đâđš Un pays fondĂ© sur nos tombes, ou le mensonge dâune âsolution justeâ Ă deux Ătats
Le monde doit désormais imposer des sanctions, s'impliquer davantage et que les milliards de spectateurs de ce génocide rassemblent le courage et la détermination d'un seul Palestinien.
đâđš Un pays fondĂ© sur nos tombes, ou le mensonge dâune âsolution justeâ Ă deux Ătats
Par Ahmad Ibsais, le 13 août 2025
J'ai vu aujourd'hui le corps en dĂ©composition d'un Palestinien, rĂ©duit Ă sa seule colonne vertĂ©brale et Ă quelques cĂŽtes. Peut-ĂȘtre Ă©tait-ce un soulagement bienvenu, aprĂšs le flot continu d'enfants affamĂ©s et moribonds observĂ© jour aprĂšs jour. Les ossements reposent sur la terre dĂ©vastĂ©e de Gaza, rappelant ce qu'il advient du droit international lorsqu'il s'applique Ă la chair palestinienne. C'est le point final de tout âprocessus de paixâ qui commence par notre Ă©limination et prend fin avec notre gratitude.
Mark Carney a annoncĂ© cette semaine que le Canada va reconnaĂźtre l'Ătat palestinien en septembre, mais Ă condition que les Palestiniens acceptent la âdĂ©militarisationâ. Quelle gĂ©nĂ©rositĂ© de la part des bouchers qui nous offrent de quoi manger tout en aiguisant leurs couteaux ! Keir Starmer promet la reconnaissance britannique, Ă condition qu'IsraĂ«l accepte un cessez-le-feu et une âpaix Ă long termeâ. Veulent-ils Ă rĂ©cupĂ©rer leurs centaines de millions d'âaideâ ? Emmanuel Macron Ă©voque l'engagement historique de la France en faveur de la justice, tandis que les entreprises françaises de dĂ©fense livrent discrĂštement des millions de composants militaires destinĂ©s Ă la âdĂ©fenseâ d'IsraĂ«l. Le bĂ©bĂ© cachait-il des plans de destruction avant d'ĂȘtre abattu ?
Ces annonces coĂŻncident avec une escalade de la violence et une violation flagrante du droit international, drapant les corps des Palestiniens d'un linceul d'injustice.
Ces gouvernements sont confrontĂ©s Ă une opposition interne sans prĂ©cĂ©dent face Ă leur soutien Ă l'apartheid israĂ©lien. Les campus universitaires se sont rĂ©voltĂ©s. Les syndicats retirent leurs placements financiers. Les citoyens rĂ©clament des embargos sur les armes. Le rĂ©cit soigneusement ficelĂ© de la victimisation israĂ©lienne se dĂ©lite devant l'ampleur du gĂ©nocide en cours. Tout ce qu'ils offrent aux Palestiniens, c'est le mĂȘme calice empoisonnĂ© proposĂ© depuis des dĂ©cennies : la reconnaissance sans souverainetĂ©, un Ătat sans pouvoir, la libĂ©ration sans libertĂ©. Ils nous proposent leur vision de la libĂ©ration, tout en veillant Ă ce que nous ne soyons jamais vraiment libres, car un Palestinien libre est, Ă leurs yeux, un Palestinien dangereux.
Songez Ă cette exigence de dĂ©militarisation de la Palestine. Un peuple soumis Ă 77 ans d'occupation doit promettre de ne pas se dĂ©fendre en Ă©change de la reconnaissance. L'AutoritĂ© palestinienne doit organiser des Ă©lections en 2026, alors que l'armĂ©e israĂ©lienne empĂȘche toute circulation entre les villes. Nous devons nous engager Ă respecter la dĂ©mocratie, alors que nous vivons sous un rĂ©gime militaire qui, rien que depuis le mois de janvier, a dĂ©placĂ© 40 000 Palestiniens de JĂ©nine et de Tulkarem, et a tuĂ© au bas mot 60 000 Palestiniens Ă Gaza.
Starmer ne reconnaĂźtra la Palestine que si IsraĂ«l cesse de tuer des Palestiniens au vu et au su de tous. Telle est la farce hĂ©roĂŻque selon Starmer. Si IsraĂ«l nous tue en silence, hors de la vue du monde, la Palestine est perdante. Telle est la âpaix Ă long termeâ dont ils se gargarisent. La âpaixâ, plus exactement la soumission dans le jargon des colonisateurs. Le gouvernement britannique subordonne la crĂ©ation d'un Ătat palestinien au comportement d'IsraĂ«l, comme si notre droit Ă l'existence dĂ©pendait de la capacitĂ© de notre oppresseur Ă ĂȘtre plus discret quand il nous Ă©limine.
Les accords d'Oslo promettaient la crĂ©ation d'un Ătat palestinien par la nĂ©gociation. Trente ans plus tard, le bilan est lourd : expansion des colonies, intensification de l'apartheid et effacement systĂ©matique de la Palestine. Oslo a Ă©tĂ© signĂ© par des hommes qui ne reprĂ©sentaient pas le peuple palestinien et scellĂ© par le sang de Yasser Arafat, assassinĂ© par les mĂȘmes forces qui dirigent aujourd'hui IsraĂ«l. Ce traitĂ© a montrĂ© Ă IsraĂ«l qu'il est inutile de vaincre la lutte palestinienne, mais qu'il suffit de l'Ă©touffer suffisamment longtemps pour que le monde oublie que les Palestiniens ont un jour Ă©tĂ© libres.
Voici le scĂ©nario colonial peaufinĂ© au fil des siĂšcles. Les Ătats-Unis ont promis la souverainetĂ© aux tribus amĂ©rindiennes tout en les confinant dans des rĂ©serves, en privant leurs enfants de leur langue et de leur culture, et en violant tous les traitĂ©s signĂ©s. L'Afrique du Sud a offert des bantoustans aux Sud-Africains noirs, qualifiant ces territoires morcelĂ©s et dĂ©favorisĂ©s de âpatriesâ, tout en maintenant le contrĂŽle suprĂ©matiste blanc sur l'Ă©conomie et l'armĂ©e. La France a promis l'autonomie Ă l'AlgĂ©rie en exploitant ses ressources et en maintenant sa domination coloniale. La promesse du colonisateur n'est jamais qu'un mensonge enrobĂ© dans un discours prĂ©tendument libĂ©rateur.
En Palestine, l'intention est la mĂȘme : promettre un Ătat tout en dĂ©veloppant des colonies, garantir la paix tout en intensifiant l'occupation. Les nĂ©gociations ne sont jamais destinĂ©es Ă mettre un terme Ă la souffrance des Palestiniens, mais Ă la gĂ©rer, la contenir et l'occulter aux yeux du monde. La reconnaissance annoncĂ©e pour le mois de septembre suit le mĂȘme script, mais les enjeux sont dĂ©sormais plus consĂ©quents et la mascarade plus flagrante.
Pourtant, ils attendent des Palestiniens l'acceptation de cette reconnaissance illusoire, le pardon de l'impardonnable, et qu'ils nĂ©gocient avec ceux qui se prĂ©sentent comme les âgentilsâ dans les arcanes de l'histoire. Mais l'histoire a entendu l'appel de Hind Rajab. On nous a contraints, ces deux derniĂšres annĂ©es, Ă intĂ©rioriser la dĂ©shumanisation dont nous sommes tĂ©moins jour aprĂšs jour, Ă relayer des accusations d'antisĂ©mitisme infondĂ©es, tout en entretenant l'illusion que l'histoire a commencĂ© le 7 octobre 2023. Ainsi, tous semblent croire qu'ils peuvent dicter l'avenir de la Palestine sans les Palestiniens. Mais ce sont les Palestiniens qui dĂ©termineront les modalitĂ©s de leur libĂ©ration et l'usage qu'ils feront de cette libertĂ©.
L'Ătat palestinien, tout comme l'aide humanitaire, ne saurait ĂȘtre une monnaie d'Ă©change. Attendre qu'IsraĂ«l ait annexĂ© la quasi-totalitĂ© de la Palestine pour offrir un Ătat revient Ă attendre le stade 5 de la famine pour distribuer de l'aide. Ces pays revendiquent une autoritĂ© morale en contribuant activement au gĂ©nocide palestinien. Parce que les Palestiniens ne sont pas perçus comme des ĂȘtres humains Ă©gaux en droits.
Si ces individus estiment que la loi est une solution, qu'ils acceptent Ă©galement l'existence d'une lĂ©gislation appropriĂ©e Ă la libĂ©ration des Palestiniens. L'ONU reconnaĂźt en effet depuis de nombreuses annĂ©es l'occupation et l'apartheid de la Palestine, deux crimes contre l'humanitĂ©. La rĂ©solution 3236 de l'ONU affirme notamment les droits inaliĂ©nables du peuple palestinien Ă l'autodĂ©termination, Ă l'indĂ©pendance nationale et Ă la souverainetĂ©, âpar tous les moyens nĂ©cessairesâ. La mĂȘme communautĂ© internationale qui invoque gĂ©nĂ©ralement le principe de la responsabilitĂ© de protĂ©ger (R2P) observe aujourd'hui le gĂ©nocide des Palestiniens en temps rĂ©el, sa doctrine passant soudain aux oubliettes lorsque le responsable est son Ătat client prĂ©fĂ©rĂ©. Ces mĂȘmes gouvernements offrant une reconnaissance conditionnelle violent activement leurs obligations lĂ©gales de veiller au respect du droit international par IsraĂ«l. Le crime le plus grave de tous, le gĂ©nocide, doit juste ĂȘtre mis sous le tapis pendant le temps nĂ©cessaire au renforcement de leur pouvoir pour poursuivre leur expansion. Ces Ătats veulent qu'on leur pardonne de ne pas avoir rĂ©solu le âproblĂšmeâ palestinien. Mais un mort se moque bien de savoir qui a larguĂ© la bombe. Les morts ne pardonnent pas.
La solution Ă deux Ătats se meurt avec les 18 000 enfants palestiniens de Gaza, avec chaque famille dĂ©placĂ©e de JĂ©nine, chaque jour oĂč le monde assiste au gĂ©nocide en le qualifiant d'âautodĂ©fenseâ. La Palestine qui Ă©mergera ne sera pas ce petit Ătat castrĂ© que ces gouvernements envisagent, mais celui que nous aurons créé par la rĂ©sistance, la dĂ©termination et la simple volontĂ© de survie, lorsque survivre devient rĂ©volution.
Je dĂ©nonce l'idĂ©e mĂ©prisable qu'un Ătat palestinien puisse ĂȘtre un substitut Ă la justice, et que nos terres ne soient bonnes quâĂ danser sur des cadavres ensevelis.
Accepter l'imposture qu'est la solution Ă deux Ătats revient Ă dĂ©shonorer les dizaines de milliers de victimes dont la mort est le prix Ă payer pour l'indiffĂ©rence du monde face Ă la souffrance et au sang palestiniens. La reconnaissance totale des droits des Palestiniens doit maintenant prĂ©valoir : notre droit d'autodĂ©termination, jusqu'Ă ce que la libertĂ© se manifeste dans tous les domaines. Le monde doit dĂ©sormais imposer des sanctions, s'impliquer davantage et que les milliards de spectateurs de ce gĂ©nocide rassemblent le courage et la dĂ©termination d'un seul Palestinien.
Traduit par Spirit of Free Speech





LâAlgĂ©rie a mis 132 ans pour se libĂ©rer du joug colonial. Elle a connu le vol de ses terres donnĂ©s gracieusement par lâadministration française aux Ìpieds-noirs' et la sĂ©grĂ©gation entre arabes musulmans et arabes juifs pour la citoyennetĂ©. MĂȘme schĂ©ma dâapartheid, mĂȘme racisme, mĂȘme refus Ă lâautodetermination...
Je suis pessimiste sur lâavenir de la Palestine.. mais je sais quâil nây a quâune seule voie possible. La LibĂ©ration de Tout le territoire dâavant 1948, lâexpulsion de tous les sionistes et le retour des rĂ©fugiĂ©s.