đâđš Un cessez-le-feu entre IsraĂ«l et le Hamas est-il possible ? LâAP fait-elle obstacle ?
77 % des Palestiniens sondĂ©es en Cisjordanie & Gaza sâopposent au dĂ©sarmement du Hamas & 65 % Ă son expulsion de Gaza. 80 % pensent quâen cas de dĂ©sarmement, IsraĂ«l ne se retirera pas de Gaza.

đâđš Un cessez-le-feu entre IsraĂ«l et le Hamas est-il possible ? LâAP fait-elle obstacle ?
Par Martin Kear, Université de Sydney pour The Conversation, le 5 septembre 2025
Le Hamas a annoncé avoir accepté plusieurs parties du plan de paix proposé par le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour mettre enfin un terme à la guerre menée par Israël contre Gaza.
Le Hamas a acceptĂ© de libĂ©rer les prisonniers israĂ©liens quâil dĂ©tient encore et est disposĂ© Ă confier lâadministration de Gaza Ă un comitĂ© technocratique proposĂ© par le plan.
Cependant, le Hamas a dĂ©clarĂ© quâil dĂ©sarmera pas. Il nâa pas non plus acceptĂ© de se retirer complĂštement de la politique palestinienne. Il a plutĂŽt dĂ©clarĂ© que lâavenir de la bande de Gaza et les droits lĂ©gitimes du peuple palestinien doivent ĂȘtre Ă©tablis sur la base dâune âposition nationale collectiveâ et des lois et rĂ©solutions internationales pertinentes.
Alors que les pourparlers de cessez-le-feu reprennent en Ăgypte aujourdâhui, M. Netanyahu a dĂ©clarĂ© sâattendre Ă ce que les otages soient rapidement libĂ©rĂ©s et M. Trump pense que le Hamas est âprĂȘt pour une paix durableâ.
Cependant, le Hamas a de nombreuses raisons dâhĂ©siter Ă soutenir un plan plein dâambiguĂŻtĂ©s qui prive les Palestiniens de leur capacitĂ© Ă dĂ©cider de leur propre destin politique.
Un futur plan de gouvernance qui marginalise les Palestiniens
Alors, pourquoi le Hamas est-t-il réticent ?
Tout dâabord, le plan prĂ©voit que lâoccupation militaire israĂ©lienne de Gaza se poursuive jusquâĂ ce quâIsraĂ«l puisse transfĂ©rer la responsabilitĂ© Ă une âforce internationale de stabilisationâ Ă un moment donnĂ© dans le futur.
Vient ensuite la structure de gouvernance proposée par le plan.
Selon ce dernier, Gaza serait administrĂ©e pendant une pĂ©riode de transition par âun comitĂ© palestinien technocratique et apolitiqueâ. Celui-ci serait chargĂ© de fournir des services de base Ă des millions de Gazaouis affamĂ©s, traumatisĂ©s, sans abri et sans emploi.
Ce comitĂ© serait toutefois composĂ© dâexperts internationaux, rĂ©duisant ainsi lâinfluence des Palestiniens et leur capacitĂ© Ă dĂ©cider du sort des Gazaouis. De nombreux dĂ©tails restent encore Ă prĂ©ciser, notamment la composition du comitĂ©, sa date de formation et le nombre de membres palestiniens.
Un nouvel organe international de transition, appelĂ© âConseil de paixâ, serait Ă©galement formĂ©, prĂ©sidĂ© par Trump et comprendrait, semble-t-il, lâancien Premier ministre britannique Tony Blair. Reste Ă savoir si le conseil comprendra des Palestiniens.
Ce conseil serait chargĂ© de la âsurveillance et de la supervisionâ du nouveau comitĂ©. Il superviserait Ă©galement la reconstruction de Gaza jusquâĂ ce que lâAutoritĂ© palestinienne (AP), actuellement dominĂ©e par le parti du Fatah, fasse lâobjet de rĂ©formes et soit en mesure de reprendre le contrĂŽle de Gaza.
Là encore, de nombreuses questions restent sans réponse. Parmi celles-ci :
le calendrier des nouvelles Ă©lections pour lâAutoritĂ© palestinienne
la possibilité pour les Gazaouis de participer aux élections
les factions politiques autorisées à présenter des candidats
la sélection éventuelle de ces candidats par le conseil, et
qui dĂ©cidera si lâAP sâest suffisamment rĂ©formĂ©e.
Le processus politique reste ainsi ouvert à différentes interprétations, qui pourraient priver les Palestiniens de leur pouvoir, comme le craint le Hamas.
AprĂšs la publication de la dĂ©claration du Hamas, un haut responsable de ce mouvement a catĂ©goriquement rejetĂ© lâidĂ©e du âConseil de paixâ, dĂ©clarant :
âNous nâaccepterons jamais que des non-Palestiniens contrĂŽlent les Palestiniensâ.
Le plan stipule Ă©galement que le Hamas et âdâautres factionsâ (non prĂ©cisĂ©es) nâauront aucun rĂŽle Ă jouer dans la future gouvernance de Gaza. Il impose Ă©galement la dĂ©militarisation de Gaza. Mais lĂ encore, on ignore les modalitĂ©s et les acteurs de cette dĂ©militarisation.
Ce que les Palestiniens disent vouloir
Ces dispositions ne privent pas seulement les Palestiniens de leur pouvoir dâaction. Elles ignorent la rĂ©alitĂ© de la politique palestinienne et la lĂ©gitimitĂ© que les Palestiniens accordent Ă la rĂ©sistance Ă lâoccupation israĂ©lienne et Ă lâobjectif dĂ©clarĂ© du gouvernement Netanyahu de nier lâĂtat palestinien.
Le plus grand dĂ©fi Ă relever pour le âConseil de paixâ est donc clair : une AutoritĂ© palestinienne rĂ©formĂ©e sous le contrĂŽle du Fatah peinerait Ă gagner en lĂ©gitimitĂ© auprĂšs des Palestiniens.
Selon un sondage rĂ©alisĂ© en mai auprĂšs de 1 270 personnes dans les territoires occupĂ©s, le Fatah nâa recueilli que 21 % des suffrages, contre 32 % pour le Hamas et 12 % pour les autres partis.
InterrogĂ©s sur les actions que lâAutoritĂ© palestinienne devrait mener, la plupart des personnes interrogĂ©es ont rĂ©pondu souhaiter la formation dâun gouvernement dâunion nationale incluant toutes les factions palestiniennes, afin de nĂ©gocier avec IsraĂ«l et la communautĂ© internationale la reconstruction de Gaza.
InterrogĂ©s sur les projets de dĂ©sarmement du Hamas, 77 % des personnes sondĂ©es en Cisjordanie et Ă Gaza se sont opposĂ©es Ă cette mesure, et 65 % Ă lâexpulsion des dirigeants du Hamas de Gaza.
Mais 80 % des personnes interrogĂ©es pensent quâen cas de dĂ©sarmement du Hamas, IsraĂ«l ne mettra pas fin Ă la guerre et ne se retirera pas de Gaza.
En rĂ©alitĂ©, nombreux sont les Palestiniens qui souhaitent toujours que le Hamas fasse partie du futur gouvernement palestinien et continue de protĂ©ger les Gazaouis de lâarmĂ©e israĂ©lienne.
Le dĂ©calage entre les ambitions du plan et la rĂ©alitĂ© politique sur le terrain indique quâil a peu de chances dâaboutir, mĂȘme si le Hamas finit par lâaccepter.
On ignore Ă©galement si Netanyahu soutient vĂ©ritablement lâidĂ©e que lâAutoritĂ© palestinienne dirige le futur Gaza, comme le prĂ©voit le plan de paix. Ses dĂ©clarations aux cĂŽtĂ©s de Trump la semaine derniĂšre sont en contradiction avec ce plan :
âVotre plan est conforme aux cinq principes que mon gouvernement a fixĂ©s pour la fin de la guerre et lâaprĂšs-Hamas. [âŠ] Gaza sera dotĂ©e dâune administration civile pacifique qui ne sera dirigĂ©e ni par le Hamas ni par lâAutoritĂ© palestinienneâ.
Ce qui montre que lâobjectif principal de Netanyahu est de dĂ©manteler les capacitĂ©s militaires et le pouvoir politique du Hamas, tout en maintenant la division politique qui existe actuellement entre Gaza, la Cisjordanie et JĂ©rusalem-Est.
Cependant, les Palestiniens se verraient alors privĂ©s de la seule faction que beaucoup considĂšrent comme la seule Ă mĂȘme de rĂ©sister Ă lâoccupation israĂ©lienne et de contrer lâintention de lâĂtat hĂ©breu de saboter toute chance de crĂ©ation dâun Ătat palestinien.
De plus, la mise en place dâune nouvelle bureaucratie civile et militaire pour assurer la transition de Gaza pourrait sâavĂ©rer trĂšs longue, et serait soumise aux caprices de la politique occidentale.
LâarmĂ©e israĂ©lienne occuperait alors Gaza pour une durĂ©e indĂ©terminĂ©e. Rien ni personne ne protĂ©gerait alors les millions de Gazaouis de nouvelles attaques dâune armĂ©e dĂ©jĂ accusĂ©e de graves et nombreuses et graves violations du droit international humanitaire.
Traduit par Spirit of Free Speech
* Martin Kear, maßtre de conférences, département des sciences politiques et des relations internationales, Université de Sydney
The Conversation est un mĂ©dia indĂ©pendant Ă but non lucratif qui travaille avec des experts universitaires dans leurs domaines respectifs pour publier des essais courts et clairs sur des sujets dâactualitĂ©.
https://www.juancole.com/2025/10/israel-ceasefire-palestinian.html

