đâđš Washington accĂšde Ă la toute-puissance Ă©nergĂ©tique â et personne nâa lâair de percuter
LâIran : lâheure de vĂ©ritĂ©. Soit Washington asservit le monde, soit le monde se libĂšre. LâĂ©nergie venue du ciel est lâantidote Ă l'hĂ©gĂ©monie de lâempire. La Chine lâa compris, du moins espĂ©rons-le.
đâđš Washington accĂšde Ă la toute-puissance Ă©nergĂ©tique â et personne nâa lâair de percuter
Par BettBeat Media & Richard Medhurst, le 22 mars 2026
Ce nâest pas Ă une guerre que vous assistez. Ce que vous voyez, ce sont les Ătats-Unis en train de rĂ©duire les nations de la planĂšte Ă lâasservissement Ă©nergĂ©tique. Analyse de la thĂšse du âPetro-Gas Dollarâ de Richard Medhurst et de la âperspectiveâ quâil a nĂ©gligĂ©e.
Peu importe la guerre menĂ©e par les Ătats-Unis, câest toujours la mĂȘme rengaine. Les mĂȘmes voix Ăąnonnent les mĂȘmes propos : les Ătats-Unis sont en pleine dĂ©bĂącle. La guerre est un Ă©chec. LâAmĂ©rique nâa jamais gagnĂ© de guerre. Toujours la mĂȘme analyse figĂ©e dans les schĂ©mas de pensĂ©e du XX^e siĂšcle, selon laquelle âgagnerâ suppose un drapeau blanc, une capitulation en rĂšgle, une nation vaincue reconstruite Ă lâimage de lâAmĂ©rique. Sans surprise, la plupart des commentateurs concernĂ©s sont ceux qui Ă©valuent encore la victoire aux critĂšres de 1945.
Jâai dĂ©jĂ dit, et je rĂ©pĂšte que les Ătats-Unis ne perdent pas de guerres. Sâils en perdaient, ils nâen dĂ©clencheraient plus. LâAfghanistan, la Syrie, lâIrak ou la Libye, les Ătats dĂ©faillants ne sont pas des Ă©checs de lâEmpire. Ils sont ses victoires. Et lâEmpire a le vent en poupe.
Aujourdâhui, câest lâIran qui est dans le collimateur. Ă gauche comme Ă droite, le refrain est le mĂȘme : ce sera un dĂ©sastre, lâAmĂ©rique va trop loin et lâIran sera son tombeau. Les mĂȘmes voix. La mĂȘme cĂ©citĂ©. Le mĂȘme scĂ©nario de toujours.
Ă lâexception dâune voix qui sort du lot. Comme moi, il est mi-EuropĂ©en occidental, mi-Arabe. Il sâappelle Richard Medhurst. Peut-ĂȘtre que notre identitĂ© atypique nous confĂšre un regard diffĂ©rent, un pied dans lâEmpire, lâautre dans ses dĂ©combres. Dâun cĂŽtĂ©, sa Grande-Bretagne et mes Pays-Bas ; de lâautre, sa Syrie et mon AlgĂ©rie. Quelle quâen soit la raison, je partage son profond scepticisme envers les clichĂ©s sur la guerre amĂ©ricaine. Il a aujourdâhui avancĂ© une thĂšse assez audacieuse pour mĂ©riter un examen sĂ©rieux.
Jâai Ă©coutĂ© lâanalyse peu orthodoxe de Medhurst sur la guerre en Iran, un long direct de trois heures diffusĂ© le 20 mars 2026 qui mâa impressionnĂ©. Pas pour les divagations dâun esprit conspirationniste, mais parce que, argument aprĂšs argument, les donnĂ©es montrent une cohĂ©rence que les discours dominants ont soit ignorĂ©e, soit Ă©cartĂ©e. Medhurst affirme que les Ătats-Unis, loin de sâenliser dans un nouveau bourbier dĂ©sastreux en Asie occidentale, sâemparent dĂ©libĂ©rĂ©ment des rĂ©serves Ă©nergĂ©tiques de la planĂšte â et que les guerres contre la Syrie, le Venezuela, lâUkraine et maintenant lâIran ne sont pas des Ă©vĂ©nements isolĂ©s, mais les Ă©tapes successives dâun seul et mĂȘme plan : la domination Ă©nergĂ©tique totale. Il invente un terme pour dĂ©signer lâaboutissement de ce processus : le âpĂ©tro-gaz-dollarâ ou le âGNL-dollarâ. Voyons si ce terme est appelĂ© Ă durer.
Toutefois, si Medhurst cartographie avec une prĂ©cision extrĂȘme la prison que lâEmpire impose au monde, il ne cherche jamais la faille dans le systĂšme. Sa thĂšse comporte un angle mort â et câest peut-ĂȘtre la partie la plus cruciale de toute lâhistoire.
Mais nous y viendrons. Commençons par la prison.
1. Les fondements de la dépendance
Pour bien comprendre ce que la guerre en Iran peut entraĂźner, il faut dâabord saisir les consĂ©quences de la guerre en Ukraine. En 2021, lâEurope ne recevait que 34 % des exportations totales de gaz naturel liquĂ©fiĂ© (GNL) des Ătats-Unis. Suite Ă lâinvasion de lâUkraine par la Russie, ce chiffre a doublĂ© pour atteindre 69 % en un an. Ce nâĂ©tait pas une simple fluctuation des marchĂ©s. CâĂ©tait une rĂ©orientation structurelle de lâordre Ă©nergĂ©tique mondial.
Aujourdâhui, les Ătats-Unis sont le premier exportateur mondial de GNL, devant lâAustralie et le Qatar, avec des exportations qui sont passĂ©es de 15 millions de mĂštres cubes par jour en 2016 Ă 425 millions de mĂštres cubes par jour en 2025. Lâampleur de cet essor est ahurissante. Selon lâInstitute for Energy Economics and Financial Analysis, les importations europĂ©ennes de GNL amĂ©ricain ont bondi de prĂšs de moitiĂ© au cours des six premiers mois de 2025 seulement, confortant la position de Washington en tant que fournisseur dominant du continent
Le Centre for Eastern Studies de Varsovie â un think tank affiliĂ© au gouvernement polonais, et non une organisation anti-amĂ©ricaine â a publiĂ© en fĂ©vrier 2026 un rapport dont le titre en dit long : âUne dĂ©pendance excessive ?â Le rapport rĂ©vĂšle que le GNL amĂ©ricain reprĂ©sente dĂ©sormais environ les trois cinquiĂšmes du gaz liquĂ©fiĂ© achetĂ© par lâEurope, et que cette part atteindra probablement 70 % dâici deux ans, consĂ©quence de lâobstination de lâUE Ă rompre tout lien avec lâĂ©nergie russe et sa course aux alternatives.
Autrement dit, lâEurope nâa pas rĂ©ussi Ă se libĂ©rer de sa dĂ©pendance au gaz russe. Elle a simplement reportĂ© le problĂšme. Comme lâa reconnu ouvertement lâAtlantic Council, la tentative de diversification de lâEurope pour sâaffranchir du gaz russe a Ă©tĂ© âpartiellement oblitĂ©rĂ©e par la dĂ©pendance au GNL amĂ©ricain et les nĂ©gociations associĂ©esâ â soit un simple transfert de dĂ©pendance. Les analystes mettent depuis longtemps en garde contre ce schĂ©ma de dĂ©pendance.
Selon Medhurst, ces Ă©volutions ont Ă©tĂ© orchestrĂ©es â via un coup dâĂtat en Ukraine, une manĆuvre de lâOTAN, le sabotage de Nord Stream et une avalanche de sanctions â une thĂ©orie pas rĂ©futable stricto sensu. Mais le constat est indĂ©niable.
2. Escalade Ă South Pars
Le 18 mars 2026, IsraĂ«l a attaquĂ© le gisement de gaz iranien de South Pars, un gisement assez vaste pour alimenter la planĂšte entiĂšre pendant des annĂ©es. PartagĂ© entre lâIran et le Qatar, ce gisement sous-marin est situĂ© dans le golfe Persique. La riposte a Ă©tĂ© immĂ©diate. Selon Al Jazeera, lâIran a lancĂ© des missiles sur des installations qataries, provoquant des incendies massifs et et de graves dĂ©gĂąts structurels ayant pris des dĂ©cennies Ă ĂȘtre achevĂ©es.
Selon Trump, les Ătats-Unis auraient Ă©tĂ© informĂ©s de la frappe israĂ©lienne a posteriori. Pourtant, un haut responsable israĂ©lien a dĂ©clarĂ©e contraire Ă CNN, Ă savoir que lâopĂ©ration aurait Ă©tĂ© coordonnĂ©e avec Washington. Cette contradiction vient conforter le rejet par Medhurst du schĂ©ma du âbon et du mauvais flicâ.
Les consĂ©quences correspondent exactement aux prĂ©dictions de Medhurst. Selon Bloomberg, les reprĂ©sailles iraniennes ont dĂ©vastĂ© le complexe de Ras Laffan, le centre nĂ©vralgique de lâempire du gaz naturel liquĂ©fiĂ© (GNL) du Qatar â rĂ©duisant environ dâun cinquiĂšme la capacitĂ© dâexportation du pays et nĂ©cessitant, selon QatarEnergy, cinq ans de reconstruction.
Câest lĂ tout lâargument de Medhurst. Le Qatar est le seul rival sĂ©rieux des Ătats-Unis sur les marchĂ©s mondiaux du GNL et les experts de Wood Mackenzie alertent sur lâimpact durable que ces Ă©vĂšnements auront sur lâapprovisionnement mondial en gaz. Medhurst soutient que les Ătats-Unis ont dĂ©libĂ©rĂ©ment provoquĂ© cette escalade en sachant que lâIran finirait par frapper le Qatar, Ă©liminant ainsi le principal concurrent des Ătats-Unis dans la production de GNL.
Appelez cela de la prescience ou un heureux alignement des intĂ©rĂȘts impĂ©riaux et du chaos gĂ©opolitique, la conclusion est la mĂȘme : nous assistons Ă une brillante dĂ©monstration de rĂ©flexion stratĂ©gique de la part des manipulateurs coloniaux, tandis que le reste du monde exĂ©cute docilement le scĂ©nario prĂ©vu.
3. La ruée vers le dollar
Lâune des affirmations les plus Ă©tonnantes de Medhurst concerne la chute vertigineuse des cours de lâor et de lâargent, quâil attribue Ă la ruĂ©e mondiale vers la vente dâactifs contre des dollars pour acheter du GNL amĂ©ricain. Une affirmation que lâon pourrait qualifier dâexagĂ©rĂ©e, jusquâĂ ce que les donnĂ©es parlent dâelles-mĂȘmes.
Lâor, gĂ©nĂ©ralement considĂ©rĂ© comme une valeur refuge en pĂ©riode dâincertitude Ă©conomique, sâest effondrĂ© â perdant 11 % cette semaine, enregistrant sa plus forte baisse hebdomadaire depuis 1983, et chutant de plus de 14 % depuis le dĂ©but de la guerre. Lâargent a subi le mĂȘme sort. Lâor et lâargent ont Ă©tĂ© touchĂ©s par une vague de ventes massive jeudi, les mĂ©taux perdant respectivement environ 5 % et 10 %.
Le paradoxe identifiĂ© par Medhurst â Ă savoir que les valeurs refuges perdent du terrain en pĂ©riode de guerre â est confirmĂ© par de nombreux analystes. Dan Coatsworth, dâAJ Bell, a dĂ©clarĂ© que cette baisse suggĂšre que les investisseurs sont soit en train de liquider des actifs auparavant trĂšs rentables, soit en train de rĂ©agir Ă un nouveau renforcement du dollar amĂ©ricain.
âLâor baisse souvent lorsque le dollar amĂ©ricain prend de la valeur, car le mĂ©tal coĂ»te alors plus cher Ă ceux qui achĂštent avec dâautres devisesâ.
Ce mois-ci, le dollar amĂ©ricain a repris des couleurs, augmentant le prix de lâor pour les investisseurs internationaux â lâindice du dollar a progressĂ© de prĂšs de 2 % depuis le dĂ©but de la guerre en Iran, mettant fin Ă une baisse de plusieurs mois.
Tel est le mécanisme décrit par Medhurst : un dollar qui se renforce non pas malgré la guerre, mais grùce à elle, car le seul fournisseur de GNL fiable au monde fixe le cours de son énergie en devise américaine.
4. Le Venezuela, et la boucle est bouclée.
Medhurst Ă©tablit un lien entre le Venezuela et ce dispositif, affirmant que le pays a Ă©tĂ© attaquĂ© pour servir de ârĂ©serve stratĂ©gique de pĂ©troleâ et pour priver la Chine de ses sources dâĂ©nergie. Jâen suis arrivĂ© Ă une conclusion similaire lâannĂ©e derniĂšre : la guerre contre le Venezuela nâĂ©tait quâun prĂ©lude Ă lâattaque de lâIran, et la monopolisation de ses rĂ©serves Ă©nergĂ©tiques une condition prĂ©alable pour mettre le feu aux usines Ă©nergĂ©tiques dâAsie occidentale. Les preuves sont accablantes.
En dĂ©cembre 2025, les livraisons de pĂ©trole du Venezuela Ă la Chine, son principal acheteur, sâĂ©levaient en moyenne Ă plus de 600 000 barils par jour, soit environ 4 % des importations totales de pĂ©trole de la Chine, selon Reuters. Comme lâa soulignĂ© le magazine Time, les Ătats-Unis ont pris le contrĂŽle dâun important fournisseur dâĂ©nergie de la Chine. PĂ©kin a investi des dizaines de milliards de dollars dans des accords âpĂ©trole contre prĂȘtsâ afin de sâassurer un approvisionnement ne provenant pas dâune zone contrĂŽlĂ©e par les Ătats-Unis â en ce sens, le Venezuela constituait une police dâassurance pour la sĂ©curitĂ© Ă©nergĂ©tique de la Chine. Aujourdâhui, ce marchĂ© est entre les mains des AmĂ©ricains.
Le Center on Global Energy Policy de lâuniversitĂ© Columbia a confirmĂ© que lâadministration Trump a bien annoncĂ© que tout le pĂ©trole entrant et sortant du Venezuela passera par âles canaux autorisĂ©s conformes Ă la lĂ©gislation amĂ©ricaine et Ă la sĂ©curitĂ© nationaleâ, se positionnant ainsi au premier plan de la commercialisation du pĂ©trole vĂ©nĂ©zuĂ©lien. Le Bureau du contrĂŽle des avoirs Ă©trangers du TrĂ©sor a par la suite dĂ©livrĂ© des licences contenant une interdiction de participation pour les entitĂ©s ayant des relations spĂ©cifiques avec la Chine, Cuba, lâIran, la CorĂ©e du Nord et la Russie.
Le schĂ©ma identifiĂ© par Medhurst â coupure du gaz russe, bombardement des installations gaziĂšres du Qatar, saisie du pĂ©trole vĂ©nĂ©zuĂ©lien, champs pĂ©troliers iraniens en flammes â revient Ă lâĂ©limination systĂ©matique de toutes les sources dâĂ©nergie non amĂ©ricaines accessibles Ă lâEurope, Ă la Chine et aux pays du Sud.
5. Le Plan dâaction maritime : construire la flotte de lâempire
Lâaffirmation la moins relayĂ©e de Medhurst concerne le Plan dâaction maritime, publiĂ© le 13 fĂ©vrier 2026 â exactement deux semaines avant le dĂ©but de la guerre contre lâIran. Ce plan reprĂ©sente la tentative la plus agressive de Washington depuis prĂšs dâun siĂšcle pour reconstituer la flotte commerciale amĂ©ricaine et la capacitĂ© des chantiers navals, en associant la relance industrielle Ă lâexpansion de la main-dâĆuvre et Ă de nouvelles rĂ©glementations radicales visant Ă forcer le transport de marchandises sur des navires de construction amĂ©ricaine.
Ce plan prĂ©voit notamment une taxe sur chaque navire Ă©tranger accostant dans un port amĂ©ricain, ainsi quâune redevance au kilogramme sur les marchandises importĂ©es. MĂȘme si cette redevance nâest quâune fraction de centime, elle pourrait gĂ©nĂ©rer des dizaines de milliards de dollars au cours de la prochaine dĂ©cennie. Medhurst parle de âdouble impositionâ : les Ătats-Unis ne se contentent pas de vendre le gaz, mais exigent quâil soit transportĂ© sur des navires amĂ©ricains, sous peine de taxation.
gCaptain, lâune des publications les plus rĂ©putĂ©es du secteur maritime, a qualifiĂ© cette initiative de âla plus ambitieuse initiative de ce secteur depuis lâĂšre Rooseveltâ. Et le moment choisi nâest pas anodin. Actuellement, les Ătats-Unis construisent une part nĂ©gligeable des navires commerciaux mondiaux â la quasi-totalitĂ© de leur commerce maritime se fait sous pavillon Ă©tranger, sur des bĂątiments Ă©trangers, avec des Ă©quipages Ă©trangers. Ce plan ambitionne de renverser complĂštement cette tendance, prĂ©cisĂ©ment au moment oĂč les Ătats-Unis deviennent le fournisseur dâĂ©nergie incontournable de la planĂšte.
LâIran, câest lâheure de vĂ©ritĂ©. Soit lâAmĂ©rique asservit le monde pour un siĂšcle supplĂ©mentaire, soit le monde parvient Ă se libĂ©rer.
6. Le navire russe détruit
Le 3 mars 2026, le mĂ©thanier battant pavillon russe Arctic Metagaz a Ă©tĂ© dĂ©truit en mer MĂ©diterranĂ©e. Selon Moscou, le navire a Ă©tĂ© la cible dâune attaque de drone â vraisemblablement ukrainien â en haute mer, entre Malte et la cĂŽte italienne, alors quâil transportait une importante cargaison de diesel et des dizaines de milliers de tonnes de gaz naturel liquĂ©fiĂ©. En lâespace de quelques jours, les mĂ©thaniers russes soumis Ă des sanctions ont abandonnĂ© la navigation en MĂ©diterranĂ©e.
Medhurst y voit lâĂ©limination du dernier fournisseur alternatif de GNL capable dâatteindre les marchĂ©s mĂ©diterranĂ©ens. Reste Ă savoir si lâUkraine a agi de sa propre initiative ou avec lâaccord tacite de Washington, une question que la presse grand public nâa pas jugĂ© utile de soulever. Si cette information se confirme, lâArctic Metagaz serait le premier mĂ©thanier dĂ©truit par agression â un seuil franchi en toute impunitĂ©.
7. LâEurope en otage, la Chine dans le viseur.
Le think tank Bruegel, basĂ© Ă Bruxelles, a exposĂ© la situation dĂ©licate de lâEurope avec une transparence inhabituelle : la vulnĂ©rabilitĂ© du continent aux chocs gĂ©opolitiques perdurera tant quâil restera structurellement dĂ©pendant des hydrocarbures importĂ©s. Seul un vĂ©ritable virage vers une Ă©nergie propre produite localement pourra briser ce cycle.
Les rĂ©percussions financiĂšres sont dĂ©jĂ asymĂ©triques. Depuis le dĂ©but de la guerre, les marchĂ©s boursiers europĂ©ens ont chutĂ© prĂšs de trois fois plus que leurs homologues amĂ©ricains, car les Ătats-Unis, en tant que premier producteur mondial de pĂ©trole et principal exportateur de gaz, tirent profit de la crise qui saigne lâEurope Ă blanc. Goldman Sachs estime que prĂšs dâun cinquiĂšme de la capacitĂ© mondiale de production de GNL a Ă©tĂ© interrompue.
The National Interest, qui nâest pourtant pas une publication anti-impĂ©rialiste, a publiĂ© ce qui est peut-ĂȘtre lâanalyse la plus accablante sur le plan structurel : il ne sâagit pas simplement dâun choc Ă©nergĂ©tique de plus, mais dâune crise qui vient sâajouter Ă des annĂ©es de prĂ©caritĂ© cumulĂ©e â guerre Ă la frontiĂšre orientale, sĂ©quelles de 2022, dĂ©clin industriel, fracture politique et marge de manĆuvre budgĂ©taire rĂ©duite. La publication avertit que lâEurope risque de devenir un continent importateur de tout â carburant, technologie, capacitĂ©s stratĂ©giques â et, ce faisant, dâatteindre dĂ©pendance permanente vis-Ă -vis des technologies importĂ©es..
Câest prĂ©cisĂ©ment la dĂ©sindustrialisation dĂ©crite par Medhurst. Elle se produit en temps rĂ©el.
8. Le talon dâAchille de Medhurst : les Ă©nergies alternatives.
Câest lĂ que lâanalyse de Medhurst, bien que structurellement solide, montre ses limites â et que lâespoir refait surface.
Lors du Sommet sur la croissance verte Ă Bruxelles, Simon Stiell, responsable du climat Ă lâONU, a dĂ©clarĂ© sans dĂ©tour que miser davantage sur les combustibles fossiles est âparfaitement illusoireâ et que âcette crise des combustibles fossiles se reproduira encore et encoreâ. Le prĂ©sident sud-corĂ©en a quant Ă lui qualifiĂ© la crise dââexcellente opportunitĂ©â de passer plus rapidement aux Ă©nergies renouvelables.
Ils ont raison. Mais ils ne nomment pas le bĂ©nĂ©ficiaire. Cette guerre pourrait bien, involontairement, consacrer lâĂšre de la Chine â en poussant le monde Ă adopter la transition vers les Ă©nergies alternatives que PĂ©kin maĂźtrise dĂ©jĂ . Câest une thĂšse que jâai rĂ©cemment explorĂ©e et que lâapproche thĂ©orique de Medhurst ne fait que conforter.
Une lutte entre lâancien et le nouveau. Lâempire pĂ©trolier cherche Ă reconquĂ©rir son hĂ©gĂ©monie face Ă la superpuissance de lâĂ©nergie verte qui dĂ©veloppe de nouvelles technologies. Les Ătats-Unis sont peut-ĂȘtre en train de se cramponner Ă un monde qui sâapprĂȘte dĂ©jĂ Ă se passer dâeux.
Et ces chiffres nâont rien dâabstrait. LâAgence internationale pour les Ă©nergies renouvelables a en effet constatĂ© que la grande majoritĂ© des nouveaux projets dâĂ©nergies renouvelables mis en service en 2024 sont dĂ©jĂ moins chers que les combustibles fossiles. Les pays qui ont rapidement investi dans le solaire et lâĂ©olien dĂ©centralisĂ©s sâaperçoivent quâils disposent de mĂ©canismes dâamortissement dont leurs voisins sont dĂ©pourvus. La campagne dâĂ©lectrification massive menĂ©e par la Chine a dĂ©jĂ sensiblement rĂ©duit son exposition au type mĂȘme de perturbation de lâapprovisionnement en cours actuellement.
Le âpĂ©tro-gaz-dollarâ dĂ©crit par Medhurst est bien rĂ©el. Son influence est manifeste. Ses consĂ©quences sont quantifiables. Mais il nâest pas invincible. Il repose sur le postulat que le monde demeure dĂ©pendant de substances qui transitent par des points de passage contrĂŽlĂ©s par les Ătats-Unis, Ă bord de navires construits par les Ătats-Unis, et dont le prix est fixĂ© dans une monnaie Ă©mise par les Ătats-Unis.
Autrement dit, lâempire amĂ©ricain, et peut-ĂȘtre mĂȘme les Palestiniens qui ont dĂ©clenchĂ© lâattaque du 7 octobre, pourraient bien ĂȘtre les principaux artisans de la transition mondiale vers les Ă©nergies propres. Et, par extension, du dĂ©clin de lâempire amĂ©ricain.
9. Verdict
Medhurst a-t-il raison ? Pas sur tous les points. Il confond parfois corrĂ©lation et causalitĂ© et attribue Ă une intention dĂ©libĂ©rĂ©e ce qui pourrait nâĂȘtre quâune exploitation opportuniste des Ă©vĂ©nements. Les Ătats-Unis nâavaient pas nĂ©cessairement prĂ©vu quâIsraĂ«l frapperait South Pars, ni que lâIran riposterait en frappant Ras Laffan. Mais cela nâa guĂšre dâimportance. Les empires nâont pas besoin dâomniscience, mais de positionnement. GrĂące aux sanctions contre lâUkraine, Ă la prise de contrĂŽle du Venezuela, au Plan dâaction maritime et maintenant Ă la guerre contre lâIran, les Ătats-Unis sont dĂ©sormais en mesure de contrĂŽler une part significative de lâapprovisionnement Ă©nergĂ©tique mondial, ce qui ne sâĂ©tait pas produit depuis lâaccord initial sur le pĂ©trodollar conclu avec lâArabie saoudite en 1974.
Les chiffres ne mentent pas. Les Ătats-Unis sont le premier exportateur mondial de GNL. Ils reprĂ©sentent environ 60 % des importations europĂ©ennes de GNL, et cette part est en hausse. Lâor sâeffondre Ă mesure que le dollar se renforce. La production du Qatar est Ă lâarrĂȘt depuis des annĂ©es. Les navires russes sont coulĂ©s en MĂ©diterranĂ©e. Le pĂ©trole vĂ©nĂ©zuĂ©lien transite dĂ©sormais par des canaux sous licence amĂ©ricaine. Enfin, le Plan dâaction maritime impose la construction des navires de lâempire dans des chantiers navals amĂ©ricains
Medhurst parle de lâavĂšnement du pĂ©tro-gaz-dollar. Que ce concept entre ou non dans le discours courant, le phĂ©nomĂšne quâil dĂ©crit est dĂ©jĂ une rĂ©alitĂ©.
LâIran, câest lâheure de vĂ©ritĂ©. Soit lâAmĂ©rique asservit le monde pour un siĂšcle supplĂ©mentaire, soit le monde parvient Ă se libĂ©rer.
Le seul antidote que lâempire ne peut monopoliser, câest lâĂ©nergie venue du ciel.
Et comme je lâai Ă©crit il y a quelques jours, la Chine lâa probablement compris, du moins espĂ©rons-le.
Traduit par Spirit of Free Speech
Le direct de trois heures de Richard Medhurst diffusé le 20 mars 2026






Analyse intĂ©ressante dans la mesure oĂč elle aborde les tensions actuelles sous un autre angle qu'habituellement... sauf que, son approche me paraĂźt quand mĂȘme surtout europĂ©eo-centrĂ©e... le reste du monde ne pesant pas gd chose dans la balance, alors que... les BRICS y pĂšsent de plus en plus... donc, Ă prendre, comme tjr, avec un certain recul