Blair dirige cette autoritĂ©, supervisant la reconstruction, le maintien de lâordre et la gouvernance de Gaza au nom de la communautĂ© internationale autoproclamĂ©e.
Gouverneur de Gaza Blair. âPardon ?!â
Tony Blair, alors Premier ministre britannique, a fourni Ă George W. Bush une couverture politique pour lâinvasion de lâIrak, entraĂźnant la mort de plus dâun million dâIrakiens. Le 23 juillet 2002, comme le rapporte le tristement cĂ©lĂšbre mĂ©mo de Downing Street, le gouvernement de Blair a examinĂ© les arguments en faveur de la guerre et a conclu que âles renseignements et les faits [amĂ©ricains] sont manipulĂ©s pour servir la politiqueâ. En dâautres termes, le prĂ©sident Bush mentait en affirmant que lâIrak reprĂ©sentait une menace.
Le gouvernement britannique, dirigĂ© par Blair, savait que Bush mentait. Tony Blair a confĂ©rĂ© une lĂ©gitimitĂ© toute particuliĂšre Ă ce mensonge. Lâattaque amĂ©ricaine contre lâIrak a commencĂ© sept mois plus tard.
La dévotion servile de Blair à la rhétorique occidentale, aussi corrompue soit-elle, le qualifie bien pour diriger une Autorité internationale de transition à Gaza, un organe provisoire qui gouvernerait Gaza plusieurs années avant de céder le pouvoir à une Autorité palestinienne restructurée.
Il sâagit lĂ par dĂ©finition dâun projet impĂ©rialiste, qui permettrait dâancrer un contrĂŽle permanent, dâapprofondir les divisions et de garantir la soumission de Gaza. Quelle surprise.
Lâannonce de Tony Blair en tant quâĂ©missaire de paix illustre lâinversion grotesque de la rĂ©alitĂ©, oĂč un architecte de la guerre devient un modĂšle de paix pour un peuple qui a subi les ravages du gĂ©nocide aux mains des intĂ©rĂȘts occidentaux que Blair continue de servir.
Des rapports plus rĂ©cents indiquent que le prĂ©sident Trump ou des reprĂ©sentants alignĂ©s sur Trump participeront Ă©galement Ă cette simulation de gouvernance, mais je pense que les implications sinistres dâune telle entreprise donneront Ă rĂ©flĂ©chir Ă la Maison Blanche et encourageront dâautant la nomination de Blair au poste de gouverneur de lâoccupation de Gaza, prĂ©sentĂ©e comme une rĂ©forme.
La devise appropriĂ©e de ce rebranding cynique de la domination coloniale par les mĂȘmes puissances qui ont dessinĂ© la carte du Moyen-Orient devrait ĂȘtre : âQue ce qui est brisĂ© le demeureâ. Dans ces conditions, lâimpĂ©rialisme sous couvert dâhumanitarisme devient la guerre sous couvert de paix.
Qui mieux que Blair, qui, en tant quâenvoyĂ© du Quartet pour le Moyen-Orient (composĂ© des Ătats-Unis, de lâUE, de lâONU et de la Russie) de 2007 Ă 2015, a servi uniquement les intĂ©rĂȘts dâIsraĂ«l, pourrait maintenir ce misĂ©rable systĂšme en place ?
Kosovo : une occupation déguisée en libération
Examinons de plus prĂšs la proposition de Blair et de ses partisans, qui prĂ©sentent le Kosovo et le Liban comme des exemples de ce quâils proposent de faire Ă Gaza, arguant que lâadministration internationale peut produire une dĂ©mocratie libĂ©rale.
Selon eux, lâintervention de lâOTAN en 1999 a Ă©tĂ© un triomphe. Les forces de Milosevic ont Ă©tĂ© expulsĂ©es, les Nations unies ont pris le contrĂŽle et un Ătat stable a finalement vu le jour.
Mais lâhistoire raconte une autre vĂ©ritĂ©. Sous la Mission dâadministration intĂ©rimaire des Nations unies au Kosovo, les responsables Ă©trangers ont pris le contrĂŽle total des pouvoirs exĂ©cutif, lĂ©gislatif et judiciaire.
Les dirigeants locaux ont Ă©tĂ© rĂ©duits Ă un rĂŽle consultatif. Au dĂ©but, cela a a fait figure de libĂ©ration. En cinq ans, il Ă©tait clair quâil ne sâagissait pas dâune libĂ©ration, mais dâune occupation.
Des Ă©meutes ont Ă©clatĂ© en 2004. Lâexpression âla MINUK Ă©quivaut Ă une gouvernance par les ballesâ a bien rĂ©sumĂ© la rĂ©alitĂ© dâun gouvernement irresponsable imposĂ© sans consentement.
Aujourdâhui, le Kosovo subit une mise en Ćuvre encore plus rigide dâun modĂšle dĂ©faillant et erronĂ© de fracture forcĂ©e et de gouvernance sectaire dĂ©guisĂ©e en paix et en dĂ©mocratie. Câest un pays oĂč les puissances occidentales cĂ©lĂšbrent lâillusion de la stabilitĂ© tout en maintenant la rĂ©alitĂ© de la dĂ©pendance. Câest le modĂšle du Kosovo, qui a institutionnalisĂ© lâoccupation sous gestion internationale, qui est proposĂ© pour Gaza.
Liban : lâarchitecture de la division
Le Kosovo et le Liban ont tous deux Ă©tĂ© construits sur le mĂȘme principe impĂ©rialiste : les peuples divisĂ©s sont plus faciles Ă contrĂŽler que les peuples unis.
Le modĂšle libanais a ancrĂ© le sectarisme colonial sous une façade locale. Sous le mandat français qui a dĂ©butĂ© en 1920, le Liban est devenu un terrain dâessai pour ce que lâOccident appelle encore aujourdâhui le partage du pouvoir. La France a redessinĂ© les frontiĂšres pour crĂ©er un Ătat Ă majoritĂ© chrĂ©tienne sous la direction des maronites et a inscrit lâidentitĂ© sectaire dans la constitution.
Le Pacte national de 1943 a ensuite codifié cet arrangement, garantissant à chaque communauté religieuse un contrÎle strict sur les plus hautes fonctions : la présidence à un chrétien maronite, le poste de Premier ministre à un musulman sunnite et la présidence du Parlement à un musulman chiite.
Ce qui semblait ĂȘtre un Ă©quilibre nâĂ©tait en rĂ©alitĂ© quâun systĂšme de division permanente. Cette structure nâest pas issue de la culture libanaise. Elle est issue de la stratĂ©gie coloniale française, conçue pour prĂ©server son influence en maintenant le pays fragmentĂ© en interne.
Au fil du temps, le sectarisme est devenu non pas le reflet de la sociĂ©tĂ©, mais son architecture. Le clientĂ©lisme, la corruption et la loi des milices ont suivi. Chaque communautĂ© est devenue un fief, chaque ministĂšre une rĂ©compense pour lâĂ©lite dâune secte.
Lorsque la guerre civile a Ă©clatĂ© au Liban en 1975, les lignes de fracture avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© tracĂ©es par cet hĂ©ritage colonial. La guerre Ă©tait la consĂ©quence logique dâun systĂšme qui dĂ©finissait les citoyens dâabord par leur confession, puis par leur allĂ©geance. MĂȘme lâaccord de TaĂ«f de 1989, qui a mis fin Ă la guerre, sâest contentĂ© de recalibrer les quotas. Il nâa pas supprimĂ© la structure sectaire garantissant la paralysie.
Il en rĂ©sulte une nation oĂč la gouvernance est bloquĂ©e, oĂč la corruption, les inĂ©galitĂ©s et la dĂ©pendance se font passer pour de la coexistence.
Que le Liban soit dĂ©sormais invoquĂ© comme un modĂšle pour Gaza, que la fragilitĂ© artificielle soit prĂ©sentĂ©e comme une harmonie multiculturelle, que les nĂ©gociations interminables soient vendues comme la paix, dĂ©montre que lâOccident ne connaĂźt rien du Liban, et encore moins de Gaza.
Lâhistoire se rĂ©pĂšte Ă Gaza
Appliquer lâapproche libanaise Ă Gaza revient Ă reproduire dĂ©libĂ©rĂ©ment les conditions du conflit et Ă appeler cela reconstruction. Câest confondre division et diversitĂ©, asservissement et sĂ©curitĂ©, occupation et ordre.
Gaza nâest pas un Ătat dĂ©faillant qui a besoin dâĂȘtre administrĂ©. Câest un territoire occupĂ©. Ses frontiĂšres, son espace aĂ©rien, ses importations, ses exportations et mĂȘme ses calories sont contrĂŽlĂ©s par IsraĂ«l et ses soutiens occidentaux. Elle vit sous le blocus et les bombardements depuis des annĂ©es. Son Ă©conomie et ses infrastructures sont systĂ©matiquement Ă©tranglĂ©es.
Une administration importĂ©e, armĂ©e, financĂ©e et dirigĂ©e par des Ă©trangers nâapportera aucun soulagement. Elle prolongera le systĂšme actuel de contrĂŽle colonial, en le formalisant sous une gestion internationale.
Une telle mission aboutira au mĂȘme rĂ©sultat : une domination Ă©trangĂšre prĂ©sentĂ©e comme une libĂ©ration.
Gaza nâa pas besoin dâun autre drapeau flottant au-dessus de ses ruines. Elle a besoin du droit de se reconstruire selon ses propres conditions.
Leçons non apprises : de Sykes-Picot à Blair
Les diplomates occidentaux, gardiens du systĂšme orchestrant la crise, dĂ©crivent ces missions comme temporaires. Gaza sait ce que signifie âtemporaireâ : des dĂ©cennies dâarrangements provisoires qui ne prennent jamais fin, des checkpoints de contrĂŽle qui ne disparaissent jamais et une occupation qui sâest mĂ©tastasĂ©e pour devenir permanente.
De lâaccord Sykes-Picot Ă la dĂ©claration Balfour, la Grande-Bretagne et ses alliĂ©s ont dĂ©coupĂ© le Moyen-Orient en Ătats artificiels, installĂ© des gouvernements sectaires et qualifiĂ© me tout dâordre, crĂ©ant ainsi les conditions pour le gouvernement sectaire dâIsraĂ«l nĂ© de la partition et maintenu par la domination militaire.
La pensĂ©e fossilisĂ©e de Sykes-Picot et Balfour se perpĂ©tue Ă travers le prĂ©texte Ă©culĂ© selon lequel lâOccident soi-disant civilisĂ© doit superviser lâOrient instable, par le biais dâune mission coloniale insidieuse repackagĂ©e comme un impĂ©ratif du XXIe siĂšcle.
Lâhistoire de deux dirigeants
Tony Blair et moi-mĂȘme nous sommes retrouvĂ©s de part et dâautre de lâhistoire.
Blair a utilisĂ© sa fonction pour justifier lâinvasion de lâIrak. Jâai utilisĂ© ma position de membre de la Chambre des reprĂ©sentants des Ătats-Unis pour tenter de lâempĂȘcher.
Je nâĂ©tais pas chef dâĂtat, mais jâai usĂ© de tous les pouvoirs dont je disposais au sein du CongrĂšs pour dĂ©fier Bush et Blair, notamment en aidant Ă mobiliser des millions de personnes contre la guerre en Irak.
Cette diffĂ©rence est importante. Les mĂȘmes gouvernements qui ont menĂ© cette guerre fondĂ©e sur des mensonges veulent maintenant confier Ă Tony Blair la responsabilitĂ© de Gaza, comme si le coauteur dâune tragĂ©die pouvait administrer le remĂšde Ă une autre.
Ce quâexige une paix vĂ©ritable
La tentative de gĂ©rer Gaza comme une province isolĂ©e sous administration internationale est la derniĂšre Ă©tape dâun siĂšcle de confinement colonial. Elle reflĂšte la logique du mandat britannique : stabiliser par le contrĂŽle, promettre lâindĂ©pendance en thĂ©orie tout en la refusant dans la pratique.
Il ne sâagit pas dâun conflit entre deux camps Ă©gaux. Il sâagit dâune occupation prolongĂ©e via les armes et la diplomatie occidentales. Parler honnĂȘtement de la paix au Moyen-Orient, câest affronter cette rĂ©alitĂ©.
Une paix vĂ©ritable ne peut se construire sur des partitions, des blocus et des gouvernements imposĂ©s de lâextĂ©rieur. Elle doit commencer par la reconnaissance de la souverainetĂ© palestinienne, non pas comme une concession, mais comme un droit. Elle doit signifier la fin de lâoccupation, le dĂ©mantĂšlement des systĂšmes dâapartheid et le rĂ©tablissement de lâĂ©galitĂ© devant la loi.
Tant que le monde ne sera pas prĂȘt Ă affronter toute la vĂ©ritĂ© morale et historique de la Palestine, tout plan de transition ne sera quâun autre nom pour dĂ©signer la domination de ce qui fut autrefois une patrie unique et continue, rĂ©duite de maniĂšre concertĂ©e Ă des fragments isolĂ©s.
La terre de Palestine existe sous forme dâenclaves dĂ©connectĂ©es, chacune encadrĂ©e de checkpoints militaires, de murs et de colonies construits comme des instruments de contrĂŽle, au mĂ©pris du droit international.
Gaza est sous blocus maritime et aĂ©rien. La Cisjordanie est divisĂ©e en zones dâoccupation, chacune supervisĂ©e par les forces israĂ©liennes et des colons illĂ©gaux. JĂ©rusalem-Est est en train dâĂȘtre effacĂ©e par lâĂ©tranglement bureaucratique et le dĂ©placement. Ce qui reste de la Palestine est une mosaĂŻque dâenclaves, rĂ©sultat dĂ©libĂ©rĂ© dâun systĂšme colonial violent qui bafoue lâautonomie gouvernementale.
Le gouvernement israĂ©lien, façonnĂ© par des politiques dâapartheid et dâexpansion militarisĂ©e, a créé lâinstabilitĂ© quâil prĂ©tend aujourdâhui combattre. Il a normalisĂ© la violence, dĂ©shumanisĂ© des millions de personnes et anĂ©anti tout espoir de paix.
Une autoritĂ© de transition Ă Gaza nâest pas destinĂ©e Ă changer cette rĂ©alitĂ© sous-jacente. La vĂ©ritable transition, de lâoccupation Ă la coexistence, de lâapartheid Ă lâĂ©galitĂ©, doit commencer Ă lâintĂ©rieur dâIsraĂ«l.
Traduit par Spirit of Free Speech
* Dennis J. Kucinich a siĂ©gĂ© pendant seize ans au CongrĂšs amĂ©ricain et sâest prĂ©sentĂ© Ă deux reprises Ă lâĂ©lection prĂ©sidentielle amĂ©ricaine sur un programme de paix, de vĂ©ritĂ© et dâintĂ©gritĂ© constitutionnelle. Il a menĂ© lâopposition Ă la guerre en Irak et a prĂ©sentĂ© des articles de mise en accusation contre le prĂ©sident George W. Bush et le vice-prĂ©sident Dick Cheney pour avoir induit la nation en erreur et lâavoir entraĂźnĂ©e dans la guerre.



