đâđš âTuer les Russesâ
Lâhistoire prouve que ceux qui prĂŽnent le massacre des Russes rĂ©alisent quâils sont des rivaux coriaces, passĂ©s maĂźtres dans lâart dâĂ©liminer tout danger pour leur survie en tant que peuple & culture.
đâđš âTuer les Russesâ
Par Scott Ritter, le 11 août 2026
La vision morbide dâun journaliste allemand laisse prĂ©sager un avenir sombre Ă ceux qui y adhĂšrent.
Le journaliste allemand Michael Martens a rĂ©cemment fait la une des journaux en demandant au prĂ©sident ukrainien Volodymyr Zelensky comment lâEurope peut aider lâUkraine Ă tuer davantage de soldats russes. Je mets en garde M. Martens et tous ceux qui, en Allemagne et en Europe, pensent quâune telle quĂȘte est en quelque sorte vertueuse et viable : faites attention Ă vos propos.
Michael Martens est nĂ© en 1973 Ă Hambourg, dans ce qui Ă©tait alors lâAllemagne de lâOuest. Hambourg Ă©tait lâun des principaux bastions du rĂ©gime nazi et a payĂ© le prix fort pour ce statut, lourdement bombardĂ©e par les AlliĂ©s, notamment lors du tristement cĂ©lĂšbre raid incendiaire fin juillet-dĂ©but aoĂ»t 1943 qui a fait environ 37 000 victimes. Aujourdâhui, Hambourg est la deuxiĂšme plus grande ville dâAllemagne aprĂšs Berlin. Les ravages causĂ©s par les bombardements incendiaires de Hambourg sont immortalisĂ©s par le mĂ©morial Saint-Nicolas, un rappel poignant des destructions provoquĂ©es par la guerre. Hambourg a Ă©galement prĂ©servĂ© plusieurs abris anti-bombes de cette Ă©poque, lĂ encore pour perpĂ©tuer le souvenir des horreurs de la guerre.
Martens est aujourdâhui correspondant dans les Balkans pour le tabloĂŻd allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), et câest Ă ce titre quâil a assistĂ© dimanche dernier Ă une confĂ©rence de presse organisĂ©e Ă lâoccasion de la visite du prĂ©sident ukrainien Volodymyr Zelensky en Serbie. Ă cette occasion, Martens a posĂ© la question suivante Ă Zelensky :
âPouvez-vous nous dire, Ă nous EuropĂ©ens, ce que nous pouvons faire concrĂštement pour vous aider Ă tuer plus de Russes ?â
Martens a ensuite nuancĂ© sa question en prĂ©cisant âPlus de soldats russes, bien sĂ»râ, comme si son intention initiale nâĂ©tait pas assez claire.
La question de Martens a suscité la colÚre légitime du public éclairé partout dans le monde. Ses propres rédacteurs en chef de la FAZ ont cherché à prendre leurs distances avec la question de Martens, indiquant dans un communiqué publié à la suite des nombreuses critiques demandant au journal de le licencier que
âla question Ă©tait formulĂ©e de maniĂšre ambiguĂ«, ce que nous dĂ©plorons. La Frankfurter Allgemeine Zeitung ne dĂ©fend pas la position Ă©ditoriale selon laquelle il faudrait tuer le plus grand nombre possible de soldats russesâ. Au contraire, la rĂ©daction de la FAZ a estimĂ© que la vĂ©ritable question est de savoir âcomment exercer une pression suffisante sur lâarmĂ©e russe en termes dâeffectifs pour que la Russie soit contrainte dâentamer des nĂ©gociations de paixâ.
Martens lui-mĂȘme sâest dit âsurprisâ par la levĂ©e de boucliers suscitĂ©e par sa question, notant que
âloin de lâunivers de Barbie, câest pourtant la rĂ©alitĂ© de la guerreâ, et ajoutant dans un commentaire complĂ©mentaire sur la polĂ©mique : âCar ce qui importe pour mettre fin Ă la guerre, câest de tuer le plus grand nombre possible de soldats russesâ.
Martens est un homme dĂ©pourvu de toute expĂ©rience militaire et de tout sens des sacrifices quâimplique lâart de la guerre. Son expĂ©rience la plus proche de ce qui sâapparente de prĂšs ou de loin Ă une vĂ©ritable mort au combat, câest le mythe de Josef Schulz, un soldat allemand servant au sein de la 714e division dâinfanterie qui, selon la lĂ©gende, aurait refusĂ© de participer Ă lâexĂ©cution de seize rĂ©sistants le 20 juillet 1941, dans la ville de Smederevska Palanka en Yougoslavie. Pour cet acte de clartĂ© morale, Schulz fut lui-mĂȘme condamnĂ© Ă ĂȘtre fusillĂ© par ce mĂȘme peloton dâexĂ©cution. Martens a contribuĂ© Ă propager ce mythe dans son ouvrage de 2011 intitulĂ© En quĂȘte des hĂ©ros. Lâhistoire du soldat qui ne voulait pas tuer.
Cette histoire nâĂ©tait toutefois quâun mensonge. Schultz est mort au combat contre les rĂ©sistants la veille de lâexĂ©cution. La fabrication du mythe dâun noble sacrifice face au mal dont Schultz est devenu le hĂ©ros, a Ă©tĂ© relayĂ©e par ceux qui cherchaient Ă crĂ©er et Ă entretenir la mythologie du noble soldat allemand non programmĂ© pour tuer, mais confrontĂ© au choix cornĂ©lien entre obĂ©ir aux ordres abominables qui lui Ă©taient donnĂ©s et affronter une mort certaine.
La nature rĂ©habilitative dâune telle fiction sâest ancrĂ©e dans lâADN allemand, ne serait-ce que parce que la culpabilitĂ© collective liĂ©e aux crimes de lâAllemagne nazie chez ceux qui ont participĂ© Ă la guerre Ă©tait si Ă©vidente que lâAllemagne ne pouvait se reconstruire sans recourir Ă lâimage dâun hĂ©ros carrĂ©ment inexistant, et qui nâaurait de toute façon pas existĂ©, sachant que pratiquement toute lâAllemagne Ă©tait entachĂ©e du pĂ©chĂ© des crimes nazis â en particulier la Wehrmacht.
Martens lui-mĂȘme a dĂ» lutter contre ces dĂ©mons. Son grand-pĂšre, Hans-Hermann Martens, Ă©tait non seulement membre du parti nazi quâil a servi en tant que procureur dans les annĂ©es dâavant-guerre, mais aussi officier Ă lâĂ©tat-major des opĂ©rations de la Wehrmacht pendant la guerre, oĂč il a exercĂ© les fonctions de juge militaire et aurait condamnĂ© Ă mort des soldats allemands pour dĂ©sertion. Hans-Hermann a ensuite exercĂ© les fonctions dâavocat et dâhomme politique dans lâAllemagne de lâOuest dâaprĂšs-guerre â un autre criminel de guerre nazi rĂ©habilitĂ© par un peuple atteint dâamnĂ©sie volontaire.
Cette amnĂ©sie sâest transmise de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, au point que des Allemands comme Michael Martens ont âoubliĂ©â le rĂŽle que leur pays a jouĂ© non seulement dans le gĂ©nocide du peuple russe, mais aussi dans la renaissance et la perpĂ©tuation des idĂ©aux malfaisants du banderisme â cette doctrine odieuse de lâUkraine occidentale si intimement liĂ©e aux racines nazies que les Allemands ont choisi dâocculter, voire dâoublier.
Contrairement Ă Martens, je mây connais un peu dans le domaine de la guerre et du concept de âtuer les Russesâ. De 1984 Ă 1988, jâai consacrĂ© la quasi-totalitĂ© de mon existence Ă mâentraĂźner Ă lâart du conflit militaire moderne, en me concentrant exclusivement sur la menace soviĂ©tique (câest-Ă -dire russe). Je mâĂ©tais plongĂ© dans lâhistoire, la culture, la littĂ©rature et la langue russes au niveau universitaire afin de me prĂ©parer Ă cette mission, qui est devenue une vĂ©ritable obsession. Jâai Ă©tĂ© confortĂ© dans cette voie par la propagande diffusĂ©e par le ministĂšre amĂ©ricain de la DĂ©fense, qui venait de publier un rapport annuel sur les menaces intitulĂ© âLa puissance militaire soviĂ©tiqueâ. Non seulement cette publication faisait partie des lectures obligatoires, mais un petit nombre de âMyrmidonsâ comme moi fut envoyĂ© au Defense Intelligence College pour suivre un programme dâimmersion dâune semaine consacrĂ© â vous lâavez devinĂ© â Ă la puissance militaire soviĂ©tique. Ă travers des confĂ©rences, des exposĂ©s, des visites guidĂ©es et des discussions, nous avons Ă©tĂ© initiĂ©s Ă la doctrine, la stratĂ©gie, lâidĂ©ologie et les armes rĂ©elles qui, dans leur ensemble, constituaient la âpuissance militaire soviĂ©tiqueâ.
Mais ces expĂ©riences relevaient davantage de âpourquoi nous combattonsâ que de âcomment nous combattonsâ. Ce dernier aspect nâa pris tout son sens quâavec mon affectation Ă la Force des Marines de la Flotte et, plus prĂ©cisĂ©ment, au 5ebataillon du 11e rĂ©giment de Marines, une unitĂ© dâartillerie de campagne automotrice qui servait de bataillon dâappui direct Ă la 7e brigade amphibie des Marines â la composante marine de la Force de dĂ©ploiement rapide.
Ă mon arrivĂ©e au bataillon, jâai Ă©tĂ© confrontĂ© Ă la rĂ©alitĂ© suivante : la doctrine du Corps des Marines concernant lâappui-feu dâartillerie nâavait, Ă lâĂ©poque, pas Ă©voluĂ© de maniĂšre significative depuis la guerre du Vietnam. Si mon immersion dans ces concepts Ă lâorigine de âLa puissance militaire soviĂ©tiqueâ mâavait bien appris quelque chose, câĂ©tait que les SoviĂ©tiques jouissaient dâune supĂ©rioritĂ© Ă©crasante en matiĂšre dâartillerie, donc que si nous cherchions Ă les affronter selon un schĂ©ma linĂ©aire traditionnel, nous Ă©tions vouĂ©s Ă perdre dans une guerre dâusure â et sans appel.
Comment un jeune sous-lieutenant sans aucune expĂ©rience du combat et pratiquement aucune connaissance des subtilitĂ©s de la guerre, peut-il convaincre des officiers (et des militaires du rang) forts de plusieurs dĂ©cennies dâexpĂ©rience dans ces deux domaines que ce quâils font est non seulement une erreur, mais quâils risquent leur (nos) vie(s) si nous devions rĂ©ellement affronter lâennemi soviĂ©tique ? Le ministĂšre de la DĂ©fense avait publiĂ© une remarquable sĂ©rie de trois volumes â le FM 100-2 â consacrĂ©e Ă lâarmĂ©e soviĂ©tique, ses opĂ©rations, ses tactiques, sa doctrine et son Ă©quipement. Ces publications constituaient la source de rĂ©fĂ©rence en matiĂšre dâinformations non classifiĂ©es sur les forces terrestres soviĂ©tiques et le modĂšle soviĂ©tique de guerre interarmes.
Et pourtant, bien quâelles aient Ă©tĂ© facilement accessibles Ă tous les Marines, elles Ă©taient rarement lues et encore plus rarement mises en pratique.
LâarmĂ©e amĂ©ricaine disposait de ce quâelle appelait lâOPFOR â des âforces adversesâ organisĂ©es, entraĂźnĂ©es et Ă©quipĂ©es pour combattre Ă la maniĂšre des SoviĂ©tiques â qui opĂ©raient depuis le Centre national dâentraĂźnement (NTC) de Fort Irwin, juste au nord de mon lieu dâaffectation Ă 29 Palms, en Californie. LâarmĂ©e amĂ©ricaine faisait effectuer Ă tour de rĂŽle des formations de brigades au NTC, oĂč elles Ă©taient soumises Ă une sĂ©rie dâexercices âarmĂ©e contre armĂ©eâ au cours desquels elles affrontaient deux rĂ©giments de lâOPFOR. Les exercices se terminaient toujours par une attaque blindĂ©e massive menĂ©e par lâOPFOR, presque toujours sanctionnĂ©e par une dĂ©faite dĂ©cisive des forces de lâarmĂ©e amĂ©ricaine impliquĂ©es. Lâensemble de lâopĂ©ration Ă©tait conçu pour servir de gigantesque coup de semonce aux unitĂ©s concernĂ©es : soit sâadapter pour affronter et vaincre les mĂ©thodes de guerre soviĂ©tiques, soit mourir.
Jâai contactĂ© lâOPFOR Ă Fort Irwin et jâai pris des dispositions pour que mon commandant de bataillon accompagne lâOPFOR lors de son assaut final contre les positions de lâarmĂ©e amĂ©ricaine. Le rĂ©sultat final rĂ©pondait Ă toutes mes attentes : lâOPFOR a traversĂ© les rangs de lâarmĂ©e comme un couteau dans du beurre.
Tuer des Russes â mĂȘme simulĂ©s â nâĂ©tait pas vraiment une mince affaire.
Mon commandant de bataillon en est ressorti convaincu que si nous entrions en guerre contre la menace soviĂ©tique en nous appuyant sur les tactiques et lâart opĂ©rationnel que nous Ă©tions alors formĂ©s Ă mettre en Ćuvre, nous serions anĂ©antis Ă coup sĂ»r.
On mâa donnĂ© pratiquement carte blanche pour refondre le plan dâentraĂźnement du bataillon, en y intĂ©grant un entraĂźnement plus rĂ©aliste mettant lâaccent sur le tir, les dĂ©placements et la communication plus rapides â bien plus rapides â que ceux de notre ennemi soviĂ©tique. Nous Ă©tions David face Ă Goliath, et nous devions rester suffisamment agiles pour Ă©viter dâĂȘtre touchĂ©s par la puissance destructrice des tirs ennemis, tout en sachant faire feu au bon endroit et au bon moment pour affaiblir lâennemi et crĂ©er des opportunitĂ©s permettant aux unitĂ©s de Marines de manĆuvre de localiser et dĂ©truire lâennemi grĂące Ă leur puissance de feu et leurs manĆuvres.
Pour faciliter ces exercices, jâai créé un groupe de contrĂŽle de lâentraĂźnement et des exercices tactiques (TTECG) au niveau du bataillon â essentiellement un systĂšme de jeu de guerre â grĂące auquel jâai pu Ă©laborer des scĂ©narios mettant en scĂšne des forces ennemies employant des tactiques et des opĂ©rations soviĂ©tiques conformes Ă la doctrine. GrĂące Ă ce systĂšme TTECG, jâai mis le bataillon Ă lâĂ©preuve avec des scĂ©narios de plus en plus complexes, conçus pour souligner lâimportance de la manĆuvre et de la rapiditĂ© lors des combats contre les Russes.
Le TEECG a connu un tel succĂšs quâon mâa demandĂ© de soutenir lâentraĂźnement dâautres unitĂ©s des Marines Ă 29 Palms, notamment les bataillons dâinfanterie et de blindĂ©s.
Le 5/11 Ă©tait un bataillon dotĂ© de capacitĂ©s nuclĂ©aires chargĂ© de sâentraĂźner Ă dĂ©clencher des tirs dâartillerie nuclĂ©aire Ă lâaide de ses canons automoteurs de 155 mm et 203 mm. Cela faisait de nous une cible de choix pour toutes les forces soviĂ©tiques auxquelles nous aurions pu ĂȘtre confrontĂ©s. Afin de mieux nous prĂ©parer Ă la rĂ©alitĂ© dâun combat contre les Russes, jâai créé ma propre unitĂ© OPFOR, calquĂ©e sur les forces spĂ©ciales soviĂ©tiques, ou Spetsnaz. Lorsque mon bataillon partait sur le terrain, jâinsĂ©rais mon unitĂ© Spetsnaz dans leur zone dâopĂ©ration Ă lâaide dâhĂ©licoptĂšres et dâinfiltration en vĂ©hicules tout-terrain, puis je les traquais et les Ă©liminais. Nous tendions des embuscades aux unitĂ©s mobiles, nous les attaquions la nuit lorsquâelles sâinstallaient, et nous les harcelions tout au long de lâopĂ©ration. En bref, nous en avons tuĂ© bien plus quâils nâen ont tuĂ© parmi nous.
Tuer des Russes â mĂȘme simulĂ©s â nâĂ©tait pas une mince affaire.
Lorsque les Marines ont organisĂ© un grand exercice Ă lâĂ©chelle dâune division Ă 29 Palms, jâai Ă©tĂ© chargĂ© de collaborer avec un bataillon de lâarmĂ©e amĂ©ricaine issu de la 7e division dâinfanterie lĂ©gĂšre afin de mettre en place une dĂ©fense de type soviĂ©tique que les Marines devaient ensuite attaquer.
En utilisant les tactiques et la doctrine dĂ©fensives soviĂ©tiques, ce bataillon a stoppĂ© net les Marines avant mĂȘme quâils nâatteignent les positions dĂ©fensives avancĂ©es.
Ă trois reprises, les responsables de lâexercice ont interrompu celui-ci et ont âranimĂ©â tous les Marines âtuĂ©sâ afin de pouvoir relancer le scĂ©nario. Ă chaque fois, le rĂ©sultat Ă©tait le mĂȘme : lâattaque des Marines Ă©tait repoussĂ©e avant mĂȘme dâavoir eu la moindre chance de prendre forme.
Lâattaque Ă©tait censĂ©e reprĂ©senter la premiĂšre phase dâun scĂ©nario en trois phases dans lequel les Marines devaient percer la dĂ©fense et manĆuvrer pour encercler les dĂ©fenseurs soviĂ©tiques.
Finalement, le gĂ©nĂ©ral commandant a interrompu lâexercice et a rĂ©uni son Ă©tat-major ainsi que les commandants et les Ă©tats-majors des unitĂ©s subordonnĂ©es, les rĂ©primandant pour leur incapacitĂ© Ă vaincre une menace de type soviĂ©tique. Tout le monde a Ă©tĂ© renvoyĂ© Ă la case dĂ©part pour repenser son approche de lâentraĂźnement.
Les commandants des unitĂ©s de chars et dâinfanterie qui avaient utilisĂ© le TEECG de lâOPFOR dans leur entraĂźnement ont tentĂ© Ă plusieurs reprises de convaincre lâĂ©tat-major du rĂ©giment et de la division que les plans quâils proposaient nâaboutiraient Ă rien. Ă chaque fois, ils ont Ă©tĂ© contredits et ont couru Ă leur perte.
Il sâest avĂ©rĂ© que les Russes â mĂȘme simulĂ©s â Ă©taient plutĂŽt douĂ©s pour tuer des Marines.
Mais le plus sĂ©rieux avertissement est survenu lors dâun autre exercice de division oĂč nous avions pour mission de contrer une incursion soviĂ©tique simulĂ©e en Iran. Finalement, les forces soviĂ©tiques, supĂ©rieures en nombre, ont percĂ© les positions de blocage mises en place par les Marines, et le 5/11 a reçu pour mission de tirer un obus dâartillerie nuclĂ©aire afin dâarrĂȘter lâavance soviĂ©tique. Nous lâavons fait, puis soudain, lâexercice a pris fin : les SoviĂ©tiques, voyant une arme nuclĂ©aire utilisĂ©e contre eux, ont ripostĂ© par une riposte nuclĂ©aire Ă©crasante, tuant tout le monde.
Les Russes â mĂȘme simulĂ©s â Ă©taient plus douĂ©s que nous pour provoquer des morts massives.
Jâai eu la chance de ne jamais avoir eu lâoccasion de mettre en pratique mon sens militaire antisoviĂ©tique dans le monde rĂ©el. Jâai plutĂŽt Ă©tĂ© envoyĂ© en Union soviĂ©tique au sein dâune Ă©quipe de contrĂŽle des armements chargĂ©e dâĂ©liminer les armes mĂȘmes qui nous avaient tuĂ©s lors de lâexercice iranien : le missile Ă portĂ©e intermĂ©diaire SS-20.
Au final, apprendre Ă vivre en paix avec les Russes sâest avĂ©rĂ© bien plus compatible avec la vie, la libertĂ© et la poursuite du bonheur que de sâentraĂźner Ă les tuer.
Cet Ă©pisode aurait dĂ» constituer une leçon universelle et intemporelle, de nature Ă inciter les gĂ©nĂ©rations futures Ă Ă©viter les piĂšges associĂ©s Ă la guerre â en particulier la guerre contre la Russie.
Michael Martens nâa pas compris cette leçon, mĂȘme aprĂšs quatre annĂ©es de conflit entre la Russie et lâUkraine qui ont prouvĂ© la folie de tenter de tuer des Russes sur le champ de bataille.
Des enseignements que les Mongols, les Suédois, les Français et les Allemands ont compris bien avant nous.
Une leçon que les Marines ont apprise en situation simulée dÚs les années 1980.
Selon Martens, âIl nây a rien de âscandaleuxâ dans la question de savoir comment lâEurope peut aider lâUkraine Ă tuer davantage de Russes. Câest exactement ce dont nous avons besoinâ.
Martens sâest entraĂźnĂ© depuis des mois, ayant consacrĂ© beaucoup de temps et de travail Ă la rĂ©daction dâun essai intitulĂ© âTuer des Russes : ce que lâEurope doit faireâ.
La source dâinspiration de Martens pour ce projet fut Sir Fitzroy Hew Royle Maclean, 1er baronnet de Strachur & Glensluain, dont les mĂ©moires, Eastern Approaches, dans lesquelles il dĂ©crit en dĂ©tail son expĂ©rience aux cĂŽtĂ©s des partisans de Tito en Yougoslavie, ont Ă ce point inspirĂ© Martens que le titre de son essai est tirĂ© dâune conversation entre Winston Churchill et Maclean, au cours de laquelle Churchill lui avait fait savoir que sa mission consistait
âsimplement Ă dĂ©couvrir qui tuait le plus dâAllemands et Ă suggĂ©rer comment nous pourrions les aider Ă en tuer davantageâ.
Câest lĂ que Martens sâest laissĂ© emporter par sa soif de sang auto-induite.
La cible de Maclean Ă©tait les nazis allemands, et les moyens quâil cherchait Ă mettre en Ćuvre comprenaient des partisans issus des rangs dâune population civile qui avait Ă©tĂ© terrorisĂ©e par ces mĂȘmes nazis.
La motivation est primordiale.
Surtout lorsquâil sâagit de ceux Ă qui on demande de tuer.
Martens aurait eu tout intĂ©rĂȘt Ă lire attentivement lâouvrage classique de David Grossman, On Killing : The Psychological Cost of Learning to Kill in War and Society, qui dĂ©crit la rĂ©ticence inhĂ©rente de la plupart des soldats de la Seconde Guerre mondiale Ă tuer â la plupart nâont pas tirĂ©, et ceux qui lâont fait lâont souvent fait sans viser.
Tuer un homme nâest pas chose aisĂ©e, un fait sur lequel Martens â qui nâa jamais servi dans lâarmĂ©e â ferait bien de rĂ©flĂ©chir.
MĂȘme lorsque des techniques dâentraĂźnement avancĂ©es, conçues pour surmonter la barriĂšre psychologique qui interdit Ă la plupart des humains dâĂŽter la vie, sont couronnĂ©es de succĂšs, celui-ci a un coĂ»t Ă©norme : la destruction psychologique dâun homme qui a accompli ce quâaucun homme ne devrait jamais ĂȘtre contraint de faire â tuer son prochain.
Il nây a rien de glorieux dans la guerre, car, dans sa forme la plus basique, la guerre nâest rien dâautre que lâhumanitĂ© sâassassinant elle-mĂȘme.
Il arrive cependant que, pour une cause donnée, une société considÚre la guerre comme le seul moyen de survie collective.
Les partisans yougoslaves de Tito étaient engagés dans un tel conflit.
Ainsi que les Russes et autres nationalitĂ©s de lâUnion soviĂ©tique.
Leur ennemi commun était les nazis allemands et leurs alliés, qui furent tués en grand nombre.
Et chaque annĂ©e, les Russes modernes cĂ©lĂšbrent leur victoire sur lâAllemagne nazie, non pas pour glorifier le meurtre, mais pour honorer les morts.
27 millions dâentre eux.
Martens aurait tout intĂ©rĂȘt Ă suivre un cours sur lâhistoire russe de lâĂ©poque.
Ou peut-ĂȘtre pourrait-il se tourner vers le cinĂ©ma soviĂ©tique. Je lui recommande de regarder quatre films : La Ballade dâun soldat, Les Grues sâenvolent, Le Destin dâun homme et Viens voir.
Tuer est ce quâil y a de plus simple pendant une guerre.
GĂ©rer les consĂ©quences de ces meurtres, câest une autre paire de manches.
Une nation en paie collectivement le prix, et câest un coĂ»t dont les rĂ©percussions se rĂ©percutent sur plusieurs gĂ©nĂ©rations.
On ne devrait jamais accepter la mort avec autant de désinvolture que le fait Martens.
Mais lâaspect le plus accablant, outre lâignorance dont fait preuve Martens en tentant de se prĂ©senter comme une sorte de Fitzroy Maclean des temps modernes, tient au camp quâil a choisi de soutenir tout en prĂŽnant avec dĂ©sinvolture la mort dâautrui.
La cause de lâUkraine de Zelensky, manifestation moderne, au sens propre, est celle des nazis allemands que Maclean a Ă©tĂ© chargĂ© dâĂ©liminer.
Ces mĂȘmes nazis que les ancĂȘtres des soldats russes qui combattent aujourdâhui ont vaincu au prix de leur vie.
Martens aurait intĂ©rĂȘt Ă se demander sâil a vraiment ce quâil faut dans le ventre pour tuer des Russes.
Bien sĂ»r, il ne le fera pas : les lĂąches ne tuent jamais eux-mĂȘmes, mais restent en retrait tandis que dâautres se livrent Ă ce sport sanglant Ă leur place.
Les Marines avec lesquels jâai servi nâĂ©taient pas des lĂąches : ils Ă©taient prĂȘts Ă affronter la âmenaceâ soviĂ©tique dans un combat Ă mort, mĂȘme en sachant pertinemment que leur engagement les mĂšnerait presque Ă coup sĂ»r Ă la mort.
Martens nâa pas cette force de caractĂšre.
Mais, plus important encore à cet égard, ses compatriotes européens non plus.
Prenons lâexemple de lâAllemagne de Martens qui fait rĂ©sonner les tambours de guerre avec le plus de vigueur contre la Russie.
Passons sur les difficultĂ©s de lâĂ©conomie allemande Ă supporter les coĂ»ts liĂ©s Ă ce genre de machine de guerre digne dâun QuatriĂšme Reich.
Parlons plutÎt du courage des Allemands appelés à tuer des Russes dans une telle guerre.
La discussion est vite réglée : la volonté de se battre fait tout simplement défaut.
AprĂšs sâĂȘtre lancĂ©e dans une campagne de propagande massive destinĂ©e Ă motiver des centaines de milliers dâhommes allemands Ă se rallier Ă la cause du QuatriĂšme Reich, la virilitĂ© allemande nâa produit que 530 Ăąmes du genre.
Les Allemands sont dépourvus de toute motivation à combattre dans cette guerre que Martens et ses semblables semblent si joyeusement soutenir.
Et si le gouvernement allemand était assez téméraire pour mettre en place une conscription forcée, il se plierait en quatre face aux protestations publiques massives.
Toute lâEurope est gagnĂ©e par la rĂ©ticence Ă servir une cause pour laquelle personne ne semble prĂȘt Ă mourir : lâĂ©lite politique et Ă©conomique europĂ©enne a peut-ĂȘtre envie de tuer des Russes, mais ce nâest pas le cas des populations des nations composant lâEurope.
Ce qui signifie que lorsque de prétendus héros comme Martens parlent de tuer les Russes, ceux qui commettront ces meurtres seront en réalité des Ukrainiens.
Jâaimerais rappeler Ă Martens deux dures rĂ©alitĂ©s Ă cet Ă©gard : chaque mois, des dizaines de milliers dâhommes russes sâengagent volontairement auprĂšs du ministĂšre russe de la DĂ©fense afin de pouvoir combattre dans le cadre de lââopĂ©ration militaire spĂ©cialeâ, terme employĂ© par le gouvernement russe pour dĂ©crire son conflit en cours avec lâOccident dans son ensemble.
Et chaque mois, des gangs de ârecruteursâ ukrainiens kidnappent des milliers dâhommes ukrainiens de force pour les expĂ©dier se faire trouer la peau dans lâarmĂ©e ukrainienne.
La comparaison nâa pas lieu dâĂȘtre.
Lâappel de Martens Ă âtuer les Russesâ dĂ©nonce tout ce qui ne va pas en Europe aujourdâhui. Cette triste rĂ©alitĂ© se dĂ©roule au grand jour depuis un certain temps dĂ©jĂ . En 1993, elle a dĂ©jĂ Ă©tĂ© formulĂ©e par George Soros, qui a proposĂ© un nouveau âpartenariatâ amĂ©ricano-europĂ©en dans lequel
âla combinaison des effectifs dâEurope de lâEst et des capacitĂ©s techniques de lâOTAN renforcerait considĂ©rablement le potentiel militaire du partenariat, car elle rĂ©duirait le risque de pertes humaines pour les pays de lâOTAN, seule contrainte majeure pesant sur leur volontĂ© dâagirâ.
Laisser les autres mourir pour les causes que lâon dĂ©fend, tel est le mantra de Martens et de ses pairs.
Et quelle cause Martens défend-il ? Il suffit ici de remonter aux racines nazies de son arbre généalogique.
Le Generalplan Ost Ă©tait la vision de lâAllemagne nazie pour la crĂ©ation dâun Lebensraum germanisĂ©, façonnĂ© Ă partir des territoires conquis en Europe de lâEst, impliquant un nettoyage ethnique Ă grande Ă©chelle des Slaves, notamment des Russes et des Ukrainiens.
Des juristes allemands comme Hans-Hermann Martens, le grand-pĂšre nazi de Michael Martens, ont Ă©tĂ© chargĂ©s de concevoir et de mettre en Ćuvre ce plan.
La pomme ne tombe pas loin de lâarbre, semble-t-il.
Martens feint de soutenir les Ukrainiens et prĂ©tend que tout ce quâil souhaite, câest âtuer les Russesâ.
Mais la guerre quâil soutient est, de par sa conception mĂȘme, destinĂ©e Ă envoyer Ă©galement les troupes ukrainiennes Ă lâabattoir.
Pour transformer lâUkraine en une nation kamikaze dĂ©terminĂ©e Ă se suicider.
En dressant les Slaves les uns contre les autres, Martens et tous ces anciens âamisâ de lâUkraine ne sont rien dâautre que les versions modernes du flĂ©au nazi que le monde a vaincu en 1945.
Les nazis, en effet, nâont jamais Ă©tĂ© Ă©radiquĂ©s, comme le prouve le destin du grand-pĂšre de Martens.
Bien au contraire, ils ont Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ©s et honorĂ©s, leurs crimes horribles ont Ă©tĂ© dissimulĂ©s et relĂ©guĂ©s dans un flou intellectuel, jusquâĂ ce que lâidĂ©ologie de haine qui a permis leur perpĂ©tration prenne racine dans une nouvelle gĂ©nĂ©ration de nazis allemands qui rĂȘvent de voir se rĂ©aliser leurs fantasmes malsains de âLebensraumâ, fondĂ©s sur lâextermination des peuples slaves.
Un jour, cette guerre prendra fin, et alors, des individus comme Michael Martens devront rendre des comptes pour le rĂŽle quâils ont jouĂ© dans leur quĂȘte dâun gĂ©nocide moderne des peuples slaves dâEurope.
Dâici lĂ , toute personne dotĂ©e de valeurs morales se doit de dĂ©noncer Martens et ceux qui, comme lui, prĂŽnent lâextermination des Russes.
Car ce quâils souhaitent rĂ©ellement, câest le gĂ©nocide des Slaves et la promotion dâune race supĂ©rieure europĂ©enne (il suffit de penser Ă Josep Borrell, lâancien chef de la diplomatie de lâUnion europĂ©enne, qui a comparĂ© lâEurope Ă un âjardinâ et le reste du monde Ă une âjungleâ).
âTuer les Russesâ nâest quâune mĂ©taphore morbide qui rĂ©sume tout ce qui ne va pas en Europe et dans lâOccident collectif dâaujourdâhui : une vision perverse de la suprĂ©matie culturelle qui ne peut exister quâau prix du sacrifice des peuples slaves.
Martens et ses semblables, cette caste de âjardiniersâ europĂ©ens (et amĂ©ricains), devraient toutefois tirer enseignement de lâhistoire : mĂ©fiez-vous des vĆux que vous formulez.
Lâhistoire montre que ceux qui prĂŽnent le massacre des Russes dĂ©couvrent rapidement que non seulement les Russes sont des adversaires coriaces, mais quâils sont Ă©galement passĂ©s maĂźtres dans lâart dâĂ©liminer ceux qui reprĂ©sentent une menace existentielle pour leur survie en tant que peuple et culture.
Traduit par Spirit of Free Speech



