đâđš Trump, ce sans-Ăąme
Face Ă la humiliation en Iran, Trump va se dĂ©chaĂźner comme un animal blessĂ©. Il se moque de la souffrance, et des armes utilisĂ©es, y compris nuclĂ©aires. Il doit triompher, ou en donner lâimpression.
đâđš Trump, ce sans-Ăąme
Par Chris Hedges, le 26 mars 2026
Trump est un homme dangereux, non seulement pour sa stupiditĂ© et son narcissisme dĂ©bridĂ©, mais aussi parce quâil est dĂ©pourvu des qualitĂ©s fondamentales que sont lâempathie et la comprĂ©hension, ces qualitĂ©s qui dĂ©finissent lâĂąme humaine.
Les rĂ©alitĂ©s les plus fondamentales de lâexistence humaine sont souvent celles qui ne peuvent ĂȘtre mesurĂ©es ou quantifiĂ©es. La sagesse. La beautĂ©. La vĂ©ritĂ©. La compassion. Le courage. Lâamour. La solitude. Lâaffliction. La conscience de notre propre mortalitĂ©. La vie qui fait sens.
Mais le plus grand mystĂšre est peut-ĂȘtre celui de lâĂąme. Sommes-nous dotĂ©s dâune Ăąme ? Les sociĂ©tĂ©s aussi ? Et, plus fondamentalement, quâest-ce que lâĂąme ?
Des philosophes et des thĂ©ologiens, dont Platon, Aristote, Augustin et Arthur Schopenhauer, se sont tous penchĂ©s sur le concept de lâĂąme, Schopenhauer prĂ©fĂ©rant dĂ©finir la force mystique qui nous habite comme la volontĂ©. Sigmund Freud a utilisĂ© le mot grec psychĂ©. Mais la plupart ont acceptĂ©, quelle que soit la dĂ©finition, une forme ou une autre de la rĂ©alitĂ© de lâĂąme.
Si le concept de lâĂąme nâest pas facile Ă cerner, celui de lâabsence dâĂąme lâest tout autant. Lâabsence dâĂąme implique que quelque chose en nous est mort. Les sentiments et les liens humains fondamentaux sont absents. Un sans-Ăąme manque dâempathie. Jâai vu des sans-Ăąme Ă la guerre. Des ĂȘtres si endurcis quâils tuent sans manifester le moindre sentiment ni remords.
Les sans-Ăąme vivent dans un Ă©tat dâadoration de soi insatiable. Le culte quâils se sont Ă©rigĂ© doit ĂȘtre constamment alimentĂ©. Il exige un afflux incessant de victimes, une obĂ©issance et une soumission abjectes, ostensiblement affichĂ©es lors des rĂ©unions du cabinet Trump.
Les psychologues, selon moi, qualifierent ces sans-Ăąme de psychopathes.
Je nâĂ©cris pas ces lignes pour lancer un dĂ©bat Ă©sotĂ©rique sur lâĂąme, mais pour mettre en garde contre le danger que reprĂ©sentent ceux qui, dĂ©pourvus dâĂąme, sâemparent du pouvoir. Je veux parler de cette perte et de ses consĂ©quences. La mort, notre mort â en tant quâindividus et en tant que communautĂ© â nâa aucune signification pour les sans-Ăąme.
Cela les rend excessivement dangereux.
Les ĂȘtres sans Ăąme nâont nullement conscience de leurs propres limites. Ils se nourrissent dâun optimisme aveugle et illusoire, confĂ©rant Ă leurs actes les plus cruels et Ă leurs dĂ©faites les plus amĂšres un vernis de vertu, de rĂ©ussite et de moralitĂ©.
Les sans-Ăąme â comme lâĂ©crit Paul Woodruff dans son petit chef-dâĆuvre âReverence: Renewing a Forgotten Virtueâ â sont incapables de ressentir respect, Ă©merveillement, admiration et honte. Ils se prennent pour des dieux.
Les sans-Ăąme ne peuvent rĂ©agir de maniĂšre rationnelle Ă la rĂ©alitĂ©. Ils vivent dans un monde quâils se sont eux-mĂȘmes forgĂ©. Ils nâentendent que leur propre Ă©cho. Les cĂ©rĂ©monies et rituels citoyens, familiaux, juridiques et religieux qui transportent les personnes dotĂ©es dâune Ăąme dans le domaine du sacrĂ©, lĂ oĂč nous reconnaissons notre humanitĂ© commune, nous obligeant, au moins un instant, Ă faire preuve dâhumilitĂ©, nâont aucun sens pour les ĂȘtres sans Ăąme. Ils ne voient pas, car ils ne ressentent rien.
Les sans-Ăąme, esclaves du narcissisme, de la cupiditĂ©, de la soif de pouvoir et de lâhĂ©donisme, sont incapables de prendre des dĂ©cisions Ă©thiques. Pour eux, les choix dâordre moral nâexistent pas. La vĂ©ritĂ© et le mensonge sont identiques. La vie nâest que transaction. Est-ce bon pour moi ? Est-ce que ça me rend tout-puissant ? Est-ce que ça me procure du plaisir ? Cette existence Ă©triquĂ©e les bannit de tout univers moral.
Les ĂȘtres humains, y compris les enfants, ne sont que des marchandises pour les sans-Ăąme, des biens Ă exploiter pour le plaisir, le profit, voire les deux. Nous avons constatĂ© cette absence totale dâĂąme dans les dossiers Epstein. Et il nây a pas quâEpstein. Une grande part de notre classe dirigeante, y compris les milliardaires, financiers de Wall Street, prĂ©sidents dâuniversitĂ©, philanthropes, cĂ©lĂ©britĂ©s, RĂ©publicains, DĂ©mocrates et personnalitĂ©s des mĂ©dias, estime que nous ne valons rien.
Thucydide lâavait compris. Selon lui, le respect nâest pas une vertu religieuse, mais une vertu morale. Woodruff est mĂȘme allĂ© jusquâĂ le dĂ©finir comme une vertu politique. Selon lui, le respect des idĂ©aux communs est lâunique moyen de nous unir. Lâunique caractĂ©ristique capable de garantir la confiance mutuelle. Le respect nous rappelle ce que veut dire ĂȘtre humain. Il nous rappelle quâil existe des forces que nous ne pouvons pas contrĂŽler, que nous ne comprendrons jamais, que nous nâavons pas créées et que nous devons honorer et prĂ©server â y compris la nature â, des forces qui nous offrent des moments de transcendance, ou ce que nous appelons, en termes religieux, la grĂące.
âSi vous aspirez Ă la paix dans le monde, ne priez pas pour que tous partagent vos croyancesâ, Ă©crit-il. âPriez plutĂŽt pour que tous puissent faire preuve de respectâ.
Lâauto-cĂ©lĂ©bration de Trump se manifeste dans un vocabulaire limitĂ© aux superlatifs et dans lâimage remaniĂ©e des monuments nationaux. Il a notamment fait dĂ©molir lâaile est pour y construire une salle de bal tape-Ă -lâĆil et surdimensionnĂ©e Ă 400 millions de dollars. Il prĂ©voit Ă©galement dâĂ©riger un arc commĂ©moratif de 76 mĂštres de haut, ornĂ© de statues dorĂ©es et dâaigles Ă sa gloire, qui sera plus grand que lâArc de Triomphe de Pyongyang Ă©rigĂ© par le leader nord-corĂ©en Kim Il-sung. Il prĂ©voit Ă©galement un âJardin national des hĂ©ros amĂ©ricainsâ qui comprendra des statues grandeur nature de cĂ©lĂ©britĂ©s, de personnalitĂ©s sportives, politiques et artistiques jugĂ©es politiquement correctes par Trump, ainsi que, bien sĂ»r, de lui-mĂȘme. Son visage orne dĂ©jĂ les façades des bĂątiments fĂ©dĂ©raux sur dâĂ©normes banniĂšres bien visibles. Il a rebaptisĂ© le John F. Kennedy Center for the Performing Arts en Donald J. Trump and the John F. Kennedy Center for the Performing Arts. Il a ajoutĂ© son nom au siĂšge de lâInstitut amĂ©ricain pour la paix. Il a Ă©galement annoncĂ© une nouvelle flotte de navires de guerre amĂ©ricains baptisĂ©e âcuirassĂ©s de classe Trumpâ.

Ces monuments ne cĂ©lĂšbrent pas seulement Trump, mais aussi une Ă©thique pervertie, une adoration de soi insatiable qui caractĂ©rise le vide intĂ©rieur des sans-Ăąme. Les monuments, lieux de culte et sanctuaires nationaux dĂ©diĂ©s Ă la justice, au sacrifice de soi et Ă lâĂ©galitĂ©, qui exigent humilitĂ© et introspection, et requiĂšrent une aptitude au respect, dĂ©concertent les sans-Ăąme.
Ils nâont aucun sens de lâesthĂ©tique, de lâĂ©quilibre, de la symĂ©trie et de la proportion. Plus câest grand, plus câest voyant, plus câest surchargĂ© de feuilles dâor, mieux câest. Leur but est dâexclure tout le reste et tout le monde, de faire de nous un troupeau et de nous offrir en sacrifice aux pieds de Moloch.
Lorsque les sans-Ăąme font la guerre, câest pour Ă©lever un monument Ă leur gloire. Lorsque la guerre tourne mal, comme câest le cas en Iran, les sans-Ăąme, incapables dâapprĂ©hender la rĂ©alitĂ©, exigent davantage de violence et de destruction. Plus ils Ă©chouent, plus ils sont convaincus que le monde entier les a trahis, et plus ils sombrent dans une rage destructrice.
Trump, risquant une dĂ©bĂącle humiliante en Iran, va se dĂ©chaĂźner comme un animal blessĂ©. Peu lui importe les souffrances et les morts quâil engendrera. Peu lui importe quelles armes devront ĂȘtre utilisĂ©es, y compris nuclĂ©aires. Il lui faut triompher, ou du moins donner lâimpression de triompher.
âMes pĂšres et maĂźtres, je vous le demande : quâest-ce que lâenfer ?â, demande le pĂšre Zossima dans Les FrĂšres Karamazov de Fiodor DostoĂŻevski. âJe maintiens que câest la souffrance de ne pouvoir aimerâ.
Telle est la destinée des sans-ùme. Ils tentent, dans leur infortune, de faire de leur enfer le nÎtre..
Traduit par Spirit of Free Speech




"L'ùme"... vaste débat, impossible à commenter dans une telle rubrique... perso, je ne la vois pas ni ne la sacralise comme le fait ici Ch. Hedges (pasteur, il faut le rappeler)... cette vision et cette approche tient d'un préalable de l'ordre de la foi, que je réfute