đâđš Violation des lois internationales
Lâabsence de condamnation par lâONU et lâOEA des attaques de Washington contre le Venezuela tĂ©moigne du pouvoir mafieux absolu que les Ătats-Unis exercent dans le monde.
đâđš Violation des lois internationales
Par Vijay Prashad pour Tricontinental: Institute for Social Research, le 9 janvier 2026
Aux premiĂšres heures du 3 janvier, les Ătats-Unis ont envoyĂ© leurs forces militaires au Venezuela pour kidnapper le prĂ©sident NicolĂĄs Maduro Moros et Cilia Flores, dĂ©putĂ©e Ă lâAssemblĂ©e nationale, bombardant des sites civils et militaires Ă travers Caracas.
Les Ătats-Unis ont inculpĂ© Maduro et Flores, mariĂ©s, pour ânarcoterrorismeâ et autres chefs dâaccusation connexes, et les dĂ©tiennent Ă New York, oĂč ils ont comparu pour la premiĂšre fois devant le tribunal fĂ©dĂ©ral de Manhattan le 5 janvier.
Les Ătats-Unis nâont pas clairement pas dĂ©butĂ© leur offensive contre le Venezuela le 3 janvier. La guerre hybride contre le processus bolivarien au Venezuela a commencĂ© en 2001, aprĂšs lâadoption de la loi organique sur les hydrocarbures dans le cadre dâun ensemble de 49 lois dĂ©crĂ©tĂ©es par lâancien prĂ©sident Hugo ChĂĄvez et approuvĂ©es par lâAssemblĂ©e nationale.
La nouvelle loi vénézuélienne a pénalisé les conglomérats pétroliers, pour la plupart américains, et a permis au gouvernement de réorienter une part plus importante des revenus pétroliers vers des programmes sociaux et le développement national à long terme.
Les grands groupes pĂ©troliers, en particulier ExxonMobil (Exxon), ont Ă©tĂ© furieux et collaborent depuis avec le gouvernement amĂ©ricain pour tenter de dĂ©stabiliser non seulement le gouvernement vĂ©nĂ©zuĂ©lien, mais aussi lâensemble du processus bolivarien.
La guerre hybride, menĂ©e sur les plans Ă©conomique, politique, informationnel et mĂȘme social, est une caractĂ©ristique constante de la vie vĂ©nĂ©zuĂ©lienne depuis un quart de siĂšcle. Lâattaque illĂ©gale contre le Venezuela en 2026 et lâenlĂšvement du prĂ©sident et de la premiĂšre dame sâinscrivent dans les attaques constantes que subissent les populations de ce pays dâAmĂ©rique du Sud depuis un quart de siĂšcle.

En quoi lâattaque contre le Venezuela est-elle illĂ©gale ? Les Ătats-Unis bafouent en effet le droit international de maniĂšre systĂ©matique, mĂȘme lorsquâils Ă©voquent leur prĂ©tendu âordre international fondĂ© sur des rĂšglesâ. Il est donc utile de revenir sur les principes fondamentaux du droit international et dâexaminer les lois internationales que le pays a violĂ©es en attaquant le Venezuela le 3 janvier.
Tout dâabord, quand on parle de âdroit internationalâ, on fait rĂ©fĂ©rence aux obligations juridiques que les Ătats â et, dans certains cas, les organisations internationales et les individus â reconnaissent comme contraignantes dans leurs relations mutuelles.
Ces lois proviennent de deux sources principales : les traitĂ©s (accords Ă©crits) et le droit international coutumier (rĂšgles devenues contraignantes par la pratique constante des Ătats et acceptĂ©es comme des lois).
Un Ătat doit consentir Ă ĂȘtre liĂ© par un traitĂ© (soit en le signant, soit en y adhĂ©rant), mais il peut ĂȘtre liĂ© par le droit international coutumier et les normes contraignantes (jus cogens), câest-Ă -dire des rĂšgles fondamentales liant tous les Ătats, quâil ait signĂ© ou non un traitĂ©.
Lâinterdiction du gĂ©nocide et de lâesclavage, par exemple, nâexige pas quâun Ătat signe quoi que ce soit, car ces interdictions sont reconnues comme des normes impĂ©ratives liant tous les Ătats en vertu du droit international.
En dâautres termes, certaines lois sont si fondamentales quâaucun Ătat ne peut sâen affranchir. Les obligations auxquelles je ferai rĂ©fĂ©rence ci-dessous proviennent de deux sources : les traitĂ©s (tels que la Charte des Nations unies) et le droit international coutumier (y compris le principe de non-intervention et lâimmunitĂ© des chefs dâĂtat), parfois interprĂ©tĂ©s et appliquĂ©s par la Cour internationale de justice (CIJ), la plus haute juridiction des Nations unies pour les diffĂ©rends entre Ătats. Les jugements de la CIJ revĂȘtent une autoritĂ© particuliĂšre pour expliquer ce quâexige le droit international dans la pratique.
Lâinterdiction de la menace ou de lâemploi de la force constitue lâune de ces obligations.
Le plus important est la Charte des Nations unies de 1945, dont lâarticle 2(4) stipule que tous les Ătats doivent sâabstenir de ârecourir Ă la menace ou Ă lâusage de la forceâ contre un autre Ătat. Il existe des exceptions limitĂ©es Ă cette rĂšgle, par exemple si le Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies, agissant en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies (articles 39 Ă 42), dĂ©termine quâil existe une âmenace pour la paix, une rupture de la paix ou un acte dâagressionâ et autorise alors le recours Ă la force pour âmaintenir ou rĂ©tablir la paix et la sĂ©curitĂ© internationalesâ, ou si un Ătat agit en lĂ©gitime dĂ©fense. Comme il nây a pas dâautre exception, lâacte dâagression des Ătats-Unis contre le Venezuela constitue une violation flagrante de la Charte des Nations unies, qui est lâobligation conventionnelle la plus Ă©levĂ©e dans le systĂšme interĂ©tatique.
En AmĂ©rique latine existe Ă©galement la Charte de lâOrganisation des Ătats amĂ©ricains (OEA) de 1948, dont lâarticle 21 stipule que âle territoire dâun Ătat est inviolableâ et quâaucune âoccupation militaireâ ou âmesure de coercitionâ nâest autorisĂ©e par un Ătat contre un autre. La Charte de lâOEA reprend les dispositions de la Charte des Nations unies, dont lâarticle 103 prĂ©cise clairement que, en cas de conflit entre les obligations dĂ©coulant dâun traitĂ© et celles prĂ©vues par la Charte des Nations unies, les obligations des Ătats membres au titre de cette derniĂšre prĂ©valent sur celles issues de tout autre accord international.
Des rĂ©solutions devraient dĂ©jĂ avoir Ă©tĂ© adoptĂ©es Ă la fois par lâONU et lâOEA pour condamner les rĂ©centes actions des Ătats-Unis. Lâabsence de telles rĂ©solutions dĂ©montre moins lâimpuissance du systĂšme interĂ©tatique en soi que le pouvoir absolu, de type mafieux, exercĂ© par les Ătats-Unis dans le monde.
Le principe de non-ingĂ©rence dans les affaires intĂ©rieures ou extĂ©rieures dâun Ătat. Lâarticle 2, paragraphe 7, de la Charte des Nations unies souligne le caractĂšre fondamental de la souverainetĂ© des Ătats en prĂ©cisant quâaucune disposition de la Charte nâautorise lâONU Ă intervenir dans des affaires relevant essentiellement de la compĂ©tence nationale dâun Ătat, sauf par le biais de mesures coercitives en vertu du chapitre VII.
Lâinterdiction pour les Ătats dâintervenir dans les affaires dâun autre Ătat est Ă©galement clairement Ă©noncĂ©e Ă lâarticle 19 de la Charte de lâOEA, qui stipule quâaucun Ătat
âne peut intervenir, directement ou indirectement, pour quelque raison que ce soit, dans les affaires intĂ©rieures ou extĂ©rieures dâun autre Ătatâ.
Cette interdiction inclut toute âforme dâingĂ©renceâ, y compris une invasion militaire et la capture dâun chef de gouvernement.
La Charte des Nations unies et la Charte de lâOEA sont des traitĂ©s et le droit international coutumier renforce ces rĂšgles en interdisant toute intervention sans exception.
Dans lâaffaire Nicaragua c. Ătats-Unis de 1986, intentĂ©e en raison du soutien de Washington Ă la guerre des Contras et au minage des ports nicaraguayens, la Cour internationale de justice (CIJ) a affirmĂ© le principe de non-intervention du droit coutumier et appliquĂ© les rĂšgles relatives Ă lâusage de la force et Ă la lĂ©gitime dĂ©fense (y compris les notions de nĂ©cessitĂ© et de proportionnalitĂ©).
Les tentatives flagrantes des Ătats-Unis de renverser le gouvernement vĂ©nĂ©zuĂ©lien, depuis la tentative de coup dâĂtat de 2002 jusquâĂ lâenlĂšvement du prĂ©sident Maduro et de Cilia Flores en 2026, constituent des violations manifestes de ces principes, tout comme le soutien apportĂ© par les Ătats-Unis Ă lâorganisation dâactions armĂ©es, telles que lâopĂ©ration Gideon en 2020, au cours de laquelle les Ătats-Unis ont financĂ© des mercenaires pour attaquer le gouvernement vĂ©nĂ©zuĂ©lien.
Violation de lâimmunitĂ© des chefs dâĂtat. Lorsquâun Ătat exerce une compĂ©tence pĂ©nale, civile ou coercitive sur un chef dâĂtat Ă©tranger en exercice, en violation du droit international (en lâarrĂȘtant, en le poursuivant, en le dĂ©tenant ou en exerçant toute autre forme dâautoritĂ© coercitive sur sa personne), il viole lâimmunitĂ© des chefs dâĂtat. Cette rĂšgle permet de garantir que les Ătats puissent entretenir des relations sans que les tribunaux Ă©trangers ne saisissent les hauts responsables de lâun ou de lâautre.
En clair, un tribunal national Ă©tranger ne peut lĂ©galement arrĂȘter ou juger un chef dâĂtat en exercice, Ă moins que son immunitĂ© ne soit levĂ©e par son propre Ătat. Il nâexiste pas de traitĂ© distinct codifiant cette immunitĂ© de maniĂšre exhaustive, mais elle est solidement ancrĂ©e dans le droit international coutumier et est reconnue dans plusieurs accords et dĂ©cisions de justice.
La Convention des Nations unies sur les missions spĂ©ciales (1969), stipule par exemple quâun chef dâĂtat qui mĂšne une mission spĂ©ciale
âbĂ©nĂ©ficie [...] des facilitĂ©s, privilĂšges et immunitĂ©s accordĂ©s par le droit international aux chefs dâĂtatâ.
La Convention de Vienne sur les relations diplomatiques (1961) codifie sĂ©parĂ©ment lâimmunitĂ© diplomatique des agents diplomatiques accrĂ©ditĂ©s, illustrant ainsi le principe plus large du droit international selon lequel les reprĂ©sentants officiels jouissent dâune inviolabilitĂ©.
Plus important encore, la CIJ, dans lâaffaire RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo c. Belgique (2002) â plus connue sous le nom dââaffaire du mandat dâarrĂȘtâ â intentĂ©e aprĂšs lâĂ©mission par la Belgique dâun mandat dâarrĂȘt international Ă lâencontre du ministre des Affaires Ă©trangĂšres en exercice de la RDC, a estimĂ© que ce dernier bĂ©nĂ©ficiait de âlâimmunitĂ© de juridiction pĂ©naleâ et de âlâinviolabilitĂ©â en vertu du droit international, et que le mandat dâarrĂȘt belge violait ces obligations.
Il existe toutefois une exception majeure dans le systĂšme international, qui sâapplique au sein de la Cour pĂ©nale internationale (CPI), laquelle poursuit des individus (et non des Ătats, comme le fait la CIJ).
Lâarticle 27 du Statut de Rome de la CPI prĂ©voit en effet que la qualitĂ© officielle de âchef dâĂtat ou de gouvernementâ nâexempte pas une personne de sa responsabilitĂ© en vertu dudit Statut, et que les immunitĂ©s ânâempĂȘchent pas la Cour dâexercer sa compĂ©tenceâ.
En vertu du Statut de Rome, la CPI peut poursuivre des individus pour les crimes internationaux les plus graves (gĂ©nocide, crimes contre lâhumanitĂ©, crimes de guerre et crime dâagression) lorsque les tribunaux nationaux ne peuvent ou ne veulent pas agir. Câest la raison pour laquelle des mandats dâarrĂȘt de la CPI peuvent ĂȘtre dĂ©livrĂ©s Ă lâencontre de chefs dâĂtat ou de gouvernement en exercice. Câest la logique juridique invoquĂ©e dans le mandat dâarrĂȘt de la CPI Ă lâencontre du Premier ministre israĂ©lien, Benjamin Netanyahu.
Lâattaque brutale de Trump viole non seulement le droit international, mais soulĂšve Ă©galement des questions au regard du droit amĂ©ricain. La rĂ©solution de 1973 sur les pouvoirs de guerre exige en effet que le prĂ©sident amĂ©ricain consulte le CongrĂšs âdans tous les casâ avant dâengager les forces armĂ©es amĂ©ricaines dans des hostilitĂ©s avec un Ătat, et, sâil ne le fait pas, quâil en informe le CongrĂšs dans les 48 heures. Les hostilitĂ©s doivent alors prendre fin dans les 60 jours en lâabsence dâautorisation. Le mĂ©pris de Washington pour le droit international sâobserve Ă©galement au niveau national.
Lors de sa comparution le 5 janvier, Maduro a déclaré :
âJe suis un prisonnier de guerreâ.
Cette affirmation est tout Ă fait exacte. Le prĂ©sident vĂ©nĂ©zuĂ©lien et son Ă©pouse ont en effet Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s pour des raisons purement politiques, dans le cadre des manĆuvres dâingĂ©rence que les Ătats-Unis mĂšnent depuis des dĂ©cennies contre les pays du Sud.
Traduit par Spirit of Free Speech
* Vijay Prashad est un historien, Ă©diteur et journaliste indien. Il est rĂ©dacteur et correspondant en chef chez Globetrotter. Il est Ă©diteur chez LeftWord Books et directeur de Tricontinental : Institute for Social Research. Il est chercheur senior non rĂ©sident au Chongyang Institute for Financial Studies, Ă lâuniversitĂ© Renmin de Chine. Il a Ă©crit plus de 20 livres, dont The Darker Nations et The Poorer Nations. Ses derniers ouvrages sont Struggle Makes Us Human: Learning from Movements for Socialism et, en collaboration avec Noam Chomsky, The Withdrawal: Iraq, Libya, Afghanistan and the Fragility of U.S. Power.
https://consortiumnews.com/2026/01/09/vijay-prashad-smashing-international-laws/




