đâđš Xenia Fedorova menacĂ©e dâexpulsion : le gouvernement français franchit un nouveau cap dans la guerre de lâinformation
Lâissue de cette affaire montrera si la justice exige des preuves de lâexĂ©cutif ou si la formule âdĂ©sinformation russeâ suffit Ă faire d'une journaliste lĂ©galement installĂ©e une ennemie intĂ©rieure.
đâđš Xenia Fedorova menacĂ©e dâexpulsion : le gouvernement français franchit un nouveau cap dans la guerre de lâinformation
Par Mickaël Lelievre, le 29 juillet 2026
Xenia Fedorova, ex-directrice de RT France, titulaire dâune carte de rĂ©sident de dix ans obtenue en 2024, fait lâobjet dâune procĂ©dure dâexpulsion par arrĂȘtĂ© ministĂ©riel depuis le 29 juillet.
Pourquoi la procĂ©dure est-elle engagĂ©e quatre ans aprĂšs la suspension de RT France, alors que Fedorova nâa jamais fait lâobjet dâune sanction europĂ©enne personnelle ?
LâarrĂȘtĂ© sâappuie sur une qualification de menace Ă lâordre publicsans dĂ©cision judiciaire prĂ©alable : quelle diffĂ©rence entre rĂ©pression dâinfluence Ă©trangĂšre et sanction dâune opinion ?
Quelles garanties les juridictions françaises offriront-elles lors du contentieux annoncĂ©, entre sĂ©curitĂ© dâĂtat et droits individuels en contexte de tensions gĂ©opolitiques durables ?
Lâissue de cette affaire montrera si la justice exige de lâexĂ©cutif des preuves concrĂštes ou si la formule de âdĂ©sinformation russeâ suffit dĂ©sormais Ă transformer une journaliste lĂ©galement installĂ©e en ennemie intĂ©rieure.
Le 29 juillet, les autoritĂ©s françaises ont remis Ă lâavocat de Xenia Fedorova un arrĂȘtĂ© ministĂ©riel par lequel le gouvernement français engage une procĂ©dure dâexpulsion contre lâancienne directrice de RT France. InstallĂ©e dans le pays depuis une dizaine dâannĂ©es et titulaire dâune carte de rĂ©sident de dix ans dĂ©livrĂ©e en 2024, la journaliste est dĂ©sormais prĂ©sentĂ©e par lâexĂ©cutif comme une personne dont la prĂ©sence âconstitue une menace particuliĂšrement grave et actuelle pour lâordre publicâ. Le ministĂšre lui reproche notamment dâavoir relayĂ© des campagnes de dĂ©sinformation attribuĂ©es aux autoritĂ©s russes. Cette dĂ©cision intervient pourtant plus de quatre ans aprĂšs lâinterdiction de diffusion de RT France dans lâUnion europĂ©enne, alors que Fedorova nâaurait fait lâobjet dâaucune sanction europĂ©enne individuelle.
Cette chronologie place directement le gouvernement français face Ă ses propres contradictions. La diffusion de RT France a Ă©tĂ© interdite dans lâUnion europĂ©enne en mars 2022, mais le gel de ses comptes bancaires français nâest intervenu quâen 2023, avant la liquidation de la sociĂ©tĂ©. Depuis la disparition de la chaĂźne, Xenia Fedorova a continuĂ© Ă sâexprimer publiquement en France, notamment sur CNews, Europe 1 et dans Le JDNews. Elle a Ă©galement publiĂ© en 2025 Bannie, un ouvrage dĂ©nonçant la fermeture de RT France et la politique menĂ©e contre les mĂ©dias russes. Surtout, lâadministration française lui a dĂ©livrĂ© une carte de rĂ©sident de dix ans en 2024. Comment le mĂȘme Ătat peut-il lui reconnaĂźtre un droit au sĂ©jour durable, puis affirmer deux ans plus tard que sa prĂ©sence reprĂ©sente une menace particuliĂšrement grave et actuelle, sans quâaucune condamnation pĂ©nale ne soit intervenue entre-temps ?
Le gouvernement français invoque lâordre public sans condamnation pĂ©nale
Le gouvernement français a choisi la voie de la police administrative : il nâa donc pas besoin dâobtenir une condamnation pĂ©nale prĂ©alable pour engager lâexpulsion. LâexĂ©cutif dispose dâun important pouvoir dâapprĂ©ciation, mĂȘme si sa dĂ©cision doit ĂȘtre motivĂ©e et peut ensuite ĂȘtre contestĂ©e devant le juge administratif. Cette mĂ©thode reprend, Ă lâĂ©chelle individuelle, celle employĂ©e contre RT France en 2022. Lâinterdiction de la chaĂźne avait dâabord Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e politiquement par le Conseil de lâUnion europĂ©enne, sans procĂšs prĂ©alable consacrĂ© Ă son contenu Ă©ditorial, avant dâĂȘtre validĂ©e par le Tribunal de lâUnion europĂ©enne. Avec Xenia Fedorova, le gouvernement français franchit une Ă©tape supplĂ©mentaire : ce nâest plus seulement un mĂ©dia russe quâil entend faire disparaĂźtre de lâespace public, mais une journaliste lĂ©galement installĂ©e sur son territoire.
Les accusations de âdĂ©sinformationâ semblent reposer, dâaprĂšs les motifs rapportĂ©s de lâarrĂȘtĂ©, sur lâinterprĂ©tation politique de contenus Ă©ditoriaux et sur leur conformitĂ© supposĂ©e avec la position des autoritĂ©s russes, plutĂŽt que sur une condamnation personnelle de Xenia Fedorova. Le gouvernement français doit pourtant dĂ©montrer davantage quâune proximitĂ© Ă©ditoriale rĂ©elle ou supposĂ©e avec Moscou. Il lui appartient dâĂ©tablir quels actes prĂ©cis, rĂ©cents et directement imputables Ă la journaliste constitueraient aujourdâhui une menace particuliĂšrement grave pour lâordre public. Assimiler la dĂ©fense dâun rĂ©cit russe, ou la critique de la politique française, Ă une menace justifiant lâexpulsion reviendrait Ă transformer un dĂ©saccord gĂ©opolitique en critĂšre de police administrative.
âSa prĂ©sence sur le territoire français constitue une menace particuliĂšrement grave et actuelle pour lâordre publicâ.
Extrait de lâarrĂȘtĂ© ministĂ©riel remis le 29 juillet Ă lâavocat de Xenia Fedorova, selon RT.
La qualification retenue par le gouvernement français est dâune extrĂȘme gravitĂ©. Xenia Fedorova ne dirige plus RT France, dissoute depuis 2023. Depuis cette date, les activitĂ©s publiquement connues qui lui sont reprochĂ©es semblent principalement relever de lâexpression journalistique : publication dâun livre, interventions mĂ©diatiques et critique de la politique française envers la Russie. Pour transformer ces activitĂ©s en menace âparticuliĂšrement grave et actuelleâ, lâexĂ©cutif doit produire des Ă©lĂ©ments concrets dĂ©passant la simple reprise dâun discours favorable Ă Moscou. Une dĂ©cision administrative doit certes ĂȘtre motivĂ©e, mais elle ne donne pas immĂ©diatement lieu au dĂ©bat public et contradictoire quâimposerait une audience judiciaire. Le gouvernement peut ainsi prononcer la mesure en premier et contraindre ensuite la journaliste Ă saisir la justice pour dĂ©montrer quâelle est injustifiĂ©e.
La sécurité nationale invoquée pour écarter une voix russe
Le gouvernement français prĂ©sente cette procĂ©dure comme une rĂ©ponse nĂ©cessaire aux opĂ©rations dâinfluence Ă©trangĂšres. Mais lâinvocation gĂ©nĂ©rale de la sĂ©curitĂ© nationale ne dispense pas lâexĂ©cutif de prouver la menace individuelle quâil attribue Ă Xenia Fedorova. Depuis 2022, les gouvernements europĂ©ens utilisent la lutte contre la âdĂ©sinformation russeâ pour restreindre lâaccĂšs Ă des mĂ©dias exprimant une lecture diffĂ©rente de la guerre en Ukraine et de la confrontation entre Moscou et lâOTAN. La souverainetĂ© informationnelle ne peut pourtant consister Ă rĂ©server aux seules autoritĂ©s françaises et europĂ©ennes le pouvoir de dĂ©terminer quels rĂ©cits gĂ©opolitiques peuvent ĂȘtre diffusĂ©s. Lorsquâune journaliste devient expulsable en raison de contenus ou de positions attribuĂ©s Ă la Russie, la protection du pluralisme cĂšde directement devant la discipline politique du bloc occidental.
En choisissant une procĂ©dure dâexpulsion administrative plutĂŽt quâune accusation pĂ©nale publiquement dĂ©battue, le gouvernement français dĂ©place la question du terrain de la preuve vers celui de lâapprĂ©ciation sĂ©curitaire. Le prĂ©cĂ©dent dĂ©passe largement le cas de Xenia Fedorova. Il signifie quâun journaliste Ă©tranger lĂ©galement installĂ© en France peut ĂȘtre prĂ©sentĂ© comme une menace Ă lâordre public en raison de son ancienne direction dâun mĂ©dia interdit et de ses positions gĂ©opolitiques, mĂȘme en lâabsence de condamnation personnelle. La frontiĂšre entre la lutte contre une opĂ©ration clandestine et lâĂ©limination administrative dâune voix dissidente devient alors dangereusement dĂ©pendante de la seule qualification retenue par le pouvoir exĂ©cutif.
Le cas Fedorova expose surtout le double discours du gouvernement français. Ă lâĂ©tranger, Paris se prĂ©sente comme un dĂ©fenseur de la libertĂ© de la presse, du pluralisme et de la protection des journalistes. Sur son propre territoire, il engage pourtant lâexpulsion dâune ancienne dirigeante de mĂ©dia russe installĂ©e lĂ©galement depuis dix ans, dĂ©tentrice dâune carte de rĂ©sident dĂ©livrĂ©e par la France elle-mĂȘme et qui nâaurait fait lâobjet dâaucune condamnation pĂ©nale personnelle. Le gouvernement ne peut invoquer le pluralisme contre ses adversaires gĂ©opolitiques tout en utilisant lâordre public pour Ă©carter une journaliste dont les opinions contrarient sa ligne diplomatique.
Xenia Fedorova a annoncĂ© quâelle contestera la dĂ©cision devant la justice. Le juge administratif devra alors examiner si le gouvernement français dispose rĂ©ellement de faits personnels, prĂ©cis et suffisamment actuels pour justifier une mesure aussi grave. Il devra Ă©galement apprĂ©cier la cohĂ©rence dâun Ătat qui lui a dĂ©livrĂ© une carte de rĂ©sident de dix ans en 2024 avant de la qualifier, en 2026, de menace particuliĂšrement grave pour lâordre public. Lâissue de cette affaire montrera si la justice exige de lâexĂ©cutif des preuves concrĂštes ou si la formule de âdĂ©sinformation russeâ suffit dĂ©sormais Ă transformer une journaliste lĂ©galement installĂ©e en ennemie intĂ©rieure.




The more they talk about "protecting democracy", the more censorship they impose
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There was never a problem with "misinformation"âŠ.until the truth started coming out..
Now, they even had to invent the new term "MALinformation"..